A versailles l’ancien régime siège toujours et defend ses traditions

Le crime de lèse-chasse à courre condamné par le tribunal de Versailles

Quelques manifestants contre l'interdiction de la chasse à courre, au lendemain de l'entrée en vigueur de la loi.

Le tribunal de Versailles vient de condamner trois militants, membres de l’association Droits des Animaux, qui manifestaient contre une chasse à courre en forêt de Rambouillet, à 500 euros d’amende, pour « violence en réunion ».

En principe, dans un Etat de droit, une instruction se fait à charge et à décharge, en terrain neutre. Ici, c’est une magistrate au patronyme aristocratique qui convoque les prévenus, pour leur faire l’éloge de la chasse à courre, ce qu’elle a reconnu. Après quoi, elle les met en examen et les place sous contrôle judiciaire. L’instruction a lieu à Versailles, pas ailleurs. En matière de justice équitable, on fait mieux. Mais nous sommes en France.

Soumis à une critique de plus en plus virulente, exposés par des reportages sans complaisance, les veneurs, qui n’aiment pas être dérangés pendant leurs menus plaisirs, réclamaient la création d’un « délit d’obstruction à la chasse », que le gouvernement Fillon, en bon valet du lobby, leur a servi sur un plateau d’argent en 2010, par décret, puisque les élus avaient rejeté cette demande. Malheureusement, l’infraction est impossible à constater. Les chasseurs et l’ONF (qui loue ses forêts aux chasseurs) ont d’ailleurs été déboutés. Mais ce crime ne pouvait rester impuni. Les juges de Versailles devaient trouver autre chose.

Les militants anti-chasse ont donc été condamnés pour « violence en réunion », bien qu’il n’y ait eu aucune violence au sens propre. Mais le tribunal considère que gêner les chasseurs par une présence hostile ou par des huées est une violence. Avis à ceux qui s’aviseraient de siffler au théâtre.

Condamner les membres d’une association non-violente pour « violence en réunion », c’est un peu comme condamner un piéton membre d’une ligue anti-alcoolique pour conduite en état d’ivresse. Des coups de cravache et des insultes racistes proférées par la fine fleur de la nation, il ne sera jamais question, bien que ces « débordements » aient été filmés.

Cela signifie qu’au « pays des droits de l’homme », s’il n’existe plus de crime de blasphème ou de lèse-majesté, il existe un crime de lèse-chasse à courre. On a le droit d’être contre la chasse à courre, mais pas de le dire ni de le manifester. Versailles a rétabli le délit d’opinion. Les aristocrates et les capitaines d’industrie ne sauraient être dérangés par des gueux pendant leurs loisirs. Où irait-on s’il fallait aussi sécuriser les golfs et les rallyes ? Il s’agit bel et bien d’une justice de classe.

Nous sommes en France. La chasse à courre est donc le seul loisir protégé par la police. Les veneurs représentent 0,001% de la population, les opposants à la chasse à courre 79% . Cette pratique d’Ancien Régime, archaïque et cruelle, a été abolie dans la plupart des pays européens. Si le nombre des équipages augmente, c’est que les étrangers empêchés de chasser chez eux se réfugient chez nous. Les propositions de loi (trois en quelques années) visant à interdire la chasse à courre ne sont pas débattues à l’Assemblée nationale. Les ministres dits de l’écologie ne répondent pas aux questions écrites. Pourquoi ? Parce que le pays est dirigé par les lobbies. Parce que les chasseurs sont assis à la table du pouvoir. Parce que nous sommes en France.

Armand Farrachi (Porte-parole du Collectif pour l’Abolition de la Chasse à Courre)

tribune lue dans le monstre

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Se syndiquer pour l’indépendance : Remarques à propos de l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe

Un chouette article de Savoir / agir repris sur terrains de luttes c'est bien,
 S'il est signé pierre Odin c'est mieux !

Comité de copinage éhonté 

« Syndicalismes en luttes », tel est le thème du dernier numéro de la revue Savoir / Agir ; dont nous publions ici un article portant sur le syndicalisme guadeloupéen. Retour sur l’histoire et l’actualité du LKP et de l’UGTG.

Intimement mêlée à l’histoire des luttes de libération nationale, l’histoire du syndicalisme guadeloupéen est fortement marquée par l’anticolonialisme. Le mouvement indépendantiste y conserve une influence prépondérante, au travers de la principale organisation syndicale de l’île : l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe, forte d’une dizaine de milliers d’adhérents. Saisir le mode de fonctionnement de l’UGTG en tant qu’institution, « dans et par l’adversité »[1] qui la lie au contexte colonial, demande d’abord de caractériser le syndicalisme indépendantiste comme un syndicalisme « intégral ». Cette forme de syndicalisme, qui consiste à s’acquitter de la défense des salariés et de la gestion des relations entre employeurs et employés sur le lieu de travail tout en avançant des objectifs éminemment politiques, est constamment mise en avant par l’UGTG et exerce une grande influence tant sur la forme organisationnelle que sur les répertoires d’action propres à ce syndicat. Par ailleurs, l’UGTG demeure le principal appareil de mobilisation dans le champ des luttes sociales en Guadeloupe : elle a été la pièce maîtresse de la grève générale de 2009 et du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP). Ce collectif, « Unité contre l’exploitation », rassemble 48 organisations[2]. Créé le 5 décembre 2008 et toujours en activité, il se donne pour but de mobiliser la population guadeloupéenne contre la « vie chère », en désignant le système d’échanges économiques entre la métropole et la France comme responsable d’une hausse des prix ressentie d’autant plus durement par la population que l’île subit les conséquences de la crise économique. À ce constat d’iniquité est adossée une dénonciation de la mainmise des élites économiques (les « pwofitans») sur les ressources de l’île, élites dont la richesse contraste avec les difficultés d’une population insulaire particulièrement exposée à la pauvreté et au chômage[3]. Cette contribution se propose de présenter quelques éléments caractéristiques du syndicalisme tel qu’il est pratiqué par l’UGTG. D’abord, en évoquant les origines du syndicalisme indépendantiste en Guadeloupe, dans un contexte marqué par une poussée des luttes anticolonialistes et une répression importante de la part de l’État français, ensuite, en nous penchant sur le mode de fonctionnement de l’organisation elle-même et, enfin, en  revenant sur l’activité de l’UGTG dans l’espace des mouvements sociaux en Guadeloupe – notamment sa place au sein du collectif LKP.

Tea-shirt du LKP.

Aux origines du syndicalisme indépendantiste en Guadeloupe

L’UGTG naît au début des années 1970, à la suite des massacres de « mê 67 », qui marquent l’échec de la stratégie insurrectionnelle inspirée par la révolution cubaine et la guerre d’indépendance algérienne[4], prônée par le Groupement des Organisations Nationalistes de la Guadeloupe (GONG), organisation indépendantiste aux influences tiers-mondistes et maoïstes[5]. Une fois le GONG dissous, ses militants vont se diviser entre ceux favorables à une organisation politique indépendantiste (l’Union Pour la Libération de la Guadeloupe – UPLG) et les partisans du « syndicalisme de masse » comme principal outil pour rompre avec les institutions coloniales. L’UGTG naît donc en 1973 de l’échec de la stratégie d’insurrection armée et d’une défiance aiguë envers les organisations métropolitaines. L’objectif n’est plus un soulèvement insurrectionnel immédiat mais un « recentrage » sur les luttes économiques et les conflits du travail, afin de démontrer en pratique les contradictions d’intérêts qui opposent les classes populaires au colonialisme. D’emblée, l’UGTG veut incarner un syndicalisme « de masse, de classe et résolument anticolonialiste. »[6]. Dans une économie alors étroitement liée à la monoproduction agricole destinée à l’exportation, le syndicat est d’abord devenu majoritaire dans le secteur de la canne à sucre. Par la suite, il a diversifié son implantation, étendu son champ de syndicalisation à l’ensemble du salariat, avec des objectifs stratégiques : les salariés du secteur public (santé, travailleurs sociaux, secteur de l’emploi et de la formation, personnels d’éducation, fonctionnaires territoriaux et employés communaux), mais aussi au cœur de l’économie touristique (dans l’hôtellerie et la restauration notamment).

