The Wire, divertissement et critique sociale

 

The Wire, divertissement et critique sociale
Des universitaires évoquent la série The Wire qui traite du trafic de drogue et des problèmes sociaux contemporains. 
 

La série américaine The Wire, diffusée à partir de 2002, est devenue culte. Coréalisée par un ancien journaliste et un ancien policier, elle propose une description réaliste du quotidien dans les quartiers populaires de la ville de Baltimore. Ce produit de divertissement semble particulièrement étudié par les milieux universitaires. Des sociologues se penchent sur cette série dans un livre récent.

Le succès de la série semble lié à la description réaliste d’une société en décomposition, incarnée par l’institution policière. Surtout, The Wire brise les codes de l’industrie culturelle et du produit standardisé. Une liberté de ton s’observe. Une diversité d’intrigues, de personnages et d’univers sont explorées. La ville de Baltimore devient un « fait social total ».

La désindustrialisation, les inégalités de race et de classe, le dysfonctionnement des institutions et divers problèmes de la ville postfordiste sont largement évoqués. « Dans The Wire, on cherche à réfléchir à ce que les institutions font aux individus, que ce soit la bureaucratie, les organisations criminelles, la culture de l’addiction aux substances, et même le capitalisme sauvage », souligne le coréalisateur David Simon. Les institutions ne semblent pas pouvoir évoluer de l’intérieur et la description réaliste s’oppose à la vision idéaliste des sociaux-démocrates.

 

 

The Wire

Néolibéralisme et pessimisme politique

 

Marc V. Levine observe la série The Wire comme une critique du capitalisme néolibéral. « The Wire vise à dépeindre un monde où les capitalistes ont remporté un triomphe absolu, où la classe ouvrière est marginalisée et où les intérêts financiers ont acheté une part d’infrastructure politique suffisamment grande pour empêcher toute réforme », confirme David Simon. Le froid mécanisme des institutions écrase les êtres humains. La série permet de nuancer la propagande optimiste des institutions et des politiques publiques. Elle décrit bien une situation sociale qui ne cesse de se dégrader.

La désindustrialisation alimente un chômage de masse. Avec la disparition de l’emploi, une « économie parallèle » se développe, fondée sur le trafic de drogue. La violence et l’incarcération ne cessent alors d’augmenter. Ce constat implacable s’attire la rancœur des responsables politiques qui dénoncent un tableau trop sombre, nuisible à l’image de la ville de Baltimore. Mais la gauche américaine, avec son optimisme volontariste et militant, estime que la série ne montre aucune possibilité de changement. Effectivement, la société capitaliste ne peut pas être mieux gérée ou améliorée et seule sa destruction peut apporter une véritable solution.

 

La série illustre les recherches universitaires pour montrer une complexité sociologique. Les inégalités sociales s’expliquent par différents facteurs. The Wire permet de déconstruire les clichés sur les populations des quartiers noirs. Selon Anmol Chaddha et William Julius Wilson, « les spectateurs se rendent compte que les décisions individuelles et les comportements sont souvent façonnés, et surtout contraints, par des forces économiques, politiques et sociales qui échappent au contrôle des individus ». Les individus ne peuvent pas agir face à leur situation mais sont enfermés dans un cadre social qui maintien les inégalités.

Mais la série montre davantage les conséquences des politiques urbaines que les causes et les processus sociaux.

 

Pour Peter Dreier et John Atlas, la série montre une société inégalitaire et immuable. « La ville qu’elle dépeint est un cauchemar dystopique, un réseau fait d’oppression et de pathologie sociale d’où il est impossible de s’échapper », estiment les deux universitaires. La série n’est pas optimiste par rapport à la possibilité de changer cette situation. « Non, je ne crois pas. Pas dans le système politique actuel », répond David Simon le créateur de la série. Cette réponse à l’image de The Wire peut paraître pessimiste, cynique ou même nihiliste. Mais elle semble surtout réaliste. La société et la politique urbaine ne peuvent pas être mieux gérées ou même améliorées. Pour véritablement changer cette situation, seul un renversement de l’ordre social et politique peut ouvrir de nouvelles possibilités. La série se révèle alors plus lucide que les universitaires qui croient aux politiques publiques, au gauchisme au syndicalisme ou à l’humanitaire. Mais la série semble également misérabiliste. Les pauvres apparaissent uniquement comme des victimes et non pas comme des individus capables d’agir et de s’organiser pour se révolter.

 

 

Faillite des institutions

 

Fabien Desage observe la série à travers les institutions présentées. Le syndicat, la famille, l’école apparaissent comme des institutions déclinantes. La gang et la police augmentent leur emprise sur les individus. Le management dans la police alimente la corruption avec des chiffres trafiqués.

La série montre également les rapports des individus avec les institutions, notamment la police. Certains pensent pouvoir changer la situation dans le cadre des institutions. D’autres préfèrent contourner les règles, mais pour mieux atteindre les objectifs de l’institution. Toutes les tentatives de changement se heurtent à la force des institutions. La misère sociale semble structurelle et l’action, pour permettre le changement, doit dépasser le simple niveau des institutions.

 

Julien Achemchame évoque le regard porté sur l’institution policière. La hiérarchie est présentée comme un problème qui entrave le bon déroulement des enquêtes. La police et la justice s’appuient sur les aveux des inculpés plutôt que sur les indices et les preuves véritables. Mais c’est le règne de la statistique qui apparaît comme le principal problème. Avec cette politique du chiffre, la quantité des arrestations de petits dealers prime sur la qualité des enquêtes pour démanteler des réseaux. Cette logique néolibérale explique l’effondrement social.

Didier Fassin évoque les relations entre la police et la population des quartiers. La présence et l’intervention policière deviennent directement sources de désordre. Les classes populaires et les minorités raciales sont considérées comme « propriété de la police » et peuvent subir une violente répression. La série The Wire permet de mettre en images toute une recherche sociologique et la rend accessible à un plus large public.

Julien Talpin ressort le vieux discours social-démocrate. Selon lui, la série ne montre pas les corps intermédiaires avec ses syndicats et ses associations communautaires. Pourtant, la série montre pertinemment la faillite du modèle fordiste. Les organisations syndicales semblent tout aussi corrompues et bureaucratisées que les institutions politiques. La régulation sociale semble impuissante face à une société qui se délite.

 

 

The Wire

Regards sur les populations

 

Monica Michlin insiste sur la dimension queer de la série. The Wire s’inscrit dans un univers masculin et brutal qui oppose policiers et gangsters. Les femmes sont peu présentes à l’écran. Mais des personnages perturbent les codes traditionnels de la série policière en affirmant leur homosexualité. Omar, braqueur redoutable, assume pleinement son homosexualité. Il reste pourtant particulièrement viril. Il suscite la crainte même lorsqu’il se rend à l’épicerie en traversant la rue dans un pyjama queer. Kima, une policière tenace, affiche sa sexualité lesbienne. Elle ne correspond pas à l’archétype de la femme lesbienne de la série The L World. Elle ne porte pas de rouge à lèvre et ne semble pas très féminine. Mais elle apparaît comme coureuse et infidèle.

 

Pour Anne-Marie Paquet-Deyris, la série rend particulièrement visible la population noire des quartiers. Les codes sociaux, jusqu’au langage, sont fidèlement retranscrits. Certains acteurs sont des amateurs qui connaissent bien le ghetto de Baltimore.

Des personnages tentent d’échapper à leur environnement social. Mais le ghetto apparaît comme « une sorte de prison ethnoraciale », selon l’expression du sociologue Loïc Wacquant. Omar, bandit et justicier, semble au contraire imposer ses propres codes. Son regard propose une distance ironique sur le monde. Mais, comme la majorité des hommes noirs du ghetto, il est abattu. « Dans The Wire, la mort d’un joueur quel qu’il soit, chef de gang, truand solitaire ou flic, ne semble avoir qu’une seule fonction : faire la preuve du caractère implacable, inexorable et endémique du « jeu » et du système tout entier », analyse Anne-Marie Paquet-Deyris.

 

 

> Bande annonce Sur écoute (The Wire) S3

Réceptions critiques

 

Fabien Truong compare la série à la recherche en sciences sociales. Contre l’immédiateté du journalisme, la série privilégie un rythme lent. Elle montre moins la violence et les faits divers que la routine et le quotidien des gangsters. The Wire montre surtout l’inertie des phénomènes sociaux. La série évoque différents univers sociaux sans imposer une hiérarchie. Robert E. Park et l’école sociologique de Chicago traitent de la même manière les professions illégitimes que les professions légitimes. La série, affranchie de la spécialisation en discipline, permet une description transversale et totale de la réalité sociale.

 

Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou évoquent la réception de la série en France. Ils relativisent l’influence de The Wire. La série s’adresse surtout à la petite bourgeoisie intellectuelle et pas vraiment aux classes populaires qu’elle montre à l’écran. Son rythme lent ne favorise pas un engouement populaire. Mais la série atteint une audience plus large que celle du petit milieu universitaire.

