7 techniques de mensonge du FN

Technique de mensonge n°1: manipuler les chiffres
C’est en particulier sur l’immigration que le FN argumente en présentant des chiffres faux, des constats que les chiffres avérés contredisent, ou des chiffres objectivement manipulés. Par exemple, Marine Le Pen a dit en mars 2013 sur France 3 que « l’immigration coûte 70 milliards d’euros par an ». Elle a omis de mentionner que l’immigration rapporte également de l’argent à la France. Or, en faisant le solde entre ce que l’immigration coûte et rapporte à la France, il est positif de près de 4 milliards d’euros pour la France.

Technique de mensonge n°2: confondre une corrélation avec une causalité

C’est en particulier sur la criminalité et la délinquance que le FN argumente en confondant une corrélation (« A s’accompagne de B ») avec une causalité (« A est la cause de B »). Par exemple, Marine Le Pen a recommandé à ses sympathisants la lecture de La France orange mécanique de Laurent Obertone. Ce livre recense des actes criminels barbares commis en France par des personnes par ailleurs issues de telle ou telle culture (« A s’accompagne de B »). Il déduit de ces origines culturelles que leur barbarie provient de leur culture (« A est la cause de B »): d’où sa théorie de « l’ensauvagement ». Cette technique permet au FN de soutenir que l’immigration est une source d’insécurité. Or, le raisonnement est absurde : appliqué au fait que 97% des détenus de France sont des hommes, il aboutirait à la conclusion qu’un grand plan national d’opérations massives de changement de sexe réduirait la criminalité.

Technique de mensonge n°3: l’amalgame

C’est probablement la technique la plus couramment employée par le FN pour mentir aux électeurs. Que des élus de gauche ou de droite soient condamnés pour corruption, et le FN parle de « tous pourris ». Qu’un islamiste commette des attentats, et l’islam n’est pas compatible avec la République. Que des immigrés commettent des délits, et l’immigration est une cause d’insécurité. Sur tous ces points, l’amalgame est statistiquement indéfendable: par exemple, sur l’insécurité, même si l’on supposait que la totalité des détenus de France sont des immigrés maghrébins (ce qui est faux), cela représenterait alors un taux minuscule de 0,44% de la population totale d’immigrés maghrébins en France.

Technique de mensonge n°4: le sous-entendu

Encore lors des débats des élections européennes, Marine Le Pen a déclaré que les gens voient bien qu’il y a trop d’immigrés. Affirmer qu’ils le voient, c’est un sous-entendu raciste. En effet, il est évidemment impossible de distinguer à l’œil nu un immigré d’une personne née en France. Donc, en réalité, dire que les gens voient qu’il y a trop d’immigrés, c’est sous-entendre qu’ils voient qu’il y a trop de personnes qui n’ont pas la peau blanche. Cela permet d’envoyer un message raciste à l’électorat, tout en préservant la possibilité de nier ce racisme. Au demeurant, dans son programme de 2012, le FN prend explicitement la défense des « hommes blancs ».

Technique de mensonge n°5: l’usurpation de la rhétorique républicaine

C’est en particulier une méthode très courante de la part de Florian Philippot, soldat perdu du chevènementisme devenu bras droit de Marine Le Pen. La technique consiste à employer la sémantique républicaine pour recouvrir un argumentaire qui, sur le fond, reste d’extrême droite. Par exemple, le FN prétend être grand défenseur de la laïcité, valeur républicaine par excellence. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de laïcité, c’est généralement pour s’attaquer à l’islam. Autre exemple: le FN revendique d’être opposé au communautarisme, par essence incompatible avec l’individualisme républicain. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de communautarisme, c’est en réalité pour être lui-même défenseur d’un communautarisme blanc. Corollairement, le FN est sélectif lorsqu’il prétend défendre les « racines » de la France. Typiquement, il met en avant les « racines chrétiennes » mais jamais ses racines gréco-romaines. Or, en se fondant sur les racines gréco-romaines, tous les pays méditerranéens ont les mêmes racines que nous…

Technique de mensonge n°6: prétendre ne plus être d’extrême droite

Le FN alterne sur ce point entre deux lignes contradictoires. Tantôt il prétend n’avoir jamais été d’extrême droite, tantôt il élude mais précise que ses idées ont changé avec le temps. Pourtant, non seulement le FN est toujours d’extrême droite, mais plus précisément, il est pétainiste. De fait, comme le régime pétainiste, il préconise notamment une hiérarchie sociale fondée sur le sang français, un Etat fort protecteur des artisans et petits commerçants, une politique nataliste et anti-IVG, et la liberté de faire de la propagande antisémite. Par ailleurs, comme le régime pétainiste, il s’est choisi Jeanne d’Arc pour icône. En outre, il compte parmi ses fondateurs des anciens collabos: par exemple, son tout premier trésorier, Pierre Bousquet, est un ancien caporal SS, et François Brigneau, ancien vice-président du FN, servit dans la Milice du régime de Vichy.

Technique de mensonge n°7: la frappe ciblée

C’est une ligne de défense quasiment systématique du FN lorsqu’une de ses idées est identifiée comme étant d’extrême droite. Il riposte en citant une personne qui défend la même idée, ou un gouvernement étranger qui l’a appliquée, et qui n’est pas d’extrême droite. Par exemple, lorsque dans un débat sur France 2, en octobre 2013, Martine Billard a identifié comme pétainiste l’expression « redressement national » employée par Florian Philippot, ce dernier a répliqué qu’Arnaud Montebourg était ministre du « redressement » productif sans être pour autant pétainiste. En réalité, à l’échelle de la planète, presque aucune des propositions du FN n’est une position uniquement défendue par l’extrême droite française. C’est la combinaison spécifique de propositions qui est caractéristique de l’extrême droite française, et plus précisément, du pétainisme.

Thomas Guénolé sur son blog du huffington post

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Descente de militants d’extrême-droite contre les clients d’un bar de Tours

Mise à jour le 02/02/14

Le 25 janvier vers 23 heures, des militants d’extrême-droite ont attaqué les clients attablés à la terrasse du Buck Mulligan’s. Armés de gazeuses et de matraques, ils ont laissé leurs cibles en sang.

L’attaque a duré moins de deux minutes. Les néo-fascistes, installés à la terrasse de l’Epée Royale, surveillaient depuis plusieurs heures les allées et venues dans la rue, jetant des regards hargneux aux passants dont le look leur déplaisait. Ceux qui avaient assisté à un concert de Oi au Hurricane et se rendaient au Buck Mulligan’s ont vite été reperés par les guetteurs qui occupaient le croisement entre la place Plumereau et la rue du Grand Marché.

Ils ont chargé par surprise, balancé du gaz lacrymogène, envoyé des coups de matraque, claqué des chaises sur les crânes des clients assis à la terrasse du Buck — l’attaque à coups de chaise semblant devenir une spécialité de l’extrême-droite tourangelle. Aucun des clients du bar n’a eu le temps de réagir : les néo-fascistes ont laissé leurs victimes en sang et détalé sans demander leur reste.

L’agression, gratuite, renforce le climat dégueulasse qui pèse sur la ville. Plusieurs agressions ont déjà été relevées à l’Epée Royale, dont les fascistes, de Vox Populi aux Loups Turons [1], ont fait leur quartier général ; plusieurs clients qui protestaient contre les propos racistes de leurs voisins de table ont déjà été tabassés.

Les regroupements des militants d’extrême-droite ont été proscrits de l’Epée Royale pendant quelques semaines au printemps dernier, suite à une agression au sein du bar et à la vandalisation de la terrasse du restaurant Le Cappuccino, voisin de l’Epée Royale. Le patron avait alors interdit aux néo-fascistes de venir, pour ne pas se mettre à dos les autres commerçants. Ils sont revenus au fur et à mesure, « à titre individuel » et à condition de ne pas y faire de la « politique ». Ils sont désormais très présents sur la place, sous la bannière du groupe de supporters « ultras » Turons 1951.

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Un rendez-vous d’habitués – les Turons 1951 devant l’Epée Royale en train de faire des quenelles

Notes

[1] Pour des informations concernant ces groupuscules, lire http://demainlegrandsoir.org/IMG/pdf/Vox_populi_et_Loups_Turons.pdf

lu sur tours media libre

Un article plus détaillé des copains antifas de tours
Le connaisseur de la scène musicale
 (fidèle lecteur de barbellé dans les tympans on t'as reconnu !)
ne s’étonnera pas de l'ambiance si particulière
d'une ville où même les Skinheads 
(et pas des redz, ceux décrit ci dessous se décrivent comme apolitiques ^^)
se fassent agresser par l’extrême droite!

Nos braves boys scouts qui nous pourrissent les réunions antifas en déclammant
qu'il faut battre le fascisme sur le terrain du débat et des idées 
devraient se ballader plus souvent dans de joyeuses villes comme Tours, Toulons, Lille, Saint Dizier etc...

Déja ça nous ferait des vacances (et on pourrait peut être avancer plus vite en réu ;) )
Et en plus il réaliserais que telle la Peste Brune,
Le Facisme c'est la gangrène : On l'éllimine ou on en crève !

Nouvelle agression néofasciste hier soir samedi en centre ville.

Hier soir avait lieu un concert à l’Hurricane’s (1) organisé par l’asso ” Turone Fuckin’ Crew / Dernier Combat ” (2). Un événement facebook (3) a été créé pour ça annonçant la présence du groupe SHARP (4) parisien Maraboots, un groupe de Oi! skinhead antiraciste. Les néofascistes (dont plusieurs Loups Turons (5) ont été identifiés) ont attaqué à coup de gazeuses, matraques, triplex et chaises (sans doute pour imiter PL Mériguet) certains spectateurs ciblés à l’avance qu’ils ont discrètement suivi à la sortie du concert. Quelques minutes plus tôt un trio au look assez casual (6) prenait d’ailleurs verbalement à partie des spectateurs venant aussi de quitter le concert :

Les individus, malgré leurs intentions ouvertement violentes ne nous ont pas agressé, ce qui m’amène à penser qu’ils se réservaient pour une descente prévue et organisée [arrivée en petits groupes pour ne pas être repérés, pas de perte de temps avec des cibles jugées secondaires NDLR].

Maraboots a publié un statut sur facebook (7) univoque :

Maraboots et son public ont subi ce soir une attaque de bâtards de fascistes en marge de notre concert à Tours. Toute notre affection et nos pensées de reconfort vont à nos amis blessés ce soir. Nous ne changerons jamais, nous sommes antiracistes et fiers. On vous emmerde et on continuera !

Dans les nombreux commentaires, plusieurs sections SHARP (4) de France et d’Europe témoignent leur solidarité, certains blessés témoignent :

• Le truc c’est que ce ne sont pas des skins, les mecs ne sont pas repérable sauf à la façon de nous regarder , c’est comme ça qu’on a été pisté

• J’ai le nez pété et une dent, ptetre une côte, j’sais pas j’peux plus m’asseoir

• Ben quand des types arrivent à 15 en gazant tout le monde et jetant au hasard chaises tables et triplex sur n’importe qui y compris des passants et clients n’ayant rien à voir avec la scène, ben tu peux être champion de Krav Maga c’est mort. Ces lâches ne connaissent pas le combat à la loyale.

• Mec j’ai beau faire des sports de combat depuis quelques années déjà quand ils m’ont gazé et matraqué à plusieurs j’ai pas pu faire grand chose hein, j’ai pris une chaise et je suis parti vers mon pote qui se faisait fracasser par terre à 5 sur 1.

Les médias professionnels commencent tout juste à parler de cette ratonnade : ♦ Agressés à la terrasse d’un bar 27/01 (NRCO) ♦ Samedi soir à Tours : se détendre en terrasse et voir fondre des skins (Rue89/Nouvel Observateur)

(1) 16 bis rue de la longue échelle 37000 Tours (proche de la place du
Grand Marché)
(2) https://www.facebook.com/oitfcoi
(3) https://www.facebook.com/events/1442999475913829/?fref=ts
(4) Skinheads Against Racial Prejudicies : mouvement Skinheads antiracistes né à la fin des années 80 aux Etats Unis, se différenciant des Redskins par leur idéologie politique réformiste et classiste (trade-unioniste) là où les Redskins (RASH : Red and Anarchist SkinHeads mouvement né au début des années 90 aux Etats Unis) se caractérisent par une idéologie politique révolutionnaire et classiste (syndicaliste révolutionnaire).
(5) Groupe informel affinitaire néonazi rassemblant environ une 20aine de membres, adepte de RAC (Rock Against Communism) et de RIF (Rock Identitaire Français) : Vox Populi Turone, Loups Turons et concerts néonazis en Touraine et agressions physiques ; Quand la réalité rattrape un groupuscule en quête de respectabilité.
(6)càd décontracté, passe partout, discret
(7) https://www.facebook.com/Maraboots/posts/10152025370367737?stream_ref=10

la mythologie du 6 fevrier 34 ravivée par les manifs homophobes fascisantes ?

MARIAGES & MANIFS POUR TOUS ?

les reac' du pseudo "printemps francais" (sic !) ont oubliés leur homophobie qui les avait motivés à gagner la rue et battre le pavé pour espérer,
 une fois le nombre estimé, la perspective du putch. 
Car n'oublions pas la dernière tirade du tartarinesque Alexandre Gabriac 

"Au fond, de marcher dans Paris à marcher sur Paris il n'y a qu'un pas, et qu'un mot d'ordre aussi simple que présent dans nos esprits : lève toi et marche !"

C'est bien d'ordre et de discipline que rêve nos néo fachos, lancé dans leur grande aventure romantique de jeunesse :
 la revolution naZionale (beurk). 
le comité de rédaction vacciné contre la peste brune et pragmatique ne saurais trop vous conseiller
 de remettre ces jeunes esprit factieux à leur place, 
leur expliquer avec "tolérance" et "tout le matériel démocratique" nécessaire 
que le reste de la population préfèrerait vivre ensemble sans leurs idées nauséabondes.
et les copains et copines viendez tous le 12 mai à paris,  ILS NE PASSERONT PAS !