Logo_UGTG_TPE

Compte tenu du contexte dans lequel l’UGTG a été créée, caractérisé par une forte répression contre les velléités indépendantistes parmi la jeunesse guadeloupéenne, le syndicat demeure très hiérarchisé et la discipline militante tient lieu, à l’origine, de « précaution ». Le respect de la discipline militante est présenté comme une condition de réussite du combat indépendantiste et le fait de souscrire à ce projet est une condition pour adhérer et exercer des responsabilités. Au fil du temps, cette discipline s’est maintenue pour résister à « la mauvaise image que les médias donnent de l’UGTG ». L’UGTG est en effet fréquemment dénoncée pour ses interventions « violentes » et cette image de syndicat « jusque-boutiste », « anti-démocratique » ou, pour reprendre une expression antillaise particulièrement médiatisée, « macoutiste[7] », est largement relayée par les médias et agitée par un grand nombre de responsables politiques guadeloupéens. De même, pour de nombreux guadeloupéens, l’UGTG reste assimilée au « désordre » et à des velléités « révolutionnaires » : ses dirigeants et militants sont régulièrement inquiétés par la justice[8], et le syndicat doit constamment se défendre contre les accusations d’irresponsabilité proférées par les autorités et les médias. Consciente du fait qu’une majorité de Guadeloupéens demeure hostile ou sceptique vis-à-vis du projet politique qu’elle défend, l’UGTG maintient une certaine ambivalence quant à la question indépendantiste, expliquant être « à disposition » de tous les Guadeloupéens « confrontés à l’injustice du système colonial » pour politiser les conflits sociaux[9]. Cette posture affichée par l’organisation se confronte à la tension – on peut même parler de dilemme – entre la volonté de s’afficher comme un contre-pouvoir, inscrit dans la perspective d’accéder à l’indépendance, et les injonctions à la « normalisation » du syndicalisme qui sont largement relayées par les grands médias ou les médias locaux dès lors que l’UGTG est partie prenante d’un conflit social. L’UGTG se trouve ainsi placée dans une situation politiquement délicate, prise en tenaille entre la nécessité d’afficher le recours possible à des modalités d’action qui incluent parfois l’usage de la violence, afin d’être crédible en tant que contre-pouvoir local, et un certain nombre de contraintes qui pèsent sur son activité. Elle n’en est pas moins la première organisation de l’île, avec plus de 51 % aux élections prud’homales de 2008[10]. Plus concrètement, nombre de Guadeloupéens se tournent vers l’UGTG pour régler des litiges sur leur lieu de travail.

Le fonctionnement de l’UGTG

Comprendre le fonctionnement de l’UGTG suppose d’adopter une perspective large et d’inscrire le syndicalisme indépendantiste dans les univers sociaux avec lesquels il est en contact. Cela implique, en premier lieu, de rompre avec certaines visions locales ou médiatiques qui tendent à en faire un syndicat « à part » ou, pire, une sorte de curiosité. Il faut, au contraire, se saisir des spécificités du contexte guadeloupéen et des legs coloniaux qui le caractérisent pour saisir les orientations de l’UGTG, sa doctrine, ses pratiques et ses mécanismes de recrutement. Parmi ces éléments contextuels, on peut noter que bon nombre de stéréotypes raciaux qui existent à propos des Noirs en Guadeloupe sont repris par les détracteurs de l’UGTG, tels que la fainéantise, l’effronterie ou la violence. Pour se défendre contre ces préjugés raciaux, l’UGTG exige de ses militants une forme d’exemplarité qui renvoie directement au projet de société qu’elle défend pour la Guadeloupe : les indépendantistes doivent être capables de montrer que le peuple guadeloupéen pourrait s’autogouverner, en allant à contre-courant d’un certain nombre d’idées reçues (telles que le désordre, le retard, etc.), profondément enracinées dans l’imaginaire collectif. Lors de nos entretiens avec les syndicalistes de l’UGTG, nous avons pu voir que cette injonction à la « normalité » a été intégrée au discours syndical, abondant dans le sens d’un devoir d’exemplarité de la part des militants, même si le « discours dominant » à propos de l’UGTG fait systématiquement l’objet de vives critiques. Comme l’illustre l’extrait d’entretien suivant avec une responsable UGTG du secteur de la santé :

« Il faut tout le temps aller à contre-courant de ce que disent les médias. Expliquer aux gens, aller contre ce qu’on leur dit, ce qu’on leur fait comprendre. Les gens sont formatés, mais complètement formatés. On est toujours obligés, d’une certaine façon, de prouver ce vers quoi on veut tendre. Parce que les médias, leur obsession, c’est de montrer l’UGTG en train de casser. Je ne dis pas que ça n’arrive jamais. Certaines fois, quand on va discuter avec un patron, que le patron nous méprise, qu’il refuse de discuter, qu’est-ce qu’il nous reste hein ? Parfois les salariés sont plus énervés que les syndicalistes UGTG, attention ! Quand au bout de deux, trois, quatre demandes, le patron accepte de rencontrer les salariés et qu’il leur raconte des conneries, les salariés s’emportent, c’est humain quelque part ! Moi, maintenant, ce genre d’allégations contre l’UGTG, ça ne me fait plus rien. Mais ce que les médias retiennent c’est : ‘‘les salariés sont manipulés par l’UGTG qui veut tout casser !’’. Alors que nous, combien de fois on insiste là-dessus : qu’un salarié doit être exemplaire, qu’il ne faut pas endommager l’outil de travail, qu’il faut respecter les horaires, qu’il faut savoir négocier et rester correct ? »[11].

Pour autant, les effets coercitifs liés à l’effort de discipline du syndicalisme indépendantiste ne ressurgissent pas forcément sous la forme d’un ensemble cohérent de représentations. En effet, même au sein de cette organisation hiérarchisée où les positions sont clairement identifiées et rappelées au cours des réunions et des permanences syndicales, les interactions quotidiennes  entre les militants de l’UGTG et les salariés demeurent incertaines, ne serait-ce que parce qu’elles échappent en partie au contrôle des responsables syndicaux. Lorsqu’elles sont évoquées, notamment lorsque l’UGTG prépare une grève ou une manifestation, ces situations nécessitent une forme de « chapeautage », de « tutelle » ou de « rappel à l’ordre ». Ce que nous pouvons désigner comme une « culture UGTG » – au sens d’un ensemble partagé de manières d’agir, de penser et de sentir – comporte un certain nombre d’interdits et de tolérances.