The Wire alimente le rap français et son imaginaire du ghetto. Les références à la série sont nombreuses dans le milieu du rap, aux États-Unis comme en France. Mais la situation dans les quartiers populaires semble différente dans les deux pays. The Wire montre une réalité particulièrement sombre, notamment des relations humaines. Des amis se trahissent ou s’entretuent. La violence et l’utilisation des armes semblent également banalisée.

 

The Wire présente une vision très sombre de la société moderne. Les universitaires qui se penchent sur cette série semblent d’ailleurs le regretter. Ses sociologues semblent proches d’une gauche social-démocrate qui croit en l’Etat social et en la possibilité de gérer et d’aménager l’ordre marchand pour améliorer les conditions d’existence. Mais The Wire présente un vision moins naïve et beaucoup plus critique. Les institutions, et encore moins les héros solitaires qui triomphent seuls face au système, ne sont pas valorisées et semblent engluées dans la corruption et l’impuissance. Pour améliorer la situation, une destruction de l’ordre existant devient indispensable.

D’autres séries permettent de sortir de l’optimisme béat de l’industrie culturelle et du volontarisme militant. La série Oz sur la prison, The Shields sur la police ou d’autres créations télévisuelles permettent une véritable réflexion critique. The Wire et d’autres séries de qualités permettent de sortir la télévision du simple abrutissement. Les œuvres de fiction et de divertissement permettent de soulever de nombreux problèmes politiques et sociaux qui deviennent alors incarnés par des personnages et ancrés dans la vie quotidienne.

article sur zones subversives

Source : Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris, Julien Talpin, The Wire. L’Amérique sur écoute, La Découverte, 2014

Question de salarié : la responsabilité du fond de caisse ….

– heu dis Punkastor, toi qui est syndiqué… mon patron il est pas content : Quand j’ai compté ma caisse l’autre jour il manquait genre… 27.10 euros !
je ne sais pas d’où venait l’erreur. Depuis j’ai démissionné maintenant il me réclame ces 27.10 sinon il refuse de me donner mon salaire et mon solde de tout compte !
– ah toto le livreur, quand vas tu savoir compter ta caisse sans erreur ? Mais la retenue sur salaire est illégale ton patron devrais le savoir…
-Sauf que là il y a faute de ma part puisque de l’argent leur appartenant a disparu! J’me vois mal leur dire « vous devez me payer exactement telle somme alors que j’ai perdu une partie de mes sous de ce jour la »

heu.. y a des textes de loi la dessus?

 


 

Article L122-42

Les amendes ou autres sanctions pécuniaires sont interdites.

Toute disposition ou stipulation contraire est réputée non écrite.

NOTA :Code du travail L. 152-1-5 : sanction pénale. * Ordonnance 2007-329 2007-03-12 art. 14 : Les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur en même temps que la partie réglementaire du nouveau code du travail et au plus tard le 1er mars 2008.

La loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008 dans son article 2 X a fixé la date d’entrée en vigueur de la partie législative du code du travail au 1er mai 2008.

 

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Nouveaux textes:

-Déjà, j’ai l’impression que le fond de caisse se fait sur tes propres thunes, pratique courante dans la restauration mais illégale (du moins on ne peut pas t’imposer de créer un fond de caisse sur tes propres finances). En général les restaurateurs font ça pour pouvoir te sanctionner pécuniairement plus facilement en cas d’erreur de ta part.

C’est pas une faute lourde donc? Comment je peux prouver que j’ai pas mis les sous dans ma poche?
C’est à lui de prouver que tu as volontairement volé cet argent, autrement-dit, même s’il t’avait vu de ses yeux te servir dans la caisse, sans témoin ce serait déjà difficile pour lui.


-J’ai signé un papier comme quoi je suis ok pour la retenue sur mon salaire
. J’vais pas mentir, j’étais paniqué sur le moment. 180€, c’est une somme inédite dans ce restau. C’est trop tard? Et pour mes 30€, ai-je une chance de les revoir? (20€ fond de caisse de MA poche, 10€ de tips que je comprendrai qu’ils partent, osef)?
– Tout texte régissant ton emploi, que tu signe ou non, est nul et non avenu s’il est moins avantageux que le code du travail. Tu peux signer ce papier, ou un autre disant que tu t’engage à lui donner un rein, c‘est comme-si le document n’avait jamais existé!

Pour résumer: ton patron est un bel enfoiré, si tu es en période d’essai et que tu t’oppose à sa décision, il va certainement céder pour pas faire de vagues et te virer dans la foulée. Si tu commence à céder la dessus il va continuer à entuber son prochain… Pas facile l’auto-organsiation des travailleurs par eux même, hein toto-le-livreur ?

C’est un point de droit du travail présenté par pipo et chico, padawans au pole juridique de la bourse du travail

Réflexions sur le 1er mai anarchiste de 2014 à Paris

Très bon article de kraken qui repose les bonnes questions 
face à la specialité des militants parisiens : 
Se prendre le chou !