Boutin, Barjot et le spectre fantasmé du 6 février 1934

. Ils en appellent au « printemps français ». Ils sont de droite et leur ennemi désigné est le « laxisme de gauche ». Quel spectre plane au dessus de la mobilisation de Barjot et Boutin ? À quel épisode de l’histoire ces manifestations nous ramènent-elles ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles répond Nicolas Lebourg, historien de l’extrême droite.

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013. (Witt/Sipa)

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013

L’analogie revient en boucle : entre les scandales et les manifestations radicalisées des anti mariage pour tous, nous serions le 6 février 1934. L’analogie historique est toujours d’un maniement délicat. Mais il est vrai qu’un retour sur la subversion de droite n’est pas inutile pour comprendre la tension présente.

Qu’est ce que le « 6 février 1934 » ?

Depuis 1931, la France connaît la crise économique. Les scandales politico-financiers prennent une dimension insupportable en ce contexte. Autour du slogan « à bas les voleurs ! », on appelle à une grande manifestation unitaire  pour le 6 février 1934. Sont là les ligues nationalistes : l’Action Française, les Jeunesses Patriotes, la Fédération nationale des contribuables, Solidarité Française et les Croix de Feu. Sont aussi présents les anciens combattants, ceux de l’Union Nationale des Combattants mais également les communistes de l’Association Républicaine des Anciens Combattants. »L’Humanité » appelle à mettre « à bas le gouvernement voleur des mutilés de guerre et complice des escrocs », tandis que « L’Action française » titre contre « la dictature des voleurs ».

Le défilé se fait émeute : 15 morts et 1.435 blessés. Les manifestants veulent prendre l’Assemblée, leurs chefs s’y refusent. À gauche, la journée est interprétée comme une tentative ratée de coup d’État des fascistes. Il s’agit en fait d’une tentative réussie de déstabilisation du gouvernement par les droites autoritaires. Dans les jours suivants des contre-manifestations voient les militants socialistes et communistes fraterniser à la base. L’un des leaders communistes, Jacques Doriot, fonde un Comité d’Action Antifasciste. Trahison de la ligne « classe contre classe » : il est exclu en juin. Le même mois, le PCF reçoit la consigne de changer totalement de stratégie. Il se doit désormais d’appeler à l’union des gauches contre le fascisme. En octobre, le parti en appelle à un gouvernement de Front Populaire. Celui-ci prendra le pouvoir en 1936. Quant à Jacques Doriot, il évolue vers une droite ultra mâtinée de fascisme…

Conséquences du 6 février : Front National et Front Populaire

À droite aussi, le 6 février pousse à une dynamique unitaire. Il est vrai que l’État s’est doté de la possibilité juridique de dissoudre les mouvements politiques et que les ligues d’extrême droite sont frappées d’interdiction. Elles doivent donc travailler à leur reformation sous une nouvelle forme. Le théoricien de l’Action française Charles Maurras se propose non de fusionner les groupes mais de les rassembler dans un « Front national » sur la base d’un « compromis nationaliste ».

De 1934 à 1972, lorsqu’est fondé le FN lepéniste, concept et étiquette ont perduré : le compromis nationaliste est l’union de toutes les extrêmes droites malgré leurs projets inconciliables, dans le but premier de faire tomber l’ordre établi, avant que d’envisager de régler leurs querelles. Mais, l’extrême droite est un champ rétif à la discipline et les radicaux rejettent la proposition de Maurras, estimant, non sans raison, que ce FN n’est qu’un rassemblement de modérés ayant trahi la dimension révolutionnaire du 6 février.En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP)

En 1977,Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD

Le modèle va être sans cesse réemployé en vain, jusqu’à ce que, quarante ans plus tard, les circonstances et la personnalité de Jean-Marie Le Pen lui permettent enfin de s’avérer opératoire. La subversion de droite : un échec permanent

Échec dans la rue, échec dans la stratégie consécutive, et pourtant le 6 février rentre dans la mythologie des extrêmes droites. En affrontant physiquement les forces de l’ordre, en ayant des morts, elles se sont donné un parfum subversif enivrant. Cela explique que les extrêmes droites radicales investissent massivement le populiste poujadisme dans les années 1950, dans l’espoir d’un « 6 février qui réussisse ». Ils ont en tête le rôle joué par la Fédération des contribuables dans le déclenchement du 6 février. C’est là que le jeune Jean-Marie le Pen est formé à la politique par d’anciens communistes passés au collaborationnisme.

On s’agite, on rêve d’un 6 février qui fonctionne. Les extrêmes droites sont des heures insurrectionnelles de mai 1958 qui mettent à bas la IVe République. Mais elles sont dissoutes, et c’est le général de Gaulle qui accède aux responsabilités.

Voulant profiter de la demande sociale de répression de l’agitation gauchiste après 1968, les néofascistes d’Ordre nouveau pratiquent à la fois la violence contre-subversive anti-gauchiste dans la rue, habillée d’une esthétique subversive, et lancent le FN. Ils sont manœuvrés par le ministère de l’Intérieur jusqu’à ce que ce dernier en 1973 puisse dissoudre conjointement ON et Ligue communiste suite à une nuit d’émeute et d’affrontements avec les forces de l’ordre. D’hier à demain…

L’échec est patent : la subversion de droite n’a jamais fait tomber « le régime » mais, bien au contraire, a servi systématiquement le raffermissement de l’État. Pourtant, en voulant investir le Sénat, ce vendredi 12 avril 2012, les manifestants anti-mariage pour tous se situaient clairement dans la fantasmagorie du 6 février. Il est vrai qu’ils bénéficient de trois points positifs.

Frigide Barjot lors de la manifestation contre le mariage homosexuel le 24 mars 2013 à Paris (SIPA)

Tout d’abord, les déclarations radicalisées de personnalités politico-médiatique : Frigide Barjot s’exclamant que le sang va couler, Christine Boutin agitant le spectre de la guerre civile, Hervé Mariton dénonçant un coup d’État dans le processus législatif. Ensuite, ils ont face à eux un gouvernement certes affaibli, mais dont on doute qu’il soit tenu comme jadis par des personnalités en capacité morale d’utiliser tous les processus répressifs à leur disposition (tant physiques que juridiques).Enfin, la droite française cherche une recomposition idéologique depuis que la crise de 2008 a liquidé l’étendard libéral. La question est pour elle vitale si elle veut parvenir à coaguler les électorats frontiste et UMP pour assurer sa prochaine victoire. La radicalisation de l’opposition au mariage pour tous a valeur de banc d’essai de construction d’une socle conservateur commun s’opposant au libéralisme culturel de la gauche.

lu dans leur presse racoleuse, le nouvel’ obscédé

http://www.dailymotion.com/video/x4434h_6-fevrier-1934-dispositif-policier_news

Les leçons du 12 février 1934

Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd’hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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«Un retour sur le passé peut parfois aider à comprendre les contradictions de notre époque. Il ne s’agit naturellement pas de plaquer des recettes d’hier sur une situation d’aujourd’hui, mais il arrive que l’on puisse tirer des leçons utiles d’évènements forts de notre histoire.

C’est ainsi que l’on considère le 6 février 1934 comme une date noire de notre «calendrier politique». Ce jour là, une grande manifestation de l’extrême droite face à l’Assemblée nationale dégénère dans un affrontement sanglant avec les forces de l’ordre. On se souvient moins du 12 février 1934, qui vit la gauche et les républicains se mobiliser contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936.

Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. Au lendemain du 6 février, se constituent plusieurs comités antifascistes. Ils réunissent des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais pas de communistes. A l’époque, de lourds clivages idéologiques persistent entre les deux grandes branches du mouvement ouvrier. Et en dépit d’un péril redoutable, les logiques d’appareils poussent chaque parti à prendre des initiatives propres et séparées. Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un grand rassemblement place de la République, contre le fascisme et pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement. La SFIO préfère, elle, relayer par une manifestation l’appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février.

Ce jour là, le PCF décide de se joindre à la manifestation et il place des groupes et des orateurs tout le long du cortège, espérant attirer à lui les militants socialistes. Mais c’est un tout autre scénario qui va s’imposer. Le peuple de gauche a d’autres priorités que la préoccupation des dirigeants des partis d’exercer le rapport de forces. Il a sans doute une conscience plus aigue du danger et de la nécessité d’imposer une autre politique. On voit alors la base communiste se joindre au cortège socialiste et, aux cris de «Unité! Unité!», les militants des deux partis défilent côte à côte.

C’est donc un mouvement populaire puissant qui s’impose, contre la volonté des états-majors et des dirigeants des deux grands partis, malgré les ressentiments profonds qui se sont accumulés depuis près de 15 ans entre socialistes et communistes et malgré de réels désaccords idéologiques et politiques. La manifestation unitaire du 12 février 1934 préparera les esprits à l’idée du rassemblement de la gauche, des partis et, bien au-delà, des associations, des syndicats, de personnalités et d’intellectuels. C’est ainsi que le terme de Front populaire prendra tout son sens.

La crise profonde que nous vivons n’est pas comparable à celle de 1929. Certes, la situation économique et sociale est très préoccupante et des dérives inquiétantes montrent que notre société perd ses repères et que parfois, les esprits s’égarent, comme on l’a vu avec certaines réactions malsaines qui ont jalonné le récent «débat» sur l’identité nationale. Pourtant, la donne a radicalement changé, notamment en raison des nombreuses conquêtes sociales remportées depuis cette période. Quant à la menace fasciste, elle n’a fort heureusement pas la même acuité.

En revanche, l’état de la gauche, ses divisions, une surestimation de la nécessité d’affirmer un rapport de force entre partis, révèlent d’étranges similitudes. Aujourd’hui comme hier, il est à craindre que les appareils politiques soient incapables, sans une pression populaire, de se dépasser, d’offrir un nouveau cadre unitaire où pourra s’exprimer la diversité de la gauche et du mouvement écologiste, où auront envie de s’engager toutes ces femmes et hommes qui aspirent à une victoire de la gauche en 2012: une victoire pour changer leurs conditions de vie, notre société, notre mode de développement.

Dans l’histoire politique de la France, les années 30 ont été un moment d’affrontements majeurs, à forte visibilité, où les citoyens étaient interpelés. Aujourd’hui, ce qui marque notre période, c’est plutôt un apparent désintérêt et l’abstention, manifestations d’une crise démocratique et politique réelle. La division de la gauche, son incapacité à s’unir autour d’objectifs porteurs d’espoirs, les querelles personnelles, les jeux d’appareil constituent autant de facteurs aggravants. Il faut donc inventer des formes nouvelles de mobilisation citoyenne, pour imposer à nouveau le slogan «unité, unité» et lui donner un contenu, afin qu’il devienne le départ d’un nouveau rassemblement des forces populaires, porteur de progrès, d’espérance et de victoire!»

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès

lu dans leur cyber-presse payante! média fart

Le sens d’une riposte populaire

L’historienne Danielle Tartakowsky explique comment la riposte aux manifestations anti-parlementaires du 6 février 1934 est devenue l’acte fondateur du Front populaire.


La France des années vingt, dite des  » années folles « , connaît pendant une dizaine d’années une certaine prospérité. Mais, dès 1931, le pays est affecté par un retournement économique mondial.
Quel est l’impact de cette crise sur la société française et la répartition de ses forces politiques ?

Danielle Tartakowsky.

La crise économique est ressentie en France à la fin de l’année 1931. Les gouvernements qui se succèdent dans cette IIIe République politiquement instable vont y répondre jusqu’en 1934 par une politique continue de déflation, visant avant tout à sauver la monnaie, et par des coupes budgétaires. Cette réponse à la crise présente le double inconvénient de peser sur le salaire des fonctionnaires et sur la pension des anciens combattants – très nombreux dans cette France d’entre-deux-guerres. Si la classe ouvrière, quant à elle, doit faire face à la diminution de son temps de travail, elle ne voit pas son salaire horaire baisser. Ce qui explique que les mobilisations sociales, qui débutent vraiment après les législatives de 1932, après l’élection du néo-cartel Radical, soient essentiellement, jusqu’en 1934, le fait d’organisations sectorielles de droite et d’extrême droite. Sauf la marche des chômeurs, retenue par l’histoire en raison de son caractère de nouveauté, les mobilisations sont ainsi d’assez faible ampleur. Cependant, fin 1933, début 1934 débute une campagne anti-parlementaire très violente, dont les racines plongent évidemment dans le mécontentement populaire provoqué par la gestion de la crise économique.


Les gouvernements successifs ont, à ce moment, perdu la confiance populaire. Les victimes de la crise sont aussi scandalisées par les affaires politico-financières qui secouent les milieux politiques. L’affaire Stavisky fait beaucoup de bruit. Ce climat favorise-t-il le renforcement des mouvements d’extrême droite, des ligues ? Quels sont les discours de ces organisations ?

Danielle Tartakowsky.

On voit monter, début 1934, après le scandale Stavisky qui éclabousse beaucoup d’hommes politiques, un mouvement mené par plusieurs types d’organisations de natures politiques différentes, unifiées dans leur rejet du parlementarisme et la dénonciation de ce qui est appelé, à l’époque, le  » régime des scandales « . De façon schématique, il y a d’un côté l’Action française, organisation d’avant-guerre qui se réclame d’un monarchisme quelque peu fantasmatique et dont le leader est le charismatique Maurras, de l’autre toute une série de ligues d’extrême droite, nées entre 1924 et 1927, parmi lesquelles les Jeunesses patriotes, les Croix de feu et Solidarité française – seule à se réclamer du modèle fasciste italien. Toutes ces ligues ont en commun le nationalisme, certaines dimensions autoritaire et xénophobe et un mode d’organisation paramilitaire. Ces groupes divergent toutefois quant au sens de leur dénonciation du  » régime des scandales « . Pour l’Action française, il s’agit de dénoncer le régime lui-même, intrinsèquement producteur de scandales ; pour les ligues, de dénoncer les scandales qui entachent le régime politique existant.