De cette tension entre institutionnalisation et posture contestataire découle une attention particulièrement soutenue, de la part du syndicat et de son équipe dirigeante, aux modalités de recrutement et de formation des cadres, afin que ces derniers soient fidèles au projet indépendantiste et possèdent un bon niveau d’expertise dans leur domaine d’intervention socioprofessionnel. La formation syndicale possède plusieurs volets : elle est bien sûr centrée sur l’apprentissage et la vulgarisation du droit du travail, mais porte également sur l’histoire de la Guadeloupe et ses résistances (comme le proclame le slogan de l’UGTG : « Fè Mémwa Maché Fè Konsyans Vansé – faire marcher la mémoire pour faire prendre conscience »). L’organisation présente également un volet culturel et linguistique, notamment destiné à former les militants en vue d’élaborer du matériel de propagande – car bien que le créole soit la langue du parler quotidien, peu de Guadeloupéens savent l’écrire. On peut ajouter à cela, outre les manifestations culturelles et sportives soutenues par l’UGTG, des formations pratiques destinées à promouvoir l’agriculture vivrière, censée détourner les Guadeloupéens des grandes surfaces et pallier l’absence d’une production agricole diversifiée.

Appréhender le syndicalisme indépendantiste impose par ailleurs une démarche permettant de situer celui-ci par rapport au champ politique partisan, c’est-à-dire l’espace de la compétition politique organisée, en saisissant l’écart qui l’en sépare. Le contre-pouvoir « institutionnalisé » propre au syndicat s’appuie sur un ancrage local, et l’audience de l’UGTG tient beaucoup à un syndicalisme multi-positionné, qui construit depuis longtemps des passerelles avec le milieu associatif. Concernant le rôle de l’UGTG au sein du collectif LKP, il faut d’abord prendre en compte le fait qu’agréger des composantes extra-syndicales est cohérent avec le projet de société de l’UGTG, qui accepte traditionnellement de prêter main forte à tout mouvement qui prend parti pour la cause indépendantiste, ou accepte – même ponctuellement – de s’y associer. De ce fait, l’UGTG gagne à être considérée au regard de sa position à l’intersection de différents univers sociaux, l’investissement des membres du syndicat ou leur proximité avec de nombreux acteurs du domaine associatif (associations de promotion de la culture guadeloupéenne, y compris parmi les étudiants partis en métropole, associations pour la conservation du patrimoine, groupes carnavalesques, etc.) participe de cette conception culturelle englobante promue par l’UGTG au nom de la lutte indépendantiste. On peut citer notamment le fait que d’importants groupes culturels tels qu’Akiyo ou Voukoum, ont été parmi les premiers à répondre à l’appel de l’UGTG dans le but de constituer le LKP en 2008[12].

L’UGTG dans le mouvement social

Ce n’est sans doute pas un hasard si le mot d’ordre de « grève générale » s’est imposé si rapidement au sein du LKP. Dans tous les secteurs où elle est implantée, c’est avant tout par la grève que l’UGTG s’est fait connaître. Il est d’ailleurs fréquent que l’ensemble des militants de l’UGTG soient appelés à se mettre en grève et à participer à des rassemblements pour soutenir tel secteur ou telle entreprise en lutte, même si, dans la pratique, on retrouve surtout des responsables de l’organisation dans ces démonstrations de solidarité. Lorsqu’adviennent ces grèves, la mobilisation prend un sens plus politique : l’UGTG dénonce alors l’absence ou les insuffisances du dialogue institutionnel avec les représentants de l’État, les élus ou le patronat. Cette posture de défiance (partagée par la plupart des organisations syndicales en Guadeloupe) ne fait pas basculer de façon mécanique les organisations syndicales dans un registre exclusivement contestataire, mais constitue la base de l’argument qui revient le plus fréquemment pour justifier le recours à la grève et montrer que ce type d’action fait sens. Par ailleurs, la popularité du mouvement LKP et de son leader, Élie Domota (lui-même secrétaire général de l’UGTG), tend à montrer que de nombreux Guadeloupéens reconnaissent la légitimité de l’analyse formulée par l’UGTG quant à la situation économique et sociale en Guadeloupe et de sa critique des élites politiques et économiques locales. Comme le souligne Élie Domota : « Ça c’est un fait particulier à la situation en Guadeloupe : pour trouver un interlocuteur, pour avoir une discussion qui s’approche d’un dialogue social « normal », il faut déplacer le conflit. Sinon, personne ne vous adresse la parole, personne ne vous répond, personne ne vous reçoit. Et c’est seulement si vous êtes très courageux, si vous êtes déterminé qu’après un mois de grève, ou deux mois de grève, et que le conflit se déplace dans la rue que, finalement, quelqu’un va peut-être accepter de vous écouter, ou que vous parvenez à vous faire entendre. Là, il peut y avoir une réponse. Et souvent, la réponse, c’est que la répression frappe. Donc, en Guadeloupe, les problèmes sont posés par les syndicalistes, mais ils restent souvent sans réponse. Les autorités, les gens au sommet là, ils s’en foutent, mais alors ils s’en foutent royalement. Et c’est seulement quand tout explose que les gens disent ‘‘on ne devrait pas en arriver là’’. Effectivement, on devrait pouvoir dialoguer avant, mais ça ne se passe presque jamais comme ça. »[13]

Pour autant, comprendre ce qu’est le LKP, au-delà de ce mot d’ordre de grève générale et de la plateforme de revendications avancée, nécessite de prendre au sérieux l’hypothèse selon laquelle les développements ultérieurs de la mobilisation contre la pwofitasyon tiennent moins à l’unité de point de vue mise en avant qu’à des règles d’interaction circonstancielles et contingentes, produits d’une situation de conflit donnée. Il a fallu, pour l’ensemble des organisations qui étaient partie prenante du LKP, fournir un important travail de décloisonnement afin de mettre sur pied une telle coalition caractérisée par une forte hétérogénéité des participants. Car si le fait de rassembler 48 organisations différentes autour d’un même mot d’ordre apparaît, à première vue, comme un véritable tour de force, ce travail de décloisonnement, commencé dès décembre 2008 à la suite des élections prud’homales, est avant tout le fruit d’un jeu de concurrence et de coopération entre les directions des organisations syndicales. Le « travail unitaire » entre les syndicats au sein du LKP constitue en soi une innovation, même s’il faut prendre en compte le fait que cette innovation a été rendue possible par des évènements antérieurs autour desquels cette unité d’action s’est progressivement imposée au cours des années 2000, période durant laquelle s’est développée une politique d’intersyndicale unitaire contre la répression, la vie chère, rythmée par des journées d’action et des premier mai unitaires[14]. Le début de la mobilisation fut également marqué par les incertitudes quant à l’ampleur des manifestations sur lesquelles comptaient les militants du LKP pour pouvoir accéder à l’arène des négociations (arène qui leur fut d’abord refusée). En effet, si les premières manifestations s’étaient révélées importantes, elles ne présageaient pas en elles-mêmes de celles qui allaient suivre à partir de la fin du mois de janvier.

D’ailleurs, lorsqu’on interroge les dirigeants de l’UGTG au sujet des revendications, ils insistent sur le sentiment – présenté comme personnel, mais révélateur au vu de la structure du champ syndical et des rapports de force qui le régissent – que l’UGTG a constitué le centre de gravité de la mobilisation, en centralisant les activités et en hiérarchisant les domaines d’intervention qui lui semblaient prioritaires. Si les dirigeants de l’UGTG ont reconnu la nécessité d’aménager une division spécifique du travail militant au sein du LKP, c’est avec la volonté que cette souplesse ne « déborde » pas du cadre que l’organisation avait instauré afin de rendre le LKP fonctionnel. Le décloisonnement opéré à l’initiative de l’UGTG constitue, en ce sens, une manœuvre stratégique : se sachant largement majoritaire chez les salariés guadeloupéens, l’UGTG a décidé  « d’ouvrir le jeu » à d’autres composantes du mouvement social, notamment à des organisations qu’elle pensait probablement pouvoir rapprocher de ses positions. Ainsi, l’UGTG a cherché à éviter toute « coalition dans la coalition » qui lui aurait été défavorable. On peut aussi interpréter cette phase de mise sur pied de la lutte contre la pwofitasyon comme une première séquence d’évaluation mutuelle entre les organisations du LKP.