La fraction anti jacobine du comité de rédaction

Réflexions sur le 1er mai anarchiste de 2014 à Paris

 Tout d’abord, à quoi bon ce texte ?
Le « milieu » libertaire frétille déjà de sites en sites, de blogs en blogs, à propos de ce 1er mai 2014. Et étant données les habitudes du milieu libertaire parisien, on se demande bien ce que ce texte, comme d’autres, pourra apporter. Mais disons que devant ce qu’est devenu le mouvement libertaire à Paris, s’il est devenu de plus en plus risqué de parler et de prendre position, il y est surtout devenu insupportable de se taire. Commentaires censurés par des sites sensés permettre le débat (comme Indymedia), intimidations, insultes, menaces de la part de certains autonomes et/ou antifascistes … Pour beaucoup d’entre nous, nous avons de la peine en voyant la tournure que prennent les choses. Dans un contexte où on a vu récemment le milieu autonome couvrir et défendre un violeur pédophile (il aura fallu que la justice bourgeoise, à l’occasion d’une autre procès de ce sinistre personnage, déballe le casier judiciaire pour que les victimes soient enfin prises au sérieux), on ne s’étonne plus de rien.
Avant toute chose, c’est quoi, le premier anarchiste à Paris ?
L’après-midi a lieu la manifestation syndicale. S’y trouvent les syndicats que nous qualifieront sans abuser de « réformistes », voire pire, même si certaines sections, dans certains secteurs, sont moins endormis que d’autres, surtout quand dans telle ou telle branche existent des luttes assez actives. Certains de ces syndicats, ou du moins certaines sections, ont parmi eux des anarchistes syndiqués qui, ce jour-là, peuvent décider de participer à cette manifestation avec leur section, leurs collègues de travail, etc. S’y trouvent aussi des syndicats un peu plus radicaux, comme Sud ou la CNT.
Depuis plusieurs années, les anarchistes organisés ont décider, avant cette manifestation syndicale, de faire une manifestation spécifiquement anarchiste. Celle ci est généralement « portée », du moins organisée, par les deux plus grosses organisations anarchistes présentes à paris, à savoir la CNT et la FA. Cette année, le choix avait été fait par un ensemble plus large d’organisation libertaires de co-organiser les choses, ce qui me semble une bonne initiative : d’une part, cela donne une légitimité unitaire libertaire, et cela permet, malgré le déséquilibre des forces d’une organisation à l’autre, que chacune de ces organisation puisse apporter son aide.
Pour ma part, ne faisant partie d’aucune de ces organisations, cela ne change pas grand chose, mais cela avait le mérite de renforcer une dynamique unitaire présente dans d’autres initiatives tout au long de l’année, ou ponctuellement (comme la Foire à l’autogestion, par exemple). Cela avait entre autre permis de réaliser une affiche commune, qui assurait une visibilité vos-à-vis de la population plus grande que d’habitude.
Cette manifestation, d’année en année, a développé une spécificité. Géographique tout d’abord, puisqu’elle part de la Place des fêtes pour se rendre à République ou à Bastille, selon le lieu de départ de la manif unitaire. Cela a le mérite de rendre présents les anarchistes en nombre dans des quartiers non bourgeois, dans des rues et non pas sur des boulevards immenses, et la population reçoit bien cette manifestation, en se tenant généralement sur les trottoirs, discutant, prenant des tracts, achetant des journaux anars, etc. On y retrouve l’ensemble des anarchistes organisés, et, comme moi, beaucoup d’anarchistes de coeur, mais pas forcément militants dans une organisation anarchiste. On y retrouve toutes générations, de la poussette au retraités. On y retrouve des connaissances, des amis, et c’est un peu le « grand rendez-vous » où l’on se compte, où l’on y voit de nouveaux venus, et où on prend conscience que les anarchistes sont multiples, différents, … mais ensemble.
Que s’est-il passé cette année ?
Après environ 20 minutes de manifestation, est arrivé un groupe de personnes bien connues non seulement de la police (et oui, l’anonymat, de nos jours, n’est plus ce qu’il était) mais aussi de pas mal de manifestantEs, malgré les masques et cagoules : des « autonomes » parisiens.
Rapidement, la technique habituelle se met en place : bris de vitrines, puis retrait pour trouver refuge au sein du cortège, au milieu des manifestantEs, parmi lesquels, nous le savons, des enfants, des personnes âgées, des sans-papiers qui se passeraient bien d’une arrestation, des handicapéEs, bref, des gens absolument pas venus dans l’optique d’une émeute.
Mais bon, peu leur importe : imposer à une poignée de personne un affrontement inéluctable avec la police à des gens pas préparés à cela, ceci n’est en rien un problème pour cette avant-garde autoproclamée.
Nous assistons alors à un délire total, qui, s’il ne mettait pas en danger l’ensemble de la manifestation, serait, en soit, assez comique : un Monoprix a la vitrine éclatée, et les autonomes parleront alors « d’opération d’autoréduction ». Au-delà de cette amusante novlangue, cela a, concrètement, consisté piquer des bouteilles d’alcool. Mais bon, il faut bien avouer que parler « d’autoréduction », ça fait mieux.
Un peu plus loin, un membre de l’avant-garde éclairée attaque un écran de distributeur automatique de billet … avec un bout de bois (sans doute un manche de marteau). Malgré tous ses efforts : autonome : zéro, écran : un. Et oui, mal équipés, en plus. Ou alors pas si fort que ça malgré l’attitude ultra-viriliste.
Toujours dans la même veine, l’un d’eux s’acharne sur un autre écran, quand un de ses potes, complètement paniqué, vient lui hurler dans les oreilles qu’un escadron de gardes mobiles se situe à … 3 mètres de lui. Comme quoi, même l’avant-garde éclairée peut souffrir de problèmes de vue.
Et ensuite ?
Et ensuite, bien entendu, le pouvoir vacille, les masses prolétaires se mettent à suivre l’avant-garde, prennent les armes et … Euh non, en fait.
Les habitants rentrent chez eux. Les commerces baissent leurs rideaux de fer.
Une membre de la CNT, au micro, et aussitôt huée, déclare que la CNT ne « continuera pas dans ces conditions ». Si pour ma part je n’apprécie pas qu’elle parle au nom de toute une organisation (elle a dû se faire souffler dans les bronches par ses camarades ensuite, je suppose), dans les faits, sa déclaration est surtout inutile : la plupart des manifestantEs sont déjà partis ou en train de partir d’eux-même. Le cortège se vide. Au final, cette déclaration sera surtout un élément de plus utilisé dans la prose autonome pour moquer la CNT.
La suite, elle, sera dans la continuité logique : de moins en moins nombreux, les manifestants se retrouvent être un « refuge » de moins en moins efficace pour l’avant-garde éclairée (mais néanmoins mouillée aussi par la pluie, malgré ses chouettes vêtements de marque). L’ensemble des manifestantEs devient alors vulnérable, et là, la police va pouvoir faire se qu’elle veut : un peu de gazage, un peu de poussage, et quelques interpellations. Une sorte de minimum syndical quoi, étant donné qu’un des pontes de la police s’est aussi fait savater en début de manif.
Toujours aussi forts dans le registre comique, on verra un des membres de l’avant-garde reprocher au SO de la manif (qu’il vient d’insulter), de ne pas reprendre des mains de la police les interpellés. En fait, il est amusant de voir à quel point, pour des ennemis proclamés de toute organisation politique, une réelle foi dans l’organisation existe : celle-ci est censée empêcher toute arrestation, servir d’assurance-procès, etc. Finalement, c’est à se demander si ces ennemis de l’organisation ne croient pas davantage que les militantEs organiséEs aux bienfaits de celle-ci ! C’en est presque touchant. Perso, si j’était dans une orga, je prendrais ça pour une reconnaissance. Enfin bon.
Aussi touchant que ce militant d’avant-garde qui s’est fait arrêté et qui pleure dans son coin, entre deux gardes mobiles. Vu que c’était avant l’utilisation des gaz, je compatis alors, oubliant nos divergences, et voyant enfin, derrière le valeureux combattant-couilles-en-avant, un être doué de sensibilité, avec un petit cœur qui bat, et tout et tout. Parce que c’est quand même injuste : à cause de ça, il sera peut-être privé d’argent de poche, ou, pire, papa-maman arrêteront de lui payer son appart. Et là, ça rigole plus. La révolution n’est décidément plus un dîner de gala.
Quel était le but de tout ceci ?
A vrai dire, plusieurs options existent.
Option 1 : transformer une manifestation tranquille en émeute contre le capitalisme et l’Etat.
Franchement, vu le contexte habituel de cette manif … Qui peut croire à ça ? Même l’avant-garde, pourtant pas toujours fute-fute (désolé, mais on en a la preuve chaque jour), ne peut pas être assez bête (ou bourrée avec de la mauvaise bière piquée … euh, pardon « autoréduite ») pour croire à ça.
Option 2 : radicaliser une part des manifestants, quitte à perdre une autre part des manifestantEs.
Là encore, ça ne tient pas. Parmi les organisés, de nombreuses personnes participent volontiers à des actions plus radicales, et n’ont pas attendu une quelconque avant-garde pour s’y mettre. A la seule différence que ces personnes, pour des raisons de sécurité, évitent de le crier sur tous les toits, et ont le mérite de s’organiser suffisamment pour ne pas se faire chopper comme des débutantEs. Et là, comme on l’a vu, le but n’était de toute façon pas là chez eux, et il y avait donc peut de chance de les convaincre, surtout en leur imposant par la force un mode d’action qu’ils n’avaient pas choisis pour cette manifestation.
Option 3 : déstabiliser les organisations anarchistes.
C’est là l’explication qui me semble la plus logique, car c’est celle qui avait le plus de chance d’aboutir. Et surtout, on voit depuis plusieurs mois des attaques répétées contre les organisations, sous différents prétextes, avec son lot de publications de textes, de communiqués, de réponses censurées, etc. La police et les fachos, eux, doivent jubiler, de trouver de tels alliés.
Cette manifestation « grand public », qui prenait d’ampleur d’année en année, avait sans doute de quoi agacer les membres d’une avant-garde qui se sentent, eux, sans doute bien seuls dans leurs initiatives. De quoi aiguiser la jalousie quoi. Surtout dans un contexte où, de façon répétée, des organisations anarchistes arrivent, sur tel ou tel événement, à mobiliser au-delà de leurs rangs militants.
Pour des autonomes qui ne parviennent toujours pas à sortir de leur ghetto militant de plus en plus sectaire, c’est dur à avaler.
Là, il est clair que les manifestantEs non militantEs qui ont quitté le cortège ne sont pas près de revenir l’an prochain, voire même de revenir du tout.
De plus, enclencher une riposte répressive de la police entraine son lot habituel de critiques à l’encontre d’un service d’ordre de manif qui, en n’ayant pas pu empêcher les arrestations, se voit alors qualifié d’alliés de la police, rien que ça.
Autre but possible : faire interdire à l’avenir toute manifestation déposée par les organisations anarchistes, et ainsi gêner les dynamiques des organisations anarchistes qui seront contraintes de ne plus pouvoir lancer des manifestations à leur propre initiative. Celles-ci seront donc contraintes à manifester de façon « sauvage », donc avec arrestations à la clé, et de fait, avec uniquement des militantEs prêts à l’affrontement avec la police. Ou bien les anarchistes organisEés seront contraintEs de se rallier uniquement aux grandes manifestations unitaires. Les autonomes pourront alors leur reprocher de n’être qu’à la remorque des réformistes.
Quelles suites possibles ?
Concernant les interpellations, tout cela suivra son cours habituel ; On demandera aux gens de filer du pognon (ce qu’ils feront, puisque finalement, peu de distributeurs de billets ont été cassés, donc retirer un peu d’argent pour aller à un concert de soutien sera faisable) pour financer des frais d’avocats, et d’éventuelles condamnations financières. Et oui « l’autoréduction », ça pète grave, mais au final, ça revient cher la bière. Du coup, l’avant-garde n’hésitera pas à demander des sous auprès des organisations (ou plutôt de ses membres) dont elle a pourri la manif et qu’elle a mis en danger dans son ensemble.
Concernant la manif du 1er mai en elle-même : il est clair que celle de l’an prochain sera un enjeu. Soit les organisateurs seront assez forts et intelligents pour dépasser ça et relancer une dynamique, du moins si la prochaine fois une manifestation est autorisée. Soit ce ne sera pas le cas, et tout le travail de construction de ce premier mai anarchiste sera à reprendre de zéro. Dans ce contexte, soit le SO virera du cortège les membres de l’avant-garde illuminée et passera pour de méchants flics à grands renforts de communiqués pleurnichards, soit il les tolèrera, et le même fiasco recommencera.
Autant dire que l’enjeu n’est pas simple.
Si l’avant-garde a clairement déclaré la guerre aux organisations, il y a peu de chances que ces dernières acceptent de rentrer dans ce conflit. D’une part, elles sont occupées par d’autres initiatives et luttes, et d’autre part, ce serait accepter d’entrer dans un combat face à un ennemi multiforme. En effet, un des principes de ces avant-gardes, c’est d’être éclatées autour de petits chefs charismatiques (souvent en confits les uns avec les autres, pour des histoires d’ego, ou de cul, ou les deux) : ainsi, certains groupes n’hésitent jamais à pourrir le groupe de l’autre chapelle, mais peut se rallier à lui la fois suivante contre un autre, et ainsi de suite. Bref, c’est jamais la faute à personne quand quelque chose se passe.
Une autre option est l’abandon de cette manifestation anarchiste qui serait une belle victoire pour l’avant-garde plus-radicale-que-moi-tu-meurs, gagnant ainsi une partie contre son ennemi principal, à savoir non pas l’Etat ou je-ne-sais-quoi, mais les organisations anarchistes qui, c’est bien connu, sont sources de tous les maux.
Dans tous les cas, le « milieu » libertaire réagira d’une façon ou d’une autre. Pour ma part, j’espère que l’avant-garde autoritariste ne gagnera pas ce combat. Pour cela, il faudra que les organisations
se montrent inventives, cohérentes, déterminées, et que nous, anarchistes de cœurs mais non militanEs, ne nous laissions pas berner par les verbiages alambiqués d’avant-gardes autoritaires, machistes et manipulatrices.
Peter Love dans kraken