Les ligues décident d’une grande manifestation. Quel est leur but, leurs revendications ?

Danielle Tartakowsky.
Le 6 février 1934, à la suite d’une nouvelle crise parlementaire, le radical Daladier doit obtenir l’investiture de la Chambre. Ce même jour, toute une série d’organisations appellent à manifester. La puissante Union nationale des combattants, située à droite de l’échiquier politique et qui se considère être la garante depuis la fin de la guerre de la morale politique comme de la morale en politique, appelle à défiler pour protester contre la baisse des pensions et contre les scandales politico-financiers qui secouent le monde politique. L’Action française et les ligues appellent pareillement à manifester sur des objectifs différents, voire divergents.
Enfin, l’ARAC, liée à la mouvance communiste, appelle à manifester pour tenter de ne pas laisser à la droite le monopole de la colère des anciens combattants. Les points de rassemblement, éloignés les uns des autres, forment un arc de cercle autour du Palais Bourbon, devenu la cible de l’anti-parlementarisme de ces manifestations.
Pendant que se déroulent les débats, la manifestation tourne à l’émeute. On relèvera au matin 17 morts et 1 500 blessés : la plus grande expression de violence à Paris depuis la Commune. La nuit durant, Daladier a été investi sur une base plus large que le néo-carte, mais les soutiens qui lui permettraient de ramener l’ordre dans la rue ne lui sont accordés qu’avec parcimonie par la justice, la police et l’armée. il choisit alors de démissionner dans la matinée du 7. Cette capitulation transforme ce qui n’était qu’une manifestation particulièrement violente en un mouvement objectivement insurrectionnel.


Les forces de gauche organisent très rapidement des contre-manifestations à ce mouvement de rue du 6 février. Quel est le sens de ces ripostes ?

Danielle Tartakowsky.

Aujourd’hui, les historiens ne tiennent pas le 6 février 1934 pour une tentative de coup d’État fasciste. Mais un événement vaut souvent davantage par ses représentations que par l’analyse scientifique que l’on peut en faire. Étant donné les circonstances internationales – fascisme italien et élection de Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 -, et nationales – montée en puissance des mouvements d’extrême droite -, les forces de gauche, contemporaines de l’événement, l’ont clairement analysé comme une menace fasciste, même si communistes et socialistes ne définissaient ce mot pas dans les mêmes termes. Les ligues d’extrême droite étaient unanimement comprises comme le bras armé du fascisme menaçant.
Communistes, socialistes et organisations syndicales organisent la riposte, en ordre dispersé, les 9 et 12 février, puis de façon unitaire, amorçant le processus qui conduit à terme au front populaire.

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6 février 1934 et « Printemps français » 2013 : le parallèle a ses limites


Les camelots du roi défilent à Paris le 6 février 1934 : au bout de leur canne, certains manifestants ont disposé des lames de rasoir (Assembl&eacute ; e nationale)

Devant les oppositions au mariage pour tous, les références au 6 février 1934 se sont multipliées. Les événements et surtout le contexte des deux moments présentent certes plusieurs points communs.

Ces références ont souvent pour objectif de tirer la sonnette d’alarme face à des dérives antirépublicaines. On peut cependant avancer que, contrairement à l’effet recherché, la comparaison risque de minimiser certaines violences actuelles.

1934 : crise économique et institutionnelle

Les manifestations de février 1934 s’inscrivent dans un contexte économique et social très délicat. La crise de 1929 touche la France depuis 1931. « Le cœur à gauche et le portefeuille à droite » : la célèbre formule d’André Siegfried résume assez bien l’ambivalence des Français et du gouvernement radical, qui mène une politique de rigueur.

A la crise s’ajoute un réel problème politique et institutionnel. L’instabilité parlementaire, « la valse des ministres », accentue les difficultés liées aux divisions de la sphère politique. La gauche est divisée entre radicaux, socialistes et communistes. Le parti radical, majoritaire à la Chambre, est lui-même traversé par des dissensions internes. Impossible ou presque de gouverner la France dans ces conditions.

L’affaire Stavisky met le feu aux poudres. Ce scandale financier éclate en janvier 1934, et éclabousse plusieurs députés radicaux. « Stavisky se suicide d’un coup de revolver tiré à bout portant », titre le Canard enchaîné : la presse accuse la Chambre de vouloir étouffer l’affaire et soupçonne une corruption généralisée des parlementaires.

Les ligues d’extrême-droite organisent à Paris quelques manifestations qui tournent à l’émeute. Chautemps démissionne et Daladier devient président du Conseil. Il révoque d’emblée le préfet de police de Paris, Chiappe, coupable selon lui de complaisance à l’égard des agitations d’extrême-droite.

C’est cette révocation qui provoque, en réaction, l’appel à la manifestation parisienne du 6 février 1934, le jour où Daladier devait présenter son gouvernement.

Les manifestations des ligues le 6 février

Le jour de la manifestation, les ligues convergent. Il s’agit d’un ensemble d’organisations populistes, souvent paramilitaires, mais hétérogènes. La plus importante d’entre elles, les Croix de Feu, dirigée par François de la Rocque, s’est constituée autour d’un noyau d’anciens combattants.

Hostiles au fascisme et au nazisme, ils tiennent toutefois un discours d’inspiration catholique, nationaliste et xénophobe. Ils dénoncent surtout l’immobilisme du Parlement et revendiquent un exécutif fort.

« A bas la République ! », « Vive Chalres Maurras ! », Le chant des Camelots de roi, vidéo-karaoké

Sous l’égide de Charles Maurras, l’Action française et les Camelots du roi affichent sans détour leur opposition à la République. Minoritaires, le Francisme et la Solidarité française semblent quant à eux plus radicaux. Notons qu’avec l’appui de l’Humanité, les communistes manifestent également à la fois contre la corruption, contre Daladier et contre le régime.

Dans la soirée, les manifestations basculent dans une violence exceptionnelle. Après quelques incendies, les premiers affrontements éclatent avec les forces de l’ordre qui gardent la Chambre des députés. Plusieurs cordons sont franchis. Quatre conseillers municipaux conservateurs parviennent à rentrer dans la Chambre pour demander la démission du gouvernement.

Dans la nuit, les Croix de Feu se replient, La Rocque ordonne leur dispersion, et la manifestation est finalement maîtrisée.

Bilan du 6 février 1934

La manifestation fait quinze morts et un millier de blessés, dont une centaine parmi les policiers. Le lendemain, Daladier démissionne. On appelle Gaston Doumergue pour le remplacer.

Le manque d’unité des manifestants est flagrant. Bien que quelques-uns voulaient prendre d’assaut la Chambre des députés, il ne s’agissait pour la majorité que d’une démonstration de force. L’objectif était surtout de revendiquer la souveraineté du peuple français dans la rue contre la légitimité du Parlement.

Adressés quelques temps plus tard à la commission d’enquête, les mots de Dumoulin de Labarthète, inspecteur des finances, qui faisait partie des manifestants les plus radicaux, démontre assez bien l’absence d’objectif clairement défini :

« Quant à notre but, il était de pénétrer, sans armes, au Palais Bourbon, par le seul effet d’une poussée de masse, et d’y exercer, après les discriminations nécessaires (je connaissais dans l’ancienne Chambre, au moins de vue, 370 députés sur 610), de solides représailles (solides, mais non sanglantes) sur les élus d’un suffrage universel qui mène la France à la guerre et à la ruine. »

La tentative de coup d’Etat, dénoncée le lendemain par la presse de gauche, n’est qu’une hypothèse sans réel fondement.

Cette date permet surtout, avec le recul des années et un bilan établi du fascisme italien et du nazisme, de relancer de temps à autres le thème du « danger fasciste ». Selon l’historien Michel Winock, l’événement et sa mémoire ont ainsi accentué les clivages au sein de la société et de la vie politique française.

Printemps français 2013, écho du 6 février 1934 ?

Crise économique et politique de rigueur, dirigeants impopulaires, montée de l’extrême-droite à l’échelle de l’Europe… le contexte de 2013 trouve certes quelques points communs avec 1934.


« Manif pour tous » à Paris, janvier 2013 (Ycare, Wkimedia Commons)

Le parallèle est surtout suscité par les manifestations conservatrices alors que, traditionnellement, le pavé est plus souvent battu par la gauche. Comme en 1934, enfin, des manifestants menacent d’entrer dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Certains diront qu’elles sont évidentes, mais il n’est sans doute pas inutile de rappeler les principales différences distinguant 2013 de 1934.

En 1934, les ligues manifestaient contre Daladier, contre les radicaux et contre le régime parlementaire, dont l’immobilisme était un réel problème. En 2013, les manifestants s’opposent au projet de loi Taubira favorable au mariage entre personnes de même sexe. On a donc des revendications institutionnelles en 1934, et un débat sociétal en 2013. Rien à voir.

Par ailleurs, l’hostilité des ligues aux blocages des institutions de la IIIe République et la revendication d’un exécutif fort sont autant de slogans qui ont pu être apaisés, depuis 1958, par la mise en place par de Gaulle d’un régime présidentiel avec la Ve République.

Les opposants au « mariage pour tous », s’ils adressent des slogans hostiles à Taubira comme à Hollande, ne s’inscrivent pas dans une démarche de contestation des institutions. Des élus appellent d’ailleurs à manifester, participent aux cortèges, et en relaient les revendications à l’Assemblée et au Sénat. La fracture, en 2013, ne se situe donc pas entre les manifestants et les élus, mais au milieu de la société française.

Les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les familles du « Printemps français » ne peuvent être assimilées aux colonnes des ligues, qui défilaient souvent en uniforme.

Toutefois, s’il était important de rappeler la désunion des manifestants de 1934, il faut aussi insister sur l’hétérogénéité des opposants au mariage pour tous. Aux familles et aux élus de droite se sont greffés des groupes plus radicaux tels que Civitas, le GUD, les Hommen, mais aussi des groupes moins formels tels que celui qui a dernièrement intimidé et menacé Caroline Fourest à Nantes.

Les violences de 2013, finalement pas plus graves qu’en 1934 ?

La comparaison est sordide. Elle permet néanmoins de souligner la profondeur et la singularité des problèmes actuels.


Wilfred de Bruijn, agressé à Paris le 6 avril dernier

Contrairement au 6 février 1934, où des lames de rasoir ont été employées contre les forces de l’ordre à cheval, les manifestations hostiles au mariage pour tous n’ont, semble-t-il, tué personne. Ces dernières semaines, on recense cependant quelques coups et autres passages à tabac, non pas contre les forces de l’ordre, mais contre des civils, y compris contre des femmes, alors que les ligues attaquaient les institutions et leurs symboles.

Les associations homosexuelles dénoncent d’ailleurs une montée de l’homophobie et des violences en dehors des manifestations : après les agressions survenues dans un bar gay de Lille, c’est dans un collège que la violence homophobe s’est invitée (bien que le lien avec le contexte national ne soit pas attesté).

Bien sûr, 1934 avait occasionné, dans la presse et dans la rue, la tenue de propos antisémites et xénophobes. Mais ces discours restaient secondaires au sein des ligues, qui étaient surtout opposées au gouvernement et au Parlement, voire à la République. En marge des partis et des institutions, les ligues des années 1930, de plus, ne correspondaient aux aspirations que d’une minorité au sein de la société française.

En 2013, au contraire, l’opposition à un groupe défini – les homos – constitue le cœur du « Printemps français ». Alors même que les institutions ne sont pas remises en cause, refuser l’égalité de droit aux couples homosexuels peut être assimilé à de l’homophobie, que celle-ci soit assumée ou non. Or, les opposants au mariage pour tous, malgré la variabilité des résultats des sondages sur la question, constituent au moins une frange importante de la population française.

En plus des menaces, des intimidations, des violences physiques et de la peur qui peut en découler, que tant de manifestants s’activent aussi fréquemment pour refuser l’égalité de droit à un groupe en raison de son identité sexuelle, en raison de ce qu’il a de plus intime, en raison de ce que ces hommes et ces femmes sont et de ce qu’ils ressentent, constitue une violence d’une ampleur que la référence au 6 février 1934 pourrait minimiser.

Infos pratiques
  • Michel Winock (dir.), « Histoire de l’extrême droite en France », Paris, Seuil, 1994
  • Michel Winock, « La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques. 1871-1968 », Paris, Calmann-Lévy, 1986
  • Jean-François Sirinelli (dir.), « Histoire des droites », Paris, Gallimard, 2006
  • Serge Berstein, « Le 6 février 1934 », Paris, Gallimard, 1975
  • Gilles Candar, « Histoire politique de la IIIe République », Paris, La Découverte, 1999

lu dans leurs blogs, les échos de l’histoire in le monstre

Extrême droite et jeunes – Faux labels révolutionnaires

 

La jeunesse, objet de recrutement et de manipulation

Dans la propagande d’extrême droite, les jeunes ont toujours été mis en avant. Illustration extraite d’une publication française néonazie des années 1970 – Doc. : Archives RésistanceS.be


Depuis un certain temps, l’extrême droite s’intéresse à nouveau aux jeunes. Traversés par des crises internes, les partis et mouvements nationalistes et identitaires de la droite radicale se sont lancés, pour se redynamiser, dans le recrutement de jeunes.

Dans cet objectif, les manifestations de rue se sont récemment multipliées. En France, une rude concurrence est livrée entre les divers représentants de l’extrême droite pour attirer de jeunes recrues.

