The Wire, divertissement et critique sociale

 

The Wire, divertissement et critique sociale
Des universitaires évoquent la série The Wire qui traite du trafic de drogue et des problèmes sociaux contemporains. 
 

La série américaine The Wire, diffusée à partir de 2002, est devenue culte. Coréalisée par un ancien journaliste et un ancien policier, elle propose une description réaliste du quotidien dans les quartiers populaires de la ville de Baltimore. Ce produit de divertissement semble particulièrement étudié par les milieux universitaires. Des sociologues se penchent sur cette série dans un livre récent.

Le succès de la série semble lié à la description réaliste d’une société en décomposition, incarnée par l’institution policière. Surtout, The Wire brise les codes de l’industrie culturelle et du produit standardisé. Une liberté de ton s’observe. Une diversité d’intrigues, de personnages et d’univers sont explorées. La ville de Baltimore devient un « fait social total ».

La désindustrialisation, les inégalités de race et de classe, le dysfonctionnement des institutions et divers problèmes de la ville postfordiste sont largement évoqués. « Dans The Wire, on cherche à réfléchir à ce que les institutions font aux individus, que ce soit la bureaucratie, les organisations criminelles, la culture de l’addiction aux substances, et même le capitalisme sauvage », souligne le coréalisateur David Simon. Les institutions ne semblent pas pouvoir évoluer de l’intérieur et la description réaliste s’oppose à la vision idéaliste des sociaux-démocrates.

 

 

The Wire

Néolibéralisme et pessimisme politique

 

Marc V. Levine observe la série The Wire comme une critique du capitalisme néolibéral. « The Wire vise à dépeindre un monde où les capitalistes ont remporté un triomphe absolu, où la classe ouvrière est marginalisée et où les intérêts financiers ont acheté une part d’infrastructure politique suffisamment grande pour empêcher toute réforme », confirme David Simon. Le froid mécanisme des institutions écrase les êtres humains. La série permet de nuancer la propagande optimiste des institutions et des politiques publiques. Elle décrit bien une situation sociale qui ne cesse de se dégrader.

La désindustrialisation alimente un chômage de masse. Avec la disparition de l’emploi, une « économie parallèle » se développe, fondée sur le trafic de drogue. La violence et l’incarcération ne cessent alors d’augmenter. Ce constat implacable s’attire la rancœur des responsables politiques qui dénoncent un tableau trop sombre, nuisible à l’image de la ville de Baltimore. Mais la gauche américaine, avec son optimisme volontariste et militant, estime que la série ne montre aucune possibilité de changement. Effectivement, la société capitaliste ne peut pas être mieux gérée ou améliorée et seule sa destruction peut apporter une véritable solution.

 

La série illustre les recherches universitaires pour montrer une complexité sociologique. Les inégalités sociales s’expliquent par différents facteurs. The Wire permet de déconstruire les clichés sur les populations des quartiers noirs. Selon Anmol Chaddha et William Julius Wilson, « les spectateurs se rendent compte que les décisions individuelles et les comportements sont souvent façonnés, et surtout contraints, par des forces économiques, politiques et sociales qui échappent au contrôle des individus ». Les individus ne peuvent pas agir face à leur situation mais sont enfermés dans un cadre social qui maintien les inégalités.

Mais la série montre davantage les conséquences des politiques urbaines que les causes et les processus sociaux.

 

Pour Peter Dreier et John Atlas, la série montre une société inégalitaire et immuable. « La ville qu’elle dépeint est un cauchemar dystopique, un réseau fait d’oppression et de pathologie sociale d’où il est impossible de s’échapper », estiment les deux universitaires. La série n’est pas optimiste par rapport à la possibilité de changer cette situation. « Non, je ne crois pas. Pas dans le système politique actuel », répond David Simon le créateur de la série. Cette réponse à l’image de The Wire peut paraître pessimiste, cynique ou même nihiliste. Mais elle semble surtout réaliste. La société et la politique urbaine ne peuvent pas être mieux gérées ou même améliorées. Pour véritablement changer cette situation, seul un renversement de l’ordre social et politique peut ouvrir de nouvelles possibilités. La série se révèle alors plus lucide que les universitaires qui croient aux politiques publiques, au gauchisme au syndicalisme ou à l’humanitaire. Mais la série semble également misérabiliste. Les pauvres apparaissent uniquement comme des victimes et non pas comme des individus capables d’agir et de s’organiser pour se révolter.

 

 

Faillite des institutions

 

Fabien Desage observe la série à travers les institutions présentées. Le syndicat, la famille, l’école apparaissent comme des institutions déclinantes. La gang et la police augmentent leur emprise sur les individus. Le management dans la police alimente la corruption avec des chiffres trafiqués.

La série montre également les rapports des individus avec les institutions, notamment la police. Certains pensent pouvoir changer la situation dans le cadre des institutions. D’autres préfèrent contourner les règles, mais pour mieux atteindre les objectifs de l’institution. Toutes les tentatives de changement se heurtent à la force des institutions. La misère sociale semble structurelle et l’action, pour permettre le changement, doit dépasser le simple niveau des institutions.

 

Julien Achemchame évoque le regard porté sur l’institution policière. La hiérarchie est présentée comme un problème qui entrave le bon déroulement des enquêtes. La police et la justice s’appuient sur les aveux des inculpés plutôt que sur les indices et les preuves véritables. Mais c’est le règne de la statistique qui apparaît comme le principal problème. Avec cette politique du chiffre, la quantité des arrestations de petits dealers prime sur la qualité des enquêtes pour démanteler des réseaux. Cette logique néolibérale explique l’effondrement social.

Didier Fassin évoque les relations entre la police et la population des quartiers. La présence et l’intervention policière deviennent directement sources de désordre. Les classes populaires et les minorités raciales sont considérées comme « propriété de la police » et peuvent subir une violente répression. La série The Wire permet de mettre en images toute une recherche sociologique et la rend accessible à un plus large public.

Julien Talpin ressort le vieux discours social-démocrate. Selon lui, la série ne montre pas les corps intermédiaires avec ses syndicats et ses associations communautaires. Pourtant, la série montre pertinemment la faillite du modèle fordiste. Les organisations syndicales semblent tout aussi corrompues et bureaucratisées que les institutions politiques. La régulation sociale semble impuissante face à une société qui se délite.

 

 

The Wire

Regards sur les populations

 

Monica Michlin insiste sur la dimension queer de la série. The Wire s’inscrit dans un univers masculin et brutal qui oppose policiers et gangsters. Les femmes sont peu présentes à l’écran. Mais des personnages perturbent les codes traditionnels de la série policière en affirmant leur homosexualité. Omar, braqueur redoutable, assume pleinement son homosexualité. Il reste pourtant particulièrement viril. Il suscite la crainte même lorsqu’il se rend à l’épicerie en traversant la rue dans un pyjama queer. Kima, une policière tenace, affiche sa sexualité lesbienne. Elle ne correspond pas à l’archétype de la femme lesbienne de la série The L World. Elle ne porte pas de rouge à lèvre et ne semble pas très féminine. Mais elle apparaît comme coureuse et infidèle.

 

Pour Anne-Marie Paquet-Deyris, la série rend particulièrement visible la population noire des quartiers. Les codes sociaux, jusqu’au langage, sont fidèlement retranscrits. Certains acteurs sont des amateurs qui connaissent bien le ghetto de Baltimore.

Des personnages tentent d’échapper à leur environnement social. Mais le ghetto apparaît comme « une sorte de prison ethnoraciale », selon l’expression du sociologue Loïc Wacquant. Omar, bandit et justicier, semble au contraire imposer ses propres codes. Son regard propose une distance ironique sur le monde. Mais, comme la majorité des hommes noirs du ghetto, il est abattu. « Dans The Wire, la mort d’un joueur quel qu’il soit, chef de gang, truand solitaire ou flic, ne semble avoir qu’une seule fonction : faire la preuve du caractère implacable, inexorable et endémique du « jeu » et du système tout entier », analyse Anne-Marie Paquet-Deyris.

 

 

> Bande annonce Sur écoute (The Wire) S3

Réceptions critiques

 

Fabien Truong compare la série à la recherche en sciences sociales. Contre l’immédiateté du journalisme, la série privilégie un rythme lent. Elle montre moins la violence et les faits divers que la routine et le quotidien des gangsters. The Wire montre surtout l’inertie des phénomènes sociaux. La série évoque différents univers sociaux sans imposer une hiérarchie. Robert E. Park et l’école sociologique de Chicago traitent de la même manière les professions illégitimes que les professions légitimes. La série, affranchie de la spécialisation en discipline, permet une description transversale et totale de la réalité sociale.

 

Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou évoquent la réception de la série en France. Ils relativisent l’influence de The Wire. La série s’adresse surtout à la petite bourgeoisie intellectuelle et pas vraiment aux classes populaires qu’elle montre à l’écran. Son rythme lent ne favorise pas un engouement populaire. Mais la série atteint une audience plus large que celle du petit milieu universitaire.

The Wire alimente le rap français et son imaginaire du ghetto. Les références à la série sont nombreuses dans le milieu du rap, aux États-Unis comme en France. Mais la situation dans les quartiers populaires semble différente dans les deux pays. The Wire montre une réalité particulièrement sombre, notamment des relations humaines. Des amis se trahissent ou s’entretuent. La violence et l’utilisation des armes semblent également banalisée.

 

The Wire présente une vision très sombre de la société moderne. Les universitaires qui se penchent sur cette série semblent d’ailleurs le regretter. Ses sociologues semblent proches d’une gauche social-démocrate qui croit en l’Etat social et en la possibilité de gérer et d’aménager l’ordre marchand pour améliorer les conditions d’existence. Mais The Wire présente un vision moins naïve et beaucoup plus critique. Les institutions, et encore moins les héros solitaires qui triomphent seuls face au système, ne sont pas valorisées et semblent engluées dans la corruption et l’impuissance. Pour améliorer la situation, une destruction de l’ordre existant devient indispensable.