A versailles l’ancien régime siège toujours et defend ses traditions

Le crime de lèse-chasse à courre condamné par le tribunal de Versailles

Quelques manifestants contre l'interdiction de la chasse à courre, au lendemain de l'entrée en vigueur de la loi.

Le tribunal de Versailles vient de condamner trois militants, membres de l’association Droits des Animaux, qui manifestaient contre une chasse à courre en forêt de Rambouillet, à 500 euros d’amende, pour « violence en réunion ».

En principe, dans un Etat de droit, une instruction se fait à charge et à décharge, en terrain neutre. Ici, c’est une magistrate au patronyme aristocratique qui convoque les prévenus, pour leur faire l’éloge de la chasse à courre, ce qu’elle a reconnu. Après quoi, elle les met en examen et les place sous contrôle judiciaire. L’instruction a lieu à Versailles, pas ailleurs. En matière de justice équitable, on fait mieux. Mais nous sommes en France.

Soumis à une critique de plus en plus virulente, exposés par des reportages sans complaisance, les veneurs, qui n’aiment pas être dérangés pendant leurs menus plaisirs, réclamaient la création d’un « délit d’obstruction à la chasse », que le gouvernement Fillon, en bon valet du lobby, leur a servi sur un plateau d’argent en 2010, par décret, puisque les élus avaient rejeté cette demande. Malheureusement, l’infraction est impossible à constater. Les chasseurs et l’ONF (qui loue ses forêts aux chasseurs) ont d’ailleurs été déboutés. Mais ce crime ne pouvait rester impuni. Les juges de Versailles devaient trouver autre chose.

Les militants anti-chasse ont donc été condamnés pour « violence en réunion », bien qu’il n’y ait eu aucune violence au sens propre. Mais le tribunal considère que gêner les chasseurs par une présence hostile ou par des huées est une violence. Avis à ceux qui s’aviseraient de siffler au théâtre.

Condamner les membres d’une association non-violente pour « violence en réunion », c’est un peu comme condamner un piéton membre d’une ligue anti-alcoolique pour conduite en état d’ivresse. Des coups de cravache et des insultes racistes proférées par la fine fleur de la nation, il ne sera jamais question, bien que ces « débordements » aient été filmés.

Cela signifie qu’au « pays des droits de l’homme », s’il n’existe plus de crime de blasphème ou de lèse-majesté, il existe un crime de lèse-chasse à courre. On a le droit d’être contre la chasse à courre, mais pas de le dire ni de le manifester. Versailles a rétabli le délit d’opinion. Les aristocrates et les capitaines d’industrie ne sauraient être dérangés par des gueux pendant leurs loisirs. Où irait-on s’il fallait aussi sécuriser les golfs et les rallyes ? Il s’agit bel et bien d’une justice de classe.

Nous sommes en France. La chasse à courre est donc le seul loisir protégé par la police. Les veneurs représentent 0,001% de la population, les opposants à la chasse à courre 79% . Cette pratique d’Ancien Régime, archaïque et cruelle, a été abolie dans la plupart des pays européens. Si le nombre des équipages augmente, c’est que les étrangers empêchés de chasser chez eux se réfugient chez nous. Les propositions de loi (trois en quelques années) visant à interdire la chasse à courre ne sont pas débattues à l’Assemblée nationale. Les ministres dits de l’écologie ne répondent pas aux questions écrites. Pourquoi ? Parce que le pays est dirigé par les lobbies. Parce que les chasseurs sont assis à la table du pouvoir. Parce que nous sommes en France.

Armand Farrachi (Porte-parole du Collectif pour l’Abolition de la Chasse à Courre)

tribune lue dans le monstre

[precariat du divertissement] bosser et militer à disney ….

a part les illustrations du premier et dernier article, 
toutes les illustrations sont issus “Dismayland“,
 de l’artiste Jeff Gillette, 
est une juxtaposition des univers complètement opposés de l’art,
 des favelas et de DisneyLand.

 Mélangeant des personnages comme Minnie, 
Daisy ou encore les souris de Cendrillon avec des éléments d’artistes
 comme Takashi Murakami ou Roy Lichtenstein,
 le tout dans un univers entre favelas et post-apocalypse.
la redac'

Crise : Disneyland Paris recrute jeunes Espagnols surdiplômés

Jose et Irene ont profité d’une vague de recrutement du parc d’attraction pour fuir une Espagne minée par la crise et le chômage, « le temps que ça s’arrange ».

Irene à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Fin novembre, en milieu de semaine, quasi-vide, Disneyland Paris a des bons côtés. De là à y travailler ?

Devant l’attraction pour enfants « Tapis volant », on retrouve Irene, 27 ans, souriante. Jose-Maria, 24 ans, nous rejoindra dès qu’il le pourra. Tous deux nous racontent le quotidien dans le monde merveilleux de Disney, loin de l’Espagne-qui-va-si-mal.

Tout serait parfait si Irene et Jose n’étaient pas en manque de famille et légèrement surqualifiés. Détenteurs d’un bac+5, ils ont été « castés » en septembre dernier par le parc de Marne-la-Vallée. Leur CDI « opérateur animateur d’attraction » a démarré le 15 octobre dernier, pour 1 500 euros brut par mois.

Le taux de chômage des jeunes Espagnols de moins de 25 ans a atteint environ 46% (selon les chiffres Eurostat), alors qu’il est d’environ 21% dans l’ensemble de l’Union européenne, et, à la différence de la France, il touche plus les diplômés. Les cerveaux espagnols partent en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Brésil, dans les pays d’Europe du Nord et en France.

« Je ne veux pas vivre de mes parents »

Des diplômés traversent les Pyrennées

En septembre dernier, Disneyland Paris a organisé un casting à Madrid (dans le cadre d’un programme de recrutement européen). Le nombre de postulants était impressionnant : 950 personnes (deux fois plus qu’en Italie). « Il y avait 600 excellents profils, plus de diplômés et des personnes plus âgées que lors des précédentes sessions de recrutement », dit Disney, qui a commencé à recruter en Espagne en 1992. Le prochain casting aura lieu à Alicante, en décembre.

Autre exemple : en avril, l’Allemagne a lancé un programme de recrutement de jeunes ingénieurs espagnols. En quelques mois, 17 000 candidatures ont été remplies, selon l’Agence allemande pour l’emploi.

Petit, Jose-Maria voulait être médecin. Il vient d’un petit village de campagne, au sud de l’Espagne.

Il a finalement fait des études de traduction à l’université de Cordoue (niveau master). Et il est parti parce que la situation de son pays n’est « pas très bonne », dit-il dans un français un peu maladroit.

Il a envoyé des dizaines de CV l’été dernier et n’a eu aucune réponse :

« Je suis réaliste, il va falloir que je passe une bonne période à l’étranger, le temps que ça s’arrange…

Moi, je ne veux pas vivre de mes parents. »

Si la France s’effondre à son tour (il n’y croit pas, il a confiance), il ira ailleurs. Où se voit-il dans cinq ans ? « En Espagne, à traduire des livres contemporains, ce serait bien. »

Derrière lui, il a laissé des copains au chômage. Un agronome, chômeur depuis deux ans. Un autre, architecte, exilé à Londres.

