Un squat évacué ce mercredi matin à Poitiers

Les policiers sont venus en nombre ce matin pour évacuer des familles qui squattaient l’ancien foyer l’Etape, rue d’Oléron dans le centre-ville de Poitiers.

© Sandrine Leclère Francetv
Cette opération s’est déroulé à la suite d’une décision de Justice qui avait laissé 4 mois aux squaters pour quitter les lieux. Tôt ce matin les policiers sont venus faire appliquer cette décision qui concerne plusieurs familles de Roms, soit une vingtaine de personnes dont certaines avaient déjà été évacuées du squat des Glières le 23 octobre dernier.

Les familles, enfants et adultes, des personnes venues des pays de l’Est, ont été conduites au gymnase des Écossais. Il leur sera fait bientôt des propositions de relogement pour qu’elles puissent vivre dans des conditions plus décentes.

Dans un communiqué, la Préfecture de la Vienne indique : « Cette opération a été menée dans le respect des instructions de la circulaire ministérielle du 26 août 2012, relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des occupations illicites. Les entretiens préalablement menés ont permis d’appréhender au mieux, outre le parcours migratoire de ces personnes, notamment leur situation socioprofessionnelle et leurs projets, la scolarisation des enfants, ainsi que leur état de santé ».

Aujourd’hui, chaque famille doit être reçue par les services de la préfecture pour l’analyse de sa situation. En fonction des antécédents, les personnes concernées se verront orientées vers une démarche d’insertion alors que d’autres seront renvoyées dans leur pays d’origine.

© Sandrine Leclère Francetv
vu dans leur presse régionale, rance 3 

Opération antiterroriste contre le mouvement libertaire partout en Espagne

Aujourd’hui (15 mai) à l’aube le ministère de l’intérieur, avec l’appui de l’audience nationale (tribunal spécial), a lancé une opération antiterroriste de grande envergure sur tout le territoire espagnol. A Madrid, Valence, Barcelone ou Sabadell, différents lieux d’organisation et d’occupation anarchiste et libertaire ont été perquisitionné sans plus d’informations avec comme objectif de déstabiliser le mouvement et de procéder à des arrestations préventives.

Pour le moment, et selon les infor­ma­tions dont nous dis­po­sons, l’opé­ra­tion a été ava­lisé par le juge Santiago Pedraz suite à un décret excep­tion­nel déli­vré direc­te­ment par l’audience natio­nale équivalente à la cour suprême de jus­tice.

A Sabadell, de source poli­cière l’objec­tif affi­ché de l’opé­ra­tion était d’inter­pel­ler des mem­bres d’un col­lec­tifs anar­chiste « Bandera Negra ». Cette excuse ne convainc per­sonne et il semble que cette opé­ra­tion menée conjoin­te­ment par les dif­fé­rents ser­vi­ces de police visait prin­ci­pa­le­ment à dés­ta­bi­li­ser les foyers de lutte qui s’orga­ni­sent en ce moment par­tout en Espagne et depuis les­quels sem­blent émerger une bonne dyna­mi­que. C’est le local « Ateneu Llibertari » héber­geant dif­fé­rents col­lec­tifs qui a été per­qui­si­tionné aux pre­miè­res heures du matin.

A Gracia, dans le centre de Barcelone une autre per­qui­si­tion aurait eu lieu où un per­sonne aurait été arrêté pour avoir publié des com­men­tai­res « vio­lents » sur FaceBook. Autant d’argu­ments reconnus comme de pures excu­ses pour atta­quer de manière directe tout ceux et celles qui conchient ce monde là.

A Montcada dans la ban­lieue nord de Barcelone, c’est tout un ter­rain occupé depuis plus de 4 ans, la « Can piella » qui a reçu la visite de dizai­nes de Gendarme. Préparé à résis­ter depuis 4 mois, les occu­pants de la zone avaient confec­tion­nés de mul­ti­ples bar­ri­ca­des, tran­chées pour blo­quer l’arri­vée des flics mais aussi une struc­ture métal­li­que gigan­tes­que sur le toit de la maison prin­ci­pale afin de pou­voir y résis­ter le plus long­temps pos­si­ble. Propriété d’un spé­cu­la­teur « Alcaraz » très connu dans le sec­teur, le ter­rain était un lieu devenu emblé­ma­ti­que. Les habi­tants y culti­vaient des terres avec les pay­sans du coin sur les bases d’une agri­culture écologique (www.can­piella.cat). Ils orga­ni­saient aussi dif­fé­ren­tes acti­vi­tés ouver­tes a tous et orien­tées vers tou­jours plus d’auto­no­mie ali­men­taire. Toutes les semai­nes des four­nées pain étaient faites ainsi qu’un ate­lier de confec­tion de bière auto­nome.
La résis­tance n’aurait duré pas plus de 3 heures. Les flics sem­blaient être bien pré­paré à l’expul­sion du lieu, 4 per­son­nes ont été arrêté.
Dans la foule, des gens ce sont ras­sem­blés tout autour et une assem­blée orga­ni­sée a décidé d’aller blo­quer une auto­route ainsi que deux immeu­bles neuf lais­sés vacants dans le centre de Montcada.