D’autres séries permettent de sortir de l’optimisme béat de l’industrie culturelle et du volontarisme militant. La série Oz sur la prison, The Shields sur la police ou d’autres créations télévisuelles permettent une véritable réflexion critique. The Wire et d’autres séries de qualités permettent de sortir la télévision du simple abrutissement. Les œuvres de fiction et de divertissement permettent de soulever de nombreux problèmes politiques et sociaux qui deviennent alors incarnés par des personnages et ancrés dans la vie quotidienne.

article sur zones subversives

Source : Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris, Julien Talpin, The Wire. L’Amérique sur écoute, La Découverte, 2014

Question de salarié : la responsabilité du fond de caisse ….

– heu dis Punkastor, toi qui est syndiqué… mon patron il est pas content : Quand j’ai compté ma caisse l’autre jour il manquait genre… 27.10 euros !
je ne sais pas d’où venait l’erreur. Depuis j’ai démissionné maintenant il me réclame ces 27.10 sinon il refuse de me donner mon salaire et mon solde de tout compte !
– ah toto le livreur, quand vas tu savoir compter ta caisse sans erreur ? Mais la retenue sur salaire est illégale ton patron devrais le savoir…
-Sauf que là il y a faute de ma part puisque de l’argent leur appartenant a disparu! J’me vois mal leur dire « vous devez me payer exactement telle somme alors que j’ai perdu une partie de mes sous de ce jour la »

heu.. y a des textes de loi la dessus?

 


 

Article L122-42

Les amendes ou autres sanctions pécuniaires sont interdites.

Toute disposition ou stipulation contraire est réputée non écrite.

NOTA :Code du travail L. 152-1-5 : sanction pénale. * Ordonnance 2007-329 2007-03-12 art. 14 : Les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur en même temps que la partie réglementaire du nouveau code du travail et au plus tard le 1er mars 2008.

La loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008 dans son article 2 X a fixé la date d’entrée en vigueur de la partie législative du code du travail au 1er mai 2008.

 

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Nouveaux textes:

-Déjà, j’ai l’impression que le fond de caisse se fait sur tes propres thunes, pratique courante dans la restauration mais illégale (du moins on ne peut pas t’imposer de créer un fond de caisse sur tes propres finances). En général les restaurateurs font ça pour pouvoir te sanctionner pécuniairement plus facilement en cas d’erreur de ta part.

C’est pas une faute lourde donc? Comment je peux prouver que j’ai pas mis les sous dans ma poche?
C’est à lui de prouver que tu as volontairement volé cet argent, autrement-dit, même s’il t’avait vu de ses yeux te servir dans la caisse, sans témoin ce serait déjà difficile pour lui.


-J’ai signé un papier comme quoi je suis ok pour la retenue sur mon salaire
. J’vais pas mentir, j’étais paniqué sur le moment. 180€, c’est une somme inédite dans ce restau. C’est trop tard? Et pour mes 30€, ai-je une chance de les revoir? (20€ fond de caisse de MA poche, 10€ de tips que je comprendrai qu’ils partent, osef)?
– Tout texte régissant ton emploi, que tu signe ou non, est nul et non avenu s’il est moins avantageux que le code du travail. Tu peux signer ce papier, ou un autre disant que tu t’engage à lui donner un rein, c‘est comme-si le document n’avait jamais existé!

Pour résumer: ton patron est un bel enfoiré, si tu es en période d’essai et que tu t’oppose à sa décision, il va certainement céder pour pas faire de vagues et te virer dans la foulée. Si tu commence à céder la dessus il va continuer à entuber son prochain… Pas facile l’auto-organsiation des travailleurs par eux même, hein toto-le-livreur ?

C’est un point de droit du travail présenté par pipo et chico, padawans au pole juridique de la bourse du travail

Réflexions sur le 1er mai anarchiste de 2014 à Paris

Très bon article de kraken qui repose les bonnes questions 
face à la specialité des militants parisiens : 
Se prendre le chou !