Dans le cadre de ce sujet, un espagnol kinésithérapeute nous a aussi parlé d’un ami doctorant en architecture « qui bosse chez Zara ». (Le syndicat des architectes espagnols dit que 73% de ces professionnels envisagent de s’installer à l’étranger à cause, essentiellement, des conditions de travail précaires et du taux de chômage élevé.)

« C’est difficile de quitter le foyer »

Irene est une optimiste énergique aux cheveux courts. Le genre agacée par les gens qui se plaignent ou remettent des choses au lendemain. Elle a commencé le français à 12 ans. En Espagne, elle a fait des études de maître d’école.

L’année dernière, elle était prof de français à Madrid (elle regrette un système scolaire espagnol sapé). Elle a choisi de partir en France pour apprendre des expressions courantes, comme « il pleut des cordes ». Mais surtout, Irene souhaitait s’éloigner de ses parents :

« En Espagne, il y a une chose qui s’appelle les parents. Je les aime, mais j’avais besoin d’air. C’est difficile de quitter le foyer : le logement revient au même prix qu’ici, mais notre smic est divisé par deux. On est coincés. Les jeunes de mon âge ne quittent pas le foyer ou vivent en colocation à trois ou quatre. »

C’est un choix. Irene subit moins que Jose. Avec son salaire de prof, elle aurait pu se payer un appartement, mais elle aurait dû serrer toutes les autres dépenses, « j’aurais dû dire au revoir aux petits vêtements ».

Parmi les amis espagnols de Disneyland d’Irene, il y a une fille qui est venue en France parce qu’elle n’en pouvait plus d’être payée au noir à Madrid (sans cotiser pour la retraite).

Emigrants « hautement qualifiés »

Un autre, Juan, qui travaillait à « un grand poste » dans une usine de voitures, et qui a fait deux ans de chômage, « a dû tout vendre », avant d’être embauché par Disney. Il travaille à l’attraction « Animagique “, un spectacle avec Donald.

Selon l’Institut national de la statistique (INE), l’Espagne a perdu 36 967 nationaux au cours du premier semestre. 18 838 d’entre eux avaient entre 18 et 45 ans.

Jose Antonio Herce, ancien professeur d’économie à l’université Complutense et membre du conseil des analystes financiers, s’inquiète dans le quotidien argentin Clarin du phénomène d’exil ‘qui s’accélère’ comme dans les années de crise de 1940 et 1950.

La différence, c’est que ces émigrants du XXIe siècle sont, comme Irene et Jose, ‘diplômés, hautement qualifiés et sans famille’.

Une véritable ‘fuite des cerveaux selon la branche espagnole de l’agence l’Interim Adecco :

Le nombre de candidats pour travailler hors d’Espagne s’est multiplié par dix. Ce sont des chiffres surprenants car traditionnellement, les Espagnols n’avaient pas une grande propension à la mobilité géographique.’

José Maria à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Logés à la lisière du golf de Disney

Le soir, les Espagnols de Disney tentent de recréer ‘un ambiente’. Ils vivent en autarcie (les Italiens sont parfois acceptés). Ils dînent toujours entre eux par groupe de cinq ou six.

Ils habitent dans des résidences proches du parc, gérées par Disney. A Magny-le-Hongre, à la lisière du golf de Disney, où Jose et Irene sont logés, l’activité nocturne est limitée. Même quand elle va à Paris, Irene est frustrée :

‘En Espagne, on sort la nuit, puis on trouve un after’, et on dort tout le lendemain. Ici, à 2 heures, c’est bon, c’est fini.”

Le matin, Irene et Jose prennent le bus, ligne 34, à 8h05, pour être devant leur attraction à 8h45, quinze minutes avant l’ouverture du parc. Tous les deux travaillent sur les attractions “Tapis Volant” ou “Cars”, selon les jours. Irene préfère “Cars”, parce que la musique est plus supportable :

“C’est du rock, c’est mieux que ‘hin hin hin’ [elle imite la musique de charmeur de serpent de l’attraction ‘Tapis Volant’, ndlr].”

La journée de travail dure dix heures (avec une pause pour le déjeuner à midi, un peu tôt pour eux).

“J’ai le temps de faire des choses à côté”

Toutes les quinze minutes, il faut changer de poste sur l’attraction : accueil à l’entrée, démarrage du manège. “Cela permet de ne pas faire toujours les mêmes gestes”, dit Irene. Le cycle – déroulé des opérations pour un tour de manège – est de quatre minutes. Les salariés ne doivent pas être aperçus assis dans les allées. Une question d’image.

Jose trouve le boulot “dynamique” et ne s’ennuie pas, mais il rêve déjà d’être transféré au “Crush’s Coaster” – des montagnes russes dans l’univers du “Monde de Nemo”, attraction plus excitante – ou devenir guide VIP du parc. Ce sont ses ambitions à moyen terme.

Souffrent-ils d’un manque de stimulation intellectuelle ? Irene :

“Il n’y en a pas beaucoup, on a seulement des petites conversations de quelques secondes avec les enfants, mais la journée n’est pas trop longue. J’ai le temps de faire des choses à côté, de parler à ma famille par téléphone. J’ai un week-end de trois jours [elle est aux 35 heures, ndlr].”

Seule chose qui les contrarie : l’uniforme. Manteau bleu électrique, pantalon marron mal coupé et chemises à motifs “moches” (des cavaliers).

Le nouvel an sur les Champs-Elysées

Irene tient bon, elle est solide. Sa famille lui manque, mais elle a déjà prévu trois week-ends de retrouvailles d’ici la fin de l’année (“ Vous n’avez pas le même sens de la famille que nous ”). Son petit copain va venir le 31 décembre. “ On va faire une soirée aux Champs-Elysées, avec du champagne ”, dit-elle en dansant.

Jose est, lui, clairement en manque. Il est plus jeune et quand il parle de sa famille, ses yeux s’humidifient :

“J’aimerais retourner les voir, mais je ne suis là que depuis un mois.”

L’idée est aussi de mettre de l’argent de côté : la chambre que Jose loue dans la résidence ne coûte que 300 euros. A la cantine, les repas ne valent que 4 euros, “pour un plateau copieux”, dit la chargée de communication.

lu sur rue 89

 

y bosser c'est dur mais on peut s'y organiser :

Interview de Cyril LAZARO, section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Cyril LAZARO est représentant de la section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Bonjour Cyril. L’actualité est toujours riche à Disneyland Paris, alors où en est-on après la divulgation du rapport de l’Institut du Travail sur les organisations syndicales de l’entreprise, rapport qui reléguait les représentants syndicaux de l’entreprise au rang d’ « analphabètes », selon les dires de la responsable CFDT de l’entreprise ?

- Cyril. C’est un bien triste constat, mais c’est un constat réaliste. Le faible niveau des organisations syndicales de l’entreprise a été façonné au fil du temps par la Direction de l’entreprise, et l’on pourrait faire fi de ce bilan si les luttes syndicales nécessaires étaient menées avec le cœur et dans l’intérêt des salariés. Malheureusement, le bilan de l’Institut supérieur du Travail mentionne aussi les querelles intestines, le culte du chef, et si l’on rajoute à cela les malversations du Comité d’Entreprise, il est évident que les salariés n’ont plus grand chose à attendre de leurs représentants et de leurs organisations syndicales.

Tu as milité ces dernières années à la CGT, tout d’abord pourquoi, et quel enseignement en tires-tu ?

- Après avoir analysé le fonctionnement de l’entreprise, il me semblait évident que le changement ne pouvait se faire qu’en changeant la représentation CGT de Disney, empêtrée dans le scandale des malversations du Comité d’Entreprise, et dont l’avocat de la CFDT avait déclaré qu’elle était devenue le supplétif de la Direction, ce en quoi il avait parfaitement raison. J’ai donc essayé de changer les choses de l’intérieur, soutenu par de nombreux camarades à l’extérieur que je salue, mais le fonctionnement structurel de la CGT n’a pas permis d’aboutir. Lorsque vous avez une Fédération du Commerce dont dépend le syndicat de Disney qui prend fait et cause en faveur des représentants de Disney (qui sont eux mêmes élus à la Fédération du Commerce), il n’y a pas de possibilité de changement. C’est une façon de verrouiller les choses qui me semble illogique, mais je crois que ce n’est plus le bon sens qui détermine le paysage syndical actuel, et on n’est plus à un non sens près.

Tu as donc décidé de créer la CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris…

- Tout à fait. Nous sommes à un an des élections professionnelles dans l’entreprise, et je crois que les salariés sont en droit d’avoir une représentation syndicale plus conforme à leurs intérêts.

…/… Lire la suite sur : http://www.cnt-so.org/?Interview-de…

Mais y bosser et lutter syndicalement,
 ne nous ferais pas oublier la dimention symbolique du lieu
avec ces deux articles d'abord une analyse des copains de no passaran :

Disneyland, le royaume désenchanté

Dans la stratégie expansionniste des États-Unis, la culture apparaît comme un instrument de domination parmi d’autres. L’objectif est d’élaborer une culture de la consommation en standardisant toute création culturelle. Disney occupe une place centrale dans l’industrie des loisirs et, de ce fait, dans le processus de contrôle et de formatage de nos vies.