La solidarité est en train de s’organiser de manière spontanée dans toute la Catalogne. Les choses risquent de bouger ces prochaines heures.

Soutien indéfectible à toutes les composantes en lutte ! Solidarité active dans toute l’Europe !

lu sur rebellyon

[Poitiers] Des nouvelles des squats d’habitation

Squat l’Etape : Tous au tribunal d’instance le 17 mai à 9h pour soutenir les assignés

Le maire de Poitiers persistant dans son erreur, a assigné cinq des occupants du squat l’Etape au tribunal d’instance le 3 mai dernier. L’affaire à été renvoyée au 17 mai à 9h.

Merci de venir les soutenir massivement donc vendredi 17 mai à partir de 9h au Tribunal l’instance de Poitiers, 21 rue Saint Louis.

Merci de diffuser massivement autour de vous.

Dal86 exige que le maire de Poitiers arrête immédiatement cette procédure judiciaire et vienne à la rencontre des habitants pour évaluer avec eux la situation.

Dal86 exige que les occupants du squat l’Etape puissent y rester jusqu’à la vente effective de l’immeuble s’ils ne sont pas relogés d’ici là. Pour ce faire, Dal86 soutient l’initiative des habitants qui ont proposé au maire de signer une convention d’occupation précaire.

Concernant toutes les familles en situations plus ou moins régulières et sans logis ou mal logées, Dal86 exige l’application stricte des lois sur l’hébergement d’urgence, des lois concernant le SIAO et celles stipulant les réquisitions afin que soient trouvées pour toutes ces familles et personnes seules des solutions stables de logement.

Revue de presse :

Poitiers: un bâtiment du centre-ville occupé par une famille roumaine soutenue par le DAL France3 07-04-13 La vente des locaux de l’ex-foyer de l’Etape : une vraie provocation à l’égard des sans logis et mal logés Dal86 07-04-13 – Squat l’Etape : halte aux intimidations ! Dal86 16-04-13 –  Squat du foyer L’Étape : le bras de fer engagé NR 17/04/2013ROMS : à Poitiers comme ailleurs une situation indigne et inacceptable ! DNSI 18-04-13POITIERS Squat rom à L’Étape : les écologistes interpellent le maire et le préfet NR 18-04-13Squat rom : un foyer à réactions NR 19/04/2013Non à l’expulsion des familles de Roms ! NPA 19-04-13– – Déclaration de la Ville de Poitiers concernant l’occupation du 6 rue d’Oléron 19-04-13 Squat de l’Etape : communiqué du 21-04-13 Dal86 – Squat l’Etape : tous au tribunal d’instance vendredi 3 mai 2013 à 9h Dal86 24-04-13 – Lettre du Collectif des familles et des personnes seules du squat l’Etape au maire de Poitiers 30-04-13 Appel au soutien du Collectif des familles du squat l’Etape Dal86 01-05-13 – Réponse du maire de Poitiers au Collectif des familles de l’Etape 03-05-13 POITIERS Squat du foyer L’Étape : la mairie réclame 10.000 € aux occupants NR 03/05/2013POITIERS Squat de L’Étape : renvoi au 17 mai 04/05/2013Deuxième lettre du Collectif des familles et des personnes seules du squat l’Etape au maire de Poitiers 06-05-13 Le maire de Poitiers élude la demande d’audience du Collectif des familles du squat l’Etape Dal86 09-05-13

Les habitants du squat l’Etape ont besoin :

– de nourriture ; – de matelas et de sommiers, de couvertures, de meubles, de tables de chaises ; – de vêtements et de chaussures (adultes et enfants de 1 ans à 15 ans) – d’ustensiles de cuisine, d’assiettes de verres de couverts ; – de gazinières, plaques de cuisson et réchauds, de machines à laver le linge, de réfrigérateurs ; – de produits et ustensiles de toilette, d’entretien ; – d’outils, de matériel, de produits de fabrication et réparation, – de téléphones portables désimlockés ou « tout opérateurs » – de fournitures scolaires et matériel informatique ; – de jouets et de jeux pour les enfants et les adultes : – …

→ les ustensiles, machines et outils peuvent bien sûr être seulement prêtés.

Vous pouvez aussi aussi faire un don. Chèques à l’ordre du DAL86 a envoyer à DAL86, Maison de la Solidarité, 22 rue du pigeon blanc 86000 POITIERS en précisant au dos « Squat l’Etape ».