Pour l’UGTG, la mobilisation de rue constituait la méthode privilégiée d’intervention dans l’espace public, étant donnés son expérience en la matière et le climat d’exaspération qui régnait alors en Guadeloupe. Au plus dur du conflit, des manifestations de rue ont rassemblé près de 80 000 personnes, et la Guadeloupe a compté pas moins de quinze barrages tous situés sur des axes de circulation situés sur le pourtour de l’île, ce qui a assuré au LKP un maillage du territoire. La situation a été alors particulièrement préoccupante pour les autorités : la grève paralysait l’ensemble de l’île, et les activités économiques, qu’elles soient industrielles, agricoles, commerciales ou touristiques s’en trouvaient fortement perturbées. Malgré les interventions répétées de la police, les barrages ont tenu et la Guadeloupe « a tourné au ralenti ». Tout en assurant un rôle central dans le conflit, il est clair que l’UGTG s’est montrée particulièrement soucieuse de ne pas abuser de sa position dominante dans le champ syndical. D’abord, au regard du consensus généré par la lutte contre la pwofitasyon, de la popularité d’Élie Domota et de l’audience recueillie par le LKP, qui dépassait largement les cercles indépendantistes. Sur le terrain ensuite, où l’UGTG s’est investie dans la grève tout en se retenant de montrer l’étendue de son savoir-faire pratique en matière d’exercice collectif de la violence, la « force de frappe » du syndicat demeurant cantonnée au service d’ordre qui encadrait les manifestations appelées par le LKP, agissant à ce titre sans zèle manifeste.

Depuis 2009 : l’avenir du LKP en suspens

Depuis 2009, à la suite de son refus de siéger aux États généraux de l’Outre-mer initiés par le gouvernement, le LKP a tenté plusieurs fois de remobiliser les Guadeloupéens contre la pwofitasyon, sans parvenir à rassembler autant de gens que pendant la grève des 44 jours. En revanche, la pwofitasyon telle qu’elle a été dénoncée par le LKP a toujours cours, les accords Bino[15] n’ayant pas été appliqués partout et le gel des prix ayant été contourné par la grande distribution – parfois, par le retrait pur et simple des produits touchés par cette mesure. Si l’on prend le LKP dans son ensemble, la question du statut de l’île demeure largement non explicitée, hormis pour l’UGTG, qui « maintient le cap » de la politique indépendantiste. Celle-ci, que l’UGTG aimerait imprimer au LKP, est d’abord une « construction expérimentale », qui s’appuie nécessairement sur une forme de pari sur l’avenir au cœur des luttes sociales et du monde du travail, mais dont les tenants et aboutissants n’ont pas été explicités dans le cadre du collectif.

Pierre ODIN

article lu sur terrains de luttes

[1]Entre autres éléments caractéristiques de cette « adversité », on peut citer l’absence de reconnaissance de l’UGTG au niveau national, ce qui équivaut, pour les syndicalistes indépendantistes, à « nier le fait syndical guadeloupéen », difficulté à laquelle se superposent la répression envers les militants et la mauvaise réputation de l’UGTG, sur lesquelles nous reviendrons plus longuement par la suite.

[2] Pour les syndicats : Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, CGT-Guadeloupe, Centrale des Travailleurs Unis, FSU Guadeloupe, Syndicats des personnels de l’Enseignement Guadeloupéen, Force Ouvrière Guadeloupe, Unsa Guadeloupe, Sud-PTT Guadeloupe, CFTC Guadeloupe ; pour les partis politiques : le Parti Communiste Guadeloupéen, Les Verts Guadeloupe, l’Union Pour la Libération de la Guadeloupe, Combat Ouvrier, Groupe Révolution Socialiste ; pour les associations culturelles : groupe culturel Vokoum Mouvman Kiltirèl Gwadloup, mouvement Akiyo. La liste complète est disponible sur : http://www.lkp-gwa.org/ .

[3] La première caractéristique de la classe ouvrière en Guadeloupe réside dans le poids que le chômage fait peser sur les travailleurs les plus pauvres et les moins qualifiés. Les Antilles sont à l’abandon : selon la dernière enquête INSEE, réalisée en juin 2009, 36 800 personnes sont des chômeurs au sens du Bureau international du travail, pour une population de 440 000 Guadeloupéens. Le taux de chômage de la Guadeloupe dépasse les 22 %. En outre, plus de la moitié des chômeurs de Guadeloupe le sont depuis plus de trois ans.

[4] Sur les évènements composant le soulèvement de « mai 67 » en Guadeloupe et la répression qui a suivi, voir : Gama, Raymond, Sainton, Jean-Pierre. Mé 67 : Mémoire d’un événement. Société guadeloupéenne d’édition et de diffusion, Pointe-à-Pitre : 1985, 263 p ; Tomiche, Paul. Luttes syndicales et politiques en Guadeloupe : Tome 2, Mai 67, La Répression. L’Harmattan, Paris : 2008, 280 p.

[5] Daily, Andrew. “Maoism in the French Caribbean: the1968 GONG Trial.” American Historical Association, Chicago, Panel Organizer: Transnational Activism in the Long 1960s: A Global Perspective January 2012.

[6] Déclaration du congrès de fondation de l’UGTG, le 2 décembre 1973. Voir : http://ugtg.org/article_4.html

[7]Terme désignant à l’origine les pratiques du groupe de défense rapprochée du président Duvalier en Haïti dans les années 1960 (les « Tontons Macoute »).

[8] Plus d’une trentaine de membres de l’UGTG – dont la plupart des responsables de l’organisation – font actuellement l’objet de poursuites judiciaires ou de procédures disciplinaires , le plus souvent à la demande de patrons guadeloupéens. Voir la liste publiée par l’UGTG en 2011 : http://ugtg.org/article_1425.html

[9] Le discours de l’UGTG insiste sur la filiation « héroïque » entre les formes les plus anciennes de résistance à l’exploitation esclavagiste, notamment la fuite des esclaves ou « marronnage », la trajectoire des mouvements anticolonialistes et ouvriers et les manifestations contemporaines de la conflictualité sociale aux Antilles. Voir notamment : Bonilla, Yarimar. « 4. Le syndicalisme comme maronnage : épistémologie du travail et de l’histoire en Guadeloupe. » in. William, Jean-Claude, et al. Mobilisations sociales aux Antilles. Les événements de 2009 dans tous leurs sens. Karthala, Paris : 2012, 364 p., pp 77-94.

[10] L’UGTG a obtenu 51,67% des suffrages, progressant de 5 points par rapport à 2002. Le taux de participation a été de 23,19%. En deuxième position, on retrouve la CGTG avec 19,83%, puis la Centrale des Travailleurs Unis avec 8,57%, FO avec 7,24% et la CFDT avec 5,35%.

[11] Entretien avec N. responsable du secteur Union des Travailleurs de la Santé – UGTG, 2012.