Des structures « jeunesses » ont été réactivées ou spécialement mises sur pied. Le vieux mouvement néofasciste et national-catholique l’OEuvre française manoeuvre désormais derrière les Jeunesses nationalistes (JN). Le groupe Troisième voie s’anime au tour d’un vieux noyau militant qui était déjà actif dans les années 1980, mais tentant maintenant d’attirer de nouveaux activistes pour ses Jeunesses nationalistes-révolutionnaires (JNR). Le Bloc identitaire s’agite pour séduire des jeunes, depuis septembre dernier, avec le label « Génération identitaire » (GI), après avoir utilisé, sans succès, celui d’« Une Autre jeunesse », l’héritière directe de ses Jeunesses identitaires apparues en 2002. Le Front national de la jeunesse (FNJ) est toujours au coeur du dispositif militant du FN lepéniste. Pour recruter des jeunes au service de l’ultradroite, il existe encore en France le Groupe Union Défense (GUD), le Renouveau français (RF), France Civitas jeunesse (FCJ), l’Action française étudiante (AFE), les Autonomes nationalistes (AN)

Afin de les attirer, ces mouvements et organisations spécifiques adoptent un discours rebelle, voire même subversif. Il s’agit d’un hameçon. Parce que l’extrême droite reste intrinsèquement de nature contre-révolutionnaire.

Cette stratégie de manipulation en direction des jeunes est le thème de ce nouveau dossier de RésistanceS.be.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture.

 

Extrême droite, propagande et manipulation

 

Labels révolutionnaires pour séduire des jeunes

« Ne nous y trompons pas, le vote FN est de nature révolutionnaire : c’est un vote contre le pouvoir central, contre les magouilles et les privilèges ».
Robert Gaia, conseiller municipal PS à Toulon, octobre 1996.

 

L’Action française, le vieux mouvement d’extrême droite, national-catholique, monarchiste et contre-révolutionnaire dirigé jadis par Charles Maurras prône l’insurrection pour recruter des jeunes, comme le montre ici l’une de ses illustrations de propagande – Doc. Archives RésistanceS.be.

Y a-t-il des jeunes au sein des formations d’extrême droite ? Parmi leurs électeurs, leurs  militants et leurs cadres ? Le vote pour des formations politiques telles que le Front national (FN) en France ou la Deutsche volksunion (DVU) en Allemagne est-il uniquement un vote de « vieux » exprimant ainsi une nostalgie entretenue au fil des années pour l’époque vichyste ou nazie ?

L’extrême droite est-elle réactionnaire ? Vieux jeu ? Se cache-t-elle derrière des apparats rebelles pour séduire les « dégoûtés » de ce système ? Avant de répondre à ces questions dressons un constat de la situation politique actuelle.
Allergie
Le rejet de la politique est généralisé, comme le démontre la plus grande partie des enquêtes d’opinion, ainsi que les rangs grossissant des abstentionnistes et des votes blancs aux dernières élections françaises, par exemple. Pour une bonne majorité des électeurs, cette manifestation d’opposition particulière est même devenue une vertu, un cri de révolte et une manière d’exister dans cette société.

De petites phrases qui peuvent sembler anodines – « Je ne comprends rien à la politique », « Je n’aime pas la politique », « Elle ne m’intéresse pas », « Cela ne sert à rien de faire de la politique »… – sont quotidiennes. On les entend dans la bouche de filles et de fils d’ouvriers aussi bien que chez ceux de bourgeois. La dépolitisation, l’apolitisme et l’antipolitisme sont des virus qui rongent notre jeunesse. Pas qu’elle, d’ailleurs.

Les responsables ? En bonne partie, les hommes et les femmes politiques qui se sont transformés en technocrates, en bureaucrates et qui se sont isolés du peuple. Cette caste politicienne a donné naissance à une nouvelle particratie. Cette situation dégoûte de plus en plus de gens et les jeunes constituent le gros de ces troupes de mécontents.

La politique classique n’a plus rien d’attirant… sauf pour des opportunistes, des mercenaires de l’administration kafkaïenne et des surdiplômés qui veulent entrer dans le système par la grande porte. Nous vivons, à l’heure actuelle, les derniers actes d’un drame politicien. Une histoire qui a commencé il y a bien longtemps. Et pourtant…
L’extrême droite attire ?
A la lecture des diverses analyses socio-politiques réalisées jusqu’à présent, force est de constater que les jeunes sont de plus en plus nombreux à voter pour des partis nationalistes. Pire, les cadres des FN et autres DVU sont désormais singularisés par leur jeune âge (25-35 ans). Pour constituer leur staff, Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret (à l’époque, le numéro deux du FN français), Jörg Haider (président du FPÖ, le parti national-identitaire autrichien), Gerhard Frey (le « patron » de la DVU), Karel Dillen (fondateur et ancien président du Vlaams Blok, le nom de l’époque de l’actuel Vlaams Belang) et bien d’autres se sont entourés de collaborateurs appartenant à une nouvelle génération militante. Une génération qui n’a pas connu la Deuxième Guerre mondiale ni la Guerre froide et qui est née juste avant ou juste après Mai 68.

La confiance exprimée à l’égard des jeunes adhérents s’observe également dans les mouvements d’extrême droite (1). Il est vrai que toute force se présentant comme « nouvelle » – y compris à gauche – a toujours mis en avant la jeunesse de ses troupes afin de remplacer la « vieille classe politicienne ». C’est donc aussi une stratégie électoraliste, comme d’autres mettent des femmes en avant sur la scène médiatique dans l’unique but de séduire un électorat plus féminin ou de paraître plus « branché ».

Voilà pour le constat. Maintenant, essayons de comprendre pourquoi des jeunes peuvent-ils être attirés par des partis qui proposent pourtant un programme complètement conservateur en ce qui concerne les libertés individuelles et collectives de la jeunesse en général.
Contestataire
Groupes nationalistes-révolutionnaires de base, Jeune Garde, Nationaal revolutionaire jeugd, Nouvelle Résistance, Jeunesses nationalistes-révolutionnaires, Futurisme européen révolutionnaire, Rebelles européens, Avant-garde combattante, Insurrection,RevolteAttackL’insurgéOffensive pour une nouvelle université,AgitacionNapalm rockRévolution européenneLutte du Peuple… Ces noms sont – ou étaient – ceux d’organisations ou de revues appartenant à l’extrême droite !

Paradoxalement, depuis toujours, les courants politiques les plus réactionnaires – conservateurs – hébergent en leur sein une minorité « révolutionnaire ». Celle-ci coexiste pour la bonne cause avec les dignes héritiers des contre-révolutionnaires du XVIIIe siècle (2). Ce sont des ancrages idéologiques identiques qui permettent de cimenter cette coexistence pourtant contre nature. C’est-à-dire que l’antimondialisme, l’antisémitisme, l’anti-américanisme, l’anticommunisme, le poujadisme, le racisme, la xénophobie, le sexisme, la haine de la démocratie et des droits de l’homme sont leurs « points de rencontre ». De plus, ces pôles théoriquement divergeant sont également atteints de la même pathologie politico-délirante, dénonçant à tort et à travers de multiples lobbies complotant pour détruire l’« Europe blanche » : complot  de la « haute finance vagabonde et anonyme », complot maçonnique, etc.

Déjà dans les années 1920-1930, au sein du NSDAP hitlérien, ces haines et ces pathologies ont permis de constituer des passerelles entre les différentes familles idéologiques constituant l’extrême droite de l’époque. Aujourd’hui, elles se sont de nouveau alliées. Datant plus ou moins du début des années 1970, ces nouveaux fronts communs politiques se présentent au grand jour, malgré des crises intestines légendaires, comme des forces unies, solides et indivisibles.

Les différentes tendances de ces fronts ont scellé un pacte de non-agression. Entre elles, des accords tacites ont été conclus et les tâches ont été distribuées avec un certain brio. Chacun connaît et rempli son rôle pour profiter au mieux de la situation chaotique actuelle. C’est justement ce désir de chaos généralisé qui les unit (au sujet du chaos comme stratégie : voir notre article à ce sujet présenté dans ce présent dossier).

Au sein d’un parti fédérateur comme l’est le Front national, présidé dès sa fondation en 1972 par Jean-Marie Le Pen, les différentes tendances idéologiques qui constituent historiquement l’extrême droite se complètent donc. Elles servent à drainer des électorats différents. La tendance nationale-catholique s’adresse aux traditionalistes, fidèles aux slogans maréchaliste « Travail-Famille-Patrie ». La tendance nationale-populiste s’occupe des couches populaires apolitiques ou complètement dégoûtées par le monde politique. La tendance nationale-libérale rend confiance au milieu financier. Quant à la tendance nationale-révolutionnaire, elle sert à entretenir l’héritage de la « révolution nationale » et du « non-conformisme » des années 1930. Cette dernière tendance – qui est désignée par les initiales NR – se charge de séduire les jeunes par un « style rebelle » de circonstance.

Dans les années 1960 et 1970, plusieurs organisations françaises d’extrême droite prônent la « révolution » contre le régime.

 
Entrisme « révolutionnaire »
Présente dès la création du Front national, la tendance NR était animée, dans les années 1970, par l’un des cofondateurs du Front national, François Duprat . Après son assassinat en 1978, les NR perdirent de leur influence sur l’appareil frontiste. Ce n’est que depuis peu qu’elle reprend de l’importance. En août 1997, plusieurs groupuscules radicaux décidèrent de « réinvestir » dans le FN, en y formant un « pôle nationaliste-révolutionnaire ». Lors du défilé frontiste du Premier mai, ils distribuèrent un tract commun exprimant leur stratégie. Extrait :

« Le Front national représente 15 %, 25 à 30 % dans certaines régions. Son combat électoral, juste et nécessaire, exige un certain recul, voire un silence de bon aloi sur certains sujets historiques, anthropologiques ou, tout simplement, politiques (…). C’est pour cette raison que beaucoup de sympathisants du Front national ressentent la nécessité de s’organiser en parallèle à celui-ci afin de militer autrement et de mener un combat radical sans ruiner une chance historique d’arriver au pouvoir ».

Le Parti nationaliste français et européen (PNFE), un autre groupuscule néonazi (disparu depuis lors), reconnaissait quelques mois auparavant que le FN n’était pas un « parti révolutionnaire ». Cependant, à la suite d’une éventuelle marginalisation de celui-ci dans le paysage politique français, le PNFE espérait qu’il se radicaliserait. Cette radicalisation est même souhaitable :

« Les militants NR que nous sommes doivent, pour leur part, dans cette perspective, garder vis-à-vis du FN leur position d’électrons libres et un rôle d’aiguillon révolutionnaire, notamment par une action en direction de la jeunesse »précisait en 1997 l’auteur d’un édito publié dans le journal du parti (3).
Lutte contre l’establishment
La tendance NR n’a pas été la seule à développer un style rebelle. L’ensemble du Front national y souscrivit très vite. Engagé dans une lutte sans merci contre l’establishment, le Front fut très vite perçu comme un front rebelle, la seule véritable opposition au régime. Une opposition qui marquera des points, d’ailleurs, puisque ce parti deviendra l’arbitre de nombreux débats. C’est  justement l’une des raisons du succès du parti lepéniste. Hypermotivé et adoptant un ton radical, il capitalise la grogne populaire. Il séduit les dégoûtés des gouvernements français qui se sont succédés, ceux qui ont été abandonnés par les instances locales du pouvoir et qui, pour cette raison ou d’autres, n’ont plus de cadre référentiel utile pour se sentir intégrés dans cette société. Exclus de celle-ci, ils sont désormais dans un cul-de-sac. Par manque de formation politique, par simplicité, par répulsion ou par dépit, ils votent – et militent parfois – pour des partis d’extrême droite.

Au demeurant, Jean-Marie Le Pen lui-même est considéré comme un rebelle par ses zélateurs. Ancien parachutiste, sympathisant de l’Algérie française, anti-gaulliste de la première heure, fédérateur de l’extrême droite des années 1960 et 1970, ennemi numéro un de la classe politique, empêcheur de tourner en rond, co-responsable de l’actuelle déroute de la droite républicaine,Superman de la lutte contre l’establishment… les multiples facettes du  président du Front national séduisent les vieux comme les jeunes.

A ce sujet, Jean-Yves Camus, un des spécialistes de la formation lepéniste, notait en août 1997, à l’occasion d’un entretien accordé à l’hebdomadaire L’Express, que :

« Le sentiment de révolte demeure un facteur important. Etre au FNJ(l’organisation de jeunesse du Front), c’est se classer dans la catégorie des pestiférés, des martyrs de la politique. Ils expriment ainsi un vote de protestation globale contre le système : “Je suis exclu, donc je suis”. En outre, depuis le tournant du “Ni droite ni gauche, Français !” (slogan imposé par Samuel Maréchal, chef du FNJ de l’époque, membre de l’aile « orthodoxe » du Front et beau-fils de Le Pen), le FNJ ne s’inscrit plus au sein d’une droite réactionnaire, mais se veut le fer de lance d’une troisième voie révolutionnaire ».

Pour expliquer l’impact de séduction que peut avoir le FN sur les jeunes, Jean-Yves Camus estime :

« que l’offre politique des grands partis à destination de jeunes est relativement faible, à l’exception notable des Jeunesses communistes » (4).

Quelques mois auparavant, le journaliste Michel Soudais avait déjà fait le même constat dans Phosphore, un journal d’actualité destiné aux lycéens (5). Selon lui :

« jouant habilement de l’esprit de contradiction, voire de révolte, qui anime beaucoup d’adolescents, le FNJ cherche à les séduire en se présentant comme le seul mouvement d’opposition ».

A titre d’exemple, Michel Soudais rappelle l’un des derniers slogans du FNJ est « Sois vraiment rebelle ! Rejoins le FNJ ! ».