Pour tous renseignements : dal86@free.fr ou au 05 49 88 94 56 (laisser un message nous vous rappellerons)

DAL86dal86@free.fr – 06 52 93 54 44 / 05 49 88 94 56

Permanences : tous les samedis matin de 11h à 12h et tous les mardis soirs de 17h à 18h Maison de la Solidarité 22 rue du Pigeon Blanc Poitiers

Vu sur DAL 86, 12 mai 2013

***

Un nouveau squat pour un énième débat

Poitiers.   Installés dans un logement inoccupé avenue du Plateau-des-Glières, vingt Roms sont dans l’illégalité. Ils devraient être relogés d’ici trois semaines.

Ils y ont leurs habitudes. Cette maison qu’ils occupent n’est pourtant pas la leur. Depuis le 9 avril, six familles de Roms dont onze enfants âgés de 8 mois à 15 ans, ont posé bagages dans un logement inhabité de Logiparc, avenue du Plateau-des-Glières. « Avant, on vivait dans une caravane derrière les magasins, explique Ceracela, une vingtaine d’années, dans un français approximatif mais compréhensible. Un jour, quelqu’un nous a dit qu’il n’y avait personne dans cette maison et qu’on y serait beaucoup mieux pour les enfants. » Une aubaine éphémère.

“ L’insalubrité est dangereuse… notamment pour les enfants ”

« Nous avions récupéré ce terrain en début d’année, explique Stéphanie Bonnet, directrice générale de Logiparc. Il y a eu un arrêté attestant de l’insalubrité de la première maison mais aussi dans la deuxième (celle occupée par les Roms). Nous savions que des familles s’y étaient installées. Nous avons donc fait intervenir l’huissier. » Le 2 mai dernier, un responsable de Logiparc, un huissier et des policiers se sont rendus sur place. « Cela nous a agréablement surpris qu’ils n’entrent pas directement, réagit le DAL (Droit au logement). Ils ont tout visité et relevé les identités pour, sans doute, une assignation. » Sans droits ni titres, les occupants, dont les ressources financières ne proviennent que de l’Aide Sociale à l’Enfance soit 250 € par famille, ont un délai d’un mois pour quitter définitivement les lieux. « Cela nous laisse suffisamment de temps pour leur trouver des places dans un centre d’hébergement. Nous nous sommes également déplacés avec une assistante sociale dans le but de les reloger rapidement. Cette maison est trop dangereuse, notamment pour les enfants. Ce n’est pas une bonne situation », assure Stéphanie Bonnet. « Encore faut-il qu’il y ait de la place dans les centres », martèle le DAL. Dans son souci de pointer du doigt les défaillances concernant l’hébergement d’urgence des étrangers, le DAL sera au premier plan pour suivre les situations de ses protégés. Et monter au créneau s’il en éprouve la nécessité. « Au total, nous connaissons 91 personnes qui sont dans une situation dramatique. Les expulser ne réglera pas le problème. Que vont-ils devenir ensuite ? » Premiers éléments de réponse le 2 juin.

en savoir plus

Le squat du Plateau des Glières est le second à Poitiers. Une cinquantaine de Roms vivent déjà dans l’ex-foyer de l’Etape, depuis le début du mois d’avril (lire notre édition du 17 avril 2013). Un dossier qui devrait revenir devant la justice le 17 mai prochain. La mairie de Poitiers, propriétaire des lieux, ayant demandé l’expulsion des occupants.

Alan de Silvestri, Nouvelle République, 13 mai 2013

lu sur pavillon noir

A propos du rapport entre Gaston Couté et Benoît Broutchoux

 

Texte d’un camarade de l’UL-CNT de Lille :

Couté ? Ça fait un bout de temps que j’connais et qu’j’apprécie !

gaston-couteDéjà, à l’époque de mon landau, je me faisais trimbaler dans les bras de mes tontons au son des « Mangeux d’terre » (cheminot, cheminot, chemine…). L’histoire d’un gars qui a pour seul bien les chemins qu’il parcoure et dont les « agriculteurs », comme on dit aujourd’hui, réduisent à chaque sillon d’charrue…

Presque vingt ans plus tard, je le croiserai au hasard d’un tour de chant (d’éducation) populaire avec « Le gas qu’a perdu l’esprit ». De hasard, c’en était pas du tout, c’est juste que je ne me rendais pas encore compte que je baignais dedans depuis qu’j’étais haut comme trois pommes…

Et puis, « Les petits chats », « L’amour anarchiste », « Sur le pressoir » (repris plus tard par La Tordue), « Mes agneaux… » (mais, de cette dernière, je vous en causerai un peu plus loin)…

Gaston Couté, donc, beauceron par sa région natale, a très rapidement compris les méfaits d’un capitalisme qui ne disait pas encore son nom, et a mis les bouts pour monter à Paname et se produire, souvent contre une simple chope de vin, dans les cabarets de Montmartre.

