120 patrons ivres sèment le trouble dans le TGV

Une vingtaine de policiers sont intervenus pour calmer les esprits... - Une vingtaine de policiers sont intervenus pour calmer les esprits... - (dr)

Une vingtaine de policiers sont intervenus pour calmer les esprits… – (dr)

Le TGV Bordeaux-Lille a été stoppé pendant plus d’une heure, vers 15 h, en gare de Saint-Pierre. Une centaine de patrons ivres semaient le trouble dans les wagons. La police est intervenue.

En gare de Saint-Pierre, vers 15 h, les voyageurs ont pu assister à un curieux spectacle. Une vingtaine de policiers, portant des casques et la tenue d’intervention, ont été déployés aux abords du TGV Bordeaux-Lille. Le motif ? Des incidents perpétrés dans le TGV par 120 personnes manifestement ivres… Des patrons en séminaire ! La police est intervenue pour calmer les esprits et le train est reparti seulement au bout d’une heure

lu dans leur presse locale, la nouvelle raie publique

De l’Oeuvre Française au FN : Plongée sous Marine avec Abel Mestre

Le journaliste spécialiste de l’extrême-droite tenait conférence pour la StreetSchool

Invité de la StreetSchool, Abel Mestre revenait sur son boulot de journaliste en charge des droites extrêmes pour Le Monde. Pour savoir quelle est la différence entre un royaliste et un identitaire, c’est ici.

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Abel Mestre en plongée sous Marine. Sans palmes ni tuba.

Après avoir reçu le spécialiste de l’investigation web Jean-Marc Manach, StreetPress organisait mardi 10 juin sa deuxième soirée à thème : une « plongée sous Marine » avec Abel Mestre, journaliste en charge depuis 2008 de l’extrême-droite au Monde et sur le blog Droites extrêmes. Une soirée organisée dans le cadre de la Street School, programme gratuit de formation au journalisme, dont les étudiants mais aussi tous les curieux trouvent ainsi l’occasion de rencontrer des journalistes professionnels et d’échanger avec eux.

Après avoir jeté quelques fleurs à StreetPress – « un site que je consulte régulièrement, [dont] j’aime beaucoup les angles » et sur lequel « j’apprends beaucoup de choses » – Abel Mestre est revenu sur un temps (2008) qui semble bien loin, où « le Front était au plus bas dans les sondages. Beaucoup de politologues, de journalistes et d’observateurs le donnaient pour mort ».

Depuis, le FN est arrivé à la première place des européennes – après l’abstention – et tout un tas de mouvements d’extrême-droite, comme le Bloc identitaire, ont squatté la une de l’actu, entre apéros saucisson-pinard, « manif pour tous » et « tournées anti-racaille ». Dans le même temps, le blog Droites extrêmes passait de 15.000 vues à 250.000 sur certains articles.

 


Huit années entre dédiabolisation – « une façade, évidemment » – et piqûres de rappel antisémites à base de « fournées » du père le Pen – « persuadé qu’un FN gentil n’intéresse personne » sur lesquelles est revenu Abel Mestre.

Un FN gentil n’intéresse personne



Abel Mestre, posey !!!


Combien de familles est-ce que tu distingues parmi les droites extrêmes ?

Je n’ai pas vraiment de typologie, ce sont des frontières mouvantes. Certains militent au FN avant de se retrouver au Bloc identitaire puis chez Serge Ayoub… Ils ne sont pas structurés politiquement et s’engagent un peu en fonction de l’air du temps.

D’autres sont beaucoup plus structurés :

> Les royalistes, qui sont encore un mouvement structurant de l’extrême-droite française comme on a pu le voir dans les manifestations contre Christiane Taubira, et qui parvient à fournir une grille de lecture du monde cohérente.

> Les identitaires, très structurés également, autour d’une philosophie très radicale mais avec une communication politique beaucoup plus moderne que les autres : ils arrivent à influencer aussi bien des cadres du FN que de l’UMP, comme on a pu le voir lorsque Lionel Luca reprend les apéros saucisson-pinard. Ils instillent des idées dans l’ensemble du spectre politique de droite ;

> Les néo-fascistes et néo-nazis.

> Et à côté, il y a le FN, qui est un cas à part. C’est un parti d’extrême-droite, au confluent de plusieurs courants : à sa fondation, il regroupait des anciens collaborationnistes, des anciens de l’OAS, et quelques anciens résistants qui étaient là par anticommunisme. Aujourd’hui, on y retrouve une tendance crypto-souveraino-patriote incarnée par Florian Philippot, la vieille garde incarnée par Jean-Marie le Pen et Bruno Gollnisch, et Marine Le Pen qui est censée faire la synthèse de tout ça.

Mais le FN a pas mal d’ennemis à l’extrême-droite, comme on peut s’en rendre compte en lisant Rivarol…

Alors Rivarol, c’est un hebdomadaire antisémite et pétainiste, qui a pris pour cible Marine et même Jean-Marie le Pen depuis que Jérôme Bourbon est arrivé à la tête du journal. Jérôme Bourbon qui, il faut le savoir, est issu de l’Œuvre Française, l’un des mouvements dissous l’année dernière par Manuel Valls. Et en plus d’être antisémite et pétainiste, il est sédévacantiste – c’est-à-dire qu’il considère que le pape actuel est un usurpateur et que le vrai a été jeté dans un cachot… Il pense que l’Eglise est infestée de francs-maçons, de juifs et de marxistes… Et il avait même reproché à Marine le Pen de porter des jeans et d’avoir un entourage digne de la Cage aux folles.

Parmi les fondateurs du FN, il y avait même quelques anciens résistants, qui étaient là par anticommunisme

Jérôme Bourbon avait même reproché à Marine le Pen de porter des jeans



Il y avait foule, à la plongée sous Marine.


Mais le Front National, lui, dit aujourd’hui qu’il n’est pas d’extrême-droite. Est-ce que pour toi c’est toujours un parti d’extrême-droite ?

Pour moi c’est évidemment un parti d’extrême-droite. Il est la preuve même qu’on peut être d’extrême-droite sans être nazi ou fasciste. Ce qui fait que c’est un parti d’extrême-droite, c’est la préférence nationale, qui est au cœur de son projet depuis les années 1990, et qui consiste à donner un accès privilégié aux aides sociales, aux logements sociaux, à l’emploi aux seuls Français. C’est une mesure qui a été considéré comme illégale par un tribunal administratif. Donc on parle là du seul parti qui présente un programme dont le point nodal est illégal.

On vient de voir tous les cadres du FN monter au créneau pour dénoncer la sortie de Jean-Marie le Pen sur la « fournée », est-ce que c’est un événement qu’il fasse l’unanimité contre lui au sein du parti ?

Oui, parce qu’habituellement c’est fait dans les couloirs, en coulisses… Mais là, la dernière fois qu’il a été aussi contesté c’était à la veille de la scission mégrétiste. On n’en est pas là, parce qu’il n’y a pas de courants au FN et que tout le monde est derrière la présidente : personne ne peut la concurrencer au niveau du leadership. Mais on est dans une crise de direction très claire.

Comment est-ce qu’on récolte des infos sur le FN ?

Comme pour n’importe quel parti, en fait : en travaillant les sources, en voyant les cadres, en multipliant les contacts, en faisant des reportages, mais aussi en lisant beaucoup : ils sont toujours dans l’understatement, dans les allusions…

La dernière fois que Jean-Marie le Pen a été aussi contesté c’était à la veille de la scission mégrétiste



La plongée sous Marine, ça se pratique aussi sur Twitter – lien par ici


Quel genre de relations est-ce que t’entretiens avec eux ? Tu appelles Jean-Marie le Pen tous les jours ?