Il faut savoir que les partis ou mouvements d’extrême droite ont investi depuis longtemps dans des campagnes en direction de la jeunesse. Les plans d’attaque de ces campagnes se basaient sur les écrits du théoricien communiste Italien Gramsci. Le combat culturel est l’une des stratégies suivies dans le cadre du combat pour l’accession au pouvoir. Les phénomènes de contre-culture, milieu naturel de la contestation, retiendront toute l’attention.

Ainsi, divers mouvements musicaux, tels le hard-rock, la oï des skinheads ou la techno, seront stratégiquement investis (voir notre article à ce sujet dans le présent dossier). Cette tactique a été adoptée par l’ensemble des partis d’extrême droite.

 

En Flandre, plusieurs mouvements d’extrême droite proclament la « révolte » contre l’Etat belge. C’est le cas du groupe d’action nationaliste Voorpost (Avant-poste).
Rebelle national-flamand
Au Vlaams Blok (le nom du Vlaams Belang jusqu’en 2004), par exemple, l’« esprit rebelle » est un des piliers historiques. La première publication de ce parti indépendantiste, issu du mouvement flamand de libération nationale,  s’intitulait De Vlaams nationalist (« Le Nationaliste flamand ») et comportait un sous-titre proclamant : « en daarom staan wij hier REBEL » (« et c’est pour cela que nous sommes rebelles »).

C’est Voorpost qui illustre le mieux ce profil contestataire. Fondé en 1976, cette organisation d’« avant-poste » du combat identitaire participa à la fondation du Vlaams Blok et en deviendra ensuite l’une de ses plus actives structures périphériques. Voorpost se définit comme une organisation « nationale-révolutionnaire » ayant choisi la « révolte de droite », comme l’affirmait sa brochure publiée à l’occasion de son vingtième anniversaire. Au lendemain de la Marche blanche en octobre 1996, à un moment crucial pour le pouvoir en place, Revolte, le journal de Voorpost, proclamait en couverture : « Weg met het regime – Weg met België ! » (« Le régime dehors – La Belgique dehors ! »). Sur Voorpost 

De la rébellion, on passe facilement à la violence. Et celle-ci a, elle aussi, un impact certain sur les jeunes. D’autant plus que notre société est en elle-même de plus en plus violente.
La violence attire 
Malgré les costumes et les cravates, le profil BCBG et les discours policés au parlement, l’une des caractéristiques de l’extrême droite reste la violence. A ce sujet . Aussi bien dans les groupuscules que dans les partis politiques. Le journaliste René Haquin écrivait déjà en 1985, dans son livre consacré à l’organisation néonazie belge WNP :

« Ce qui a dû fasciner les plus jeunes, tant au Front de la jeunesse que plus tard au Westland new post, c’est le besoin de violence. Besoin de s’affirmer dans une société à l’abandon, sans chef, sans discours. Besoin de retrouver une fraternité, un coude à coude. Les initiateurs du WNP le savaient bien, et ce n’est pas par hasard, ce n’est pas par simple nostalgie qu’ils copièrent, pour le proposer aux autres, le système himmlérien. Ils le firent avec d’autant plus d’efficacité que le Front de la jeunesse et le Vlaamse militanten orde, qui incarnaient ces “vertus”, se remettaient mal de leurs procès respectifs. Il n’est dès lors guère étonnant de retrouver des militants du WNP dans d’autres groupes de jeunes, eux aussi à la recherche d’une identité, eux aussi violents (…) » (6).

Pour compléter les propos de René Haquin, il faut rappeler que le Front de la jeunesse (FJ) incarnait effectivement une forme de contestation dans les années 1970. Certes de droite, cette contestation était dans un premier temps dirigée, en partie, contre la société. Pour les étudiants perméables aux idées véhiculées par le FJ, les professeurs souvent de gauche représentaient précisément cette société. Afin d’exprimer leur opposition, comme nous l’expliqua en juin 1998 un ancien militant du Front de la jeunesse, ces adolescents rejoignirent la seule organisation militante qui développait alors une forme de « syndicalisme-révolutionnaire » étudiant. A l’époque, le FJ semblait bel et bien sortir de la norme. Et justement, pour le politologue français spécialiste de l’extrême droite, Pierre-André Taguieff, « Il existe une fascination réelle pour ce qui déborde de la norme »(7). Ce non-conformisme, aujourd’hui dénommé par la formule « politiquement incorrect », est-il la nature profonde de l’extrême droite ou est-il une adaptation, un leurre ?

 

Le Front de la jeunesse, dans les années 1970, se présentait en Belgique comme une organisation nationaliste-révolutionnaire, mais était également liée à l’aile conservatrice du Parti social chrétien (PSC) de l’époque – Doc. Archives RésistanceS.be
Ni gauche ni droite
Comme on l’a vu, l’extrême droite réussit à se présenter comme une troisième voie politique qui se situe entre la majorité et la « fausse opposition »(sic). Elle se présente donc comme n’étant « ni de gauche ni de droite ». Pourtant, l’extrême droite est et reste de droite (comme son nom l’indique d’ailleurs).

Avec une telle approche hypocrite de la politique, elle se profile comme une alternative aux idéologies dépassées (le communisme, le libéralisme bourgeois…). Pour exprimer cette approche stratégique, l’une des citations les plus connues du philosophe espagnol José Ortega y Gasset, extrait de son ouvrage culte La révolte des masses, est régulièrement mise en exergue :

« Etre de gauche ou être de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale ».

Pour plusieurs théoriciens d’extrême droite contemporains, le révolutionnaire Che Guevara illustre à merveille cette démarche « ni gauche ni droite ».

« Usurpé par les gauchistes occidentaux, le Che n’était, en fait, ni de gauche ni de droite. C’était un aventurier de la révolution… », pouvait-on lire en février 1979, dans le mensuel d’extrême droite belge Nouvel Europe magazine, alors dirigé par un ancien collabo philonazi belge et « parrain politique » du Front de la jeunesse 

L’extrême droite utilise dans ses textes un lexique bien particulier. Il n’est bien entendu pas le fruit du hasard. Certains vocables expriment clairement ses valeurs, d’autres servent d’appât afin d’attirer de nouveaux adeptes. Ce sont alors des « étiquettes » qui servent à masquer un contenu totalement à l’opposé. Les théoriciens d’extrême droite ont également couplé des mots pour inventer des leurres. Un nouveau vocabulaire a été inventé qui définit le « fasciste » à la fois comme un « nationaliste », un « patriote » et un « résistant » !

Les théoriciens du national-socialisme avaient parfaitement bien compris que, pour se faire connaître auprès d’un large public, il fallait innover, se montrer original, provoquer et susciter la curiosité. Adolf Hilter par exemple, écrivait, dans Mein Kampf :

« Nous avons choisi la couleur rouge pour nos affiches après mûre et solide réflexion, pour faire enrager la gauche, pour provoquer son indignation, et pour l’amener à venir à nos réunions, ne fût-ce que dans le but de les saboter, parce que c’était la seule façon de nous faire entendre de ces gens-là ».
Sur les traces de la Nouvelle Gauche
La métamorphose d’une partie de l’extrême droite – son passage d’un mouvement réactionnaire classique à un mouvement révolutionnaire – date de la fin des années 1960. Au moment de Mai 68, l’époque où le militantisme de rue, la contre-culture, la rébellion, l’action révolutionnaire, la lutte contre l’impérialisme… étaient animés par la gauche. Cette métamorphose est due à une prise de conscience.

L’échec de la militarisation du combat pour l’Algérie française a rendu groggy l’ultra-droite qui était marquée alors par sa défense de l’Occident chrétien, son appui au colonialisme et ses positions pro-américaines. Par ailleurs, ses liens avec des éléments clés du régime, son style conservateur et sa nostalgie bien peu attirante pour les nouvelles générations l’avaient également pervertie.

C’est un petit club de pensée, le Groupement de réflexion et d’études pour la civilisation européenne (Grece), qui impulsa une nouvelle dynamique grâce à un “nouveau” corpus idéologique. Un corpus qui se réappropriait en réalité des combats du passé abandonné après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le Grece donna naissance à la « Nouvelle Droite », quelques années après l’apparition de la Nouvelle Gauche aux Etats-Unis et en Europe, et sur le modèle de celle-ci, la droite extrême a donc agi en vis-à-vis de la gauche. Elle a suivi son exemple, ses méthodes, et elle a kidnappé certains de ses combats.

Ainsi, ses positions géostratégiques et politiques ressemblent à s’y méprendre à celles pensées plus de vingt années auparavant par l’éphémère Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). Né de la fusion d’un groupe militant qui s’était illustré dans la Résistance et d’un groupe trotskisant, le RDR était le mouvement intellectuel de référence de la gauche radicale non-communiste de l’après-guerre. Un de ses premiers tracts, daté de février 1948, illustre clairement ses positions :

« Entre les pourrissements de la démocratie capitaliste, les faiblesses et les tares d’une certaine social-démocratie, et les limitations du communisme à sa forme stalinienne, nous pensons qu’un rassemblement d’hommes libres pour la démocratie révolutionnaire est capable de faire prendre une vie nouvelle aux principes de liberté, de dignité humaine, en les liant à la lutte pour la révolution sociale »(8).

Le RDR, dans lequel se trouvait Jean-Paul Sartre, préconisait une troisième voie politique rejetant dos à dos les deux blocs. Pour ce Rassemblement, face à l’impérialisme américain et à la menace soviétique, la seule solution était la création d’une Europe forte, neutre et indépendante qui devait prendre la forme d’une « libre Fédération socialiste européenne ». Ces positions seront par la suite récupérées par la… Nouvelle Droite.

 

Les Blacks blocs, groupes autonomes révolutionnaires de gauche, vont devenir au milieu des années 2000 une source d’inspiration pour les « autonomes nationalistes », une des fractions les plus radicales de l’extrême droite.

 
Un gauchisme de droite ?
En Mai 68, les organisations nationalistes furent déconcertées face au soulèvement étudiant. Les choix n’étaient pas simples. Une dénonciation catégorique du mouvement risquait, en effet, de ranger l’extrême droite du côté du régime. Un ouvrage publié en 1995 par d’anciens étudiants français du mouvement Occident confirme la confusion qui régnait alors :

« Durant toute la Semaine rouge, du 6 au 11 mai, les querelles s’enveniment à Occident. Des utopistes envisagent l’unité d’action sur le terrain avec les gauchistes. D’autres sont d’avis qu’il faut aider la police à châtier la pègre bolchevique » (9).

Pour finir, la majorité du mouvement se rangea du côté du pouvoir gaulliste en organisant des contre-manifestations violentes afin de marquer son opposition aux étudiants révolutionnaires 

Ce soutien régime perdura jusqu’au milieu des années 1980. Après leur émergence dans le paysage politique français, Jean-Marie Le Pen et son parti continuèrent durant plusieurs années à soutenir les piliers les plus conservateurs de l’Etat. Tout en gardant un programme ultra-libéral, ce n’est qu’après le mouvement social de l’hiver 1995 que le FN adopta stratégiquement une orientation plus sociale, dans le but de s’accaparer une partie des mécontents et de ne pas perdre son électorat populaire.

En trente ans, l’extrême droite s’est donc en quelque sorte reconvertie. Par un aggiornamento plus que nécessaire, elle a inversé certains rôles. Dans plusieurs domaines, elle a remplacé la gauche. Une gauche embourgeoisée, intégrée dans les arcanes du pouvoir, corrompue par les années Mitterrand… Le socialisme galvaudé par les sociaux-démocrates européens et leur conversion à la pensée unique ouvrit une brèche à l’extrême droite.

Ce constat est également celui de Marianne, le journal français mené par Jean-François Kahn qui le résumait par cette courte phrase : « le PS séduit les bourgeois, le FN envoûte les prolos » (10).

Lorsque la social-démocratie gouverne avec (en Belgique) ou sans la droite (ou en alternance), l’extrême droite se fait facilement rebelle. Par pure tactique, elle endosse un profil révolutionnaire et dépasse la gauche contestataire sur son propre terrain. Manifestement, il y a, alors, une inversion des rôles.

La gauche a été le miroir dans lequel l’extrême droite s’est regardée pour enfin sortir de sa traversée du désert entamée à la Libération de l’Europe du joug nazi. La Nouvelle Droite et l’aile révolutionnaire du mouvement nationaliste se sont réconciliées avec les théoriciens du socialisme national français, avec ceux qui voulaient déjà au siècle dernier fusionner la « question sociale » avec la « question nationale ». Le discours rebelle de l’extrême droite contemporaine provient donc à la fois d’un héritage historique et d’une imitation de l’adversaire.

C’est Jean Cau qui se singularisait le mieux dans ce phénomène. Ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre, cet écrivain français rejoignit les rangs de la Nouvelle Droite, dans les années 1970. Son rêve était :

« celui d’une jeunesse gauchiste de droite. Dans un même refus violent, elle rejetterait le communisme, sur sa gauche, et la décadence, sur sa droite » (11).

Des attrape-nigauds…
Cette « gauchisation » masochiste de l’ultra-droite, à la fois par haine de Mai 68 et par jalousie de la gauche, est purement stratégique. En adoptant un double langage, les partis nationalistes peuvent se présenter avantageusement sur plusieurs terrains : social avec les exclus, ultra-libéral avec les patrons.

Quant à leurs conceptions vis-à-vis des jeunes, elles restent les mêmes : conservatrices et réactionnaires. Pour eux, la jeunesse est le « fer de lance de la Nation ». Elle doit donc être disciplinée et contrôlée.

Ne nous y trompons pas, le discours rebelle de l’extrême droite est empreint de paradoxes et de mensonges. Il s’est constitué du vol de certaines valeurs de la gauche. Ce discours est une escroquerie politicienne.