Très simplement, et toujours attaché à s’exprimer avec son patois, il a écrit, dit, chanté des textes emplis de bon sens contre l’exploiteur, les militaires, la religion, le Pouvoir. Et quand il n’était pas à cuver les scènes sombres parisiennes, il allait soutenir les grévistes, notamment sur les chantiers du métropolitain…

Et puis, sachant manier les mots comme pas deux, l’année avant sa disparition, il a aussi écrit de nombreuses chansons d’actualités sur des airs connus pour le journal « La guerre sociale ».

Broutchoux ? Aussi, que j’le connais !

Broutchoux-reverbere-et-pied-de-nezMais c’est plus tard, quand je suis arrivé dans la région lilloise que j’ai croisé son ombre encore bien présente. Je l’imagine encore bien, grimpé en haut d’son réverbère, à haranguer les foules contre les exploiteurs, les militaires et le Pouvoir.

Forcément, il dérangeait… Du coup, interdit de travailler dans les mines, il en avait du temps pour écrire dans « Le réveil syndical » puis dans « L’action syndicale », hebdomadaire du syndicat des mineurs de Lens. Mais ça, d’autres que moi en parleront bien mieux ! Deux liens à ce sujet (note du webmaster) : article sur Broutchoux + blog sur Broutchoux

Et le rapport entre les deux ?

Ben le v’là ! De lecture sur les écrits de l’un à la lecture de la biographie de l’autre, il a été facilement aisé de s’apercevoir qu’ils ont vécus durant la même période, celle des grandes grèves des mines du Nord et des mouvements sociaux en tout genre d’avant la première guerre.

Mais ça m’était insuffisant ! Ont-ils pu se rencontrer ? Se côtoyer ? Vider des chopes ensemble ?! Probablement…

Et puis, à force d’en rêver, il apparaît que ça a eu lieu !

Et avec ce que j’ai (re)découvert, je commence à frissonner. Du romantisme libertaire ? Peut-être ! Mais je trouve ça fort que ces deux personnages qui ont contribué à construire ma culture politique aient pu avoir un lien entre eux. Assez fort en tout cas pour en avoir le désir de le (re)partager avec vous. Oui, d’autres avaient déjà fait le lien : Gaston Couté et la presse, Lucien Seroux, mai 2002.

D’abord, il se trouve qu’à deux reprises, en juillet et août 1910, des chansons d’actualités de « La Guerre Sociale », signées Gaston Couté, ont été publiés dans « L’action syndicale ». A savoir : « Que le sang retombe sur vous » (au sujet de l’affaire Liabeuf) et « Le dossier de Damoclès » (sur le gouvernement de l’époque).

Le mois suivant, c’est sous le nom de « Le Soubeziot » que Gaston Couté écrit le poème intitulé « Mes agneaux… » précisément en soutien au « Réveil artésien » , organe révolutionnaire diffusé à Arras et qui n’en était qu’à son vingt-septième numéro. Le texte paraît le même jour, le 11 septembre 1910, dans « Le réveil artésien » et « L’action syndicale »  !

Et puis, haricot sur le pain de seigle, il se pourrait qu’il ait été souvent invité dans le Nord à dire, lire, conter du Couté ! A ce sujet, si vous retrouvez dans les marmites de vos grand-mères des documents concernant son éventuel passage dans les parages,  je suis preneur…

Bien à vous,
Letartier

À Notre-Dame-des-Landes, la mobilisation mieux enracinée que jamais

Les opposants au projet d’aéroport sortent de l’hiver plus forts et plus nombreux qu’avant la « trêve » annoncée en novembre et abordent sereinement les échéances déterminantes du mois d’avril. Reportage.

La petite cabane installée au bord de la route départementale pour l’accueil des visiteurs enregistre des arrivées quotidiennes. Un « zadiste » se charge des salutations et affiche un large sourire, malgré la pluie et la marée de boue qui submerge les alentours. « Une dizaine de personnes arrivent chaque jour, beaucoup plus le week-end, lance-t-il enthousiaste. Les gens arrivent de toute l’Europe. »

Avec la fin des travaux de la « commission de dialogue » et de la trêve hivernale, le début du mois d’avril pourrait voir relancer les menaces d’expulsion des occupants « illégaux » de la zone visée par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En attendant, la vie continue de s’organiser sur la « Zad », avec la certitude que ce qui s’est construit ici depuis 2008 sera difficile à détruire.