Non, non… Je dois reconnaître que le FN a un avantage, c’est qu’ils ne cherchent pas à copiner avec la presse. Au Front National, personne ne te tutoie. Ils ne te diront pas : viens, on va se prendre une bière, discuter… C’est un rapport très professionnel, très distancié, que je trouve assez sain.

C’est pareil avec les autres groupes d’extrême-droite. La difficulté à traiter de l’extrême-droite, c’est d’être aussi honnête que quand on couvre l’UMP, le PS ou le centre, tout en ayant en tête que ce sont des partis qui ne sont pas tout à fait comme les autres. L’Œuvre française s’assume par exemple nostalgique de Pétain, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut être malhonnête avec eux.

Comment t’es accueilli, dans des manifestations d’extrême-droite ?

Je n’ai pas eu plus de problèmes que ça… C’est plutôt des coups de pression… Sinon, le 1er mai 2013, mon adresse personnelle a été imprimée sur des autocollants et collée en marge de la manif du FN. Pas très agréable…

Tu ne penses pas que parler du FN puisse revenir à leur accorder une tribune, à sensibiliser les gens à leurs idées ?

J’attends de voir une étude qui montre que le Monde a un tel pouvoir… Le FN a quand même fait 25% aux européennes, et un score plus que bon aux municipales. Donc ce n’est pas une création médiatique, c’est quelque chose de tangible. Chacun sur le terrain peut voir l’exaspération qui monte… Donc c’est juste rendre compte de la réalité que d’en parler. Après, si certains veulent casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre… Et je te rappelle que le FN fait 11% aux européennes de 1984, alors que c’est un groupuscule dont personne ne parle, à l’époque. Et d’un coup, ils font jeu égal avec le PC… Donc ce ne sont pas les médias qui vont inciter les gens à voter FN…

lu sur street press

 

Les 5 de Tinley Park

 

En mai 2012, cinq anarchistes antifascistes sont arrêtés suite à une altercation avec des individus soutenant la suprématie blanche. Cette bagarre s’est déroulée dans la banlieue de Chicago au parc Tinley. Dix personnes chez les racistes furent blessées, dont 3 durent être hospitalisées.

Dans ce parc se déroulait un meeting organisé par le Mouvement National-socialiste (National Socialist Movement), le Conseil de Citoyens Conservateurs (Council of Conservative Citizens) et le Ku Klux Klan. Toutes les trois sont des organisations clamant la suprématie blanche de façon violente.

A noter que deux personnes appartenant à un de ces groupements furent également arrêtées ce jour là, l’une pour possession de pornographie enfantine et l’autre d’une arme à feu.

Dans un premier temps les juges ont refusé la liberté sur caution aux activistes antifascistes accusés. Avant de passer en procès il leur a été proposé de trahir leurs compagnons en échange de leur libération. Ils ont évidement refusé un tel deal.

Début 2013 les « 5 du Tinley Park » plaident coupables pour les agressions dans le but d’obtenir des condamnations plus clémentes et une possibilité de diviser leur peine par deux grâce au « ‘day-per-day’ good time » (chaque jour de bonne conduite réduit la peine d’un jour).

Ainsi Jason Sutherlin est condamné à 6 ans ; Cody Lee Sutherlin et Dylan Sutherlin à 5 ans. Les deux autres, Alex Stuck et John Tucker en prennent pour 3 ans et demi en raison de leur jeune âge et de leur casier judiciaire vierge. Ils sont incarcérés dans des centres de correction de l’État de l’Illinois.

Alex Stuck est le premier relâché fin 2013.

John Tucker lui est relâché au bout de 20 mois et se retrouve libre en mars 2014.

Dylan Sutherlin doit être sorti de prison en juillet 2014. Ainsi l’ABC de Bloomington, l’ABC de NYC et le Sacramento Prisoner Support ont lancé une campagne pour récolter des fonds afin de l’aider une fois libre à pouvoir faire une transition tranquille. En effet, il ne faut pas oublier que soutenir un prisonnier ne se termine pas une fois celui ci sorti. L’État continue bien souvent de le surveiller et à lui imposer un style de vie. De plus, le passage en prison est une chose traumatisante alors se savoir soutenu dans ces moments difficiles ne peut être que bénéfique.

merci aux copains de Marseille pour avoir fait tourner l’info

Vous pouvez lui écrire d’ici juillet pour lui assurer votre soutien :
Dylan Sutherlin M34022
Centralia Correctional Center
Post Office Box 7711
Centralia, Illinois 62801

Pour soutenir les deux derniers des 5, pour leur permettre de tenir le coup, vous pouvez leur écrire aux adresses suivantes :
Cody Sutherlin M34021
Robinson Correctional Center
13423 East 1150th Avenue
Robinson, Illinois 62454

Jason Sutherlin M34023
East Moline Correctional Center
100 Hillcrest Road
East Moline, Illinois 61244

Place des femmes au FN FAIL

Dans sa lutte contre l’Islam (cache sexe de la lutte contre les arabes et les étrangers), Marine Le Pen n’a pas hésité lors de la convention de Lille en février 2012 à instrumentaliser le droit des femmes que l’Islam remettrait en cause (le FNJ avait déjà donné dans le genre).

L’hypocrisie consistant pour ce parti à détourner les thématiques féministes alors même qu’il est un des plus grands ennemis de l’émancipation des femmes était rapidement apparue au grand jour.

Trois semaines après cette convention, Marine Le Pen affirmait sur TF1 le 5 mars 2012 qu’elle était prête à dé-rembourser l’IVG s’il lui fallait faire des choix budgétaires. Trois plus tard, le jour même de la journée internationale de lutte pour le droit des femmes, la candidate front national confirmait ses propos, utilisant l’abject terme d’avortement de confort sur France 2.

Marine Le Pen, lors de la convention de Lille en 2012.

Marine Le Pen, lors de la convention de Lille en 2012.

Quand il s’agit de s’attaquer au droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, Marine Le Pen peut compter sur le soutien de toute sa petite famille de dirigeants du FN. La nièce, la députée Marion Maréchal Le Pen, a tenu des propos similaires, ajoutant avec classe «Ce n’est pas à l’Etat de réparer les inattentions des femmes». De même, le compagnon, Louis Aliot, vice-président du front national avait fait siens les propos pour le déremboursement de « l’avortement de confort ». Enfin, le père, Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du FN et opposant historique au droit à l’avortement, n’a pas manqué de saluer sa remise en cause en Espagne.

S’il vous fallait encore une preuve du sexisme atavique du Front National, les récentes élections européennes vous offrent une démonstration en gévacolor. Pour éviter de rajouter encore une condamnation à sa longue liste, le Front National a respecté pour ses élections les règles légales sur la parité. Un respect de courte durée toutefois puisque dès le lendemain de l’élection, deux éluEs du FN étaient débarquées pour laisser la place à des hommes ! L’une d’elles, Joëlle Bergeron a d’ailleurs assez mal pris ce qu’elle qualifie de diktat et quitte le parti, tout en démissionnant tant de son poste de conseillère municipale à Lorient que de conseillère communautaire de l’agglomération.

lu sur fail.faf n’hésitez pas a éplucher le reste du blog !