 

Notes : 
(1) Par exemple, le deuxième président du Vlaams Blok, Franck Van Hecke, est au moment de sa désignation le plus jeune président de parti.
(2) Sur l’histoire de la droite révolutionnaire, il faut lire ou relire : Zeev Sternhell,Ni droite, ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Bruxelles, éditions Complexe, 1987.
(3) Erik Sausset, éditorial, in Le Flambeau, n° 27, bulletin d’information et de liaison du PNFE (Parti nationaliste français et européen), Caen, 1997.
(4) Jean-Yves Camus : «  »Je suis exclu, donc je suis », disent-ils », entretien accordé à L’Express, 29 août 1997.
(5) Michel Soudais : « Comment le FN s’y prend pour draguer les jeunes », inPhosphore, février 1997.
(6) René Haquin : Des Taupes dans l’extrême droite, Anvers, éditions Epo, 1985, pages 133 et 134.
(7) Pierre-André Taguieff, in Marianne, 25 au 31 mai 1998.
(8) Cité par Ariane Chebel d’Appollonia : Histoire politiques des intellectuels en France – 1944-1954,tome II, Bruxelles, Editions Complexe, 1991, page 111.
(9) Ouvrage collectif : Les Rats maudits – Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995, Paris, éditions des Monts d’Arrée, 1995.
(10) Marianne, 29 septembre au 5 octobre 1997.
(11) Citation de Jean Cau mise en exergue dans la brochure « Combat nationaliste »publiée en janvier 1983 par le Front de la jeunesse (Belgique).

[Article extrait du chapitre « L’extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire les jeunes » (p. 111 à 134) de Manuel Abramowicz publié dans le livre collectif L’école face au racisme : les jeunes au défi de l’ethnicité, sous la direction de Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, Gerpinnes, 1997].

 

Jeunes : troupes de chocs de l’extrême droite

La stratégie du chaos

 

 

 

Activistes du Parti des forces nouvelles (PFN) à Paris, dans les  années 1970, lors d’une manifestation de soutien à la dictature espagnole du général Franco.

« Aujourd’hui l’anarchie, demain l’ordre nouveau »
Slogan du Renouveau étudiant, l’organisation du Front national dans les universités françaises dans les années 1990.

« Le système pourra s’agiter, menacer, il ne peut déjà plus rien contre la force des événements et le cours des choses… Non, l’histoire n’est pas finie ! Un nouveau cycle s’annonce. Nous sommes à un moment charnière, entrés dans une phase irréversible qui mènera au chaos… »
Réfléchir & Agir, n° 2, journal « national-révolutionnaire » français, premier  trimestre 1997. Sur celui-ci 

Selon le dictionnaire le petit Robert, le chaos se définit comme une « confusion », un « désordre complet ». Si l’extrême droite appelle de ses voeux une situation de chaos, c’est dans l’espoir d’apparaître comme le seul remède possible au désordre généralisé qui justifierait du même coup l’établissement d’un régime d’Ordre nouveau – base de toute idéologie nationaliste extrême.
Intégristes, païens, néonazis…
Les partis et groupes d’extrême droite vont donc oeuvrer dans ce sens et participer à toutes les actions possibles et imaginables susceptibles de déboucher sur le chaos. C’est dans cette optyique que des synergies de circonstance sont conclues entre différentes tendances idéologiques pourtant traditionnellement antagonistes.

Des intégristes chrétiens rencontrent ainsi, au sein de sociétés secrètes, des adeptes du paganisme, voire du satanisme. Une phalange de l’extrême droite prône la collaboration tactique avec l’ultra-gauche. Une autre infiltre les rangs progressistes, démocrates radicaux et gauchistes, pour les compromettre dans des actes illicites. Des nervis néonazis apportent leur soutien (et participent même) aux réseaux de « libération nationale » arabes ou fondamentalistes islamiques (et vice-versa). Des clubs de supporters de football sont menés par des « hooligans » d’ultra-droite. Des liens sont établis entre la petite délinquance et le grand banditisme. En un mot : tout est bon pour « foutre le bordel » !

[Article extrait du chapitre « L’extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire les jeunes » (p. 111 à 134) de Manuel Abramowicz publié dans le livre collectif L’école face au racisme : les jeunes au défi de l’ethnicité, sous la direction de Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, Gerpinnes, 1997].

 

Recrutement tous azimuts

Infiltration musicale


Après le hard-rock et la oï des skinheads, ce fut la techno qui dut subir les intérêts politiques de l’extrême droite.

 

 

Scouts nationalistes flamands de la VNJ, un mouvement de jeunesse lié au Vlaams Blok (le nom de 1978 à 2004 de l’actuel Vlaams Belang), lors d’une manifestation à Bruxelles dans les années 1990. L’extrême droite recrute aussi désormais dans les discothèques ! © Photo : Manuel Abramowicz

 
Tout est bon pour l’extrême droite lorsqu’il s’agit de véhiculer ses idéaux. Au milieu des années 1970, des organisations néonazies s’intéressèrent au mouvement skinhead dont l’origine ouvriériste était influencée par le reggae, une musique pourtant multiculturelle 

Seule l’extrême droite marqua un intérêt particulier pour ces fils d’ouvriers au chômage, révoltés par la crise économique qui frappait leurs familles. Elle allait en tirer parti : le mouvement se politisa sur les principes du « White Power ». Le fer de lance de cette politisation fut feu Ian Stuart. Chanteur du groupe Skrewdriver et ex-dirigeant du National front anglais, il compris rapidement l’importance que pouvait avoir la musique dans le combat nationaliste européen.
Rupture totale
Ian Stuart mit alors sur pied une « division militante » qui prit le nom de « Blood and Honour » (B&H), afin de manifester clairement son attachement au national-socialisme. Sur B&H, lire l’encadré de cet article . Des concerts RAC (« Rock against communism ») s’organisèrent pour réagir aux concerts des trotskistes « Rock against racism ». A l’instar de la plupart des Etats européens, des groupes skins servirent également de troupes d’assaut au Front national en France.

Aujourd’hui, c’est désormais la techno qui intéresse l’extrême droite. Pour les traditionalistes, celle-ci est un « produit de Satan » au même titre que le rock. Mais pour les « révolutionnaires »  :

« la vague techno s’affirme, dans sa droite ligne, en rupture totale avec le système bourgeois », comme le constatait en août 1995L’Avant-garde combattante.

Pour ce mensuel confidentiel NR de Paris :

« la contre-culture techno-rave est, tactiquement, d’autant plus intéressante qu’elle ne peut se réclamer d’une quelconque américanophilie vu le retard accumulé dans ce domaine par les sous-produits d’outre-Atlantique ».

Et de préciser :

« Notre leitmotiv nous impose d’être présents (et majoritaires) au sein de tous les mouvements anti-système. La guérilla, c’est montrer à l’ennemi que nous pouvons être partout, à chaque instant (…). A nous de gonfler et de faire gonfler la vague techno, et de ne pas la laisser se détourner de ses principes fondateurs ou s’égarer sur les chemins post-soixante-huitards… ».
Petits Blancs
En juin 1997, dans un article sur la techno, le quotidien françaisLibération  constatait que celle-ci pouvait intéresser l’extrême droite à plusieurs égards (1). Le journaliste du quotidien français avait observé par exemple que la plupart des participants aux raves (2) « sont des petits Blancs, issus généralement de la petite-et-moyenne-bourgeoisie ». Concernant une politisation de la techno, il notait que :

« les revendications politiques des ravers (non-violence, tolérance, fraternité, désacralisation de l’argent) ne sont à l’évidence pas bien différentes de celles du reste de la population jeune, avec même une vision de la classe politique, tous pourris et obsédés par le pouvoir et l’argent, pas très éloignée de celle d’un électeur moyen du FN ».

 

Notes :
(1) Alexis Bernier : « Le problème dans la techno, c’est la rave », in Libération, 10 juin 1997.
(2) Les raves sont des fêtes techno organisées dans la quasi-clandestinité et jusqu’à présent pas encore récupérées par des circuits commerciaux.

[Article extrait du chapitre « L’extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire les jeunes » (p. 111 à 134) de Manuel Abramowicz publié dans le livre collectif L’école face au racisme : les jeunes au défi de l’ethnicité, sous la direction de Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, Gerpinnes, 1997].

 

REACTUALISATION

Gabbers, gabberskins et techno

Tu as le « look facho ». Telle une tribu, les mouvements de jeunesse d’extrême droite cultivent un style propre de reconnaissance. Les « crânes rasés » et autres gabberskins peuplent les manifs nationalistes. Explication sur une « sous-culture » présente chez des « jeunes blancs ».

 

 

Pour séduire des jeunes en rébellion, l’extrême droite adopte aussi un ton particulier comme le montrent ces couvertures de journaux – Doc. Archives RésistanceS.be

 
Le gabber (un mot néerlandais signifiant « amis », « pote » ou « frère ») est un « registre musical » électronique qui apparaît vers le milieu des années 1990 en Hollande.

Il appartient au courant techno, en particulier à sa variante « hardcore » (dont les sons sont plus agressifs, martiaux, scandés…). Comme pour d’autres cultures musicales, des caractéristiques « tribales » apparaissent : au niveau du look, du langage, des signes de ralliement, de l’adhésion au groupe, des lieux de sortie, de l’attitude adoptée à l’égard des autres courants musicaux…


« Sieg heil » en discothèque
Composés de jeunes adolescents encore en âge d’aller au lycée, les gabbers se développent d’abord essentiellement dans les pays du Benelux. En Belgique, des méga-discothèques (notamment dans le Hainaut occidental, en bordure de la frontière belgo-française), où la techno s’écoute en boucle, offriront des espaces réservés aux gabbers.

À l’instar de ce qui s’est produit dans les années 1980 chez les skinheads, une sous-catégorie apparaît également dans le mouvement gabber, toujours au Pays-Bas, au début des années 2000 : les gabberskins. Ouvertement d’extrême droite, ils portent les mêmes signes de reconnaissance que ceux des « crânes rasés » : vêtements de même marque, emblèmes nationalistes (croix celtique, par exemple) et chiffres codés nazis (18, 88…). Dans les boîtes de musique où ils se déchainent, les « sieg heil » sont une habitude.


Contre-culture anti-système
Selon un rapport de la Fondation Anne Frank, il existait aux Pays-Bas, entre 2001 et 2005, près de 125 groupes de jeunes racistes se revendiquant du gabber, responsables de plus de 200 incidents, souvent très violents. Dans une perspective d’infiltration pour en recruter ses éléments les plus radicaux, c’est dans le milieu des années 1990 que la musique techno, écoutée par les gabbers, avait déjà intéressé la fraction « NR » (nationaliste-révolutionnaire) de l’extrême droite française.

« La vague techno s’affirme, dans sa droite ligne, en rupture totale avec le système bourgeois (…). La contre-culture techno-rave est, tactiquement, d’autant plus intéressante qu’elle ne peut se réclamer d’une quelconque américanophilie vu le retard accumulé dans ce domaine par les sous-produits d’outre-Atlantique (…). Notre leitmotiv nous impose d’être présents (et majoritaires) au sein de tous les mouvements anti-système. La guérilla, c’est de montrer à l’ennemi que nous pouvons être partout, à chaque instant (…). À nous de gonfler et de faire gonfler la vague techno, et de ne pas la laisser détourner de ses principes fondateurs ou s’égarer sur les chemins post-soixante-huitards… », était-il écrit en août 1995 dans un article de L’Avant-garde combattante, un mensuel confidentiel parisien de tendance NR.

Pour le politologue Stéphane François (université de Strasbourg), spécialiste des « sous-cultures » d’extrême droite (musique, esotérisme…), le phénomène gabber s’est aussi récemment implanté en France où ses adeptes « sont souvent issus de milieux modestes. Ils proviennent de famille monoparentale, précarisée, alcoolique ou violente… » (*).


Nationalistes autonomes en black bloc
Ces bandes juvéniles représentent souvent les « petits blancs », terme désignant les nationaux de souche vivant dans les quartiers populaires de nos grandes villes, caractérisés par leur paupérisation et une forte présence de populations immigrées, contrairement aux réalités majoritaires des autres quartiers.

Politiquement, les gabberskins sont actifs dans des partis d’extrême droite, mais surtout désormais chez les « nationalistes autonomes », un courant relooké néonazi qui s’illustre par ses apparitions radicales en « black bloc » et ses slogans « anti-système » dans des manifestations d’extrême droite.
(*) Interview de Stéphane François par le site Droite(s) extrême(s) d’Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au quotidien le Monde, 27 janvier 2011 (www.droites-extremes.blog.lemonde.fr).

[Texte extrait de l’article « Les skinheads néonazis sont-ils de retour ? » de Manuel Abramowicz publié dans Aide-Mémoire, trimestriel de l’asbl les Territoires de la Mémoire, Liège, n°59, janvier-mars 2012].

 

Au cœur du système de récupération
Discours « révolutionnaires »


Voici quelques citations et slogans « révolutionnaires » issus des rangs de l’extrême droite… conservatrice et rétrograde !

 

 

Un style révolutionnaire (de gauche) pour Occident, un mouvement contre-révolutionnaire français d’extrême droite des années 1960. Qui inspirera ensuite le NSV, le cercle des étudiants nationalistes lié au Vlaams Belang – Illu : Archives RésistanceS.

 
« Pour une Révolution populaire-nationaliste-anti-marxiste-anti-capitaliste. »
Slogan de la dernière affiche du mouvement Occident, 1968.

 

« Nous sommes les hommes des troupes d’assaut / Soldats de la Révolution / Demain brandissant nos drapeaux / En vainqueurs nous défilerons / Nous n’avons pas seulement des armes / Mais le diable marche avec nous… ».
Extrait du chant du Front de la jeunesse (belge), publié en février 1977 dans le journal d’extrême droite Nouvel Europe magazine.

 

« Les révolutionnaires, c’est nous ! Nous sommes prêts à verser notre sang pour notre sol ! Nous sommes les guérilleros de l’Occident. Parce que nous sommes le rempart de la Liberté ! ».
A. Kervran, militant du Front de la jeunesse lycéen, in Nouvel Europe magazine, n° 69, février 1976.