« Les constructions avancent chaque jour un peu plus »

La mobilisation s’est étoffée depuis la vague de destruction de l’automne. Deux à trois cents occupants ont installé une vingtaine de petits campements sur la zone. Des barricades, dont certaines gardées jour et nuit, sont dressées sur les routes et les chemins gorgés d’eau qui traversent les bois. Aux carrefours stratégiques, les petites équipes de gendarmerie mobiles constamment présentes se contentent de contrôler les passages. Une routine s’est installée et les constructions avancent chaque jour un peu plus.

Les zadistes peuvent aussi compter sur de nombreux amis. Début décembre, une réunion des Comités de soutien rassemblait sur la zad les représentants de 180 comités de soutien dans toute la France. Et le mariage tient, malgré quelques difficultés, entre les paysans locaux opposés à l’aéroport et les occupants venus combattre « l’aéroport et son monde ».

Fin janvier, la ferme Bellevue, désertée par son occupant était réoccupée à son tour par le collectif de paysans « Copain 44 ». La demeure est aujourd’hui encerclée par des dizaines de tracteurs prêtés par les paysans locaux et l’activité y a repris grâce à la solidarité. Des sympathisants se relaient toutes les 24 h pour venir soutenir le jeune paysan qui assure la permanence sur l’exploitation.

 

Périlleuse volte-face

Dans Le Monde daté du samedi 9 mars, le président de la « commission de dialogue », Claude Chéreau, exprimait des doutes sur les arguments des défenseurs du projet d’aéroport, jugeant que « tout dossier qui attend une trentaine d’années perd beaucoup de ses possibilités de conviction ». Une sortie surprenante, pour l’ancien conseiller de Mitterrand, nommé par Matignon en novembre pour calmer le face-à-face explosif sur la « zad », sans toutefois que cela ne remette en question le projet d’aéroport.

Dimanche soir, l’intéressé revenait sur ses déclarations, niant les « doutes », que lui prêtait samedi Le Monde. Il est « tout à fait légitime de songer à un nouvel aéroport dès maintenant, même si la saturation n’est pas encore complètement au rendez-vous [dans l’actuel aéroport Nantes-Atlantique] », lançait-il même sur le plateau de France 3.

« Il se passe quelque chose, assure Frédérique, habitant du village voisin de Vigneux-de-Bretagne concerné lui aussi par le projet d’aéroport. Cette lutte est un symbole de beaucoup de choses… Sur les 30 000 personnes présentes sur la Zad le 17 novembre [durant la grande manifestation de réoccupation] il y avait 30 000 motivations différentes. »

« Le point commun de nos luttes, c’est qu’on les a perdues »

En sortant renforcée de l’hiver qui offre par moment des conditions de vie « épouvantables » sur la zone humide, la coalition des « zadistes », aussi hétéroclite que solidaire, semble aujourd’hui indéracinable, si ce n’est au prix d’un bras de fer politiquement périlleux pour Jean-Marc Ayrault. « Il y a toujours eu des suspicions sur notre capacité à nous installer ici pour longtemps, explique un « zadiste » chargé de l’accueil des journalistes. Mais ils ont compris aujourd’hui que nous sommes venus ici pour y vivre. »

L’occupation est pensée pour durer et avec le répit d’au moins un an et demi obtenu le 29 janvier par la quinzaine de fermes encore en activité, auprès de la cour de cassation, il est désormais certain que les travaux ne pourront pas commencer comme prévu (après report) au printemps.

« Le point commun de toutes les luttes anticapitalistes qu’on a vécu chacun de notre côté, c’est qu’on les a toutes perdues. Cela pourrait se finir différemment ici, raconte un « zadiste ». On commence à réfléchir à comment réoccuper ces terres qui sont en grande partie inoccupées, si l’aéroport était abandonné. »

La date du 13 avril a d’ores et déjà été arrêtée pour un nouveau gros rassemblement de réoccupation des terres agricoles, « sème ta zade », quoi que décide le gouvernement.

lu dans leur presse, politis

Sortie de l’Épine Noire n°III

Le numéro 3 de l’Épine Noire, journal apériodique de contre-information sur Poitiers et des alentours vient de sortir.

Il est disponible en téléchargement ici : http://epinenoire.noblogs.org/?page_id=504

Voici l’édito :

Février 2013.

En ce début d’année 2013, François Hollande, le président de la République, a ouvert plusieurs fronts.