La fraction anti jacobine du comité de rédaction

Réflexions sur le 1er mai anarchiste de 2014 à Paris

 Tout d’abord, à quoi bon ce texte ?
Le « milieu » libertaire frétille déjà de sites en sites, de blogs en blogs, à propos de ce 1er mai 2014. Et étant données les habitudes du milieu libertaire parisien, on se demande bien ce que ce texte, comme d’autres, pourra apporter. Mais disons que devant ce qu’est devenu le mouvement libertaire à Paris, s’il est devenu de plus en plus risqué de parler et de prendre position, il y est surtout devenu insupportable de se taire. Commentaires censurés par des sites sensés permettre le débat (comme Indymedia), intimidations, insultes, menaces de la part de certains autonomes et/ou antifascistes … Pour beaucoup d’entre nous, nous avons de la peine en voyant la tournure que prennent les choses. Dans un contexte où on a vu récemment le milieu autonome couvrir et défendre un violeur pédophile (il aura fallu que la justice bourgeoise, à l’occasion d’une autre procès de ce sinistre personnage, déballe le casier judiciaire pour que les victimes soient enfin prises au sérieux), on ne s’étonne plus de rien.
Avant toute chose, c’est quoi, le premier anarchiste à Paris ?
L’après-midi a lieu la manifestation syndicale. S’y trouvent les syndicats que nous qualifieront sans abuser de « réformistes », voire pire, même si certaines sections, dans certains secteurs, sont moins endormis que d’autres, surtout quand dans telle ou telle branche existent des luttes assez actives. Certains de ces syndicats, ou du moins certaines sections, ont parmi eux des anarchistes syndiqués qui, ce jour-là, peuvent décider de participer à cette manifestation avec leur section, leurs collègues de travail, etc. S’y trouvent aussi des syndicats un peu plus radicaux, comme Sud ou la CNT.
Depuis plusieurs années, les anarchistes organisés ont décider, avant cette manifestation syndicale, de faire une manifestation spécifiquement anarchiste. Celle ci est généralement « portée », du moins organisée, par les deux plus grosses organisations anarchistes présentes à paris, à savoir la CNT et la FA. Cette année, le choix avait été fait par un ensemble plus large d’organisation libertaires de co-organiser les choses, ce qui me semble une bonne initiative : d’une part, cela donne une légitimité unitaire libertaire, et cela permet, malgré le déséquilibre des forces d’une organisation à l’autre, que chacune de ces organisation puisse apporter son aide.
Pour ma part, ne faisant partie d’aucune de ces organisations, cela ne change pas grand chose, mais cela avait le mérite de renforcer une dynamique unitaire présente dans d’autres initiatives tout au long de l’année, ou ponctuellement (comme la Foire à l’autogestion, par exemple). Cela avait entre autre permis de réaliser une affiche commune, qui assurait une visibilité vos-à-vis de la population plus grande que d’habitude.
Cette manifestation, d’année en année, a développé une spécificité. Géographique tout d’abord, puisqu’elle part de la Place des fêtes pour se rendre à République ou à Bastille, selon le lieu de départ de la manif unitaire. Cela a le mérite de rendre présents les anarchistes en nombre dans des quartiers non bourgeois, dans des rues et non pas sur des boulevards immenses, et la population reçoit bien cette manifestation, en se tenant généralement sur les trottoirs, discutant, prenant des tracts, achetant des journaux anars, etc. On y retrouve l’ensemble des anarchistes organisés, et, comme moi, beaucoup d’anarchistes de coeur, mais pas forcément militants dans une organisation anarchiste. On y retrouve toutes générations, de la poussette au retraités. On y retrouve des connaissances, des amis, et c’est un peu le « grand rendez-vous » où l’on se compte, où l’on y voit de nouveaux venus, et où on prend conscience que les anarchistes sont multiples, différents, … mais ensemble.
Que s’est-il passé cette année ?
Après environ 20 minutes de manifestation, est arrivé un groupe de personnes bien connues non seulement de la police (et oui, l’anonymat, de nos jours, n’est plus ce qu’il était) mais aussi de pas mal de manifestantEs, malgré les masques et cagoules : des « autonomes » parisiens.
Rapidement, la technique habituelle se met en place : bris de vitrines, puis retrait pour trouver refuge au sein du cortège, au milieu des manifestantEs, parmi lesquels, nous le savons, des enfants, des personnes âgées, des sans-papiers qui se passeraient bien d’une arrestation, des handicapéEs, bref, des gens absolument pas venus dans l’optique d’une émeute.
Mais bon, peu leur importe : imposer à une poignée de personne un affrontement inéluctable avec la police à des gens pas préparés à cela, ceci n’est en rien un problème pour cette avant-garde autoproclamée.
Nous assistons alors à un délire total, qui, s’il ne mettait pas en danger l’ensemble de la manifestation, serait, en soit, assez comique : un Monoprix a la vitrine éclatée, et les autonomes parleront alors « d’opération d’autoréduction ». Au-delà de cette amusante novlangue, cela a, concrètement, consisté piquer des bouteilles d’alcool. Mais bon, il faut bien avouer que parler « d’autoréduction », ça fait mieux.
Un peu plus loin, un membre de l’avant-garde éclairée attaque un écran de distributeur automatique de billet … avec un bout de bois (sans doute un manche de marteau). Malgré tous ses efforts : autonome : zéro, écran : un. Et oui, mal équipés, en plus. Ou alors pas si fort que ça malgré l’attitude ultra-viriliste.
Toujours dans la même veine, l’un d’eux s’acharne sur un autre écran, quand un de ses potes, complètement paniqué, vient lui hurler dans les oreilles qu’un escadron de gardes mobiles se situe à … 3 mètres de lui. Comme quoi, même l’avant-garde éclairée peut souffrir de problèmes de vue.
Et ensuite ?
Et ensuite, bien entendu, le pouvoir vacille, les masses prolétaires se mettent à suivre l’avant-garde, prennent les armes et … Euh non, en fait.
Les habitants rentrent chez eux. Les commerces baissent leurs rideaux de fer.
Une membre de la CNT, au micro, et aussitôt huée, déclare que la CNT ne « continuera pas dans ces conditions ». Si pour ma part je n’apprécie pas qu’elle parle au nom de toute une organisation (elle a dû se faire souffler dans les bronches par ses camarades ensuite, je suppose), dans les faits, sa déclaration est surtout inutile : la plupart des manifestantEs sont déjà partis ou en train de partir d’eux-même. Le cortège se vide. Au final, cette déclaration sera surtout un élément de plus utilisé dans la prose autonome pour moquer la CNT.
La suite, elle, sera dans la continuité logique : de moins en moins nombreux, les manifestants se retrouvent être un « refuge » de moins en moins efficace pour l’avant-garde éclairée (mais néanmoins mouillée aussi par la pluie, malgré ses chouettes vêtements de marque). L’ensemble des manifestantEs devient alors vulnérable, et là, la police va pouvoir faire se qu’elle veut : un peu de gazage, un peu de poussage, et quelques interpellations. Une sorte de minimum syndical quoi, étant donné qu’un des pontes de la police s’est aussi fait savater en début de manif.
Toujours aussi forts dans le registre comique, on verra un des membres de l’avant-garde reprocher au SO de la manif (qu’il vient d’insulter), de ne pas reprendre des mains de la police les interpellés. En fait, il est amusant de voir à quel point, pour des ennemis proclamés de toute organisation politique, une réelle foi dans l’organisation existe : celle-ci est censée empêcher toute arrestation, servir d’assurance-procès, etc. Finalement, c’est à se demander si ces ennemis de l’organisation ne croient pas davantage que les militantEs organiséEs aux bienfaits de celle-ci ! C’en est presque touchant. Perso, si j’était dans une orga, je prendrais ça pour une reconnaissance. Enfin bon.
Aussi touchant que ce militant d’avant-garde qui s’est fait arrêté et qui pleure dans son coin, entre deux gardes mobiles. Vu que c’était avant l’utilisation des gaz, je compatis alors, oubliant nos divergences, et voyant enfin, derrière le valeureux combattant-couilles-en-avant, un être doué de sensibilité, avec un petit cœur qui bat, et tout et tout. Parce que c’est quand même injuste : à cause de ça, il sera peut-être privé d’argent de poche, ou, pire, papa-maman arrêteront de lui payer son appart. Et là, ça rigole plus. La révolution n’est décidément plus un dîner de gala.
Quel était le but de tout ceci ?
A vrai dire, plusieurs options existent.
Option 1 : transformer une manifestation tranquille en émeute contre le capitalisme et l’Etat.
Franchement, vu le contexte habituel de cette manif … Qui peut croire à ça ? Même l’avant-garde, pourtant pas toujours fute-fute (désolé, mais on en a la preuve chaque jour), ne peut pas être assez bête (ou bourrée avec de la mauvaise bière piquée … euh, pardon « autoréduite ») pour croire à ça.
Option 2 : radicaliser une part des manifestants, quitte à perdre une autre part des manifestantEs.
Là encore, ça ne tient pas. Parmi les organisés, de nombreuses personnes participent volontiers à des actions plus radicales, et n’ont pas attendu une quelconque avant-garde pour s’y mettre. A la seule différence que ces personnes, pour des raisons de sécurité, évitent de le crier sur tous les toits, et ont le mérite de s’organiser suffisamment pour ne pas se faire chopper comme des débutantEs. Et là, comme on l’a vu, le but n’était de toute façon pas là chez eux, et il y avait donc peut de chance de les convaincre, surtout en leur imposant par la force un mode d’action qu’ils n’avaient pas choisis pour cette manifestation.
Option 3 : déstabiliser les organisations anarchistes.
C’est là l’explication qui me semble la plus logique, car c’est celle qui avait le plus de chance d’aboutir. Et surtout, on voit depuis plusieurs mois des attaques répétées contre les organisations, sous différents prétextes, avec son lot de publications de textes, de communiqués, de réponses censurées, etc. La police et les fachos, eux, doivent jubiler, de trouver de tels alliés.
Cette manifestation « grand public », qui prenait d’ampleur d’année en année, avait sans doute de quoi agacer les membres d’une avant-garde qui se sentent, eux, sans doute bien seuls dans leurs initiatives. De quoi aiguiser la jalousie quoi. Surtout dans un contexte où, de façon répétée, des organisations anarchistes arrivent, sur tel ou tel événement, à mobiliser au-delà de leurs rangs militants.
Pour des autonomes qui ne parviennent toujours pas à sortir de leur ghetto militant de plus en plus sectaire, c’est dur à avaler.
Là, il est clair que les manifestantEs non militantEs qui ont quitté le cortège ne sont pas près de revenir l’an prochain, voire même de revenir du tout.
De plus, enclencher une riposte répressive de la police entraine son lot habituel de critiques à l’encontre d’un service d’ordre de manif qui, en n’ayant pas pu empêcher les arrestations, se voit alors qualifié d’alliés de la police, rien que ça.
Autre but possible : faire interdire à l’avenir toute manifestation déposée par les organisations anarchistes, et ainsi gêner les dynamiques des organisations anarchistes qui seront contraintes de ne plus pouvoir lancer des manifestations à leur propre initiative. Celles-ci seront donc contraintes à manifester de façon « sauvage », donc avec arrestations à la clé, et de fait, avec uniquement des militantEs prêts à l’affrontement avec la police. Ou bien les anarchistes organisEés seront contraintEs de se rallier uniquement aux grandes manifestations unitaires. Les autonomes pourront alors leur reprocher de n’être qu’à la remorque des réformistes.
Quelles suites possibles ?
Concernant les interpellations, tout cela suivra son cours habituel ; On demandera aux gens de filer du pognon (ce qu’ils feront, puisque finalement, peu de distributeurs de billets ont été cassés, donc retirer un peu d’argent pour aller à un concert de soutien sera faisable) pour financer des frais d’avocats, et d’éventuelles condamnations financières. Et oui « l’autoréduction », ça pète grave, mais au final, ça revient cher la bière. Du coup, l’avant-garde n’hésitera pas à demander des sous auprès des organisations (ou plutôt de ses membres) dont elle a pourri la manif et qu’elle a mis en danger dans son ensemble.
Concernant la manif du 1er mai en elle-même : il est clair que celle de l’an prochain sera un enjeu. Soit les organisateurs seront assez forts et intelligents pour dépasser ça et relancer une dynamique, du moins si la prochaine fois une manifestation est autorisée. Soit ce ne sera pas le cas, et tout le travail de construction de ce premier mai anarchiste sera à reprendre de zéro. Dans ce contexte, soit le SO virera du cortège les membres de l’avant-garde illuminée et passera pour de méchants flics à grands renforts de communiqués pleurnichards, soit il les tolèrera, et le même fiasco recommencera.
Autant dire que l’enjeu n’est pas simple.
Si l’avant-garde a clairement déclaré la guerre aux organisations, il y a peu de chances que ces dernières acceptent de rentrer dans ce conflit. D’une part, elles sont occupées par d’autres initiatives et luttes, et d’autre part, ce serait accepter d’entrer dans un combat face à un ennemi multiforme. En effet, un des principes de ces avant-gardes, c’est d’être éclatées autour de petits chefs charismatiques (souvent en confits les uns avec les autres, pour des histoires d’ego, ou de cul, ou les deux) : ainsi, certains groupes n’hésitent jamais à pourrir le groupe de l’autre chapelle, mais peut se rallier à lui la fois suivante contre un autre, et ainsi de suite. Bref, c’est jamais la faute à personne quand quelque chose se passe.
Une autre option est l’abandon de cette manifestation anarchiste qui serait une belle victoire pour l’avant-garde plus-radicale-que-moi-tu-meurs, gagnant ainsi une partie contre son ennemi principal, à savoir non pas l’Etat ou je-ne-sais-quoi, mais les organisations anarchistes qui, c’est bien connu, sont sources de tous les maux.
Dans tous les cas, le « milieu » libertaire réagira d’une façon ou d’une autre. Pour ma part, j’espère que l’avant-garde autoritariste ne gagnera pas ce combat. Pour cela, il faudra que les organisations
se montrent inventives, cohérentes, déterminées, et que nous, anarchistes de cœurs mais non militanEs, ne nous laissions pas berner par les verbiages alambiqués d’avant-gardes autoritaires, machistes et manipulatrices.
Peter Love dans kraken

A versailles l’ancien régime siège toujours et defend ses traditions

Le crime de lèse-chasse à courre condamné par le tribunal de Versailles

Quelques manifestants contre l'interdiction de la chasse à courre, au lendemain de l'entrée en vigueur de la loi.

Le tribunal de Versailles vient de condamner trois militants, membres de l’association Droits des Animaux, qui manifestaient contre une chasse à courre en forêt de Rambouillet, à 500 euros d’amende, pour « violence en réunion ».

En principe, dans un Etat de droit, une instruction se fait à charge et à décharge, en terrain neutre. Ici, c’est une magistrate au patronyme aristocratique qui convoque les prévenus, pour leur faire l’éloge de la chasse à courre, ce qu’elle a reconnu. Après quoi, elle les met en examen et les place sous contrôle judiciaire. L’instruction a lieu à Versailles, pas ailleurs. En matière de justice équitable, on fait mieux. Mais nous sommes en France.