L’instructive liste des clients de Bygmalion dévoilée par Le Canard

Le Canard enchainé publie dans son édition de mercredi une partie de la liste des clients de Bygmalion – la société dirigée par les amis de Jean-François Copé –, ainsi que les intitulés des prestations qui leur ont été facturées entre 2008 et 2013.

Au total, hors campagne de Nicolas Sarkozy (20 millions d’euros) le groupe a facturé 60 millions de prestations à diverses sociétés, ministères et associations.

L’article du Canard (DR)

« Mais où est passée l’oseille ? » se demande Le Canard. La liste est assez instructive :

  • Grande Loge nationale de France, « conseil stratégique » : 15 000 euros ;
  • Medef, « monitoring » et « conseil » : 351 884 euros ;
  • Union nationale des professions libérales : 460 000 euros ;
  • Serge Dassault , « e-réputation » : 350 000 euros ;
  • LVMH (président : Bernard Arnault), « suivi de l’image du groupe » : 90 000 euros ;
  • Coca-Cola conseil en communication : 120 000 euros ;
  • Veolia, « veille internet » : 179 400 euros ;
  • EDF (président : Henri Proglio) : 637 000 euros ;
  • Forum expo Qatar : 51 000 euros ;
  • AJ Auxerre (le club dont l’actionnaire majoritaire est Emmanuel Limido, actionnaire luxembourgeois de Bygmalion) : 35 880 euros ;
  • Génération France.fr (Copé) : 500 000 euros ;
  • Mairie de Levallois : 200 000 euros ;
  • Conseil général de Seine-Saint-Denis (via Sequano) : 83 000 euros
  • Association de Bruno Le Maire : 43 000 euros ;
  • Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure (« minisites », « e-réputation »…) : 5,5 millions d’euros ;
  • Rachida Dati, « newsletter » : 9 323 euros ;
  • ministère de la Santé (sous Xavier Bertrand) : 38 000 euros ;
  • ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant), « communication de la Mission nationale pour la réserve civile », « ballons publicitaires », « prestations stratégiques » : 550 000 euros ;
  • France Télévisions : 1,2 million d’euros ;
  • BM Consulting, filiale de France Télévisions : 180 000 euros ;
  • France Télévisions publicité « accompagnement stratégique », « e-réputation » : 959 200 euros ;
  • Multimédia France Productions (filiale de France Télé), « accompagnement stratégique » : 50528 euros.

Condamné en appel à détruire sa yourte et… son outil de travail

La cour de'Appel de Montpellier a rendu son verdict, plutôt défavorable à  Jean-Luc Préaux qui est  condamné à la remise en l'état du terrain… Il devra donc entre autres détruire sa yourte.
La cour de’Appel de Montpellier a rendu son verdict, plutôt défavorable à Jean-Luc Préaux qui est condamné à la remise en l’état du terrain… Il devra donc entre autres détruire sa yourte.

Après trois ans de procédure, la cour d’Appel de Montpellier vient de condamner un agriculteur des P.-O. qui vivait sur son propre terrain.

Le délibéré rendu par la cour d’appel de Montpellier au début du mois est tombé comme un couperet, pour Jean-Luc Préaux, l’agriculteur de Banyuls-sur-Mer. Ce dernier vit, encore pour quelque temps, sur le terrain qu’il a acquis auprès de la Safer en 2006, et sur lequel il exploite, depuis 1996, 1,25 hectare d’oliviers et 6 hectares de vignes, à l’aide de chevaux.

Or en 2011, la propriétaire d’alors de la Tour Pagès, imposante demeure surplombant le terrain de Jean-Luc Préaux, avait assigné l’agriculteur pour ‘infractions aux dispositions du plan local d’urbanisme’. En cause ? La yourte mongole, installée « faute de revenus suffisants pour louer un logement conventionnel », et le petit hangar destiné au stock de matériel nécessaire à l’agriculteur… Au terme d’un véritable marathon judiciaire, tissé de questions prioritaires de constitutionnalité et de renvois, le tribunal de Perpignan avait relaxé Jean-Luc Préaux en septembre 2012.

« On ne me donne plus le droit de travailler »

Une satisfaction de courte durée pour l’agriculteur et son avocate, Me Gabrièle Summerfield, puisque le parquet avait alors décidé de faire appel. Un appel qui s’est soldé, pour Jean-Luc Préaux, par la condamnation à la remise en l’état du terrain…

« Je dois détruire la yourte dans laquelle je vis et le hangar où je stocke mes outils. Ainsi que les trois cuves à eau qui servaient à abreuver les chevaux et à arroser les oliviers… Ce qui risque de faire jurisprudence, puisque tout le monde en stocke, de l’eau ! », s’étonne Jean-Luc Préaux. Qui dispose de 6 mois pour détruire son toit, et son outil de travail. « Je vais encore vendanger en septembre, et puis je détruirai tout. Et ensuite, j’arrêterai de travailler, puisqu’on ne m’en donne plus le droit. Franchement, je le vis comme un acharnement : je ne sais pas où je vais pouvoir vivre, et je ne sais pas de quoi je vais pouvoir vivre… ».

lu dans leur presse en ligne

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France

 

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France
(Crédit photo : Graines de troc)
Les grainothèques veulent être aux semences ce que les Incroyables comestibles sont aux légumes. Né à La Rochelle, le concept essaime un peu partout.

« Prenez, déposez librement les graines qui vous plaisent. » Au milieu des livres de jardinage, la petite boîte en carton étonne. Depuis janvier dernier, la médiathèque de Lagord (Charente-Maritime) accueille l’une des premières grainothèques de France. Celle-ci permet aux visiteurs de partager leurs semences en toute liberté. Vous risquez bien d’en croiser d’autres dans les semaines qui viennent, car cette pionnière inspire… Une quarantaine de bibliothèques, restaurants et lieux associatifs (voir carte ci-dessous) ont construit et installé des boîtes de ce type depuis le lancement de cette initiative, en octobre 2013, par l’association Graines de Troc – qui anime par ailleurs une plateforme de partage de graines via une monnaie complémentaire. Et bien d’autres sont en cours d’installation : « On reçoit quasiment une demande par jour », assure Sébastien Wittevert, président de Graines de Troc.

Des haricots, le yin et le yang

« L’idée est née à la fois d’une envie de partager les semences et aussi d’inspirations diverses comme les Incroyables comestibles ou la coopérative de semences des fraternités ouvrières de Mouscron. On tenait surtout à ce que les gens puissent s’approprier la démarche, et que l’action soit reproductible », explique ce militant de la graine libre. Pour faciliter les échanges, aucun registre n’est tenu, le système repose sur la confiance en la bonne volonté des utilisateurs et sur le partage « du savoir-faire ses graines ». De même, libre à chacun d’adapter le concept à ses besoins : « Au début, nous proposions un modèle de boîte mais quand je vois la diversité et la beauté des boîtes qui ont été créées je suis content de laisser chacun s’exprimer », raconte Sébastien Wittevert.