Dans Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, chrétien et militant d’un anticapitalisme non radical, nous livre un argument intéressant sur les mécanismes mis en œuvre dans les parcs d’attractions ou de loisirs et démontre que ce type de divertissement n’est pas neutre, imposant souvent à notre insu des représentations intellectuelles et culturelles tout à fait dans l’air du temps. Connaissant ses positions sur l’homosexualité et l’antispécisme, on abordera les propos de l’auteur avec un certain recul ; il ne s’agit bien évidemment ici que d’en dégager l’analyse afin de nous en servir dans notre propre combat de résistance et de contre-culture.
Walt Disney n’a jamais caché son patriotisme – agent spécial du FBI, il aurait été chargé pendant 25 ans d’espionner les contestataires d’Hollywood. On ne s’étonnera pas de ses propos :  » Si vous regardiez au fond de mes yeux, vous y verriez flotter deux drapeaux américains ; le long de mon échine monte une bannière rouge, blanche et bleue, les couleurs des États-Unis. «  (Walt Disney – p. 13)

Son objectif était de transmettre les valeurs fondamentales de l’idéologie américaine tout en divertissant le client.


L’auteur commence alors par s’interroger sur la culture présente dans ses parcs de loisirs ; véhiculant les valeurs profondes des Etats-Unis, est-elle donc une culture comme les autres ? Autrement dit, s’approche-t-on de la culture étasunienne en fréquentant Mickey, un peu comme on pourrait goûter la culture française en appréciant sa gastronomie, ou la culture italienne en aimant son histoire ou encore la culture africaine à travers sa poésie ? Il n’en est rien ; malgré ses avatars exotiques et sa volonté d’inclure dans ses parcs des personnages de la mythologie locale, le but de Disney n’est pas d’ouvrir à la culture de l’autre mais plutôt de se replier sur ses propres dimensions intérieures. En effet, Disney ne produit pas de l’imaginaire mais de l’affect. Ce qu’il cherche à produire sur son client, c’est de l’émotion, mais en aucun cas il ne vise à développer son intellect. Le conte de fée traditionnel fournit un matériau psychique que l’enfant doit s’approprier ; or Disneyland en détruit inévitablement toute féerie en s’efforçant de susciter de l’émotion à travers ses mises en scène. On peut effectivement constater que dans ses parcs, c’est le spectacle lui-même qui est mis en spectacle : le décor reproduit ce qui était déjà décor et fiction. Ainsi, lorsqu’on sort de Disneyland, on se rend compte que ce qu’on vient de visiter n’existe pas ; on n’y découvre finalement que le souvenir de ses illusions d’enfant. Disneyland n’est autre que le symbole de ce futur collectif régressif.

Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Dans ce jeu où jouer c’est acheter, celui qui gagne c’est toujours Disney.

Il faut d’abord savoir que tous les parcs Disney du monde sont construits selon le même plan. On pénètre par une avenue appelée Main Street USA, où les fausses maisons de poupées (qui cachent d’authentiques supermarchés !) instaurent d’emblée la confusion entre le fait de jouer et celui d’acheter. L’enfant est davantage considéré comme un produit d’appel dans cette entreprise et c’est l’ado-adulte qui l’accompagne qui est la véritable cible du marketing Disney. Tout est mis en œuvre pour faire régresser le client (pardon, le  » guest « , l’invité dans la novlangue de l’entreprise) jusqu’à cette nature sauvage où il cède à ses caprices. L’économie psychique du parc est toujours parfaitement identique. Afin de légitimer la régression et de déculpabiliser chacun de jouer-consommer, il faut chercher à libérer des fantasmes régressifs comme le désir de possession, par exemple, accompagné dans ce contexte, par celui de consommer. C’est donc bien un monde primitif, propice aux fantasmes, une recherche délibérée de régression vers l’âge de la petite enfance que choisit d’exploiter Disney. Il tente de se faire passer pour une allégorie universelle de l’âme enfantine pour mieux offrir aux adultes un schéma de régression nécessaire à la bonne marche de ses affaires. En quittant Main Street USA, le  » guest  » n’est déjà plus qu’un enfant du capitalisme conquis à l’idée que le monde n’est qu’une (somme de) marchandise(s)1.

La régression mise en actes

L’objectif est donc de brouiller les différences entre l’imaginaire et la réalité et de simplifier à l’extrême les formes de pensée afin d’obtenir des couples d’opposition tels que bien / mal ou gentil / méchant. En poursuivant l’exploration de Disneyland et des valeurs qui sous-tendent l’entreprise, on débouche inévitablement sur le mythe de la  » nouvelle frontière « , mythe étasunien par excellence, qui semble aujourd’hui avoir largement dépassé les limites du territoire US pour s’étendre sur la planète entière, légitimé par la même vision binaire bien / mal, gentil(s) / méchant(s).

Frontierland : c’est la reconstitution du monde des cow-boys et de la conquête de l’Ouest. Il s’agit d’une société de mâles partageant des valeurs machistes avec le culte de l’alcool, du saloon, de la danseuse, de la putain, du shériff, etc… C’est une métaphore de l’homme dur et pur, un univers désinstitutionnalisé où règne la vraie justice, c’est-à-dire expéditive… Sur la frontière, tout homme est porteur de [ses propres] valeurs du bien et du mal et peut se retrouver à chaque instant à avoir à trancher entre ce qu’il trouve juste ou injuste. Or l’universitaire D. Duclos a montré comment ce thème conduit directement au déni des institutions humaines lorsque l’individu devient garant de sa propre liberté : il banalise tout autant la figure du justicier que la revendication du port d’arme. Cette mystique sert aussi à justifier un mode de développement brutal. Elle n’admet en effet aucune limite ni aucune contrainte matérielle. Elle postule l’existence d’un monde infini, inépuisable et exploitable à merci. Elle est l’un des principaux ressort de l’idéologie productiviste responsable du pillage des ressources et des menaces sur l’écosystème. En quittant Frontierland, l’individu ne doute plus que l’homme n’est lui-même que dans un rapport de domination et d’exploitation des autres et de la nature2.

Le déni de justice : Phantom Manor est la parabole du manège de la vie ; les fantômes représentent les perdants de la vie, les gagnants, eux, sont ceux qui ont pris des risques et qui ont su affronter leur peur ; ils se sont enrichis et ont quitté ces lieux maléfiques. Éternels perdants, les fantômes doivent accepter les coups du sort et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Ils n’ont pas à se sentir exploités ou dominés, ce ne sont que des perdants et des assistés. Dans cette logique, il n’y a plus de différence entre catastrophes naturelles et sociales : un tremblement de terre, l’explosion d’une usine à Toulouse, la famine, le sida, un plan de licenciements, un éboulement de rochers, l’allongement de la durée des cotisations de retraite, c’est tout pareil ! Les médias sont là pour  » naturaliser  » les conséquences des décisions des puissants de ce monde : c’est la faute à pas de chance ! Disneyland ne menace pas les puissants. Il apprend à les aimer, à les respecter et à prendre les Maîtres du monde pour modèle. Le monde du travail ainsi gommé, il n’y a plus d’exploiteurs et d’exploités, il ne reste plus que des chanceux et des malchanceux, des gagnants et des perdants…

Idéologie : Bernard Pourprise a eu la curiosité de se livrer à une analyse très fine du journal de Mickey. Il montre, dans Économie et Humanisme, de mai-juin 1971, que 56 % des événements décrits dans les histoires de ce journal, peuvent être considérés comme des défenses actives d’une propriété. Le seul but des personnages de Disney est de rétablir l’ordre existant. Pourprise recense également près de 40 % d’histoires où l’enjeu du récit est ouvertement un enrichissement personnel du héros par la découverte d’un trésor, un gain au jeu, un profit spéculatif ou un héritage. Dans 84 % des cas où le pouvoir apparaît, on peut le qualifier d’oligarchique ou personnel (image du chef unique, du patriarche sage et bon enfant). Il remarque que la relation existant entre les personnages est toujours soumise à un rapport de domination (économique, sexuelle ou générationnelle) et que cette relation s’avère humiliante pour l’individu dominé dans 70 % des cas. Les méchants sont nécessairement laids, tant moralement que physiquement. Son étude fait encore apparaître que les perturbateurs de l’ordre Mickey sont à 59 % des individus menaçant la propriété, à 20,2 % des marginaux non-intégrés, à 7,9 % des révolutionnaires, à 6 % de sexe féminin et à 2,2 % d’une espèce différente.