[12] Le mouvement culturel Akiyo est apparu à la fin des années 1970 pour revaloriser la culture guadeloupéenne. Il est rapidement devenu l’un des groupes de carnaval préférés des Guadeloupéens. Dès les années 1980, il s’est positionné sur un terrain militant et de résistance culturelle concomitant à celui de l’UGTG, dénonçant la répression, le malaise social, le colonialisme et reprenant à son compte la musique des laissés-pour-compte de la société guadeloupéenne. De façon générale et parallèlement, le carnaval guadeloupéen a toujours été considéré à la fois comme un exutoire et comme un moyen de dérision.

[13] Entretien avec Elie Domota, secrétaire général de l’UGTG et porte-parole du LKP, 29 février 2012.

[14] En 2002, l’ « affaire Madassamy » avait déjà participé à rassembler les organisations syndicales. Un syndicaliste de l’UGTG, Michel Madassamy, avait été accusé de violence à l’encontre des forces de l’ordre et incarcéré, suite à une manifestation de l’UGTG pour dénoncer les prix de l’essence, ce qui avait permis à une première coordination unitaire se mettre en place pour lui apporter un soutien.

 

[15] Du nom de Jacques Bino, syndicaliste CGTG assassiné le 18 février 2009. Ce premier accord stipule une augmentation de 200 euros pour les salariés du privé percevant un salaire égal au SMIC et jusqu’à 1,4 SMIC et le gel des prix visés par le Bureau d’Etudes Ouvrières, organe mis en place afin d’opérer des contrôles des prix par les militants du LKP, dans la grande distribution, de vérifier le respect ou non des engagements pris en 2009, et d’obtenir ainsi un ensemble de données et de statistiques pour engager, le cas échéant, diverses actions auprès de l’Etat.

Angoulême : des opposants au gouvernement détruisent l’arbre de la laïcité

Planté en 2009 à l’Houmeau pour symboliser la séparation de l’Église et de l’État, l’arbre de la laïcité a été brisé, ce samedi, vers 15 heures, à Angoulême, en marge de la visite de la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud Belkacem.

Deux pique-niques d’opposants au gouvernement se tenaient, à l’Houmeau, sur les berges de la Charente. D’un côté, les militants du collectif Résistance exprimaient leur opposition à la réforme des retraites. Une centaine de mètres plus loin, La Manif pour tous cassait la croûte après avoir réclamé à la ministre l’abrogation de la loi sur le mariage gay.

Des syndicalistes et des militants d’extrême gauche ont été témoins de la destruction de l’arbre. Ils ont prévenu la police et ont eu le temps de noter le numéro de la plaque minéralogique des pourfendeurs de la laïcité.

lu dans leur presse locale,  la charente libre

Jusqu’où vont-ils aller ?

 

Les faits

Paris, Argenteuil, Agen… des hommes, des femmes, des maghrébins et européens, toutes et tous victimes des fascistes, rien qu’en ce mois de juin. Cet été, viendront les expulsions massives de Rroms, et comble du cynisme, celles-ci seront orchestrées par le même ministre (Valls) qui a mis en route la dissolution des groupes fascistes qui ont commis ces exactions. D’après les sondages (qui ont remplacé toute forme de sociologie aujourd’hui, c’est plus rapide que de faire l’effort d’une vraie analyse), Marine Le Pen a 40% de popularité.

Face à cela, une extrême-gauche impuissante. En effet, nous subissons différentes stratégies (parfois contradictoires entre elles) d’anéantissement idéologique et physique, et ces mots ne sont pas exagérés. Je vais vous dresser un tableau, dont vous connaissez déjà les éléments je pense.

1° Dialectique de la puissance et de l’impuissance

Qu’a-t-on lu sur les divers sites et forums d’extrême-droite, mais aussi de droite, qu’a-t-on entendu de la part de politiciens comme Copé ? Que les « extrêmes se valent », que ce fut un hasard si un militant antifasciste est mort et non pas un militant fasciste. Cela aurait très bien pu être Esteban qui se fasse tuer, après tout. Les aléas des bagarres… Sauf que pour le coup, il y en a un qui est mort et l’autre qui prendra sans doute une peine ridicule (mais quand il s’agit d’un arabe, les fascistes sont les premiers à se plaindre de l’aspect soi-disant minimal de la peine).

Pour légitimer l’agression meurtrière, on relativise donc l’acte en disant qu’en face, ils sont violents aussi. Certains sont même allés dire que Clément était un tenancier de goulag en puissance, qu’il aurait rêvé de faire casser des cailloux aux fascistes… et les femmes d’Argenteuil sont sans doute des terroristes islamistes en puissance, tout comme les agenais doivent être des tchékistes. On a vu fleurir sur les sites d’extrême-droite des visuels repris sur les sites antifascistes, où l’on voyait des militants frapper des nazis, ou encore des fusils. Mais cette stratégie de manipulation est plus subtile encore qu’il n’y paraît. Décrire l’extrême-gauche comme violente, afin d’octroyer aux agresseurs la « légitime défense » ou encore l’idée qu’ils ne sont pas plus violents que les gens qu’ils frappent ou tuent, réduit l’extrême-gauche à l’impuissance. Le raisonnement est simple : si par malheur un antifasciste ou un immigré décidait de se défendre contre ces agressions, et envoyait un fasciste à l’hosto, « on » (les politiciens de droite, les blogs d’extrême-droite) s’empresserait de dire « vous voyez, nous avions raison, ils sont violents ou aussi violents que leurs agresseurs ». Conclusions diverses, rayez la mention inutile : celles et ceux qui se font frapper par les fascistes l’ont mérité, ou bien ne valent pas mieux que les autres. On peut supposer que la gauche sociale-démocrate, qui pour l’instant ne veut dissoudre les groupes fascistes que pour s’assurer des votes aux prochaines élections, et faire plus de voix que l’UMP, se désolidariserait aussitôt des victimes « violentes » du fascisme.

Du coup, nous n’avons plus le droit de nous défendre. Les fascistes nous agressent, mais après tout c’est dans la nature de leurs idées de s’exprimer par la violence, et nous, pour conserver ou assurer cette image de « non-violents » (donc différents des fafs), nous ne devons pas riposter. Sous peine de voir une pluie de discours à base de « les extrêmes se valent ». En somme, les fascistes par leurs agressions physiques, et la droite par son intimidation idéologique, permettent la quasi impunité des fascistes et nous réduisent à l’impuissance. L’inconscient collectif de l’extrême-gauche pourrait se résumer à : nous voulons faire plaisir à la droite et au PS, montrer que nous ne sommes pas comme les fascistes. Ce qui donne libre cours aux fascistes, car ce ne sont pas la droite et le PS qui les arrêteront. Combien faudra-t-il d’agressions encore avant que nous sortions de cette logique ? Tant que nous voudrons rester les « gentils » dans l’histoire, nous nous ferons dézinguer par les poings des fascistes. Mais si nous refusons de tendre l’autre joue, la presse réactionnaire intensifiera sa propagande « orwellienne » (nous serions des criminels de masse en puissance).