Un idéal d’autonomie qui a déjà fait le bonheur de Matthieu, jardinier amateur de 35 ans à La Rochelle (Charente-Maritime) : « Pour mes semences, j’ai l’habitude de commander via Kokopelli. Mais je fréquente les grainothèques de La Rochelle régulièrement pour trouver des semences qui ne sont pas commercialisées. Il y a quelques jours, je suis tombé comme ça sur un bout de papier plié en quatre où il était indiqué au crayon de bois “SainFoin récolte 2013”. J’ai aucune idée de qui l’a déposé mais c’est forcément quelqu’un qui veille à la préservation des semences, parce que le SainFoin est une plante super qui fournit de l’azote et qui a tendance à disparaître de nos campagnes. C’est exactement ce qu’on cherchait pour notre jardin partagé. »

Plus tôt, Matthieu avait déposé des graines d’haricots nains Starazagorski : « Les graines sont noires et blanches avec des points, exactement comme le yin et le yang. ». Peut-être que l’heureux bénéficiaire de ces graines y verra un signe : dans la philosophie orientale, le yin et yang est symbole d’interdépendance, les points de couleur montrant que le noir et le blanc sont inconcevables l’un sans l’autre et que chacun recèle un germe de l’autre.

article lu dans leur presse de bobo babos terraeco

Voir en plein écran la carte des grainothèques

Misère de la sociologie contemporaine

Misère de la sociologie contemporaine

Un universitaire attaque la sociologie contemporaine qui dérive vers des sujets futiles et spécialisés. Un renouveau de la sociologie critique devient alors indispensable.

 

Experts et sociologues pullulent dans les médias et sur les plateaux télévisés. Même les sectes gauchistes développent leur propre « contre-expertise » qui s’appuie sur des paroisses de sociologues. Claude Javeau attaque l’imposture de la sociologie académique dans un livre récent, intitulé Des impostures sociologiques. Cette charge ne provient pas d’un obscur groupuscule révolutionnaire. Au contraire, Claude javeau demeure une référence dans le monde de la sociologie francophone contemporaine. Mais il conserve un indispensable recul critique. Il se distingue des syndicats et de l’extrême gauche qui se contentent de « défendre l’Université » et de « sauver la recherche ». Il remet en cause le contenu enseigné dans le petit ghetto universitaire. Les études sociologiques correspondent surtout à une routine académique. « Ensuite parce que ces recherches ne montrent le plus souvent rien, sauf quelques resucées de lieux communs et de platitudes enrobées de vocables prétentieux et faussement savants », constate Claude Javeau. Face à cette imposture, il propose une sociologie critique.

 

 

                               Javeau

Faillite de la sociologie contemporaine

 

Une typologie peut permettre de décrire le petit milieu des professionnels de la sociologie.

« Les buveurs de la première gorgée de bière » se consacrent à l’étude des petits objets du quotidien comme le téléphone portable, la fréquentation des forums informatiques ou les blagues sur les blondes. Jean-Claude Kaufmann, universitaire et collaborateur habitué des magazines féminins, incarne bien cette tendance qui consiste à traiter la vie quotidienne avec légèreté. « On se trouve aux frontières d’une certaine micro-sociologie et d’une psychologie individuelle dont les médias, précisément sont assez friands », observe Claude Javeau. Mais ses sujets de recherches très précis ne sont jamais replacés dans un contexte social plus large. La simple description prime sur l’explication avec les causes et les déterminants des phénomènes sociaux. Cette sociologie de magazine se contente de dresser des catégories proches de la caricature avec « les bobos », les « jeunes de quartiers » ou les « habitués des réseaux sociaux ».

La dépolitisation caractérise également cette approche. Les médias apprécient également les bavardages sociologiques autour des « phénomènes de société » comme la violence dans les transports en commun, le décrochage scolaire, le retour des jarretelles, la consommation de cannabis, les téléphones portables, la gastronomie, l’adultère, les romans à l’eau de rose, le tourisme sexuel ou l’addiction informatique. « Dans le poste de télévision, le sociologue, entre deux chanteurs à la mode, est prié de donner son avis en trois minutes », raille Claude Javeau. En général, le sociologue se contente de sortir toujours le même discours éculé sur la montée de l’individualisme.

 

« Le scribe accroupi » regroupe les sociologues qui pratiquent l’enquête par sondages ou par questionnaires. Le choix des critères de quotas pour définir les échantillons représentatifs ne sont pas tous très justifiés et pertinents. L’apparence de l’enquêteur ou de l’enquêté, mais aussi l’intonation au téléphone, peut influencer la recherche. Les résultats de ses enquêtes peuvent également faire l’objet de manipulations et interprétations diverses.

« Le missionnaire aux pieds nus » intervient auprès des plus pauvres pour résoudre les problèmes sociaux à coups d’encadrements sociologiques. « Experts de l’exclusion, de la réclusion, des zones de non droit, des cités érigées en citadelles de la fracture sociale, ils sont un peu comme des urgentistes du sociétal », ironise Claude Javeau. Cette sociologie de l’exclusion insiste sur la reconnaissance, selon le concept d’Axel Honneth, ou sur le care. Cette sociologie compassionnelle tente de redonner de la dignité aux pauvres, mais surtout pas de supprimer la pauvreté. Toute forme de conflit social est évacuée. Les notions de classes sociales, de systèmes de domination et d’aliénation disparaissent de cette Théorie critique aseptisée. L’individu victime de « l’exclusion » est décrit comme isolé du monde dans lequel son sort se fabrique.

La figure du « médecin légiste » s’attache à analyser et à disséquer les problèmes sociaux. Cette démarche s’inspire de la Théorie critique qui replace son sujet d’étude dans le cadre d’une critiquer générale et multi-dimensionnelle de la société capitaliste avec la marchandise et l’aliénation. Par exemple, Jean-Marie Brohm replace l’analyse du sport dans une critique plus globale. Il observe une « sportivation généralisée de l’espace public au sein de la mondialisation capitaliste », considérée comme « l’une des expressions les plus achevées de la chloroformisation des consciences ». Le divertissement, l’abrutissement, l’intégrisme des masses et le culte de la performance caractérisent le phénomène sportif. Pourtant, cette sociologie n’évite pas toujours l’éceuil du scientisme et la recherche d’une illusoire objectivité.

 

 

Université Montpellier 3 (Rentrée 2013) - ©Service communication Paul-Valéry Montpellier 3

Contre la sociologie académique

 

La recherche sociologique doit tenter de devenir accessible au grand public. Mais les sociologues médiatiques se réduisent souvent à des experts qui doivent élaborer un avis et un point de vue sur tous les sujets. Ils doivent se prononcer par rapport à des problèmes qu’ils n’ont pas étudiés. Par exemple de nombreux sociologues se sont pressés sur les plateaux télés pour expliquer les émeutes de 2005 alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans un quartier populaire.

La sociologie semble tiraillée entre deux écueils. D’un côté le scientisme se contente d’observer des données quantitatives et confond la rigueur intellectuelle avec l’absence d’analyse globale. De l’autre, l’amateurisme correspond à un bavardage philosophique sans la moindre observation de la réalité sociale. Le scientisme apparaît comme une posture qui s’appuie sur une supposée autorité intellectuelle. « L’invocation du caractère scientifique d’une recherche ou d’une étude n’est souvent qu’un procédé rhétorique », souligne Claude Javeau. La posture de l’expertise consiste à conseiller le pouvoir comme des « sociologues de ministères », selon l’expression d’Éric Hazan. La commande institutionnelle ne favorise pas les questionnements critiques et l’analyse globale de la société. D’autres sociologues privilégient l’étude des idées et de la philosophie à celle de la réalité sociale. Pour ses chercheurs, la Révolution française s’explique par les idées de Voltaire et Rousseau.

Surtout, la sociologie actuelle se caractérise par un émiettement postmoderne. Cette mode dominante provient des campus américains avec les gender studies et autres african-american studies. Cette sociologie vise à dénoncer la stigmatisation concernant certaines catégories bien délimitées de la population. Pourtant aucune perspective émancipatrice n’est jamais évouée. « Si l’intention de déstigmatiser est louable, il est tout à fait déplacé de l’associer à un projet de libération ou d’émancipation », ironise Claude Javeau.