Soumis à une critique de plus en plus virulente, exposés par des reportages sans complaisance, les veneurs, qui n’aiment pas être dérangés pendant leurs menus plaisirs, réclamaient la création d’un « délit d’obstruction à la chasse », que le gouvernement Fillon, en bon valet du lobby, leur a servi sur un plateau d’argent en 2010, par décret, puisque les élus avaient rejeté cette demande. Malheureusement, l’infraction est impossible à constater. Les chasseurs et l’ONF (qui loue ses forêts aux chasseurs) ont d’ailleurs été déboutés. Mais ce crime ne pouvait rester impuni. Les juges de Versailles devaient trouver autre chose.

Les militants anti-chasse ont donc été condamnés pour « violence en réunion », bien qu’il n’y ait eu aucune violence au sens propre. Mais le tribunal considère que gêner les chasseurs par une présence hostile ou par des huées est une violence. Avis à ceux qui s’aviseraient de siffler au théâtre.

Condamner les membres d’une association non-violente pour « violence en réunion », c’est un peu comme condamner un piéton membre d’une ligue anti-alcoolique pour conduite en état d’ivresse. Des coups de cravache et des insultes racistes proférées par la fine fleur de la nation, il ne sera jamais question, bien que ces « débordements » aient été filmés.

Cela signifie qu’au « pays des droits de l’homme », s’il n’existe plus de crime de blasphème ou de lèse-majesté, il existe un crime de lèse-chasse à courre. On a le droit d’être contre la chasse à courre, mais pas de le dire ni de le manifester. Versailles a rétabli le délit d’opinion. Les aristocrates et les capitaines d’industrie ne sauraient être dérangés par des gueux pendant leurs loisirs. Où irait-on s’il fallait aussi sécuriser les golfs et les rallyes ? Il s’agit bel et bien d’une justice de classe.

Nous sommes en France. La chasse à courre est donc le seul loisir protégé par la police. Les veneurs représentent 0,001% de la population, les opposants à la chasse à courre 79% . Cette pratique d’Ancien Régime, archaïque et cruelle, a été abolie dans la plupart des pays européens. Si le nombre des équipages augmente, c’est que les étrangers empêchés de chasser chez eux se réfugient chez nous. Les propositions de loi (trois en quelques années) visant à interdire la chasse à courre ne sont pas débattues à l’Assemblée nationale. Les ministres dits de l’écologie ne répondent pas aux questions écrites. Pourquoi ? Parce que le pays est dirigé par les lobbies. Parce que les chasseurs sont assis à la table du pouvoir. Parce que nous sommes en France.

Armand Farrachi (Porte-parole du Collectif pour l’Abolition de la Chasse à Courre)

tribune lue dans le monstre

[precariat du divertissement] bosser et militer à disney ….

a part les illustrations du premier et dernier article, 
toutes les illustrations sont issus “Dismayland“,
 de l’artiste Jeff Gillette, 
est une juxtaposition des univers complètement opposés de l’art,
 des favelas et de DisneyLand.

 Mélangeant des personnages comme Minnie, 
Daisy ou encore les souris de Cendrillon avec des éléments d’artistes
 comme Takashi Murakami ou Roy Lichtenstein,
 le tout dans un univers entre favelas et post-apocalypse.
la redac'

Crise : Disneyland Paris recrute jeunes Espagnols surdiplômés

Jose et Irene ont profité d’une vague de recrutement du parc d’attraction pour fuir une Espagne minée par la crise et le chômage, « le temps que ça s’arrange ».

Irene à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Fin novembre, en milieu de semaine, quasi-vide, Disneyland Paris a des bons côtés. De là à y travailler ?

Devant l’attraction pour enfants « Tapis volant », on retrouve Irene, 27 ans, souriante. Jose-Maria, 24 ans, nous rejoindra dès qu’il le pourra. Tous deux nous racontent le quotidien dans le monde merveilleux de Disney, loin de l’Espagne-qui-va-si-mal.

Tout serait parfait si Irene et Jose n’étaient pas en manque de famille et légèrement surqualifiés. Détenteurs d’un bac+5, ils ont été « castés » en septembre dernier par le parc de Marne-la-Vallée. Leur CDI « opérateur animateur d’attraction » a démarré le 15 octobre dernier, pour 1 500 euros brut par mois.

Le taux de chômage des jeunes Espagnols de moins de 25 ans a atteint environ 46% (selon les chiffres Eurostat), alors qu’il est d’environ 21% dans l’ensemble de l’Union européenne, et, à la différence de la France, il touche plus les diplômés. Les cerveaux espagnols partent en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Brésil, dans les pays d’Europe du Nord et en France.

« Je ne veux pas vivre de mes parents »

Des diplômés traversent les Pyrennées

En septembre dernier, Disneyland Paris a organisé un casting à Madrid (dans le cadre d’un programme de recrutement européen). Le nombre de postulants était impressionnant : 950 personnes (deux fois plus qu’en Italie). « Il y avait 600 excellents profils, plus de diplômés et des personnes plus âgées que lors des précédentes sessions de recrutement », dit Disney, qui a commencé à recruter en Espagne en 1992. Le prochain casting aura lieu à Alicante, en décembre.

Autre exemple : en avril, l’Allemagne a lancé un programme de recrutement de jeunes ingénieurs espagnols. En quelques mois, 17 000 candidatures ont été remplies, selon l’Agence allemande pour l’emploi.

Petit, Jose-Maria voulait être médecin. Il vient d’un petit village de campagne, au sud de l’Espagne.

Il a finalement fait des études de traduction à l’université de Cordoue (niveau master). Et il est parti parce que la situation de son pays n’est « pas très bonne », dit-il dans un français un peu maladroit.

Il a envoyé des dizaines de CV l’été dernier et n’a eu aucune réponse :

« Je suis réaliste, il va falloir que je passe une bonne période à l’étranger, le temps que ça s’arrange…

Moi, je ne veux pas vivre de mes parents. »

Si la France s’effondre à son tour (il n’y croit pas, il a confiance), il ira ailleurs. Où se voit-il dans cinq ans ? « En Espagne, à traduire des livres contemporains, ce serait bien. »

Derrière lui, il a laissé des copains au chômage. Un agronome, chômeur depuis deux ans. Un autre, architecte, exilé à Londres.

Dans le cadre de ce sujet, un espagnol kinésithérapeute nous a aussi parlé d’un ami doctorant en architecture « qui bosse chez Zara ». (Le syndicat des architectes espagnols dit que 73% de ces professionnels envisagent de s’installer à l’étranger à cause, essentiellement, des conditions de travail précaires et du taux de chômage élevé.)

« C’est difficile de quitter le foyer »

Irene est une optimiste énergique aux cheveux courts. Le genre agacée par les gens qui se plaignent ou remettent des choses au lendemain. Elle a commencé le français à 12 ans. En Espagne, elle a fait des études de maître d’école.

L’année dernière, elle était prof de français à Madrid (elle regrette un système scolaire espagnol sapé). Elle a choisi de partir en France pour apprendre des expressions courantes, comme « il pleut des cordes ». Mais surtout, Irene souhaitait s’éloigner de ses parents :

« En Espagne, il y a une chose qui s’appelle les parents. Je les aime, mais j’avais besoin d’air. C’est difficile de quitter le foyer : le logement revient au même prix qu’ici, mais notre smic est divisé par deux. On est coincés. Les jeunes de mon âge ne quittent pas le foyer ou vivent en colocation à trois ou quatre. »

C’est un choix. Irene subit moins que Jose. Avec son salaire de prof, elle aurait pu se payer un appartement, mais elle aurait dû serrer toutes les autres dépenses, « j’aurais dû dire au revoir aux petits vêtements ».

Parmi les amis espagnols de Disneyland d’Irene, il y a une fille qui est venue en France parce qu’elle n’en pouvait plus d’être payée au noir à Madrid (sans cotiser pour la retraite).

Emigrants « hautement qualifiés »

Un autre, Juan, qui travaillait à « un grand poste » dans une usine de voitures, et qui a fait deux ans de chômage, « a dû tout vendre », avant d’être embauché par Disney. Il travaille à l’attraction « Animagique “, un spectacle avec Donald.

Selon l’Institut national de la statistique (INE), l’Espagne a perdu 36 967 nationaux au cours du premier semestre. 18 838 d’entre eux avaient entre 18 et 45 ans.

Jose Antonio Herce, ancien professeur d’économie à l’université Complutense et membre du conseil des analystes financiers, s’inquiète dans le quotidien argentin Clarin du phénomène d’exil ‘qui s’accélère’ comme dans les années de crise de 1940 et 1950.

La différence, c’est que ces émigrants du XXIe siècle sont, comme Irene et Jose, ‘diplômés, hautement qualifiés et sans famille’.

Une véritable ‘fuite des cerveaux selon la branche espagnole de l’agence l’Interim Adecco :

Le nombre de candidats pour travailler hors d’Espagne s’est multiplié par dix. Ce sont des chiffres surprenants car traditionnellement, les Espagnols n’avaient pas une grande propension à la mobilité géographique.’

José Maria à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Logés à la lisière du golf de Disney

Le soir, les Espagnols de Disney tentent de recréer ‘un ambiente’. Ils vivent en autarcie (les Italiens sont parfois acceptés). Ils dînent toujours entre eux par groupe de cinq ou six.

Ils habitent dans des résidences proches du parc, gérées par Disney. A Magny-le-Hongre, à la lisière du golf de Disney, où Jose et Irene sont logés, l’activité nocturne est limitée. Même quand elle va à Paris, Irene est frustrée :

‘En Espagne, on sort la nuit, puis on trouve un after’, et on dort tout le lendemain. Ici, à 2 heures, c’est bon, c’est fini.”