Pour la bonne bouche, un extrait de ses conclusions :  » On ne peut même pas parler de conservatisme doctrinaire, mais plutôt de réflexes réactionnaires viscéraux. C’est le ramassis le plus abject des idées reçues les plus stupides : les indigènes, grands enfants, incapables d’intelligence, dont la seule préoccupation est de chanter et de danser, les pays tropicaux en trouble permanent, les gentils patrons, les ouvriers flemmards ou stupides, les révoltes injustifiées ou sanguinaires, et le communiste, ennemi mortel, qui veut semer la zizanie dans les pays occidentaux (…). Le but avoué ou non des producteurs de Mickey est de faire admettre par leur public comme naturelles ou souhaitables certaines catégories de conduite sociale au détriment d’autres. Chaque fois qu’un individu veut transformer les modes de vie ou l’organisation sociale, sa tentative se solde par un échec cuisant. Dans quelque domaine que ce soit, particulièrement dans celui de la morale et de l’éducation des enfants, chaque idée nouvelle, chaque théorie non marquée par le sceau de la continuité et du conformisme est impitoyablement refusée. Ce respect de la tradition se traduit également par une attitude très positive à l’égard des institutions sociales qui la représentent par nature, et particulièrement, l’armée et l’Eglise « .

 


Disneyland, l’anti-fête populaire : en général, dans un carnaval, l’usage du masque est un moyen de se dérober et de se cacher afin de braver un interdit. Chez Disney il permet au contraire de s’identifier et de se reconnaître. On porte des oreilles de Mickey pour s’identifier publiquement à lui et en revendiquer les valeurs. C’est la perversion du carnaval, où la subversion est canalisée et l’impertinence collective remplacée par une frénésie consumériste individuelle. La fête devient standardisée, l’imprévu y a perdu toute sa place et toute improvisation s’avère impossible. Les valeurs telles que la générosité, l’égalité, le partage, sont sacrifiées tant pour les clients que pour les salariés au profit de la sacralisation de la compétition, de l’entreprise et du marché. Il s’agit, partout, de s’afficher pour pouvoir s’identifier. Ainsi, l’adepte peut recevoir une nouvelle identité, grâce à des mythes, des coutumes, des sacrifices, le port d’objets fétiches ou des actes de dévotion. Il peut graver son nom sur le sol du parc, habiter la ville Disney ou faire partie des adhérents du club des actionnaires.

Une culture factice tournée vers le futur : en 1986, le gouvernement Fabius accepte de ne pas appliquer intégralement le droit du travail à EuroDisney, transformant ainsi le parc en laboratoire d’expérimentation du néo-management, reposant sur la fragilisation et la déqualification de l’ensemble des personnels ainsi que sur une identité de pacotille (on n’est plus  » salarié-e  » mais  » cast member « , tout le monde se tutoie et s’appelle par un prénom factice, il faut porter l’uniforme en souriant, se soumettre aux critères d’apparence physique de Disney – longueur des cheveux, utilisation calibrée du maquillage et des bijoux – et pratiquer un vocabulaire propre à l’entreprise), bref une socialisation qui correspond aux fantasmes des néo-managers qui rêvent d’instituer une atmosphère de travail telle que les employés se sentent appartenir eux-même au monde magique de Disneyland et qu’ils viennent y travailler pour le plaisir et non plus pour gagner de l’argent.

Disneyland : symbole des loisirs de masse conditionnés

Comme on le voit, les valeurs à l’œuvre dans ces parcs de loisirs sont loin d’être neutres : monde binaire divisé entre les gentils et méchants (l’axe du bien contre celui du mal !), loi du plus fort, machisme, compétitivité, irresponsabilité face à l’écosystème, fatalisme social, primauté de l’émotion sur la réflexion, suprématie de la pulsion, nouvelles formes d’exploitation salariale… Sont-ce là des valeurs universelles ? Disney, comme d’autres marques, contribue par son action au formatage de nos désirs et à l’uniformisation du monde en diffusant un modèle de société qui saccage le milieu, rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Sachons nous en préserver et en démonter les mécanismes !

Kaocen

Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, éditions Golias, 2002.

1 Profitons-en pour remarquer, que faire régresser le client pour le formater idéologiquement, n’est pas l’apanage de Disney. Il s’agit aussi d’une stratégie commerciale des multinationales parties à la conquête du monde, basée sur l’idée que ce sont les cultures qui instaurent les différences entre les êtres humains (les clients) et qu’il importe donc de s’adresser à l’individu avant que sa culture ne le structure. D’où les campagnes publicitaires tournées vers les enfants – les chercheurs-publicitaires pensent qu’entre trois et quatre ans, les enfants sont déjà capables de distinguer marques et logos – mais aussi la volonté de pérenniser et de développer les fêtes de grande consommation (Noël, Halloween, anniversaires…) ou de faire régresser l’adulte vers un monde d’enfant supposé  » pur « , où l’individu est encore affranchi de toute culture. Cf. www.antipub.net

2 Remarquons encore que ni l’esclavage, ni le génocide indien ne sont évoqués dans les reconstitutions  » historiques  » de Walt Disney. Il s’agit bien de travestir la réalité pour que le reste du monde puisse s’identifier et confondre les intérêts des USA avec ceux des transnationales : un monde sans frontière et sans histoire en somme.

et enfin un article de rue 89 sur le concept de "dirty disney"

 


Porno et films d’horreur : pourquoi ils ont besoin de salir Disney

Le film a été tourné à Disneyland, avec des iPhone et des appareils photo, en cachette, sans l’accord de l’entreprise américaine. « Escape from Tomorrow » désintègre tout ce qui définit le monde de Disney – son esthétique rose bonbon et son optimisme enfantin – et son souci permanent de contrôler son image. Le réalisateur Randy Moore dit au New York Times :

« Pour moi, Walt Disney était un génie. J’aurais juste souhaité que sa vision ne se mue pas en quelque chose d’aussi cadré. »

« Escape from Tomorrow » n’a, paraît-il, rien de grandiose – aux Etats-Unis, il n’est sorti que dans 300 salles – mais la presse américaine a, ces derniers jours, beaucoup parlé de ce film d’horreur remarqué au dernier festival Sundance.

Jim finit dans la salle « Le testicule géant »

L’histoire d’un père de famille, Jim, qui balade sa femme et ses enfants dans les attractions de Disneyland sans leur confier ce qui le démoralise : il vient de perdre son boulot.

Scénario terrifiant : Jim finit par égarer sa fille, harceler sexuellement deux ados, voir des monstres partout et se faire laver le cerveau dans une salle secrète, surnommée « Le testicule géant ».

Tourner chez Mickey pour lui faire des misères, ce n’est pas nouveau, Banksy l’avait déjà fait. Mais la sortie de « Escape from Tomorrow » pousse le site Slate.com à s’interroger sur une tradition artistique « longue et bizarre » : « The Dirty Disney » (le Disney dégueu).

Pourquoi donc, depuis des décennies, les artistes s’amusent-ils à mettre une clope dans le bec de Donald, à représenter Jafar et le Capitaine Crochet en train de se rouler des pelles et à transformer Cendrillon en junkie ?

Le dessin de Wally Wood (1967) (DR)

Dès 1967, le dessinateur Wally Wood fait figurer tous les personnages de Disney dans une grosse orgie ; ensuite, Internet a permis au « Dirty Disney » de s’exprimer sous de nouvelles formes : films porno et GIFs d’Alice au pays des merveilles narcotiques.

1

Quoi de plus drôle qu’un mouton à la place du Roi lion ?

Le pouvoir comique

 

Bambi qui fume un pétard, c’est comme une grand-mère sur un skate ou un Académicien en baggy, ça fait rigoler. La définition même de l’absurde, fonction la plus basique de ce genre de détournements.

Sur le Web, on trouve plein de caricatures et de vidéos qui n’ont pas d’autre but que de faire rire. En mettant le Roi lion dans une ferme par exemple.

Lorsque Disney a annoncé qu’il achetait la boîte de George Lucas et préparait un nouveau « Star Wars », les internautes se sont empressés de mettre des oreilles de Mickey à Dark Vador et un sabre laser entre les mains de Donald.

2

Mickey dans un bidonville : la transgression du modèle Disney

Le pouvoir politique

 

« Dismayland » est une série d’illustrations de l’artiste Jeff Gillette, qui place les personnages de Disney dans des bidonvilles. Il dit :

« L’intrusion de Mickey Mouse dans une œuvre crée le sentiment troublant qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas. »

Le monde de Disney incarne une conception simpliste du bien. Les gentils gagnent à la fin et les princes trouvent leur princesse.

Les artistes et les intellectuels s’attachent à démontrer que c’est trop beau pour être vrai, que le monde ne ressemble pas à ça. En représentant des Cruella qui sniffent et des princesses battues, le Mexicain José Rodolfo Loiza Ontiveros dit vouloir remettre en cause le principe du « tout est bien qui finit bien ».

Montage de José Rodolfo Loiza Ontiveros (Via son compte Facebook)

Il n’y a pas que les artistes, des intellectuels s’évertuent aussi à démontrer la perversité du modèle Disney. L’historienne des idées Françoise Gaillard le conçoit comme « un royaume magique qui expurge la mort de la vie, qui ignore le sexe, qui a la phobie de l’organisme, et qui est en proie à une obsession hygiénique et sécuritaire ».