 

La théorie critique doit s’appliquer à la sociologie elle-même. Une sociologie institutionnelle semble soumise et consacrée par les pouvoirs publics et les instances académiques. Une sociologie non institutionnelle privilégie des objets d’études plus marginaux. La sociologie anti-institutionnelle analyse « de manière critique, en les contestant, les institutions dominantes de la domination et les logiques visibles ou invisibles de l’aliénation sociale », selon Jean-Marie Brohm. Cette sociologie critique intègre les critiques partielles dans une critique d’ensemble du système social global.

L’Université, malgré une certaine autonomie (intellectuelle et matérielle), n’est pas extérieure à la société qui l’abrite. Les conflits sociaux traversent les campus. Les intérêts étatiques de contrôle social ont guidé beaucoup de recherches sociologiques. Par exemple, Elton Mayo a recherché une forme d’organisation du travail pour permettre de maximiser la productivité des salariés.

Jan Spurk observe l’évolution de la sociologie vers une expertise, une technologie sociale, un instrument de gestion pour les institutions publiques et privées. Pour Jan Spurk, « la sociologie s’occupe de plus en plus de prévisions, de la récolte de données et de la régulation ». La sociologie s’apparente à une science de la gestion de l’existant.

 

 

Renouveler la pensée critique

 

La sociologie critique semble disparaître au profit d’une adaptation à la modernité néolibérale. La sociologie ne doit pourtant pas se contenter de devenir un outil de gestion de l’ordre existant. « Il ne devrait pas s’agir pour elle de définir de nouveaux modes de gestion des individus, de mise en conformité des cerveaux à la culture ambiante, de mettre au point de nouveaux incitants à consommer, de formater les enfants des écoles en vue de leur adéquation aux « besoins » de l’économie, entre tant d’autres choses dont les scribes accroupis font leur pain quotidien », souligne Claude Javeau. La société ne doit pas s’organiser pour le travail, mais pour le bonheur.

Jean-Marie Brohm propose une postface éclairante. Inspiré par le freudo-marxisme, ce sociologue a enrichi la critique du sport. Il dénonce également la routine universitaire et la sociologie standardisée. Cette situation s’explique par les stratégies de cooptation, le népotisme, le clientélisme, la médiocratie et le recrutement endogamique de l’Université. Le mimétisme idéologique devient le premier critère pour devenir universitaire. Les chercheurs « de gauche » et syndicalistes fervents adoptent les mêmes pratiques que leurs collègues « de droite ». « La sociologie sert au moins à cela : révéler les secrets honteux des sociologues, qui loin d’être les porteurs d’une prétendue « science sociale » rêvée par certains, sont par servitude volontaire les agents consentants de la reproduction de la violence institutionnelle au sein même de leur propre corporation », observe Jean-Marie Brohm.

La sociologie académique impose une spécialisation qui renvoie toute forme de réflexion plus générale à de la littérature, de la philosophie ou de l’essayisme. Un conformisme règne dans le petit milieu universitaire. « La haine déréglée pour tout ce qui n’entre pas dans les moules standards et les techniques standards trahit l’idéologie de la sociologie routinière », constate Edgar Morin.

 

Claude Javeau propose une critique implacable du milieu universitaire. La sociologie devient une simple profession et perd toute sa dimension tranchante et critique. Pourtant, même les gauchistes ou les « révolutionnaires » se réfèrent à des études sociologiques sans le moindre regard critique. Au contraire, dans une perspective émancipatrice, les intellectuels et les avant-gardes doivent être congédiées.

Il semble surtout indispensable de briser la séparation entre la pratique et la théorie. Lorsque des initiatives tentent de relier la théorie et la pratique comme le colloque « Penser l’émancipation », c’est toujours avec le même ton pédant et la limite de l’hyperspécialisation académique. C’est toujours le même marxisme de salon aussi prétentieux que creux. Le tout étant très éloigné de la réalité des mouvements de lutte actuels. Les sociologues observent la réalité sociale en refusant d’en tirer la moindre conclusion politique. Les militants se contentent d’un activisme de l’urgence et de l’immédiateté en assenant toujours les mêmes dogmes dépassés. Au contraire, il semble important de créer des espaces de réflexion et de lutte. Comprendre le monde et le transformer doivent s’inscrire dans un même mouvement.

article lu sur zones subversives

Source : Claude Javeau, Des impostures sociologiques, Le Bord de l’eau, Collection Altérité critique, 2014

 

Articles liés :

Sociologie, gauche radicale et pensée critique

La défense de l’Université et ses limites

La Théorie critique pour penser la crise

Une réflexion sur le capitalisme moderne

 

Pour aller plus loin :

Compte-rendu d’Aurélie Gonnet, publié sur le site Liens socio le 02 avril 2014

Compte-rendu de Nicolas Sire publié dans la revue de la Fondation Jean Jaurès, Esprit critique n°119 en avril 2014

Vidéo : Patrick Vassort, « De la disparition des SHS et conséquemment des Universités« , 2001

Vidéo : Claude Javeau, « La Culotte de Madonna« , Semaine de la Pop Philosophie

Articles publiés par Claude Javeau disponibles sur le site Cairn

Jean-Marie Brohm, « Sociologie critique et critique de la sociologie« , publié dans la revue Education et Sociétés n°13, 2004

Jan Spurk, « Contre la résignation et la mauvaise foi  – pour les sciences sociales publiques« , publié sur le site de la revue Sociologies dans un dossier sur « La situation actuelle de la sociologie« 

The Wire, divertissement et critique sociale

 

The Wire, divertissement et critique sociale
Des universitaires évoquent la série The Wire qui traite du trafic de drogue et des problèmes sociaux contemporains. 
 

La série américaine The Wire, diffusée à partir de 2002, est devenue culte. Coréalisée par un ancien journaliste et un ancien policier, elle propose une description réaliste du quotidien dans les quartiers populaires de la ville de Baltimore. Ce produit de divertissement semble particulièrement étudié par les milieux universitaires. Des sociologues se penchent sur cette série dans un livre récent.

Le succès de la série semble lié à la description réaliste d’une société en décomposition, incarnée par l’institution policière. Surtout, The Wire brise les codes de l’industrie culturelle et du produit standardisé. Une liberté de ton s’observe. Une diversité d’intrigues, de personnages et d’univers sont explorées. La ville de Baltimore devient un « fait social total ».

La désindustrialisation, les inégalités de race et de classe, le dysfonctionnement des institutions et divers problèmes de la ville postfordiste sont largement évoqués. « Dans The Wire, on cherche à réfléchir à ce que les institutions font aux individus, que ce soit la bureaucratie, les organisations criminelles, la culture de l’addiction aux substances, et même le capitalisme sauvage », souligne le coréalisateur David Simon. Les institutions ne semblent pas pouvoir évoluer de l’intérieur et la description réaliste s’oppose à la vision idéaliste des sociaux-démocrates.

 

 

The Wire

Néolibéralisme et pessimisme politique

 

Marc V. Levine observe la série The Wire comme une critique du capitalisme néolibéral. « The Wire vise à dépeindre un monde où les capitalistes ont remporté un triomphe absolu, où la classe ouvrière est marginalisée et où les intérêts financiers ont acheté une part d’infrastructure politique suffisamment grande pour empêcher toute réforme », confirme David Simon. Le froid mécanisme des institutions écrase les êtres humains. La série permet de nuancer la propagande optimiste des institutions et des politiques publiques. Elle décrit bien une situation sociale qui ne cesse de se dégrader.