Le matin, Irene et Jose prennent le bus, ligne 34, à 8h05, pour être devant leur attraction à 8h45, quinze minutes avant l’ouverture du parc. Tous les deux travaillent sur les attractions “Tapis Volant” ou “Cars”, selon les jours. Irene préfère “Cars”, parce que la musique est plus supportable :

“C’est du rock, c’est mieux que ‘hin hin hin’ [elle imite la musique de charmeur de serpent de l’attraction ‘Tapis Volant’, ndlr].”

La journée de travail dure dix heures (avec une pause pour le déjeuner à midi, un peu tôt pour eux).

“J’ai le temps de faire des choses à côté”

Toutes les quinze minutes, il faut changer de poste sur l’attraction : accueil à l’entrée, démarrage du manège. “Cela permet de ne pas faire toujours les mêmes gestes”, dit Irene. Le cycle – déroulé des opérations pour un tour de manège – est de quatre minutes. Les salariés ne doivent pas être aperçus assis dans les allées. Une question d’image.

Jose trouve le boulot “dynamique” et ne s’ennuie pas, mais il rêve déjà d’être transféré au “Crush’s Coaster” – des montagnes russes dans l’univers du “Monde de Nemo”, attraction plus excitante – ou devenir guide VIP du parc. Ce sont ses ambitions à moyen terme.

Souffrent-ils d’un manque de stimulation intellectuelle ? Irene :

“Il n’y en a pas beaucoup, on a seulement des petites conversations de quelques secondes avec les enfants, mais la journée n’est pas trop longue. J’ai le temps de faire des choses à côté, de parler à ma famille par téléphone. J’ai un week-end de trois jours [elle est aux 35 heures, ndlr].”

Seule chose qui les contrarie : l’uniforme. Manteau bleu électrique, pantalon marron mal coupé et chemises à motifs “moches” (des cavaliers).

Le nouvel an sur les Champs-Elysées

Irene tient bon, elle est solide. Sa famille lui manque, mais elle a déjà prévu trois week-ends de retrouvailles d’ici la fin de l’année (“ Vous n’avez pas le même sens de la famille que nous ”). Son petit copain va venir le 31 décembre. “ On va faire une soirée aux Champs-Elysées, avec du champagne ”, dit-elle en dansant.

Jose est, lui, clairement en manque. Il est plus jeune et quand il parle de sa famille, ses yeux s’humidifient :

“J’aimerais retourner les voir, mais je ne suis là que depuis un mois.”

L’idée est aussi de mettre de l’argent de côté : la chambre que Jose loue dans la résidence ne coûte que 300 euros. A la cantine, les repas ne valent que 4 euros, “pour un plateau copieux”, dit la chargée de communication.

lu sur rue 89

 

y bosser c'est dur mais on peut s'y organiser :

Interview de Cyril LAZARO, section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Cyril LAZARO est représentant de la section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Bonjour Cyril. L’actualité est toujours riche à Disneyland Paris, alors où en est-on après la divulgation du rapport de l’Institut du Travail sur les organisations syndicales de l’entreprise, rapport qui reléguait les représentants syndicaux de l’entreprise au rang d’ « analphabètes », selon les dires de la responsable CFDT de l’entreprise ?

- Cyril. C’est un bien triste constat, mais c’est un constat réaliste. Le faible niveau des organisations syndicales de l’entreprise a été façonné au fil du temps par la Direction de l’entreprise, et l’on pourrait faire fi de ce bilan si les luttes syndicales nécessaires étaient menées avec le cœur et dans l’intérêt des salariés. Malheureusement, le bilan de l’Institut supérieur du Travail mentionne aussi les querelles intestines, le culte du chef, et si l’on rajoute à cela les malversations du Comité d’Entreprise, il est évident que les salariés n’ont plus grand chose à attendre de leurs représentants et de leurs organisations syndicales.

Tu as milité ces dernières années à la CGT, tout d’abord pourquoi, et quel enseignement en tires-tu ?

- Après avoir analysé le fonctionnement de l’entreprise, il me semblait évident que le changement ne pouvait se faire qu’en changeant la représentation CGT de Disney, empêtrée dans le scandale des malversations du Comité d’Entreprise, et dont l’avocat de la CFDT avait déclaré qu’elle était devenue le supplétif de la Direction, ce en quoi il avait parfaitement raison. J’ai donc essayé de changer les choses de l’intérieur, soutenu par de nombreux camarades à l’extérieur que je salue, mais le fonctionnement structurel de la CGT n’a pas permis d’aboutir. Lorsque vous avez une Fédération du Commerce dont dépend le syndicat de Disney qui prend fait et cause en faveur des représentants de Disney (qui sont eux mêmes élus à la Fédération du Commerce), il n’y a pas de possibilité de changement. C’est une façon de verrouiller les choses qui me semble illogique, mais je crois que ce n’est plus le bon sens qui détermine le paysage syndical actuel, et on n’est plus à un non sens près.

Tu as donc décidé de créer la CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris…

- Tout à fait. Nous sommes à un an des élections professionnelles dans l’entreprise, et je crois que les salariés sont en droit d’avoir une représentation syndicale plus conforme à leurs intérêts.

…/… Lire la suite sur : http://www.cnt-so.org/?Interview-de…

Mais y bosser et lutter syndicalement,
 ne nous ferais pas oublier la dimention symbolique du lieu
avec ces deux articles d'abord une analyse des copains de no passaran :

Disneyland, le royaume désenchanté

Dans la stratégie expansionniste des États-Unis, la culture apparaît comme un instrument de domination parmi d’autres. L’objectif est d’élaborer une culture de la consommation en standardisant toute création culturelle. Disney occupe une place centrale dans l’industrie des loisirs et, de ce fait, dans le processus de contrôle et de formatage de nos vies.

Dans Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, chrétien et militant d’un anticapitalisme non radical, nous livre un argument intéressant sur les mécanismes mis en œuvre dans les parcs d’attractions ou de loisirs et démontre que ce type de divertissement n’est pas neutre, imposant souvent à notre insu des représentations intellectuelles et culturelles tout à fait dans l’air du temps. Connaissant ses positions sur l’homosexualité et l’antispécisme, on abordera les propos de l’auteur avec un certain recul ; il ne s’agit bien évidemment ici que d’en dégager l’analyse afin de nous en servir dans notre propre combat de résistance et de contre-culture.
Walt Disney n’a jamais caché son patriotisme – agent spécial du FBI, il aurait été chargé pendant 25 ans d’espionner les contestataires d’Hollywood. On ne s’étonnera pas de ses propos :  » Si vous regardiez au fond de mes yeux, vous y verriez flotter deux drapeaux américains ; le long de mon échine monte une bannière rouge, blanche et bleue, les couleurs des États-Unis. «  (Walt Disney – p. 13)

Son objectif était de transmettre les valeurs fondamentales de l’idéologie américaine tout en divertissant le client.


L’auteur commence alors par s’interroger sur la culture présente dans ses parcs de loisirs ; véhiculant les valeurs profondes des Etats-Unis, est-elle donc une culture comme les autres ? Autrement dit, s’approche-t-on de la culture étasunienne en fréquentant Mickey, un peu comme on pourrait goûter la culture française en appréciant sa gastronomie, ou la culture italienne en aimant son histoire ou encore la culture africaine à travers sa poésie ? Il n’en est rien ; malgré ses avatars exotiques et sa volonté d’inclure dans ses parcs des personnages de la mythologie locale, le but de Disney n’est pas d’ouvrir à la culture de l’autre mais plutôt de se replier sur ses propres dimensions intérieures. En effet, Disney ne produit pas de l’imaginaire mais de l’affect. Ce qu’il cherche à produire sur son client, c’est de l’émotion, mais en aucun cas il ne vise à développer son intellect. Le conte de fée traditionnel fournit un matériau psychique que l’enfant doit s’approprier ; or Disneyland en détruit inévitablement toute féerie en s’efforçant de susciter de l’émotion à travers ses mises en scène. On peut effectivement constater que dans ses parcs, c’est le spectacle lui-même qui est mis en spectacle : le décor reproduit ce qui était déjà décor et fiction. Ainsi, lorsqu’on sort de Disneyland, on se rend compte que ce qu’on vient de visiter n’existe pas ; on n’y découvre finalement que le souvenir de ses illusions d’enfant. Disneyland n’est autre que le symbole de ce futur collectif régressif.

Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Dans ce jeu où jouer c’est acheter, celui qui gagne c’est toujours Disney.

Il faut d’abord savoir que tous les parcs Disney du monde sont construits selon le même plan. On pénètre par une avenue appelée Main Street USA, où les fausses maisons de poupées (qui cachent d’authentiques supermarchés !) instaurent d’emblée la confusion entre le fait de jouer et celui d’acheter. L’enfant est davantage considéré comme un produit d’appel dans cette entreprise et c’est l’ado-adulte qui l’accompagne qui est la véritable cible du marketing Disney. Tout est mis en œuvre pour faire régresser le client (pardon, le  » guest « , l’invité dans la novlangue de l’entreprise) jusqu’à cette nature sauvage où il cède à ses caprices. L’économie psychique du parc est toujours parfaitement identique. Afin de légitimer la régression et de déculpabiliser chacun de jouer-consommer, il faut chercher à libérer des fantasmes régressifs comme le désir de possession, par exemple, accompagné dans ce contexte, par celui de consommer. C’est donc bien un monde primitif, propice aux fantasmes, une recherche délibérée de régression vers l’âge de la petite enfance que choisit d’exploiter Disney. Il tente de se faire passer pour une allégorie universelle de l’âme enfantine pour mieux offrir aux adultes un schéma de régression nécessaire à la bonne marche de ses affaires. En quittant Main Street USA, le  » guest  » n’est déjà plus qu’un enfant du capitalisme conquis à l’idée que le monde n’est qu’une (somme de) marchandise(s)1.