2° La destruction idéologique de la gauche par le conspirationnisme

Il ne faut pas oublier (et c’est pourquoi il y a un deuxième point, étroitement lié au premier malgré les apparences) qu’une partie de ceux qui ridiculisent l’antifascisme, et cherchent à relativiser le meurtre de Clément Méric et les agressions commises depuis, en invoquant de multiples faits divers (agressions commises par des immigrés ou des juifs, suivant l’orientation dominante de l’organisation ou du blog), sont également des gens qui rêvent de récupérer dans leurs rangs les restes déjà moribonds de l’extrême-gauche. La stratégie, encore une fois, n’est pas très complexe mais elle fait des ravages : elle consiste à dire que les juifs ou les arabes (suivant si on est plutôt soralien ou identitaire) ourdissent un complot contre la nation, et commettent plus de crimes (en quantité et en importance) que les quelques fascistes dont l’importance serait fantasmée par l’extrême-gauche. Moi perso, quand je reviens quelques années en arrière et que je lis des articles d’extrême-droite qui accusent les antifas d’imaginer des fascistes partout, je mesure le cynisme de ces déclarations.

Tout l’attirail complotiste (que je résume ici, car il est long et multiforme) reprend des thèmes habituellement revendiqués par l’extrême-gauche, et les détourne sans scrupules pour faire advenir une société nationaliste et raciste. L’anti-impérialisme en est un exemple frappant : pour les conspirationnistes, les véritables « résistants » ou « dissidents » face à l’impérialisme sont Bachar El-Assad, feu Kadhafi, Ahmadinejad, feu Chavez… des politiciens qui ont mené et mènent un régime autoritaire, profondément réactionnaire, antisémite, sexiste et homophobe. (On se rappellera les récentes allégations de Dieudonné comme quoi le « mariage gay » est un « complot sioniste », ce qui est absurde et honteux vu que les nationalistes et réactionnaires israëliens le voient d’un mauvais œil, comme tous les réactionnaires du monde entier).

Donc, après la réduction à l’impuissance physique et psychologique de l’extrême-gauche, qui était de toute façon déjà moribonde, on y ajoute la destruction idéologique au profit des conspirationnistes et des rouges-bruns. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil rapide sur ce qui s’est fait et dit récemment : invitation de Michel Collon à faire une conférence dans le nord, phrase de Mélenchon (« Moscovici ne pense pas dans la langue de la France, il pense dans la langue de la finance »)… Eh oui, cela va des groupuscules staliniens ou pseudo-staliniens jusqu’à certains partis qui se présentent aux élections. Pour la phrase de Mélenchon, on a beaucoup entendu qu’il s’agissait d’une manipulation de la droite pour ne pas répondre sur le fond. Je poserai quand même une question : pourquoi oppose-t-on la « France » à la « finance », et cette rhétorique n’est-elle pas quasiment au mot près celle que l’on retrouve toutes les trois lignes chez Soral ? A ce niveau-là de la politique, rien n’excuse ce genre de sortie, et toute « approximation » peut avoir de graves conséquences.

En guise de conclusion

Je ne conclurai pas cet article, c’est à chacune et chacun et surtout à chaque organisation d’en tirer les conséquences pratiques. En tout cas, le constat du philosophe marxiste slovène Slavoj Žižek me semble vrai : Recent electoral results in the west as well as in the east signal the gradual emergence of a different polarity. There is now one predominant centrist party that stands for global capitalism, usually with a liberal cultural agenda (for example, tolerance towards abortion, gay rights, religious and ethnic minorities). Opposing this party is an increasingly strong anti-immigrant populist party which, on its fringes, is accompanied by overtly racist neofascist groups. The best example of this is Poland where, after the disappearance of the ex-communists, the main parties are the « anti-ideological » centrist liberal party of the prime minister Donald Tusk and the conservative Christian Law and Justice party of the Kaczynski brothers. Similar tendencies are discernible in the Netherlands, Norway, Sweden and Hungary. (« Liberal multiculturalism masks an old barbarism with a human face », The Guardian, Sunday 3 October 2010). Mais où est donc l’extrême-gauche ?

merci à feux de prairie pour cette analyse

Les fachos sont parmi nous par Maurice Rajsfus

Maurice rajsfus : 
En juillet 1942, alors qu'il a 14 ans,
 il est arrêté avec ses parents et sa sœur aînée,
 Eugénie/Jenny 16 ans, lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver 
par un policier « un temps voisin de palier (...)

 Lorsque, en 1988, Rajsfus tentera de l'approcher (« pour comprendre »)
, le retraité l'éconduira d'un brutal: « Ça ne m'intéresse pas ! »
 Il n'a cessé depuis d'incarner cette « police de Vichy au passé trop présent,
 sans remords et sans mémoire » (Pierre Marcelle).

 Maurice Rajsfus est relâché avec sa sœur à la suite d'un ordre aléatoire 
excluant les enfants Juifs français de 14 à 16 ans de la rafle. 

Ses parents ne reviendront pas.
Au lendemain de la guerre, il a été « Jeune communiste » à 16 ans, 
exclu à 18 pour « hitléro-trotskisme », 
militant de la IVe Internationale avant 1950, 
puis du groupe Socialisme ou Barbarie avec Lefort et Castoriadis, 
le réseau Ras l'Front de 1991 à 1999 » (Pierre Marcelle).

lu sur wikipedia, le media c'est toi !

Les fachos sont parmi nous

Les puissances totalitaires ayant été balayées il y a bientôt soixante-dix ans, les bons citoyens – ceux qui ne font pas de politique – sont persuadés que le fascisme n’est qu’un mauvais souvenir, l’une de ces vieilles lunes que l’on évoque pour effrayer les détracteurs d’un système démocratique qui ne cesse de mal se conduire. Alors, braves gens, n’ayez pas peur. Le fascisme ne serait pas à l’ordre du jour. Seule son ombre menaçante risque de faire peur.

Du passé, faisons table rase

Après la Libération de la France, en août-septembre 1944, les rescapés des mouvements fascistes, qui avaient pullulé durant quatre ans, disparaissaient comme s’ils n’avaient jamais existé. L’Union nationale, sous l’égide d’un général de brigade à titre temporaire, s’imposait comme modèle de société. Tous avaient été résistants et il est vrai qu’il y avait eu autant de ralliements à l’homme de Londres qu’à celui qui avait gouverné à Vichy. Bras dessus, bras dessous, socialos et staliniens affichaient une touchante unanimité, en compagnie d’anciens cagoulards et membres d’Action française redevenus miraculeusement républicains. Cela ne devait pas durer, et chacun regagnera rapidement son camp. C’était au temps où le MRP (Mouvement républicain populaire) représentait une droite « acceptable », tandis que se profilait déjà le Parti républicain de la liberté, lequel prenait les marques d’une future extrême droite reconnaissante.

En 1947, peu de temps après avoir quitté le pouvoir, l’ancien chef de la France libre créait le RPF (Rassemblement du peuple français), pour en finir avec la « dictature des partis ». C’en serait bientôt terminé de ce fameux «esprit de la Résistance» et, la Guerre froide aidant, il n’était plus question que de rétablir ces États forts que les démocraties occidentales avaient combattu avec tellement de vigueur durant la Seconde Guerre mondiale. Tout naturellement, le parti de l’ordre s’était reconstitué, reprenant l’essentiel du pouvoir, profitant de la guerre d’Algérie pour réaliser un coup d’État à blanc en juin 1958. Bien sûr, nous avons connu ces alternances permettant d’affirmer haut et fort que la démocratie trouvait son compte entre ces allers et retours d’une gauche de moins en moins sociale et une droite retrouvant sa véritable nature.