Tout d’abord, il y a le front intérieur, celui de la « bataille pour l’emploi ». Or, il s’ avère que le pouvoir socialo-écologiste a une nouvelle fois démontré qu’il ne pouvait pas tenir une de ses promesses électorales, enrayer la montée du chômage pour des milliers de travailleurs. Les sidérurgistes d’Arcelor-Mittal, les ouvriers de l’automobile comme ceux de PSA à Aulnay-sous-Bois, ceux de Goodyear d’Amiens-Nord ou ceux de Pétroplus ne se font guère d’illusions : ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, les dynamiques de luttes convergentes qui se nouent et les échos certains au sein de la société. Le ministre de la Police, à savoir Manuel Valls, ne s’y trompe pas lorsqu’il se dit inquiet des risques d’« implosions ou explosions sociales », affirme qu’« on ne peut pas casser l’outil de travail » et qu’il arbore des dispositifs policiers autour des usines occupées.
Comme le rappe le groupe La Rumeur : « […] le spectre du chômage justifie une volonté délibérée de flicage ».

Parallèlement, il y a tout un battage médiatique (favorisé par une étrange lenteur à légiférer, même si le projet vient d’être adopté par l’Assemblée) sur la question de l’élargissement du mariage aux couples homosexuels, qui met en lumière la volonté du gouvernement de masquer les luttes en cours par un sujet, certes, sérieux en matière d’« égalité formelle des droits » mais très réformiste au regard de l’histoire des mouvements gays et lesbiens. Cela a eu pour effet de redonner du crédit aux politiques en caricaturant la dualité, rassurante, des camps politiques au Parlement comme dans la rue, gauche/droite, conservatisme/modernité, régression/progrès, croyant/athée, etc.

Puis il y a un second front, extérieur celui-là, ouvert un certain 11 janvier au nord du Mali (ou « Sahélistan »), et qui prouve une fois encore que la gauche de gouvernement souhaitait montrer aux États-Unis que la Fraaaance (!) ne peut se contenter d’être un gendarme régional en continuant d’assumer son impérialisme et son néocolonialisme en Afrique, mais qu’elle est une grande puissance. C’est comme donner un avertissement pour faire peur à tous les gens qui luttent partout, en particulier aux mouvements révolutionnaires de Tunisie et d’Égypte.

C’est ce même pouvoir qui travaille ici, dans la ville « bonhomme », où les laborantins changent de tête. À la préfecture : Élisabeth Borne. Une ancienne jospinette aux manettes dans la région, spécialiste des dossiers de grands projets d’aménagement capitaliste du territoire. Vous voyez le dièse? Cœur d’Agglo, LGV Tours-Bordeaux, LGV Poitiers-Limoges, etc. Ne vous en faites pas, quand il faudra empêcher toute manifestation hostile au contrôle social, elle en sera.
Pendant ce temps-là, des travailleurs se mettent en grève, se battent, luttent comme ils peuvent soit pour sauver leur emploi, soit pour avoir des augmentations de salaire, ou bien encore pour réclamer des indemnités de licenciement comme le font les ex-ouvrières de l’usine saint-savinoise d’Aubade.
Ces réactions de travailleurs (ou pas), qu’elles soient plus ou moins populaires, nous font plaisir, même si elles n’annoncent, bien évidemment, pas la fin imminente du rapport social capitaliste ; ce sont sans doute des voies qui aiguisent les lames de la critique, et comme le dit le vieil adage : « Qui ne tente rien n’a rien ».

http://epinenoire.noblogs.org
epinenoire (at) riseup (point) net

le wagon, un squat à crètes et sur roue(lettes) !

« Faut-il interdire, aménager ou légaliser les squats ? Je ne tiens pas à répondre à cette question. Ce n’est pas mon propos. Les squats, qu’on le veuille ou non, sont là, ils existent malgré nous. Dans l’imaginaire collectif, ce sont des zones de non droit. Ils inspirent l’insécurité, ils alimentent les peurs. Ils sont générateurs de déviances mais ils sont aussi, à leur manières, producteurs de liens. Est-il alors possible de changer notre regard ? Ces squats pourraient-ils être un sas pour l’insertion de ceux qui sont sur la voie de la rupture des liens sociaux. Souvent, pour des jeunes « paumés » ils sont l’ultime recours contre la spirale de l’isolement social et la rupture définitive… Ce film s’articule autour de cette idée : en quoi la situation de squat constituerait parfois, le dernier maillon qui maintient actif le lien d’intégration dans la société des hommes. »

Larbi Benchiha

(autour du premier mai)

Ce soir pas question de dormir, allez en piste…
Dansons ensemble au bal des vauriens
Camera Silens, groupe punk bordelais, 1984
Si la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt alors je préfère rester éveillé
Zebda, groupe rock toulousain, 1997

Il est des nuits semblables à des plis, qui abritent des singularités, des étrangetés aux yeux des autres, des nuits qui déchirent le temps normé, le rythme socialement correct. La force de la nuit est d’autoriser des éclairages et des transparences que le jour interdit. La nuit dont il va être question ici est plus qu’un discours, elle est porteuse de lutte urbaine et révèle les éternels enjeux sociaux autour des modes de vie normatifs et alternatifs. Les acteurs de cette pièce nocturne sont des jeunes se revendiquant comme punks et qui squattent le site d’une friche industrielle à Saint-Brieuc.