La désindustrialisation alimente un chômage de masse. Avec la disparition de l’emploi, une « économie parallèle » se développe, fondée sur le trafic de drogue. La violence et l’incarcération ne cessent alors d’augmenter. Ce constat implacable s’attire la rancœur des responsables politiques qui dénoncent un tableau trop sombre, nuisible à l’image de la ville de Baltimore. Mais la gauche américaine, avec son optimisme volontariste et militant, estime que la série ne montre aucune possibilité de changement. Effectivement, la société capitaliste ne peut pas être mieux gérée ou améliorée et seule sa destruction peut apporter une véritable solution.

 

La série illustre les recherches universitaires pour montrer une complexité sociologique. Les inégalités sociales s’expliquent par différents facteurs. The Wire permet de déconstruire les clichés sur les populations des quartiers noirs. Selon Anmol Chaddha et William Julius Wilson, « les spectateurs se rendent compte que les décisions individuelles et les comportements sont souvent façonnés, et surtout contraints, par des forces économiques, politiques et sociales qui échappent au contrôle des individus ». Les individus ne peuvent pas agir face à leur situation mais sont enfermés dans un cadre social qui maintien les inégalités.

Mais la série montre davantage les conséquences des politiques urbaines que les causes et les processus sociaux.

 

Pour Peter Dreier et John Atlas, la série montre une société inégalitaire et immuable. « La ville qu’elle dépeint est un cauchemar dystopique, un réseau fait d’oppression et de pathologie sociale d’où il est impossible de s’échapper », estiment les deux universitaires. La série n’est pas optimiste par rapport à la possibilité de changer cette situation. « Non, je ne crois pas. Pas dans le système politique actuel », répond David Simon le créateur de la série. Cette réponse à l’image de The Wire peut paraître pessimiste, cynique ou même nihiliste. Mais elle semble surtout réaliste. La société et la politique urbaine ne peuvent pas être mieux gérées ou même améliorées. Pour véritablement changer cette situation, seul un renversement de l’ordre social et politique peut ouvrir de nouvelles possibilités. La série se révèle alors plus lucide que les universitaires qui croient aux politiques publiques, au gauchisme au syndicalisme ou à l’humanitaire. Mais la série semble également misérabiliste. Les pauvres apparaissent uniquement comme des victimes et non pas comme des individus capables d’agir et de s’organiser pour se révolter.

 

 

Faillite des institutions

 

Fabien Desage observe la série à travers les institutions présentées. Le syndicat, la famille, l’école apparaissent comme des institutions déclinantes. La gang et la police augmentent leur emprise sur les individus. Le management dans la police alimente la corruption avec des chiffres trafiqués.

La série montre également les rapports des individus avec les institutions, notamment la police. Certains pensent pouvoir changer la situation dans le cadre des institutions. D’autres préfèrent contourner les règles, mais pour mieux atteindre les objectifs de l’institution. Toutes les tentatives de changement se heurtent à la force des institutions. La misère sociale semble structurelle et l’action, pour permettre le changement, doit dépasser le simple niveau des institutions.

 

Julien Achemchame évoque le regard porté sur l’institution policière. La hiérarchie est présentée comme un problème qui entrave le bon déroulement des enquêtes. La police et la justice s’appuient sur les aveux des inculpés plutôt que sur les indices et les preuves véritables. Mais c’est le règne de la statistique qui apparaît comme le principal problème. Avec cette politique du chiffre, la quantité des arrestations de petits dealers prime sur la qualité des enquêtes pour démanteler des réseaux. Cette logique néolibérale explique l’effondrement social.

Didier Fassin évoque les relations entre la police et la population des quartiers. La présence et l’intervention policière deviennent directement sources de désordre. Les classes populaires et les minorités raciales sont considérées comme « propriété de la police » et peuvent subir une violente répression. La série The Wire permet de mettre en images toute une recherche sociologique et la rend accessible à un plus large public.

Julien Talpin ressort le vieux discours social-démocrate. Selon lui, la série ne montre pas les corps intermédiaires avec ses syndicats et ses associations communautaires. Pourtant, la série montre pertinemment la faillite du modèle fordiste. Les organisations syndicales semblent tout aussi corrompues et bureaucratisées que les institutions politiques. La régulation sociale semble impuissante face à une société qui se délite.

 

 

The Wire

Regards sur les populations

 

Monica Michlin insiste sur la dimension queer de la série. The Wire s’inscrit dans un univers masculin et brutal qui oppose policiers et gangsters. Les femmes sont peu présentes à l’écran. Mais des personnages perturbent les codes traditionnels de la série policière en affirmant leur homosexualité. Omar, braqueur redoutable, assume pleinement son homosexualité. Il reste pourtant particulièrement viril. Il suscite la crainte même lorsqu’il se rend à l’épicerie en traversant la rue dans un pyjama queer. Kima, une policière tenace, affiche sa sexualité lesbienne. Elle ne correspond pas à l’archétype de la femme lesbienne de la série The L World. Elle ne porte pas de rouge à lèvre et ne semble pas très féminine. Mais elle apparaît comme coureuse et infidèle.

 

Pour Anne-Marie Paquet-Deyris, la série rend particulièrement visible la population noire des quartiers. Les codes sociaux, jusqu’au langage, sont fidèlement retranscrits. Certains acteurs sont des amateurs qui connaissent bien le ghetto de Baltimore.

Des personnages tentent d’échapper à leur environnement social. Mais le ghetto apparaît comme « une sorte de prison ethnoraciale », selon l’expression du sociologue Loïc Wacquant. Omar, bandit et justicier, semble au contraire imposer ses propres codes. Son regard propose une distance ironique sur le monde. Mais, comme la majorité des hommes noirs du ghetto, il est abattu. « Dans The Wire, la mort d’un joueur quel qu’il soit, chef de gang, truand solitaire ou flic, ne semble avoir qu’une seule fonction : faire la preuve du caractère implacable, inexorable et endémique du « jeu » et du système tout entier », analyse Anne-Marie Paquet-Deyris.

 

 

> Bande annonce Sur écoute (The Wire) S3

Réceptions critiques

 

Fabien Truong compare la série à la recherche en sciences sociales. Contre l’immédiateté du journalisme, la série privilégie un rythme lent. Elle montre moins la violence et les faits divers que la routine et le quotidien des gangsters. The Wire montre surtout l’inertie des phénomènes sociaux. La série évoque différents univers sociaux sans imposer une hiérarchie. Robert E. Park et l’école sociologique de Chicago traitent de la même manière les professions illégitimes que les professions légitimes. La série, affranchie de la spécialisation en discipline, permet une description transversale et totale de la réalité sociale.

 

Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou évoquent la réception de la série en France. Ils relativisent l’influence de The Wire. La série s’adresse surtout à la petite bourgeoisie intellectuelle et pas vraiment aux classes populaires qu’elle montre à l’écran. Son rythme lent ne favorise pas un engouement populaire. Mais la série atteint une audience plus large que celle du petit milieu universitaire.

The Wire alimente le rap français et son imaginaire du ghetto. Les références à la série sont nombreuses dans le milieu du rap, aux États-Unis comme en France. Mais la situation dans les quartiers populaires semble différente dans les deux pays. The Wire montre une réalité particulièrement sombre, notamment des relations humaines. Des amis se trahissent ou s’entretuent. La violence et l’utilisation des armes semblent également banalisée.