 

« La Droite que nous sommes se veut nationaliste-révolutionnaire (…). Révolutionnaire ! Parce que nous prônons la rupture avec le mode de vie capitalo-marxiste. Parce que nous luttons pour une société nouvelle, solidariste, c’est-à-dire organique, hiérarchisée ».
« Projet politique », plate-forme du Front de la jeunesse, in Nouvel Europe magazine, n° 77, septembre 1977.

 

« Il faut que les Fascistes se réveillent de leur sommeil dogmatique, qu’ils montrent à nouveau leur fécondité intellectuelle, qu’ils débattent de ce qu’ils sont pour savoir ce qu’ils sont et pour que nos adversaires sachent que nous ne nous contentons plus que de quelques parodies de slogans et de gestes mais que nous préparons réellement la seconde Révolution Fasciste ».
Charles Dreiser, in Année zéro, « organe de combat du mouvement socialiste-national-européen Ordre nouveau », n° 1,non daté (estimation : milieu des années 1970), Bruxelles.

 

« Voor Europa, Jeugd en Revolutie ».
Slogan publié dans Gungnir, n° 1, journal de la Vlaamse Jongeren Gent (organisation pro-Vlaams Blok), mai-juin 1997.

 

« Regroupons les desperados, les francs-tireurs, ceux qui agissent et qui pensent dans la marge. Nous avons besoin d’une confrérie rebelle, qui transforme le combat politique en célébration, en liturgie de vie et de mort, au coude à coude avec les héros de l’ancienne histoire ».
Réfléchir & Agir, n° 1, journal « national-révolutionnaire », (alors installé à Paris), été 1996.

 

« La vague rebelle ! La vague Le Pen ».
Slogan du Front national de la jeunesse, France, 1996.

 

Le Front national français s’est aussi présenté comme une « vague rebelle » dans le but de séduire des jeunes recrues…

 

« Le climat actuel ne devrait-il pas inspirer nos concitoyens à la révolte ? Je le crois (…). La révolte, ce n’est pas l’anarchie. Elle ne doit pas effrayer. Elle n’est qu’une transition indispensable à un retour vers le bon sens, vers une société ordonnée. Elle passe par une transformation de vos âmes et de vos esprits. Savoir reconnaître l’essentiel de l’accessoire, le Bien du Mal. Repousser les leurres. Révoltons-nous. Parce que notre avenir nous appartient ».
Alain Escada, in Polémique, n° 126, journal d’extrême droite belgicain, Bruxelles, 9 avril 1998.

 

« Nous sommes fascinés à l’extrême par les révolutionnaires sincères, qu’ils soient classés à droite ou à gauche. En définitive, notre coeur bat avec tous ceux qui aspirent à une véritable révolution sociale et nationale, tournant résolument le dos aux diktats des gangsters du Nouvel ordre mondial ».
Fabrice Robert, ancien conseiller municipal Front national, octobre 1996. Depuis le début des années 2000, il préside le Bloc identitaire, fondé avec d’autres « jeunes rebelles » nationaliste-révolutionnaires.

 

 

Citations sélectionnées par Manuel Abramowicz (RésistanceS.be).

[Extrait du chapitre « L’extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire les jeunes » (p. 111 à 134) de Manuel Abramowicz publié dans le livre collectif L’école face au racisme : les jeunes au défi de l’ethnicité, sous la direction de Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, Gerpinnes, 1997].

 

lu sur l’armurerie

[alerta antifascista ] Un nouveau mouvement néonazi s’agite en Wallonie

Enquête exclusive proposée par le journal RésistanceS.be

Dans les environs de Liège, un ex-membre du Front national belge a fondé la NS Wallonie. NS comme « National-Socialiste ». Ce groupuscule de fanatiques d’Adolf Hitler et de Léon Degrelle s’agite de plus en plus et multiplie ses relations avec des motards d’extrême droite belges et allemands.
 

Photo de groupe de quelques activistes du mouvement NS Wallonie avec leur leader, Francis C.


Depuis plusieurs mois, un petit groupe néonazi s’active dans la province liégeoise. Formé de quelques individus, ce groupuscule est mené par Francis C, un ancien membre du service de sécurité interne du Front national belge, dit « FN réunifié » . Le journal RésistanceS.be avait déjà repéré Francis C, notamment lors de la dernière assemblée générale de ce FN, près de Charleroi, en octobre 2011.

Francis C et d’autres frontistes vont ensuite apporter leur soutien à Solidarité unitaire, un « parti citoyen » fondé par des dissidents du FN réunifié . C’est quelque temps après qu’ils mettront sur pied leur propre structure militante. Elle prendra le nom de « NS Wallonie ».

Degrelle et SS « Wallonie »
Se présentant comme un mouvement, ce dernier reprend dans son nom les initiales NS,   celles du « National-Socialisme » d’Adolf Hitler. Les références au nazisme et ses dérivés sont nombreuses. Le parti Rex, le rexisme et son dirigeant-fondateur Léon Degrelle sont également les modèles du mouvement NS Wallonie. Il reprend pour emblème la croix de Bourgogne rexiste. Il produit – pour les mettre en vente – des t-shirts en l’honneur du parti de Léon Degrelle, dont un avec le slogan « Ils l’ont fait. Wallons c’est notre tour !!! NS Wallonie ». Cela n’a rien d’étonnant : les quelques activistes de ce mouvement se prennent pour les héritiers directs de la division SS « Wallonie ». Celle-ci avait recruté durant la Seconde Guerre mondiale des centaines de wallons et bruxellois pour combattre,  avec les nazis et sous la houlette de Degrelle, les soviétiques sur le front de l’Est.

Depuis qu’il a lancé le mouvement NS Wallonie, Francis C se présente sous le prénom de Léon. Afin de prouver sa dévotion totale à son héros, dernièrement, il s’est fait tatoué sur son crane un aigle avec la croix de Bourgogne.

Dans ses « favoris » affichés sur son profil Facebook, Francis C, qui se cache sous le nom de « Léon NS-Wallonie », se trouvent des groupes intitulés « Rexisme », « Croix celtique », « Waffen SS historical group », « On aime le porc mais pas les islamistes », « Génération Identitaire Picardie », « Marion Maréchal-Le Pen »…
Combat Adolf Hitler
Le mouvement NS Wallonie est composé quasi exclusivement de boneheads, des skinheads néonazis . Ils expriment sans aucun détour leurs sympathies pour Blood & Honour, un réseau NS international de boneheads, et de sa scission terroriste Combat 18. Le chiffre 18 désigne la première et la huitième lettre de l’alphabet, soit AH… les initiales d’Adolf Hitler.

Comme le montrent leurs écrits postés sur Facebook, le « niveau intellectuel » des membres du mouvement NS Wallonie est assez bas. Leurs connaissances politiques sont très limitées, sectaires et fanatiques, mais leur déterminisme est bien marqué. Ils se présentent comme les purs et durs de l’extrême droite belge francophone. Aiment « rouler des mécaniques » et apparaître comme des « méchants »… pour faire peur aux ennemis de la « race blanche ».

L’utilisation régulière de Facebook pour s’exprimer publiquement pourrait laisser à penser qu’il s’agit, une fois encore, d’un de ces énièmes groupes éphémères se développant uniquement – et de façon artificielle – sur Internet. Même si ce réseau social est utilisé abusivement pour diffuser sa propagande, fait de bric et de broc nazi, le groupe de Francis C organise cependant des descentes sur le terrain.

En septembre de l’année dernière, il se trouvait par exemple dans la commune de Malonne pour participer à une manifestation contre la libération de Michelle Martin, l’ex-femme et complice de Marc Dutroux. Le dirigeant de la NS Wallonie y défilait avec les militants de Nation, le mouvement identitaire et (national-)solidariste le plus actif actuellement. En février dernier, le même Francis C prit la tête d’une autre manifestation de rue d’une vingtaine de personnes, essentiellement des motards, pour protester à Liège contre la demande de libération conditionnelle de Marc Dutroux. Le calicot de la NS Wallonie sera déployé, sur la place Saint-Lambert, devant le palais de Justice.

Le samedi 9 mars dernier, c’est une « soirée privée années 80 » de ce mouvement qui eut lieu dans une salle d’un café, louée pour l’occasion dans la petite commune d’Engis (province de Liège). Elle fut décorée d’un drapeau rexiste, d’un autre néonazi et du calicot de la NS Wallonie. Une trentaine de membres et sympathisants s’y rendirent, souvent en famille, avec femmes et enfants. Sur une des photos prises lors de cette soirée NS, figurent quinze gros bras, à l’allure skin-nazis.

Francis C à la tête d’une manifestation devant le palais de Justice de Liège le 2 février dernier.

Motards belges et allemands d’extrême droite
Cette soirée du mouvement NS Wallonie fut rehaussée de la présence d’Eddy Schröder, l’un des dirigeants en Allemagne de la White Boy Society (WBS). Cette WBS est une « fraternelle blanche » de motards d’extrême droite, tendance NS. Implantée surtout aux Etats-Unis, elle possède des « chapitres » (sections) dans plusieurs pays européens. Dont un en Belgique. Des motards affiliés à celui-ci appartiennent également à la NS Wallonie. En septembre 2012, la « WBS Belgique » précisait sur son blog, dans un style très terre à terre : « Nous ne voulons pas nous prononcer en maître sur toute autre race ou culture. Nous savons que si la race blanche est de survivre, nous devons séparer et régner sur notre propre destin. » (sic)

Outre ses liens avec des anciens du Front national belge « réunifié », quelques militants du mouvement Nation et des motards de la White Boy Society, NS Wallonie a aussi eu des contacts avec la branche allemande de la Right Wing Resistance (RWR). Apparu en 2009 en Nouvelle-Zélande, ce réseau de fondamentalistes néonazis – portant un uniforme paramilitaire de couleur noir comme la SS – prône ouvertement la violence comme méthode d’action politique.

Pour mieux se structurer, la NS Wallonie a le projet d’ouvrir prochainement un local à Plainevaux, dans la commune de Neupré (toujours dans la province de Liège), où réside un de ses militants les plus radicaux. Dans l’attente de ce QG, ce petit mouvement néonazi a mis en ligne il y a quelques jours un site Internet. Entre autre, dans l’objectif de regrouper « les hommes volontaires et fiers qui veulent se réapproprier leur liberté et aider le peuple blanc à reprendre sa place ». En précisant : « Chacun selon ses compétences peut participer au redressement de notre Pays, de notre Europe… ». Rien de moins pour ce groupuscule wallon.

Dans la plus pure tradition nazie, le mouvement NS Wallonie insiste encore sur un point essentiel pour lui : « Notre Terre est notre Sang, notre Sang est notre Honneur, notre Honneur s’appelle Fidélité, notre Fidélité va à notre Patrie européenne et à notre Race… ».


Guerre des races
Pour ce nouveau groupe néonazi : « l’unité de nos mouvements sera une priorité, nous éviterons tout conflit avec nos camarades issus d’autres tendances amies, nous devrons tous faire bloc contre l’ennemi commun » (sans préciser de qui il s’agit).

Si son style a des allures nostalgio-folkloriques et ses troupes sont maigrichonnes, néanmoins, la logorrhée du mouvement NS Wallonie démontre l’entretien d’une culture violente – de type néonazie – au coeur même de l’extrême droite belge francophone. Ses relations étroites avec d’autres groupes et mouvements politiques – en Belgique et en Allemagne – sont des preuves de l’existence d’alliances informelles entre les différentes composantes de la droite nationaliste radicale.

L’existence de la NS Wallonie rappelle que des « soldats politiques » se préparent toujours, y compris dans notre pays, à la « guerre des races ». Passeront-ils pour autant de leurs écrits aux actes ? A suivre de près…

Tatiana VERTAELENS

 lu sur resistance.be


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu’elles proviennent de ResistanceS.be, l’Observatoire belge de l’extrême droite.

Une «battue aux clandos» sans mobile raciste ?

Récit Le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence juge ce lundi après-midi une soirée de violences contre des saisonniers clandestins à côté de Salon-de-Provence. Malgré des témoignages et des textos sans ambiguïté, la justice n’a pour l’instant pas retenu les motivations racistes.

Par OLIVIER BERTRAND Correspondant à Marseille

C’était le 20 décembre 2011. Sept hommes avaient fait une descente dans un cabanon agricole, dans des champs situés entre Berre-l’Etang et Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Cinq clandestins dormaient là. Se faisant passer pour des policiers, les agresseurs leur avaient ordonné d’ouvrir, avant de les frapper, de leur tirer dessus à coup de gomm-cogne. Arrêtés quelques jours après les faits, ils affirment être venus se venger de cambriolages et de dégradations alors que des textos échangés ainsi que quelques témoignages évoquent plutôt une ratonnade. Le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence les juge cependant ce lundi après-midi sans que les motivations racistes aient été pour l’instant retenues.

«C’est la police, sors»

La nuit est tombée depuis un moment, ce 20 décembre, lorsque les sept hommes s’approchent du cabanon. Situé dans le hameau des Baisses, près de Salon, il sert de «gourbi» à des clandestins, lorsqu’il fait trop froid pour dormir dans les serres voisines. On se trouve dans une zone de maraîchage et des agriculteurs du coin font appel régulièrement à des saisonniers, parfois clandestins. Les sept hommes sont vêtus de treillis, ils portent des ceintures de chasse avec cartouchières, certains sont encagoulés. L’un d’eux frappe à la porte : «C’est la police, sors.»

A l’intérieur, la plupart des occupants sont sans papiers. L’un d’eux, Samir (28 ans), a même reçu dans l’après-midi une visite des (vrais) gendarmes, qui lui ont laissé une obligation de quitter le territoire (OQTF). Ils ne connaissent pas le droit, pensent que l’on vient les chercher en pleine nuit pour les reconduire chez eux.