Leur squat est devenu, à l’occasion de concerts organisés plusieurs fois par semaine dans ce lieu, un point de connexion de la zone. Pour ces alternocturnes relégués dans la société du jour au statut d’exclus, il ne reste plus que la nuit comme toile d’expression de ce qui ne peut se dire et se faire en dehors de cette temporalité précise, la nuit déclinée à chaque crépuscule comme une promesse de transgression. Saint-Brieuc, samedi 19 décembre 2003, traversée d’un centre ville désert. Quel calme ! On n’est pas loin des vertiges du prozac. La seule animation, c’est peut-être l’éclairage urbain, très réussi ! Le top de l’ambiance ! Il est 22h30. On s’éloigne du centre-ville pour s’enfoncer dans la nuit de la vallée du Couédic, direction le port du Légué. Ici, la signalisation disparaît, une centaine de voitures sont sagement rangées et l’on entend au loin, des oï ! oï ! (sorte de youyous punk). Nous sommes au squat du wagon. Un port, un wagon, des points d’ancrage pour des jeunes que les institutions appellent avec condescendance les errants. En plus d’être un point d’hébergement, cette plate-forme est une scène alternative underground qui fait ses preuves depuis 6 ans. En effet, depuis 1998, le squat du wagon, par le biais de l’association la « sauce aux gravos », anime régulièrement les nuits de Saint-Brieuc (à son actif 26 concerts durant l’année 2003).

Connecté aux réseaux internationaux de la musique punk, il accueille des groupes anglais, allemands, suisses… il organise son propre festival, une manifestation off de l’événement organisé par la ville, l’art Rock. L’événement se produisant au mois de mai ou de juin a été sobrement baptisé par ses organisateurs le Fucking Art Rock (humour punk). Ces concerts sont de gros succès et drainent plus de 800 personnes. Le squat du Légué s’est affirmé comme une des scènes punk internationales, en accueillant des groupes comme les Red Flag 77, Combat Smock, Stat Ford Mercenaires. Saint-Brieuc, capitale punk ! C’est pour le moins surprenant quand on sait qu’historiquement le mouvement est associé aux grandes métropoles européennes et nord-américaines. Dans ce décor portuaire, se dresse un curieux ensemble composé d’éléments disparates à l’esthétique à la fois kitsch et industrielle. Le tout ressemble aux baraques précaires des pays du tiers-monde. Une petite barrière permet d’accéder à une cour abritant un wagon, des caravanes, et comprenant un local ouvert, une terrasse, une baraque faisant à première vue office de cuisine. ça sent bon l’hospitalité du bidonville ; un tapis rouge flamboyant façon festival de Cannes, posé sur des marches, mène au hangar qui sert de salle de spectacle. Les murs sont graffités à l’envi. Devant la salle de concert, se vendent fanzines, tee-shirts et disques punk. Ce soir-là se produisent parmi d’autres groupes les Apaches et les Burning Heads. Le concert dure toute la nuit. Ici, la foule nombreuse – près de 300 personnes – affiche crêtes, piercings et tatouages. Cette année, la crête se porte rose. Dépaysement assuré, les rares personnes habillées comme monsieur et madame tout le monde et dont je fais partie, pourraient remporter le prix de l’excentricité au milieu de ces looks tous hautement colorés.

Mais personne ne fait attention à l’allure de son voisin. Les habitants du squat ne sont pas déguisés pour la circonstance, ils sont toute l’année habillés comme ils le sont ce soir-là. Cette concentration de centaines de punks se fait dans l’obscurité. Imaginez un instant ce que cela peut donner en pleine lumière diurne, électrochoc assuré pour les gens du jour. Rien de mieux que la nuit pour permettre les regroupements de personnes dont la visibilité tout comme la mobilité est lestée de soupçons. Ici, on est vite transporté dans un autre univers. Le spectacle est aussi dans la salle. Au devant, ça pogote, ça slame (danses). Les participants s’acclament, et à tour de rôle, ils montent sur l’estrade et se jettent sur la foule et se laissent porter par elle (slam). La morale punk : n’importe qui peut être porté aux nues, suffit juste de se lancer et de s’abandonner à la foule. Des amoureux se chamaillent « fuck off darling et bien profond » ; deux têtes, l’une dread-loquée et l’autre rasée, critiquent la politique du gouvernement qu’ils qualifient de thatchérienne. Les modes de co-présence et d’interaction avec l’autre sont aussi singuliers. Ici on se bouscule, mais sans se fondre en excuses. Il n’y a pas les mêmes distances et la rupture de l’espace du geste immédiat ne crée pas de conflits. Cette gestion du rapport à l’autre se retrouve dans le pogo. On se laisse emporter et bousculer sur des rythmes énergiques. Le principe est d’entrer en collision avec les autres. Pourtant, nul n’est piétiné, juste une question d’équilibre. La règle consiste à ne pas offrir de résistances et si on tombe, des mains surgissent très vite, vous hissent et vous remettent debout.