Dans « Disneyland, le royaume désenchanté » (éd. Golas, mars 2002), Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, s’attaque aussi aux paradoxes de Disney.

Le monde de Disney est un paradoxe inspirant : symbole du modèle américain – fric et bien-pensance – défendu avec fermeté : une entreprise très procédurière qui attaque en justice dès qu’on touche à ses droits d’auteur, d’où le caractère transgressif de la démarche d’« Escape from Tomorrow ».

Pour l’instant, Disney n’a pas décidé de poursuivre le film, pour ne pas lui faire de publicité.

3

Sortir violemment du monde de l’enfance

La fonction psychanalytique

 

Auteur de la bande dessinée « Pinocchio » (éd. Requins marteaux, septembre 2012) dans laquelle le héros est un robot vendu comme arme de guerre et Jiminy un cafard qui devient SDF, Winschluss explique :

« Petit, on vous promet des choses, comme “ liberté, égalité, fraternité ”. Aujourd’hui, on vous dit “ travailler plus pour gagner plus ”. Et quand on grandit, on ressent un vrai sentiment de tromperie. »

C’est la fonction philosophique, voire psychanalytique, du « Dirty Disney ». En salissant ce monde rêvé, on représente celui des adultes, on en devient un.

Il existe une série de vidéos parodiques (en anglais) où les princesses de Disney donnent des conseils cyniques aux adolescentes pour qu’elles ne se fassent pas avoir par les hommes.

Dans un article titré « Pinocchio : scène primitive, fantasmes et théories sexuelles infantiles », Christophe Bormans décrypte les théories sexuelles infantiles présentes dans le « Pinocchio » de Disney. C’est une lecture classique de tous les contes. D’autant que chez Disney, souvent le parent meurt (« Le Roi Lion », « Bambi », « Cendrillon », « Blanche-Neige »…).

L’article de Slate constate, amusé, que pas mal d’anciens acteurs des productions Disney passent ou sont passés par des phases décadentes pour devenir adultes.

« Il y a un air de famille entre “Escape from Tomorrow” et les carrières des anciennes actrices de Disney Britney Spears, Lindsey Lohan et Miley Cyrus : leurs comportements hypersexualisés perforent la vieille façade Disney. »

« On ne peut pas être heureux tout le temps », dit un personnage vers la fin de « Escape from Tomorrow ».

Communiqué suite à la manifestation en hommage à Clément à Poitiers

Le jeudi 6 juin à 18 h 30 a eu lieu à Poitiers comme dans de nombreuses autres villes une manifestation organisée à l’appel du groupe unitaire contre l’extrême droite de la Vienne à la suite de la mort de Clément Méric à Paris. Nous avons été agréablement surpris de l’ampleur de la manifestation organisée dans la journée même (entre 250 et 300 personnes), mais nous avons cependant quelques critiques à émettre et besoin de rappeler certains faits.

Nous nous étonnons que des cadres du Parti socialiste de la mairie de Poitiers soient venus sans honte se montrer en mémoire de quelqu’un qui les combattait politiquement. En effet, rappelons que Clément était certes un militant antifasciste mais qu’on ne saurait le réduire à cela. Il était révolutionnaire, et impliqué dans les luttes contre le capital et fatalement contre le gouvernement socialo-écologiste actuel. Antifasciste convaincu, il militait aussi contre toutes les formes d’exploitation et de domination : le sexisme, le racisme et l’homophobie…

Revenons à la manifestation poitevine, non déclarée comme le veut la tradition ici, et regroupant des individus (libertaires ou proches), encartés de gauche et d’extrême gauche et autres membres d’associations. Voilà bien longtemps que tout ce beau monde n’avait pas été réuni. En effet, le bras de fer entre la mairie socialiste et les associations, les anarchistes et surtout dernièrement le DAL 86 dure depuis plusieurs années, et la gouvernance de M. Claeys nous montre le véritable visage de la social-démocratie depuis.

Nous avons donc pu voir nos braves cadres locaux se retirer du cortège au niveau de la mairie alors que ce dernier évoluait vers la préfecture. Très bien, nous dirons-nous, mais cette manœuvre semble aussi avoir été tactique. Car, plus d’une heure après la fin de la manifestation, deux personnes ont été arrêtées et emmenées au poste pour « manifestation illégale » et « outrage aux forces de l’ordre » (des « Flics porcs assassins » s’étant glissés dans les slogans scandés). Ces deux personnes seront relâchées le lendemain et passeront en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Devant le procureur, donc. Mais le fait intéressant à noter ici est cette phrase lâchée par un conseiller municipal et conseiller de Grand Poitiers bien connu comme bureaucrate de la lutte (notamment au sein des MJS lors du mouvement anti-CPE) : « Ce n’est pas une manifestation, mais un rassemblement silencieux contre les violences de l’extrême droite ». Voilà, tout est dit. Vous vous êtes fait attraper ? Vous ne pouvez que vous en prendre à vous-mêmes. Il ne fallait pas faire de manif (ou du moins pas jusqu’au bout)… puisqu’il existe une pression de la préfecture vis-à-vis des manifestations non déclarées depuis environ un an, et relayée par son chien de garde édenté : la mairie.

Ici donc, les socialistes poitevins suivent la ligne dictée par l’Elysée et le taulier de la place Beauvau : s’émouvoir de manière hypocrite sur la violence et la dangerosité idéologiques des groupes fascistes bien connus. Alors que ce sont ces mêmes socialistes qui, de par leur politique, ne contribuent point à faire reculer les pratiques et idées de l’extrême droite ; bien au contraire, celle-ci s’en est servie à plusieurs reprises afin de gagner des élections, de promouvoir des politiques sécuritaires de la République (n’oublions pas que les centres de rétention, ces prisons démocratiques pour étrangers, datent de l’ère mitterrandienne). Par ailleurs, le jour même où Clément a été agressé, la police de Manuel Valls procédait à une grande rafle de sans-papiers dans le quartier populaire de Barbès à Paris. République, sacro-sainte République! Tel un chant incantatoire, ce terme sonnait creux pour Clément et ses camarades ! Alors, fichez-nous la paix avec cet appel à un front républicain chimérique.

La République n’est qu’un champ de bataille symbolique pour les aspirants au pouvoir, ça fait bien longtemps que son caractère attractif et magique n’opère plus ! Bref, nous nous opposons fermement à cette tentative de récupération étatique de la mort de Clément.

De plus, nous pensons que la dissolution de groupes fascistes ne changera pas la donne. Hormis leur caractère symbolique orchestré par le pouvoir et une partie de la gauche, l’Histoire nous a montré à plusieurs reprises que la dissolution de ces groupes est un leurre (des Ligues des années 1930 à Unité radicale des années 2000, en passant par Ordre nouveau des années 1970) : ils se sont toujours reformés, ils ont juste eu besoin de changer de nom. Mais nous n’appelons pas non plus à une « justice pour Clément ». Cette justice qui nous condamne aussi bien et que nous combattons tous les jours.

Soulignons que depuis plusieurs années les fascistes et autres nazillons ressortent dans la rue et souhaitent la reprendre, galvanisés par les scores de leurs homologues dans de nombreux pays en Europe (Grèce, Hongrie…) sur fond de crise économique. Nous ne découvrons rien, dans plusieurs villes les fascistes sont très actifs, et s’adonnent à des actions violentes et/ou symboliques : Lyon, Toulouse, Tours, Besançon, etc. Mais les dernières manifs contre le mariage homosexuel leur ont permis de se rencontrer, de recruter, bref d’avoir un nouveau souffle, avec la complicité des médias ayant offert leurs micros sur des plateaux d’argent à des mouvements réactionnaires de toutes sortes disséminant leurs discours haineux.

Par exemple, nous avons remarqué qu’ils sont de plus en plus présents sur Poitiers, du moins par leurs affiches et autocollants. Qu’ils soient à Méridien Zéro, au Mouvement Action Sociale, au Parti de France, à l’Œuvre Française ou au plus traditionnel Front National, les militants fascistes tentent de s’implanter localement et durablement. Ils se sentent même pousser des ailes. Pour preuve, début mai ont été découvertes des affiches, collées dans les rues de Poitiers, comprenant les photos de deux militants du NPA avec comme surtitre « Wanted » et cette légende : « Tags dégueulasses, gribouillis partout, panneaux sales, portes tatouées ? Assez ! La police s’en occupe pas on va s’en occuper ! ».

En mémoire de notre camarade Clément,nous souhaiterions que les bureaucrates politiques, membres du gouvernement et autres charognards de la presse fassent profil bas sur le sujet. Pour vous, fascistes, belek : une attaque contre un est une attaque contre tous.

 Dieu pardonne, pas le prolétariat !

 L’Épine noire