État des lieux 2013

Les héritiers du général ont bien changé. En effet, ceux-là n’ont fait que revenir aux ambitions d’origine d’une droite n’ayant pour unique ambition que d’en terminer avec « la Gueuse ». L’UMP d’un certain Nicolas Sarkozy, persuadée d’en avoir terminé avec la démocratie consensuelle, traçait la voie vers un État fort, estimant qu’en ayant acquis le pouvoir l’extrême droite n’était plus nécessaire pour servir de croque-mitaine. La bonne droite, dite classique, étant en capacité de tenir sous le joug une population sommée d’oublier le passé révolutionnaire de ces anciens. Même avec la crise conjoncturelle, risquant de remettre en cause les acquis sociaux, il fallait se résoudre à être satisfait car, sans les nouveaux sauveurs, la situation aurait pu être pire.

Où en sommes-nous ? Nous avions déjà la droite dite républicaine, la Droite populaire et la Droite forte, ces tendances de l’UMP qui, à l’occasion, trouvent parfaitement normal de s’acoquiner avec le Front national. Comme il est dit dans les Évangiles : « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. » C’est pourquoi, aux côtés d’une UMP aux dents longues, nous trouvons ces centristes, qui ne sont pas seulement une droite molle, tenant d’une pauvre idéologie, toujours prêts à se rallier au parti de l’ordre lorsque la patrie est en danger. Ceux-là prêtent surtout à rire et un excellent humoriste expliquait : « Le centre, c’est au fond et à droite ! » Bien sûr, ces bons démocrates ne sont pas des fascistes, mais ils sont toujours prêts à trouver un terrain d’entente avec les nationaux de tous poils.

Le long débat parlementaire sur le « mariage pour tous » a eu au moins l’intérêt de mettre en lumière le retour très visible des sectes fachos. Alliés aux cathos intégristes qui, en cette occasion, ont recommencé à exhiber leurs bannières ornées du cœur et de la croix. Durant plusieurs semaines, ce véritable défilé de mode, avec des petits salauds du meilleur monde, accompagnant leurs parents pour exhaler leur haine des libertés fondamentales, nous rappelait que, si on les avait oubliés, les nostalgiques du fascisme et du nazisme étaient toujours parmi nous. Il fallait convaincre le bon peuple de la nécessité du retour aux règles morales anciennes. Celles qui permettaient de contraindre les mal-pensant d’emprunter le rail obligé.

Sans honte, au premier rang de ces impatients désireux de mettre à mal ceux qui se désignent toujours comme des socialistes, il était possible de voir se dandiner Christine Boutin et Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et Jean-François Copé, sous le regard attentif de Frigide Barjot. Tous se plaignant d’avoir été gazés par les forces dites de l’ordre postées devant l’Assemblée nationale ou le Sénat, car ces honnêtes citoyens n’avaient pas renâclé à suivre les authentiques nervis du GUD ou du Bloc identitaire, lors d’affrontements avec les CRS et les gendarmes mobiles. Tous hurlant, ensuite, leur indignation d’avoir été traités comme de vulgaires gauchistes ou des anarchistes impénitents.

C’est quoi, le fascisme ?

Comme l’ont utilement rappelé, dans l’une de leurs récentes publications, REFLEXes et la Horde, les charmants éructeurs de la droite, dite populaire, de l’UMP ont, pour la plupart, été éduqués, au sortir de l’adolescence, au GUD, à l’UNI ou au MIL. Quant à la droite forte, rassemblée au sein du même parti, elle regroupe, sous l’égide de Guillaume Peltier, des anciens du Front national. Tous ces démocrates, bien connus pour leur humanisme, ne sont jamais gênés de se retrouver côte-à-côte avec les cathos intégristes de l’Institut Civitas, suivis de près, sans doute, par des organisations anti-IVG comme La Trêve de Dieu ou SOS Tout-Petit. Comme il ne faut pas oublier ceux que l’on présente régulièrement comme des trublions caricaturaux, peu dangereux, permettent de mettre en relief les « vrais » démocrates de la droite dite républicaine, les médias nous instillent des piqures de rappel ayant pour objet de nous enseigner que nous sommes toujours un pays de liberté. Ainsi, le 10 mai, dans sa matinale, Canal + nous présentait quelques membres de ces Jeunesses nationalistes, dont le chef se nomme Alexandre Gabriac, s’agitant derrière une banderole ornée de croix celtiques. Ce führer au petit pied appelant à la venue d’une indispensable Révolution nationale, expliquant que la France était assise sur un baril de poudre et que cela n’allait pas tarder à pêter. Le même Gabriac ne manquant jamais de lever le bras pour un énergique salut nazi.

Très récemment, à la télévision, sur France 5, dans l’émission d’Yves Calvi « C’est à dire », de doctes professeurs à Science-po s’étaient évertués à nous expliquer que, non, décidément, le Front national n’était pas un parti fasciste. À la limite, ces piètres politologues nous auraient presque convaincus que, au fond, la tribu Le Pen était un parti démocratique parmi d’autres. À la limite, ces bons apôtres nus auraient même susurré, la main sur le cœur : « Vous voyez bien qu’ils ne sont pas nazis, ils n’ont même pas de brassard à croix gammée ! » Oublié le passé proche où Jean-Marie Le Pen avait dans son entourage d’authentiques gredins, qui s’étaient très mal conduits à l’époque de l’Occupation. Dans le même temps, on nous fait remarquer que la fifille Le Pen s’efforce de recentrer la boutique de son papa, jusqu’à la rendre honorable, au point qu’il lui serait possible de proclamer que le Front national est le plus grand parti ouvrier de France. Tout cela irait dans le sens désiré par nos honnêtes analystes politiques cités plus haut qui nous prennent pour des débiles profonds. Ceux-là désirent-ils nous persuader, avec quelques années d’avance, de l’inéluctable alliance entre les grands démocrates de l’UMP, qui vendraient leur mère pour ne pas rater leur retour au pouvoir, et les rapaces du FN qui piaffent d’impatience pour enfin accéder à leur tour aux palais de la République ?

Mon inséparable compagnon de route, Petit Robert, nous fournit cette excellente définition du fascisme : « Mouvement fondé en 1919 par Mussolini qui rassemblait des petits groupes d’anciens combattants. Après la Marche sur Rome, le mouvement se transforma en un véritable régime politique dont la doctrine, tout à fait empirique, se dessina au gré des événements, en vue de la conquête du pouvoir et de la conservation du pouvoir total. Pour Mussolini, l’individu s’effaçait devant l’État totalitaire et centralisateur. Le parti fasciste devait jouer le rôle d’une élite parmi laquelle étaient choisis les fonctionnaires et les membres des formations paramilitaires, volontaires pour la sécurité nationale. Par son intermédiaire, le fascisme encadrait l’individu pour annihiler tout esprit critique et pour réduire les antagonismes sociaux : le système corporatiste devait supprimer la lutte des classes… Pour les fascistes cohérents, l’autorité imposée est inséparable de l’ordre, voire de la contrainte. »