 

The Wire présente une vision très sombre de la société moderne. Les universitaires qui se penchent sur cette série semblent d’ailleurs le regretter. Ses sociologues semblent proches d’une gauche social-démocrate qui croit en l’Etat social et en la possibilité de gérer et d’aménager l’ordre marchand pour améliorer les conditions d’existence. Mais The Wire présente un vision moins naïve et beaucoup plus critique. Les institutions, et encore moins les héros solitaires qui triomphent seuls face au système, ne sont pas valorisées et semblent engluées dans la corruption et l’impuissance. Pour améliorer la situation, une destruction de l’ordre existant devient indispensable.

D’autres séries permettent de sortir de l’optimisme béat de l’industrie culturelle et du volontarisme militant. La série Oz sur la prison, The Shields sur la police ou d’autres créations télévisuelles permettent une véritable réflexion critique. The Wire et d’autres séries de qualités permettent de sortir la télévision du simple abrutissement. Les œuvres de fiction et de divertissement permettent de soulever de nombreux problèmes politiques et sociaux qui deviennent alors incarnés par des personnages et ancrés dans la vie quotidienne.

article sur zones subversives

Source : Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris, Julien Talpin, The Wire. L’Amérique sur écoute, La Découverte, 2014

Quand des stars du foot risquaient leur carrière, voire leur vie, pour la démocratie et la justice

 

Ils ont marqué l’histoire du football, et pas seulement par leur jeu. Socrates au Brésil, Carlos Caszely au Chili, Robbie Fowler au Royaume-Uni : ces joueurs se sont engagés à leur manière en faveur des opprimés. Les deux premiers contre les dictatures latino-américaines, le troisième en faveur des dockers en grève de Liverpool. A l’heure où le foot est totalement dominé par l’argent et une logique économique malsaine, ces trois portraits, extraits du livre « Comment ils nous ont volé le football », édité par le journal Fakir, nous rappellent qu’une autre conception du football est possible. Un petit ouvrage sur la mondialisation racontée par le ballon, à lire entre les matchs !

Chili : un footballeur contre Pinochet

« Très peu de sportifs se sont fait connaître pour des prises de positions politiques ou sociales. Par peur. Parce qu’ils ont peur qu’on leur fasse payer. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé. Je continue de payer la note aujourd’hui car j’ai cru à la valeur de la démocratie. » Chili, 11 septembre 1973. La junte militaire renverse par un coup d’État le socialiste Salvador Allende, élu démocratiquement. Durant les dix-sept années de dictature qui vont suivre, un joueur de football s’oppose au régime : le buteur vedette de l’équipe chilienne, Carlos Caszely. Sa notoriété devient une arme politique, d’autant qu’il dispose d’un avantage : il joue en Espagne, lorsqu’il revient au Chili les micros lui sont tendus et il critique ouvertement le régime. « Je n’ai pas hésité un instant à quitter le Chili. Je n’aurais pas pu alors dire tout ce que j’ai dit à l’époque, explique-t-il. J’étais la voix du peuple qui souffrait. » Car les Chiliens manquaient bel et bien de soutien. Même dans le football.

Le Stade de la Mort

En novembre 1973, juste après le coup d’Etat, l’Union Soviétique doit se rendre au Chili pour un match de barrage. Qui devrait se tenir à l’Estadio Nacional, rebaptisé « le Stade de la Mort » : y sont détenus, et torturés, les prisonniers politiques. Impossible de jouer dans ces conditions, estime la fédération russe.

Le journaliste chilien Vladimir Mimica, alors emprisonné, se souvient : « Nous on dormait juste au-dessous de ces tribunes. C’était la grande incertitude, on ne savait pas ce qu’allait être notre avenir, notre destinée. Plusieurs compagnons qui étaient partis à l’interrogatoire ne sont jamais revenus. Beaucoup d’entre nous ne s’étaient jamais vus, mais nous avions tous un dénominateur commun : nous avions soutenu Salvador Allende. »

Gênée, la Fifa tergiverse puis, après une rapide visite, décrète qu’au Chili « le cours de la vie est normal, il y a beaucoup de voitures et de piétons, les gens ont l’air heureux et les magasins sont ouverts ». Quant à « l’Estadio Nacional », la délégation n’y voit qu’ « un simple camp d’orientation ».

L’URSS refuse, néanmoins, de se déplacer. S’ensuit alors le match le plus ridicule de l’histoire : devant quarante mille spectateurs, l’équipe chilienne entre seule sur la pelouse et entame un match sans adversaires ! Au bout d’un moment, Francisco Chamaco Valdes pousse la balle dans le but vide. La Fifa avalisa le score de 1-0 et la qualification du Chili. Carlos Caselzy en garde un goût amer : « Ça a été le show le plus débile qui ait eu lieu. Et j’ai été acteur de ce show. »

Refus de serrer la main de Pinochet

Qualifiée pour le Mondial de 1974 en Allemagne, la sélection chilienne est reçue par le général Pinochet en personne avant son envol pour l’Europe. Carlos Caslezy décide de frapper fort : « D’un coup les portes s’ouvraient et il y avait ce type avec une cape, des lunettes noires et une casquette. Avec une figure aigre. Sévère. Il commence à marcher… Et à saluer les joueurs qualifiés pour le Mondial en Allemagne. Et quand il arrive très près, très près, je mets mes mains derrière moi. Et quand il me tend la main, je ne lui serre pas. Et il y a eu un silence qui pour moi a duré mille heures. Ça a dû être une seconde ? Et il a continué. Moi, comme être humain, j’avais cette obligation parce que j’avais un peuple entier derrière moi en train de souffrir, et que personne ne faisait rien pour eux. Jusqu’à arriver à un moment où j’ai dit stop… Non à la dictature ! Au moins, laissez-moi protester. Au minimum, laissez-moi le dire. Au minimum, laissez-moi dire ce que je ressens. »

Son geste, l’attaquant le paiera très cher. À son retour d’Europe, sa mère lui confie, en larmes, qu’elle a été arrêtée et torturée. Le joueur ne peut y croire : « Je lui ai dit « arrête maman il ne faut pas plaisanter avec ce genre de choses ». Elle m’a montré sa poitrine avec ses brûlures et j’ai pleuré comme un enfant. Ils m’ont fait payer ça sur ce que j’avais de plus cher. Ma mère. »

Le clip thérapie

En 1988, Pinochet organise un référendum pour sa réélection. Carlos Caszely enregistre un clip de campagne, avec sa mère qui témoigne, pour que le peuple vote « non », contre le général. « Ce clip fut une libération pour ma mère. Elle a pu dire les choses publiquement et j’ai senti que ce fut une forme de thérapie », confie-t-il. Cette prise de position, d’une icône nationale, a un grand impact sur les Chiliens. Selon les analystes, elle aurait convaincu près de 7% des indécis à voter « non ». Le 6 octobre, les résultats tombent : 44,01 % des voix aux partisans de Pinochet, contre 55,99 % à ses adversaires victorieux. Caszely l’emporte après les prolongations… [1]

Brésil : Socrates et la démocratie maintenant !