Samir se lève, prend le papier de son OQTF et vient ouvrir la porte. Il est alors aspergé de gaz, tombe à terre, est frappé à coup de crosse. Deux de ses compagnons parviennent à s’enfuir dans la nuit, pendant que trois des agresseurs entrent dans le cabanon. Ils ont deux fusils de chasse, une arme de paint-ball, une matraque téléscopique. Les clandestins sont roués de coups de pied et de poing puis traînés dehors. Ils sont mis à genoux et l’un des agresseurs met un coup de rangers à un clandestin pour l’allonger au sol. Samir essaie de s’enfuir à son tour, ils lui tirent dans le dos à cinq reprises avec des cartouches gomm-cogne. Puis repartent en courant dans la nuit.

Aucune plainte déposée

Trois jours plus tard, un copain des clandestins, absent au moment des faits, rentre et découvre Samir enroulé dans une couverture, le corps couvert de traces de coups. Il prévient les gendarmes, qui se déplacent et entendent l’homme, «traumatisé». L’enquête sera assez simple. Pendant l’agression, les clandestins ont entendu deux prénoms «Alain» et «Alex». Ils expliquent aussi aux gendarmes qu’ils ont plusieurs fois croisé des hommes en treillis qui les regardaient de travers lorsqu’ils allaient acheter des cigarettes et des cartes de téléphone au café des Baïsses. Les enquêteurs retrouve rapidement Alexandre, le fils d’un maraîcher voisin chez qui travaillent parfois les clandestins. Absent ce soir-là, il balance les autres.

Ils ont entre 20 et 28 ans, sont employé agricole, maçon, préparateur de commande, commerçant ou sans emploi. Et tous, en garde-à-vue, disent qu’ils voulaient se venger de méfaits commis par les clandestins. Pourtant, dans le détail, certains parlent de cambriolages, d’autres de tentatives, de dégradations, d’une histoire où on aurait «touché les fesses d’une fille». Surtout, aucune plainte n’a jamais été déposée visant l’une des victimes. Le patron du bar où se croisaient agresseurs et clandestins dira de son côté : «Les étrangers irréguliers sont sur le secteur des Baïsses depuis de nombreuses années. Avec ces personnes, nous n’avons jamais eu de problème. Par contre depuis environ deux ans, il y a eu une arrivé d’individus issus de l’île de Lampedusa. Ces individus sont totalement différents, ils sont violents, ils boivent de l’alcool qu’il achètent dans les grandes surfaces. (…) De plus, ils commettent des petits larcins, voire des plus gros comme des cambriolages. (…) lls fument le shit. ll y a environ trois semaines, des cambriolages ont été commis dans le secteur. (…) C’est peut être là, l’origine de cette expédition punitive.»

«Qu’ils retournent chez eux»

Interrogés par les gendarmes, les agresseurs ont nié tout mobile raciste. Pourtant racontant l’agression, Sébastien (18 ans, vendeur dans le magasin de fruits et légumes de ses parents) précisait : «lls ont été installés dehors, l’un était tenu en joue par mon frère avec son fusil et le second par Nicolas avec son paint-ball. C’est à ce moment qu’on a commencé à leur crier dessus en leur disant qu’ils n’avaient rien à faire ici, qu’ils fallaient qu’ils partent, qu’ils retournent chez eux

Les enquêteurs ont aussi réuni des témoignages et des textos qui semblent accréditer l’idée d’une ratonnade. Le meilleur copain de deux des participants leur a raconté que cinq jours avant les faits, ils s’étaient réunis au café, et l’un de ses potes lui avait confié : «On a préparé des cartouches de gros sel, on va faire la battue aux clandos.» Ensuite, dans les portables de plusieurs des sept hommes, les pandores ont retrouvé les traces de cette préparation.

Ainsi le 20 décembre, Fabien (25 ans, paysagiste sans emploi) bat le rappel. A l’un de ses copains, il envoie ce SMS :

A un autre, il écrit : «Poulet c bon pour toi ce soir on fai la mission on a acheté Tou si qui Fo». Mais son interlocuteur ne peut pas venir, il a une embrouille avec sa copine. «Sa va Tinkiete» lui écrit Fabien. Puis l’autre lui répond : «Pren en un pour moi et ramene une dent lol».

Plus tard, à partir de 23h14, moins d’une heure après l’agression, Fabien lui fait ce récit de la descente et ils ont cet échange :

Devant les gendarmes, Ricardo, le copain qui voulait une dent, balancera ses copains : «(Ils) se vantaient d’avoir fait une ratonnade aux Baïsses

Et trois mois plus tôt, une première descente avait eu lieu, sans violence cette fois. Aurélien et Fabien, deux des participants à l’agression de décembre avaient alors échangé ce texto :

Interrogé par les gendarmes, Fabien relativisait ainsi : «Ils auraient été portugais, j’aurais écrit on va aux Portugais»

Déjà en septembre, les auteurs parlaient de vengeance, mais aucune plainte n’avait été déposée. L’un des participants aux deux expéditions reconnait qu’il ne connaissait aucun des hommes qu’ils sont allés voir. Il semble qu’il voulaient se venger sur des Maghrébins de faits commis par des Maghrébins. Ce qui ressemble assez à des motivations racistes ? Mais cela n’a pas semblé flagrant au parquet d’Aix.

Sur la foi du rapport oral fait par les gendarmes, le substitut de permanence à l’issue de la garde-à-vue avait décidé d’une «simple» convocation par officier de police judiciaire (COPJ). Une procédure utilisée d’ordinaire pour des faits moins graves. Surtout, le magistrat avait visé deux circonstances aggravantes aux violences : en réunion et avec usage ou menace d’une arme. Mais sans retenir des violences «en raison de l’appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion».

Les avocats des trois Tunisiens, Olivier Lantelme, Laurent Bartholomeï et Clément Dalençon, ont tenté, en vain, de faire requalifier les faits. «La motivation raciste de l’agression poursuivie ne parait pas aussi clairement établie que vous le laissez supposer dans vos courriers et elle n’a pas été retenue au vu tant des déclarations des victimes que des explications fournies par les mis en cause sur le motif des violences exercées», leur a répondu la procureure d’Aix-en-Provence, Dominique Moyal, le 18 octobre 2012.

Les avocats devraient reformuler la requête ce lundi après-midi, afin qu’un juge puisse dire si, oui ou non, ces violences étaient racistes.

lu dans leur presse ex-maoïste l’Abération

Cannabis social club: le porte-parole du mouvement mis en garde à vue puis convoqué au tribunal

Cannabis Social Club

CANNABIS – Le plan de bataille des Cannabis Social Club (CSC) pour être légalisés bat de l’aile. Le HuffPost dévoilait le 6 février dernier la vonlonté de la Fédération des Cannabis Social Clubs Français (FCSCF) de déposer un statut d’association à la préfecture d’Indre-et-Loire, le 4 mars prochain à Tours.

Si à la date du 25 mars l’État n’avait toujours pas réagi, il aurait alors eu affaire à de nombreuses déclarations officielles de cannabis social clubs en préfecture dans toute la France, prévenait le porte-parole du mouvement Dominique Broc.

Mais les autorités n’ont pas tardé à réagir. Jeudi 21 février, Dominique Broc a ainsi été interpellé puis placé en garde à vue par la gendarmerie. Selon l’AFP, les gendarmes ont saisi au domicile de Domique Broc 126 plants et 26 g de cannabis mais également son ordinateur et un téléphone portable.

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Convocation au tribunal en avril

Selon Libération, l’ordinateur contenait une liste répertoriant « l’ensemble des CSC de France et [qui] comporte le nom des adhérents. C’est donc tout le mouvement qui semble dans le viseur du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. »

Dominique Broc a finalement été relâché vendredi 22 février mais il est convoqué le 8 avril prochain au tribunal correctionnel de Tours pour « usage et détention illicite de cannabis et refus de prélèvement d’ADN ». Dominique Broc a promis une grande manifestation ce jour-là.

La réaction des pro-marijuana face aux événements ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué, l’association Les Amis du CSCF s’est indignée de la situation. « Les Amis du CSCF réprouvent cette réaction violente, engendrée par le souci frileux
de s’inscrire dans la voie tracée par quarante ans d’inefficaces répressions », écrivent-ils.

Définissant leur mouvement comme une « forme pacifique de désobéissance civile », les Amis du CSCF « soutiennent Dominique Broc devenu malgré lui le bouc émissaire d’une prohibition obsolète que le bon sens devrait mettre rapidement en débat public » et promettent de « s’efforcer de promouvoir une possibilité de mettre en place une alternative aux dégâts de toutes sortes qu’entraîne une politique qui a largement démontré ses limites impuissantes. »

Estimés entre 150 et 200 en France, les Cannabis social club regroupent des particuliers qui cultivent et partagent leur plants afin d’éviter les circuits illégaux ouverts et lutter contre le trafic.

  • Faut-il mettre fin à la guerre contre le cannabis? Retrouvez les cinq raisons invoquées par les partisans d’une dépénalisation, voire de la légalisation du cannabis en France et les cinq arguments de leurs adversaires.
  • POUR: parce que la répression n’empêche pas la consommation

    Les partisans de la légalisation jugent que la répression de la consommation et de la vente du cannabis a clairement échoué: entre 2007 et 2011, les usages déclarés de cannabis des jeunes Français ont fortement augmenté de 15 % à 24 %, selon des chiffres de l’OFDT. Selon Michel Gandilhon (OFDT), il y aurait entre 100.000 et 200.000 cannabiculteurs en France qui cultivent souvent pour leur propre consommation. La France produirait 30 tonnes d’herbe de cannabis par an.

  • CONTRE: parce que le cannabis reste une drogue

    S’il n’existe pas de cas de mort par overdose de cannabis, sa consommation peut entraîner des troubles psychiques, anxieux ou dépressifs. La légalisation du cannabis reviendrait à encourager le syndrome dit « amotivationnel », état d’apathie dans lequel le consommateur de cannabis peut être plongé.

  • POUR: parce que fumer à des vertus thérapeutiques

    L’usage de la marijuana à des fins médicales remonte à l’Egypte ancienne. Autorisé dans plusieurs pays ou Etats, dont la Californie, il serait efficace pour lutter contre l’épilepsie et les effets secondaires des traitements cancéreux (nausées, vomissements). Le cannabis a également des propriétés anti-douleur.

  • CONTRE: parce que fumer au volant est mortel

    Les conducteurs sous influence du cannabis ont 1,8 fois plus de risques d’être responsables d’un accident mortel que les conducteurs négatifs (ce sur-risque est de 15 en cas de consommation conjointe d’alcool). Sur une base de 6 000 accidents mortels, le nombre annuel de victimes lié à une conduite sous l’emprise de cannabis serait de 230 décès, selon l’OFDT.

  • POUR: afin de court-circuiter les dealers

    Réguler la consommation et la vente de cannabis permettrait de couper l’herbe sous le pied des quelques 100.000 petits dealers recensés en France, selon les chiffres de Christian Ben Lakhdar, économiste des drogues à l’Université catholique de Lille. Ces dealers gagneraient entre 4.500 et 10.000 euros par an. Le chiffre d’affaires annuel du trafic est estimé entre 700 millions et un milliard d’euros. Mais ses opposants rappellent que légaliser un marché ne fait pas disparaître les trafics pour autant, comme le montre le boom des cigarettes de contrebande.

  • CONTRE: parce que légaliser doperait le trafic de drogues dures

    C’est un des arguments massue des détracteurs d’une légalisation du cannabis: les consommateurs de cannabis évolueraient plus facilement vers la consommation de drogues dures. La théorie dite « de la porte d’entrée » n’a toutefois jamais été prouvée scientifiquement, les déterminants de la toxicomanie étant à une immense majorité sociaux ou familiaux.

  • POUR: afin de garantir la qualité du produit

    La légalisation permettrait de mieux contrôler la qualité des produits distribués en France, voire d’imposer une baisse du taux de THC (la propriété active du cannabis). C’est la position que défend Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur socialiste.

  • CONTRE: parce que les Français n’en veulent pas

    L’opinion a toujours été hostile au principe de la dépénalisation. <a href= »http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1906″>Selon un sondage Ifop réalisé en juin dernier</a>, 70% des Français sont hostiles à la dépénalisation du cannabis. 67 % étaient contre en 1996 et 66 % en mars 2002. Si l’adhésion à la légalisation est plus répandue chez les jeunes, elle y demeure néanmoins minoritaire. En revanche, , les trois quarts des Français se disaient favorables à l’usage thérapeutique du cannabis en 2002.

  • POUR: parce que l’Etat y gagnerait financièrement

    Selon l’économiste Pierre Kopp, professeur à l’université Paris-I, une légalisation du cannabis, avec une taxe fixée par l’Etat comme pour le tabac, rapporterait 1 milliard d’euros à la collectivité. Par ailleurs, le coût social d’une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros (temps de travail des policiers, procédures, etc.). Tant et si bien que la dépénalisation pourrait faire économiser « 300 à 400 millions d’euros par an », selon Christian ben Lakhdar. Autant d’argent qui pourrait être réorienté vers la prévention.

  • CONTRE: Le contre-exemple des Pays-Bas

    Les expériences étrangères en matière de dépénalisation n’ont pas apporté la preuve qu’elles étaient une solution miracle contre la drogue. <a href= »http://www.drogues.gouv.fr/actualitespresse/decryptage/depenalisation-legalisation/ »>Selon la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue)</a>, les Pays-Bas, face aux limites de leur politique dite « de tolérance » en matière de cannabis, ont annoncé un durcissement de leur législation et prévoient de restreindre drastiquement l’accès aux coffee-shops en les transformant en clubs privés réservés aux seuls résidents réguliers.

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» Cannabis: moins dangereux que l’alcool pour les Français, qui restent cependant opposés à une dépénalisation

lu dans leur presse, in le huffington post