La régression mise en actes

L’objectif est donc de brouiller les différences entre l’imaginaire et la réalité et de simplifier à l’extrême les formes de pensée afin d’obtenir des couples d’opposition tels que bien / mal ou gentil / méchant. En poursuivant l’exploration de Disneyland et des valeurs qui sous-tendent l’entreprise, on débouche inévitablement sur le mythe de la  » nouvelle frontière « , mythe étasunien par excellence, qui semble aujourd’hui avoir largement dépassé les limites du territoire US pour s’étendre sur la planète entière, légitimé par la même vision binaire bien / mal, gentil(s) / méchant(s).

Frontierland : c’est la reconstitution du monde des cow-boys et de la conquête de l’Ouest. Il s’agit d’une société de mâles partageant des valeurs machistes avec le culte de l’alcool, du saloon, de la danseuse, de la putain, du shériff, etc… C’est une métaphore de l’homme dur et pur, un univers désinstitutionnalisé où règne la vraie justice, c’est-à-dire expéditive… Sur la frontière, tout homme est porteur de [ses propres] valeurs du bien et du mal et peut se retrouver à chaque instant à avoir à trancher entre ce qu’il trouve juste ou injuste. Or l’universitaire D. Duclos a montré comment ce thème conduit directement au déni des institutions humaines lorsque l’individu devient garant de sa propre liberté : il banalise tout autant la figure du justicier que la revendication du port d’arme. Cette mystique sert aussi à justifier un mode de développement brutal. Elle n’admet en effet aucune limite ni aucune contrainte matérielle. Elle postule l’existence d’un monde infini, inépuisable et exploitable à merci. Elle est l’un des principaux ressort de l’idéologie productiviste responsable du pillage des ressources et des menaces sur l’écosystème. En quittant Frontierland, l’individu ne doute plus que l’homme n’est lui-même que dans un rapport de domination et d’exploitation des autres et de la nature2.

Le déni de justice : Phantom Manor est la parabole du manège de la vie ; les fantômes représentent les perdants de la vie, les gagnants, eux, sont ceux qui ont pris des risques et qui ont su affronter leur peur ; ils se sont enrichis et ont quitté ces lieux maléfiques. Éternels perdants, les fantômes doivent accepter les coups du sort et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Ils n’ont pas à se sentir exploités ou dominés, ce ne sont que des perdants et des assistés. Dans cette logique, il n’y a plus de différence entre catastrophes naturelles et sociales : un tremblement de terre, l’explosion d’une usine à Toulouse, la famine, le sida, un plan de licenciements, un éboulement de rochers, l’allongement de la durée des cotisations de retraite, c’est tout pareil ! Les médias sont là pour  » naturaliser  » les conséquences des décisions des puissants de ce monde : c’est la faute à pas de chance ! Disneyland ne menace pas les puissants. Il apprend à les aimer, à les respecter et à prendre les Maîtres du monde pour modèle. Le monde du travail ainsi gommé, il n’y a plus d’exploiteurs et d’exploités, il ne reste plus que des chanceux et des malchanceux, des gagnants et des perdants…

Idéologie : Bernard Pourprise a eu la curiosité de se livrer à une analyse très fine du journal de Mickey. Il montre, dans Économie et Humanisme, de mai-juin 1971, que 56 % des événements décrits dans les histoires de ce journal, peuvent être considérés comme des défenses actives d’une propriété. Le seul but des personnages de Disney est de rétablir l’ordre existant. Pourprise recense également près de 40 % d’histoires où l’enjeu du récit est ouvertement un enrichissement personnel du héros par la découverte d’un trésor, un gain au jeu, un profit spéculatif ou un héritage. Dans 84 % des cas où le pouvoir apparaît, on peut le qualifier d’oligarchique ou personnel (image du chef unique, du patriarche sage et bon enfant). Il remarque que la relation existant entre les personnages est toujours soumise à un rapport de domination (économique, sexuelle ou générationnelle) et que cette relation s’avère humiliante pour l’individu dominé dans 70 % des cas. Les méchants sont nécessairement laids, tant moralement que physiquement. Son étude fait encore apparaître que les perturbateurs de l’ordre Mickey sont à 59 % des individus menaçant la propriété, à 20,2 % des marginaux non-intégrés, à 7,9 % des révolutionnaires, à 6 % de sexe féminin et à 2,2 % d’une espèce différente.

Pour la bonne bouche, un extrait de ses conclusions :  » On ne peut même pas parler de conservatisme doctrinaire, mais plutôt de réflexes réactionnaires viscéraux. C’est le ramassis le plus abject des idées reçues les plus stupides : les indigènes, grands enfants, incapables d’intelligence, dont la seule préoccupation est de chanter et de danser, les pays tropicaux en trouble permanent, les gentils patrons, les ouvriers flemmards ou stupides, les révoltes injustifiées ou sanguinaires, et le communiste, ennemi mortel, qui veut semer la zizanie dans les pays occidentaux (…). Le but avoué ou non des producteurs de Mickey est de faire admettre par leur public comme naturelles ou souhaitables certaines catégories de conduite sociale au détriment d’autres. Chaque fois qu’un individu veut transformer les modes de vie ou l’organisation sociale, sa tentative se solde par un échec cuisant. Dans quelque domaine que ce soit, particulièrement dans celui de la morale et de l’éducation des enfants, chaque idée nouvelle, chaque théorie non marquée par le sceau de la continuité et du conformisme est impitoyablement refusée. Ce respect de la tradition se traduit également par une attitude très positive à l’égard des institutions sociales qui la représentent par nature, et particulièrement, l’armée et l’Eglise « .

 


Disneyland, l’anti-fête populaire : en général, dans un carnaval, l’usage du masque est un moyen de se dérober et de se cacher afin de braver un interdit. Chez Disney il permet au contraire de s’identifier et de se reconnaître. On porte des oreilles de Mickey pour s’identifier publiquement à lui et en revendiquer les valeurs. C’est la perversion du carnaval, où la subversion est canalisée et l’impertinence collective remplacée par une frénésie consumériste individuelle. La fête devient standardisée, l’imprévu y a perdu toute sa place et toute improvisation s’avère impossible. Les valeurs telles que la générosité, l’égalité, le partage, sont sacrifiées tant pour les clients que pour les salariés au profit de la sacralisation de la compétition, de l’entreprise et du marché. Il s’agit, partout, de s’afficher pour pouvoir s’identifier. Ainsi, l’adepte peut recevoir une nouvelle identité, grâce à des mythes, des coutumes, des sacrifices, le port d’objets fétiches ou des actes de dévotion. Il peut graver son nom sur le sol du parc, habiter la ville Disney ou faire partie des adhérents du club des actionnaires.

Une culture factice tournée vers le futur : en 1986, le gouvernement Fabius accepte de ne pas appliquer intégralement le droit du travail à EuroDisney, transformant ainsi le parc en laboratoire d’expérimentation du néo-management, reposant sur la fragilisation et la déqualification de l’ensemble des personnels ainsi que sur une identité de pacotille (on n’est plus  » salarié-e  » mais  » cast member « , tout le monde se tutoie et s’appelle par un prénom factice, il faut porter l’uniforme en souriant, se soumettre aux critères d’apparence physique de Disney – longueur des cheveux, utilisation calibrée du maquillage et des bijoux – et pratiquer un vocabulaire propre à l’entreprise), bref une socialisation qui correspond aux fantasmes des néo-managers qui rêvent d’instituer une atmosphère de travail telle que les employés se sentent appartenir eux-même au monde magique de Disneyland et qu’ils viennent y travailler pour le plaisir et non plus pour gagner de l’argent.

Disneyland : symbole des loisirs de masse conditionnés

Comme on le voit, les valeurs à l’œuvre dans ces parcs de loisirs sont loin d’être neutres : monde binaire divisé entre les gentils et méchants (l’axe du bien contre celui du mal !), loi du plus fort, machisme, compétitivité, irresponsabilité face à l’écosystème, fatalisme social, primauté de l’émotion sur la réflexion, suprématie de la pulsion, nouvelles formes d’exploitation salariale… Sont-ce là des valeurs universelles ? Disney, comme d’autres marques, contribue par son action au formatage de nos désirs et à l’uniformisation du monde en diffusant un modèle de société qui saccage le milieu, rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Sachons nous en préserver et en démonter les mécanismes !

Kaocen

Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, éditions Golias, 2002.

1 Profitons-en pour remarquer, que faire régresser le client pour le formater idéologiquement, n’est pas l’apanage de Disney. Il s’agit aussi d’une stratégie commerciale des multinationales parties à la conquête du monde, basée sur l’idée que ce sont les cultures qui instaurent les différences entre les êtres humains (les clients) et qu’il importe donc de s’adresser à l’individu avant que sa culture ne le structure. D’où les campagnes publicitaires tournées vers les enfants – les chercheurs-publicitaires pensent qu’entre trois et quatre ans, les enfants sont déjà capables de distinguer marques et logos – mais aussi la volonté de pérenniser et de développer les fêtes de grande consommation (Noël, Halloween, anniversaires…) ou de faire régresser l’adulte vers un monde d’enfant supposé  » pur « , où l’individu est encore affranchi de toute culture. Cf. www.antipub.net

2 Remarquons encore que ni l’esclavage, ni le génocide indien ne sont évoqués dans les reconstitutions  » historiques  » de Walt Disney. Il s’agit bien de travestir la réalité pour que le reste du monde puisse s’identifier et confondre les intérêts des USA avec ceux des transnationales : un monde sans frontière et sans histoire en somme.

et enfin un article de rue 89 sur le concept de "dirty disney"

 


Porno et films d’horreur : pourquoi ils ont besoin de salir Disney

Le film a été tourné à Disneyland, avec des iPhone et des appareils photo, en cachette, sans l’accord de l’entreprise américaine. « Escape from Tomorrow » désintègre tout ce qui définit le monde de Disney – son esthétique rose bonbon et son optimisme enfantin – et son souci permanent de contrôler son image. Le réalisateur Randy Moore dit au New York Times :

« Pour moi, Walt Disney était un génie. J’aurais juste souhaité que sa vision ne se mue pas en quelque chose d’aussi cadré. »

« Escape from Tomorrow » n’a, paraît-il, rien de grandiose – aux Etats-Unis, il n’est sorti que dans 300 salles – mais la presse américaine a, ces derniers jours, beaucoup parlé de ce film d’horreur remarqué au dernier festival Sundance.