Rien ne vaut l’original mais les tentations sont fortes d’y ressembler…

Appliqué au régime sarkozyste, refusant toute légitimité aux « corps intermédiaires » aussi bien qu’aux divers élus, particulièrement du secteur syndical, le schéma ci-dessus correspond étrangement à cette sinistre idée de la France que se faisait Nicolas Sarkozy, du style : « Je ne veux pas voir une tête dépasser des rangs » ou bien : « J’ai ma propre solution pour tous les problèmes… Votre opinion ne m’intéresse absolument pas, et si vous n’êtes pas satisfaits, cassez-vous pauvres cons ou on vous traitera au Kärcher ! » Plus finaude que son père, l’héritière de la Maison Le Pen estime qu’une grande alliance est possible avec les courants de l’UMP qui n’ont pour projet essentiel que de reconquérir le pouvoir, et ensuite de le conserver par tous les moyens possibles. Cette approche était parfaitement visible, avec une lepénisation des esprits tout au long de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012. Ce qui sépare les uns et les autres se résume désormais à un simple problème de leadership. Le facho que les uns redoutent, et que d’autres considèrent comme un énergumène, simple survivance d’un passé révolu, ce peut être votre voisin de palier, le gardien de l’immeuble, le quidam souriant croisé dans la rue ou, surtout, le policier qui n’apprécie rien tant que les régimes musclés qui attendent tout de lui. Ce n’est pas là un simple point de vue de l’esprit, une crainte exprimée par les rescapés d’une autre époque. Les fachos sont effectivement parmi nous et pas seulement parmi les revanchards qui ne se sont pas remis d’avoir perdu ce pouvoir qui ne peut que leur appartenir. Qu’ils participent aux tendances dures de l’UMP ou au Front national, arborant un faux nez, ceux-là sont prêts à toutes les compromissions avec les fascistes proclamés, et pourquoi pas les néonazis. Il faut avoir la mémoire longue et se souvenir des élections régionales de 1998, lorsque d’honnêtes dirigeants du RPR n’avaient pas hésité à s’allier avec des élus locaux du Front national pour ne pas perdre certaines présidences de régions.

En ces années 2010, il paraît évident que les frontières entre les droites sont de plus en plus ténues. Il n’est plus question de résister simplement à la vague proto-fasciste qui menace de déferler. Aujourd’hui, après les démonstrations qui ont suivi le débat sur le mariage pour tous, il est tout à fait évident que les gros bras du Front national, bras dessus, bras dessous avec les nouveaux idéologues de l’UMP, risquent d’apparaître comme de doux rêveurs. Laissant une partie de leur terrain de chasse aux néonazis. Lesquels ont profité de cette opportunité pour tenter d’imposer les éléments d’une morale rappelant une autre époque. Ceux-là sont surtout caricaturaux. Les plus dangereux, pour leur propre interprétation de la démocratie, sont encore les affidés des Sarkozy et des Copé qui, la bave aux lèvres, n’attendent que l’occasion, celle qui fait le larron, pour nous enseigner ce que pourrait signifier une forme moderne du fascisme.

 

Maurice Rajsfus
Publié dans le monde libertaire  n°1710 (13-20 juin 2013)

[alerta antifascista] vouneuil/biard (86) 20 21 juin réunion de fafs

petit dessault vouneuil sous biard

n’hesitez pas, chers lecteurs et lectrices antifascistes

et / ou citoyens locaux, à contacter la mairie de Vouneuil sous biard

pour protester contre l’événement

« mairie de vouneuil

6 Rue des Cèdres  86580 Vouneuil-sous-Biard

05 49 18 20 01 « 

n’oublions pas que le facho devant devant des les cameras reste un politicien…donc une balance !

Serge Ayoub, le skin utile à la police?

SOCIETE – Connu depuis les années 80, Serge Ayoub est revenu au premier plan de l’actualité à l’occasion de la mort de Clément Méric. Depuis trente ans, l’homme passe entre les gouttes de la justice et reste la figure de proue du mouvement skin d’extrême droite…

Toujours là. Jeudi dernier, Serge Ayoub a été le premier à dégainer dans les médias. Non, ses JNR ne sont pas responsables de la mort de Clément Méric, affirme-t-il à l’AFP. Ayoub déclare dans la foulée avoir parlé aux auteurs des faits. Ce qui lui a valu d’être entendu par la police. Plus de trente ans après l’explosion du mouvement skin en France, Ayoub, au cœur des réseaux, est toujours la vitrine officielle du mouvement pour les médias et la police. «S’il y avait eu des preuves tangibles de faits grave, il serait à l’ombre», affirme une source policière.

Entre les gouttes

Emprisonné quelque temps pour trafic de stéroïdes lors de sa période biker dans les années 90, Serge Ayoub n’a jamais connu de grands problèmes judiciaires. L’homme n’a pourtant jamais caché ses penchants violents. Soupçonné d’avoir mené de nombreuses ratonnades à la fin des années 80 (des actions souvent revendiquées par les néonazis du PNFE et non par les JNR filmés par France 5 lors de l’agression d’un métis), au cœur des bastons contre les Redskins qu’il revendique (voir ci-dessous), témoin lors du procès de son bras droit, Régis Kerhuel, le  leader des JNR n’est jamais tombé.

Dans le docu «Sur les pavés»,  Ayoub fanfaronne à propos des bagarres contre des «chasseurs de skins» en évoquant un coup de poignard (12’25), parle d’une guerre (21’) et lâche comment il fracasse des gars (30’30 puis les minutes qui suivent) :

Du coup, le milieu de la droite radicale, où batskin s’est fait beaucoup d’ennemis, bruisse de rumeurs. Fils d’une magistrate, il serait protégé par la police. Pire, il  informerait  les RG qui le laissent peinard. Sauf que personne n’a jamais pu apporter le début d’une preuve à ces bruits. «Il y a toujours des rumeurs de ce type sur toutes les personnalités de la droite radicale, analyse le chercheur Nicolas Lebourg, avant de se faire provocateur. Mais finalement, un type qui encadre des gens violents est plutôt utile du point de vue du ministère de l’Intérieur et de l’ordre public. Pendant qu’ils paradent en chemise noire devant les caméras et appareils photo, ils ne se servent pas de leurs battes dans la clandestinité.»

De maigres effectifs  sous contrôle

Visible, bien identifié, toujours beau parleur comme à l’époque où il était invité de «Ciel mon mardi» dans les années 80, Batskin serait le crâne rasé utile du système. «Il n’est pas abruti et maîtrise des gens qui seraient tout le temps sur le fil sinon. Il y a un côté façade officielle qui rend plus facile le travail de surveillance de la police», résume Nicolas Comte, secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP Police-Force Ouvrière.

L’homme bénéficie d’une aura sur les jeunes. Avec son mouvement syndical Troisième voie, il cherche toujours à fédérer, notamment dans les nouveaux milieux Gabber skins (skins amateurs de techno hardcore, la Gabber), comme l’ont montré les travaux du chercheur Stéphane François. Mais qui représente-t-il encore? Lors de leur défilé annuel du 9 mai, les JNR sont largement moins d’une centaine. Sans vraiment inquiéter les forces de police. «Ayoub est avec les JNR comme un maître avec ses pittbulls: « Assis, Couchés, Mordez »… Et ils obéissent. Les troupes des Jeunesses nationalistes de Gabriac sont beaucoup moins sous contrôle», explique Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

Le business skin

S’il structure la galaxie skin, Ayoub a également besoin du milieu pour exister. Ce qui explique ses multiples renaissances. Alors qu’il s’en était éloigné dans les années 90 (absent lors de la manif du FN qui avait provoqué la mort d’un SDF malien), il a fait sa réapparition en 2007 en ouvrant le Local, un bar rue de Grenelle. Comme dans les années 80-90 où il avait ouvert deux boutiques, détruite puis fermée administrativement, il y vend encore des t-shirts à la gloire de son mouvement. «Il crée un business et utilise son immense capital social dans ce milieu. Et qu’est-ce qu’il pourrait faire d’autres? Disons que la croix gammée est assez peu bankable dans une entreprise normale», conclut Lebourg.

lu dans leur presse gratuite mais pour une fois bien documentée 20 mn