« Au départ, nous voulions changer nos conditions de travail, puis la politique sportive du pays, et enfin la politique tout court. » Ainsi parlait Socrates. C’est que sous la dictature militaire, il a vite compris le sens du mot « engagement » : « Quand je suis rentré au lycée à 16 ans, j’ai vraiment ressenti la répression. Il y avait des camarades de classe qu’il fallait cacher, d’autres qui s’enfuyaient. » Diplômé de médecine, il poursuit en parallèle une carrière de footballeur aux Corinthians de Sao Paulo.

Un coach élu par les joueurs

Alors que le club végète, sa présidence échoit, en 1981, à un jeune sociologue, Adilson Monteiro Alves, déjà passé par la case prison. Sa technique surprend : il redistribue les bénéfices et surtout, il demande l’avis des joueurs, les fait choisir eux-mêmes leur coach ! « Dès le début, il nous a expliqué qu’il serait toujours à notre écoute, se souvient Wladimir. Avec Socrates, nous y avons vu l’occasion d’exprimer nos sentiments. Entre nous, on ne parlait pas forcément de politique, mais plutôt de la structure du foot brésilien, qui était très archaïque, avec les pouvoirs très concentrés au niveau de la fédération. Alors, de fil en aiguille, nous avons établi un système dans lequel chaque décision serait soumise au vote et où les simples employés du club auraient le même poids que les dirigeants. On organisait des réunions au siège du club à chaque fois qu’une décision importante devait être prise. »

Ces assemblées réunissent les joueurs, les dirigeants, jusqu’aux chauffeurs de bus. « Nous voulions dépasser notre condition de simples joueurs travailleurs pour participer pleinement à la stratégie d’ensemble du club, raconte Socrates. Cela nous a amenés à revoir les rapports joueurs-dirigeants. Les points d’intérêt collectif étaient soumis à la délibération. »

« Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie »

Les résultats suivent. L’équipe remporte deux championnats de suite, en 1982 et 1983. Dès lors, d’autres clubs cherchent à appliquer cette recette magique : Palmeiras et le FC Sao Paulo d’abord. Puis le mouvement gagne Rio et le plus grand club du pays, Flamengo. Mais surtout, le phénomène se propage hors du football. Alors que la publicité apparaît sur les maillots de foot, les Corinthians floquent les leurs d’un simple mot : « Democracia ». Et en 1983, à l’occasion de la finale du championnat opposant les Corinthians à Sao Paulo, l’équipe se présente sur le terrain avec une banderole : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie. »

« Socrates faisait tout pour qu’on cite notre mouvement en exemple et qu’il s’étende à d’autres sphères de la société brésilienne, rapporte Zenon. Il donnait sans arrêt des interviews et expliquait notre fonctionnement pour que les gens comprennent qu’il était possible d’avoir une vision collective et démocratique des choses, qui allait à l’encontre du système de la dictature militaire, où c’était chacun pour sa gueule. » C’est une émancipation que décrit le capitaine, les joueurs s’exprimant « avec plus de liberté, de joie et de responsabilité. Nous étions une grande famille, avec les épouses et les enfants des joueurs. Chaque match se disputait dans un climat de fête. Sur le terrain, ils luttaient pour la liberté, pour changer le pays. Le climat qui s’est créé leur a donné plus de confiance pour exprimer leur art. »

Poings dressés

Socrates prend directement part au mouvement « Diretas Ja », pour « élections directes maintenant ». Le député Dante de Oliveira a, en janvier 1983, déposé un amendement, afin de permettre l’élection du président de la République au suffrage direct, et s’en est suivie une vague contestataire, des manifestants, par centaines de milliers, défilent dans les principales villes du Brésil. Le régime militaire déclare l’état d’urgence pendant soixante jours.

Socrates et ses compagnons des Corinthians deviennent des figures phares. « Il n’était pas là lors de la confection des panneaux pour les manifestations, mais il donnait de sa personne en assistant à toutes les réunions, en donnant des dizaines d’interviews pour inciter les gens au changement. Durant tout le temps qu’a duré le mouvement, il ne s’est pas entraîné normalement une seule fois. Il se sentait investi d’une mission ». Lors de sa mort, sur tous les stades du Brésil, une minute de silence a précédé les matches. Les spectateurs ont dressé le poing en l’air, comme le faisait le joueur quand il marquait un but. [2]

Royaume-Uni : pour les dockers de Liverpool

« Votre réaction lors du penalty sifflé vous fait honneur. C’est ce genre de réactions qui permettent de maintenir la dignité du jeu. » Le 20 mars 1997, l’avant-centre de Liverpool, Robbie Fowler est félicité par Sepp Blatter en personne. Lors d’un match contre Arsenal, il file seul et semble faucher par le gardien. L’arbitre siffle, mais l’attaquant conteste alors le penalty… en sa faveur ! « Non non non, proteste-t-il de la voix et des mains, le goal n’a pas commis de faute. » Mais l’homme en noir ne revient pas sur sa décision. Fowler frappe alors, mollement, le tir au but, le gardien le repousse, mais un partenaire met la balle au fond des filets. Pour ce geste, il recevra le trophée du fair-play de l’UEFA.

Cinq jours plus tard, en revanche, le 25 mars, le même est blâmé par la Fifa : « C’est une règle stricte qu’un terrain de football n’est pas le bon endroit pour des démonstrations de nature politique. » Son tort ? Au printemps 1997, les dockers de Liverpool sont en grève, depuis près de deux ans. Robbie Fowler est un enfant du pays, pas un transfert. En quart de finale de la coupe des coupes, son équipe est opposée au modeste club norvégien de Brann. Le jeune attaquant marque et exhibe un T-Shirt rouge : « 500 dockers de Liverpool congédiés depuis 1995. » Son partenaire, Steve McManaman, lui aussi né à Liverpool, dans le quartier popu de Bootle, affiche le même maillot à la fin du match, et le défend : « Tout ce qu’on voulait, c’était donner un coup de main aux personnes qu’on connaît et qui ne reçoivent aucune paie. Robbie et moi avons offert notre soutien aux dockers, mais nous ne sommes pas assez arrogants pour croire que porter un T-Shirt ferait la différence. »

Réuni en urgence, le comité de discipline condamne Fowler à une amende de 2 000 francs suisses, et le club de Liverpool rappelle ses joueurs à l’ordre : « Les commentaires sur des questions extérieures au football sont inacceptables sur le terrain de jeu. » C’est qu’il y avait plus grave que la politique, dans cette affaire : le droit des marques était en cause. Les joueurs avaient, en effet, sur leur maillot, détourné le logo de Calvin Klein, « cK », avec « docKers », et le sponsor menaçait de porter plainte. Impardonnable. [3]

article lu sur bastamag

Extraits du livre Comment ils nous ont volé le football édité par Fakir Editions.

Vous pouvez commander le livre (130 pages, 6€) en librairie, sur la boutique en ligne de Fakir, ou en imprimant ce bon de commande.

Fakir est un journal indépendant et alternatif, créé en 1999 à Amiens (Picardie), qui parait tous les deux mois. « Journal fâché avec tout le monde. Ou presque », Fakir a lancé sa propre maison d’édition. Pour s’abonner au journal, c’est ici.

Notes

[1Sources : Les rebelles du foot, documentaire de Gilles Rof et Gilles Perez, 2012. « Chili-URSS 73, les fantômes du Nacional », Alexandros Kottis, les cahiers du football, 2006.

[2Source : « Socrates larme à gauche », So Foot n°93, Février 2012.

[3Sources : Libre-arbitre : onze histoires loyales ou déloyales du football mondial, Dominique Paganelli, Actes Sud, 2006. No Logo, Naomi Klein, Actes Sud, 2001.