Jim finit dans la salle « Le testicule géant »

L’histoire d’un père de famille, Jim, qui balade sa femme et ses enfants dans les attractions de Disneyland sans leur confier ce qui le démoralise : il vient de perdre son boulot.

Scénario terrifiant : Jim finit par égarer sa fille, harceler sexuellement deux ados, voir des monstres partout et se faire laver le cerveau dans une salle secrète, surnommée « Le testicule géant ».

Tourner chez Mickey pour lui faire des misères, ce n’est pas nouveau, Banksy l’avait déjà fait. Mais la sortie de « Escape from Tomorrow » pousse le site Slate.com à s’interroger sur une tradition artistique « longue et bizarre » : « The Dirty Disney » (le Disney dégueu).

Pourquoi donc, depuis des décennies, les artistes s’amusent-ils à mettre une clope dans le bec de Donald, à représenter Jafar et le Capitaine Crochet en train de se rouler des pelles et à transformer Cendrillon en junkie ?

Le dessin de Wally Wood (1967) (DR)

Dès 1967, le dessinateur Wally Wood fait figurer tous les personnages de Disney dans une grosse orgie ; ensuite, Internet a permis au « Dirty Disney » de s’exprimer sous de nouvelles formes : films porno et GIFs d’Alice au pays des merveilles narcotiques.

1

Quoi de plus drôle qu’un mouton à la place du Roi lion ?

Le pouvoir comique

 

Bambi qui fume un pétard, c’est comme une grand-mère sur un skate ou un Académicien en baggy, ça fait rigoler. La définition même de l’absurde, fonction la plus basique de ce genre de détournements.

Sur le Web, on trouve plein de caricatures et de vidéos qui n’ont pas d’autre but que de faire rire. En mettant le Roi lion dans une ferme par exemple.

Lorsque Disney a annoncé qu’il achetait la boîte de George Lucas et préparait un nouveau « Star Wars », les internautes se sont empressés de mettre des oreilles de Mickey à Dark Vador et un sabre laser entre les mains de Donald.

2

Mickey dans un bidonville : la transgression du modèle Disney

Le pouvoir politique

 

« Dismayland » est une série d’illustrations de l’artiste Jeff Gillette, qui place les personnages de Disney dans des bidonvilles. Il dit :

« L’intrusion de Mickey Mouse dans une œuvre crée le sentiment troublant qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas. »

Le monde de Disney incarne une conception simpliste du bien. Les gentils gagnent à la fin et les princes trouvent leur princesse.

Les artistes et les intellectuels s’attachent à démontrer que c’est trop beau pour être vrai, que le monde ne ressemble pas à ça. En représentant des Cruella qui sniffent et des princesses battues, le Mexicain José Rodolfo Loiza Ontiveros dit vouloir remettre en cause le principe du « tout est bien qui finit bien ».

Montage de José Rodolfo Loiza Ontiveros (Via son compte Facebook)

Il n’y a pas que les artistes, des intellectuels s’évertuent aussi à démontrer la perversité du modèle Disney. L’historienne des idées Françoise Gaillard le conçoit comme « un royaume magique qui expurge la mort de la vie, qui ignore le sexe, qui a la phobie de l’organisme, et qui est en proie à une obsession hygiénique et sécuritaire ».

Dans « Disneyland, le royaume désenchanté » (éd. Golas, mars 2002), Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, s’attaque aussi aux paradoxes de Disney.

Le monde de Disney est un paradoxe inspirant : symbole du modèle américain – fric et bien-pensance – défendu avec fermeté : une entreprise très procédurière qui attaque en justice dès qu’on touche à ses droits d’auteur, d’où le caractère transgressif de la démarche d’« Escape from Tomorrow ».

Pour l’instant, Disney n’a pas décidé de poursuivre le film, pour ne pas lui faire de publicité.

3

Sortir violemment du monde de l’enfance

La fonction psychanalytique

 

Auteur de la bande dessinée « Pinocchio » (éd. Requins marteaux, septembre 2012) dans laquelle le héros est un robot vendu comme arme de guerre et Jiminy un cafard qui devient SDF, Winschluss explique :

« Petit, on vous promet des choses, comme “ liberté, égalité, fraternité ”. Aujourd’hui, on vous dit “ travailler plus pour gagner plus ”. Et quand on grandit, on ressent un vrai sentiment de tromperie. »

C’est la fonction philosophique, voire psychanalytique, du « Dirty Disney ». En salissant ce monde rêvé, on représente celui des adultes, on en devient un.

Il existe une série de vidéos parodiques (en anglais) où les princesses de Disney donnent des conseils cyniques aux adolescentes pour qu’elles ne se fassent pas avoir par les hommes.

Dans un article titré « Pinocchio : scène primitive, fantasmes et théories sexuelles infantiles », Christophe Bormans décrypte les théories sexuelles infantiles présentes dans le « Pinocchio » de Disney. C’est une lecture classique de tous les contes. D’autant que chez Disney, souvent le parent meurt (« Le Roi Lion », « Bambi », « Cendrillon », « Blanche-Neige »…).

L’article de Slate constate, amusé, que pas mal d’anciens acteurs des productions Disney passent ou sont passés par des phases décadentes pour devenir adultes.

« Il y a un air de famille entre “Escape from Tomorrow” et les carrières des anciennes actrices de Disney Britney Spears, Lindsey Lohan et Miley Cyrus : leurs comportements hypersexualisés perforent la vieille façade Disney. »

« On ne peut pas être heureux tout le temps », dit un personnage vers la fin de « Escape from Tomorrow ».

Communiqué suite à la manifestation en hommage à Clément à Poitiers

Le jeudi 6 juin à 18 h 30 a eu lieu à Poitiers comme dans de nombreuses autres villes une manifestation organisée à l’appel du groupe unitaire contre l’extrême droite de la Vienne à la suite de la mort de Clément Méric à Paris. Nous avons été agréablement surpris de l’ampleur de la manifestation organisée dans la journée même (entre 250 et 300 personnes), mais nous avons cependant quelques critiques à émettre et besoin de rappeler certains faits.

Nous nous étonnons que des cadres du Parti socialiste de la mairie de Poitiers soient venus sans honte se montrer en mémoire de quelqu’un qui les combattait politiquement. En effet, rappelons que Clément était certes un militant antifasciste mais qu’on ne saurait le réduire à cela. Il était révolutionnaire, et impliqué dans les luttes contre le capital et fatalement contre le gouvernement socialo-écologiste actuel. Antifasciste convaincu, il militait aussi contre toutes les formes d’exploitation et de domination : le sexisme, le racisme et l’homophobie…

Revenons à la manifestation poitevine, non déclarée comme le veut la tradition ici, et regroupant des individus (libertaires ou proches), encartés de gauche et d’extrême gauche et autres membres d’associations. Voilà bien longtemps que tout ce beau monde n’avait pas été réuni. En effet, le bras de fer entre la mairie socialiste et les associations, les anarchistes et surtout dernièrement le DAL 86 dure depuis plusieurs années, et la gouvernance de M. Claeys nous montre le véritable visage de la social-démocratie depuis.

Nous avons donc pu voir nos braves cadres locaux se retirer du cortège au niveau de la mairie alors que ce dernier évoluait vers la préfecture. Très bien, nous dirons-nous, mais cette manœuvre semble aussi avoir été tactique. Car, plus d’une heure après la fin de la manifestation, deux personnes ont été arrêtées et emmenées au poste pour « manifestation illégale » et « outrage aux forces de l’ordre » (des « Flics porcs assassins » s’étant glissés dans les slogans scandés). Ces deux personnes seront relâchées le lendemain et passeront en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Devant le procureur, donc. Mais le fait intéressant à noter ici est cette phrase lâchée par un conseiller municipal et conseiller de Grand Poitiers bien connu comme bureaucrate de la lutte (notamment au sein des MJS lors du mouvement anti-CPE) : « Ce n’est pas une manifestation, mais un rassemblement silencieux contre les violences de l’extrême droite ». Voilà, tout est dit. Vous vous êtes fait attraper ? Vous ne pouvez que vous en prendre à vous-mêmes. Il ne fallait pas faire de manif (ou du moins pas jusqu’au bout)… puisqu’il existe une pression de la préfecture vis-à-vis des manifestations non déclarées depuis environ un an, et relayée par son chien de garde édenté : la mairie.

Ici donc, les socialistes poitevins suivent la ligne dictée par l’Elysée et le taulier de la place Beauvau : s’émouvoir de manière hypocrite sur la violence et la dangerosité idéologiques des groupes fascistes bien connus. Alors que ce sont ces mêmes socialistes qui, de par leur politique, ne contribuent point à faire reculer les pratiques et idées de l’extrême droite ; bien au contraire, celle-ci s’en est servie à plusieurs reprises afin de gagner des élections, de promouvoir des politiques sécuritaires de la République (n’oublions pas que les centres de rétention, ces prisons démocratiques pour étrangers, datent de l’ère mitterrandienne). Par ailleurs, le jour même où Clément a été agressé, la police de Manuel Valls procédait à une grande rafle de sans-papiers dans le quartier populaire de Barbès à Paris. République, sacro-sainte République! Tel un chant incantatoire, ce terme sonnait creux pour Clément et ses camarades ! Alors, fichez-nous la paix avec cet appel à un front républicain chimérique.