Sur scène, le chanteur métis des Apaches arbore un look de prostituée de fin de siècle. Travesti, il porte un short noir moulant, une perruque rose et des faux seins. Il hurle les paroles de ses chansons, se cambre de manière gracieuse tandis que ses longues jambes finement ciselées tremblent au rythme d’une guitare qui rend l’âme. A ses côtés, le bassiste juvénile et squelettique joue tout en faisant un striptease, il finit entièrement nu derrière son instrument. Les spectateurs crêtés ne sont pas surpris par les prestations scéniques des musiciens. La nuit devient une scène où s’expriment l’extravagance, l’anticonformisme, la provocation mais aussi l’ambivalence sexuelle, et les désirs secrètement gardés dans la journée. Le punk, avant d’être un mouvement musical, signifiait en anglais étrange, pédé, gouine et désignait aux Etats-Unis, dans les années 50, des jeunes hommes incarcérés qui étaient chargés de satisfaire les désirs sexuels des autres prisonniers1. Aussi curieux que cela puisse paraître, il y a chez les punks perçus d’ordinaire comme des individus très manichéens une tradition de la défense de l’ambiguïté. Ces manifestations nocturnes sont perçues autrement à l’extérieur du port. Les occupants de ce lieu sont l’objet de vives critiques de la part de certains élus, des riverains et des commerçants.

Ces jeunes sont mis à l’index, car ils ne vivent pas au même rythme que le reste de la population, ils font la fête la nuit, dorment la journée, et se réveillent aux alentours de 14 heures, pour faire du théâtre, de la musique ou palabrer dans la cour du squat en buvant des bières. A terme, le wagon est menacé en raison de l’aménagement du port, censé apporter une plus grande attractivité à la ville. Les jeunes du wagon ne cachent pas leur écœurement : « La mairie ne veut pas nous laisser la rue, les quartiers ne veulent pas nous laisser de toits ! Que reste-t-il ? Le cimetière, non merci » (Le Penthièvre2, 14 juillet 2000). Ces jusqu’au-boutistes de la nuit ont simplement le tort de ne pas obéir à l’ordre social et temporel imposé et de refuser de se coucher et de mourir. « Punk’s (still) not dead ».

 

(1) Voir à ce propos l’étonnant livre de Craig O’Hara, La Philosophie du punk, Rytrut, 2003.
(2) Journal.
lu sur passant ordinaire

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pour aller plus loin suivez cet article d’anarchopedia:

Le Wagon

Le Wagon est une salle de concert créée dans un squat de Saint-Brieuc.

Le Wagon s’est auto-proclamé comme « la capitale du punk ».

Avec le support des collectivités locales, l’association « LA SAUCE AUX GRAVOS » y a fait vivre plus de 300 concerts drainant des centaines de groupes venant de partout en Europe et plus loin encore…

Après plus de 7 ans d’existence, l’expérience d’autogestion se terminait le 15 octobre 2004 par l’expulsion des résidents suivie de la destruction du Wagon et de l’ensemble du lieu.

 Liens

  HISTORIQUE

Novembre 1997, à la suite de l’expulsion de plusieurs squats à Saint-Brieuc, leurs anciens occupants manifestèrent en installant un campement improvisé dans le centre ville pendant deux semaines, suscitant la colère des commerçants. Ils refusèrent les propositions de logement en foyer ou en appartements, qui ne correspondaient pas à leurs valeurs de liberté et de vie en communauté autogérée. Suite à une recherche-action menée en commun par les squatteurs, la mairie, la ddass et d autres associations, la sncf fit venir un ancien wagon couchette sur le port du légué pour les y installer.

Le Wagon devint un pôle alternatif autogéré, social et culturel. Social, car tout le monde y était accueilli, dans un but -ou non- de réinsertion, des opérations de prévention était menées, entre autre par sidarmor ou encore médecins du monde. Culturel , avec la création de La Sauce aux Gravos et d’une compagnie de théâtre notamment. Le Wagon devint la plus importante scène punk de France, et son festival, le Fuckin’Art RocK, drainait plusieurs milliers de personnes.

Puis un matin d’ octobre 2004, après décision officielle, appuyée par des accidents survenus en marge de concerts, les grues et les pelleteuses mirent violemment fin à cette expérience dont la portée et l’aura furent exceptionnels .

en souvenir du copain punky 😉