La République n’est qu’un champ de bataille symbolique pour les aspirants au pouvoir, ça fait bien longtemps que son caractère attractif et magique n’opère plus ! Bref, nous nous opposons fermement à cette tentative de récupération étatique de la mort de Clément.

De plus, nous pensons que la dissolution de groupes fascistes ne changera pas la donne. Hormis leur caractère symbolique orchestré par le pouvoir et une partie de la gauche, l’Histoire nous a montré à plusieurs reprises que la dissolution de ces groupes est un leurre (des Ligues des années 1930 à Unité radicale des années 2000, en passant par Ordre nouveau des années 1970) : ils se sont toujours reformés, ils ont juste eu besoin de changer de nom. Mais nous n’appelons pas non plus à une « justice pour Clément ». Cette justice qui nous condamne aussi bien et que nous combattons tous les jours.

Soulignons que depuis plusieurs années les fascistes et autres nazillons ressortent dans la rue et souhaitent la reprendre, galvanisés par les scores de leurs homologues dans de nombreux pays en Europe (Grèce, Hongrie…) sur fond de crise économique. Nous ne découvrons rien, dans plusieurs villes les fascistes sont très actifs, et s’adonnent à des actions violentes et/ou symboliques : Lyon, Toulouse, Tours, Besançon, etc. Mais les dernières manifs contre le mariage homosexuel leur ont permis de se rencontrer, de recruter, bref d’avoir un nouveau souffle, avec la complicité des médias ayant offert leurs micros sur des plateaux d’argent à des mouvements réactionnaires de toutes sortes disséminant leurs discours haineux.

Par exemple, nous avons remarqué qu’ils sont de plus en plus présents sur Poitiers, du moins par leurs affiches et autocollants. Qu’ils soient à Méridien Zéro, au Mouvement Action Sociale, au Parti de France, à l’Œuvre Française ou au plus traditionnel Front National, les militants fascistes tentent de s’implanter localement et durablement. Ils se sentent même pousser des ailes. Pour preuve, début mai ont été découvertes des affiches, collées dans les rues de Poitiers, comprenant les photos de deux militants du NPA avec comme surtitre « Wanted » et cette légende : « Tags dégueulasses, gribouillis partout, panneaux sales, portes tatouées ? Assez ! La police s’en occupe pas on va s’en occuper ! ».

En mémoire de notre camarade Clément,nous souhaiterions que les bureaucrates politiques, membres du gouvernement et autres charognards de la presse fassent profil bas sur le sujet. Pour vous, fascistes, belek : une attaque contre un est une attaque contre tous.

 Dieu pardonne, pas le prolétariat !

 L’Épine noire

6/6/13 poitiers 18 h30 palais de justice rassemblement commémoratif en la memoire de clement meric.

clement meric

Ce soir, à 18h30 devant le Palais de Justice, soyons nombreux pour rendre hommage à Clément Méric, jeune militant antifasciste de 18 ans tombé hier soir à Paris sous les coups de la haine. Soyons nombreux à porter les valeurs de paix, de fraternité et de partage qui viendront à bout des idées fascisantes, nombreux à exiger la DISSOLUTION des groupes d’extrême droite qui sévissent en France: No pasaran!

groupe d’action unitaire contre l’extreme droite de la Vienne

 

Le mercredi 5 juin 2013, en sortant d’un magasin de vêtements, près de la gare Saint-Lazare, Clément Méric, jeune syndicaliste âgé de 18 ans et militant antifasciste a été battu à mort par des membres de l’extrême droite radicale. Venu de Brest pour ses études à Sciences Po, il a été victime du contexte de violences d’extrême droite qui s’est développé ces derniers mois. Il est décédé des suites de ses blessures, dans la nuit, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches auxquels nous exprimons toute notre solidarité.

Ses ami-e-s et camarades.

Action Antifasciste Paris-Banlieue

clément méric présent

Posez vous la question: depuis quant un antifasciste a-t-il été tué en France par des fascistes? Nous n’avons pas la réponse, mais probablement pas depuis les années 70, et encore. Mais ce soir, c’est arrivé. Notre camarade Clément, âgé de 18 ans, a été assassiné en pleine rue à Paris par des nationalistes dans le quartier de la gare Saint-Lazare.

Nous n’allons pas écrire à chaud un long communiqué. Déjà parce qu’il y a très peu à en dire, et puis parce que nous sommes humains et que nous sommes aussi touchés par cette perte. Tout-e militant-e antifasciste peut juger de la gravité des fait. Toute personne progressiste sera aussi légitiment horrifiée… Après le choc, puis la tristesse, vient la haine. Une haine d’autant plus forte que les vautours sont déjà là. Ce soir, les grands médias relaient les communiqués des partis sociaux-démocrates, des élus, et de tous les autres qui s’indignent et se lamentent après avoir laissé les portes ouvertes au fascisme et après avoir réprimé durement les antifas. Condamnations, insultes, mépris des médias, violences policières… Et cella continuera. Encore pire, on peut déjà imaginer les articles des nationalistes à ce sujet, félicitant le meurtre.

Face à eux, ous n’avons rien à attendre de l’État bourgeois et de sa justice. Ses chiens de garde sont les mêmes que ceux qui ont assassiné notre camarade. A ceux et celles qui tremblent de rage en apprenant la nouvelle, nous diront simplement qu’il est l’heure de s’organiser pour que cela n’arrive plus jamais, pour que ce crime ne reste pas sans réponse. Rejoignez votre groupe antifasciste local. Rejoignez votre groupe révolutionnaire local.

Feu de Prairie est solidaire des camarades et des proches de Clément. Nous envoyons nos modestes condoléance à son entourage et nous nous tenons à disposition pour relayer les informations importantes qui pourraient suivre.

Ni oubli, ni pardon. Clément: PRÉSENT!

Feu de Prairie

autres rdv (source politis)

-À Arras, devant le Beffroi à 18 h 30 (source à confirmer).

-À Angers, sur le place du Ralliement à l’appel du NPA.

-À 18h sur la place de l’horloge à Avignon (source à confirmer}.

-À Besançon, à 18 h 15 sur la place du 8 septembre.

-À Brest 18 h 30 place de la liberté.

-Béziers, place du 14 juillet à 18 h 30.

-Place Jean-Moulin, à Bordeaux, à 19 h à l’appel notamment de Solidaires-Etudiant et des Jeunes communistes 33.

-À Caen, place de la Résistance à 19 h.

-À Cannes, devant le monument aux morts de la mairie, à 18 h 30.

-Dijon, sur la place de la Libération à 19 h (source à confirmer).

-Sur la grand place de Lille à 18 h 30.

-À Lorient, à 17 h devant la préfecture.

-À Lyon, à 18 h 30 sur la place de la comédie.

-Au Vieux-Port de Marseille, à 18 h.

À Metz, un rassemblement est prévu place d’Armes à 18 h.

-Au Mans; à 18 h 30 sur la Place de la Préfecture.

-Devant le Carré d’Art, à Nîmes à 18 h.

-À Nancy, à 18 h place Stanislas.

 

-A poitiers à 18h30 place du palis de justice

-À Nice sur la place Garibaldi à 18 h 30.

-À Orléans, à 18 h 30 devant la préfecture du Loiret.

-À Paris, à 18 h 30 place Saint-Michel.

-À Perpignan place de la Résistance à 18 h 30.

-Quimper, à 18h30 sur la place Saint-Corentin.

-À Rennes, sur la place de la Mairie à 18 h 30.

-À Saint-Étienne à 18h devant la Préfecture (source à confirmer).

-À Saintes, devant le Palais de Justice à 18h à l’appel du PG et du PCF.

-Place Kléber à Strasbourg à 18 h 30 (source à confirmer).

-À Tours, un rendez-vous a été fixé à 18 h devant la mairie.

 

[racisme ordinaire en pictavie ] “Faut arrêter d’ouvrir des comptes aux Blacks à Poitiers”

LCL reconnait le "propos maladroit" du directeur régional du Crédit Lyonnais en Poitou-Charentes, qui a déclaré qu'il "faut arrêter d’ouvrir des comptes aux Blacks à Poitiers", mais assure qu'aucune consigne discriminatoire n'a été donnée. LCL reconnait le « propos maladroit » du directeur régional du Crédit Lyonnais en Poitou-Charentes, qui a déclaré qu’il « faut arrêter d’ouvrir des comptes aux Blacks à Poitiers », mais assure qu’aucune consigne discriminatoire n’a été donnée. –

C’est ce qu’a reconnu avoir déclaré le directeur régional du Crédit Lyonnais en Poitou-Charentes en septembre 2012. Il admet une maladresse, mais nie toute discrimination. La CGT compte saisir le procureur de la République pour « des propos discriminatoires ».

« Il faut arrêter d’ouvrir des comptes aux Blacks à Poitiers. » Tels sont les propos « maladroits » qui ont été tenus par Olivier Chasseriaud, le directeur régional du Crédit Lyonnais en Poitou-Charentes, en marge du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), et qui ont ému la représentante de la CGT. Elle a donc alerté ses cadres. Cela remonte au mois de septembre 2012.

Trois mois plus tard, en décembre, le délégué syndical national CGT, a adressé un courrier au banquier poitevin pour lui demander des explications. La réponse est arrivée le 14 janvier. En préambule, Olivier Chasseriaud s’y dit personnellement étranger à toute forme de racisme et d’intolérance, mais confirme qu’il a employé « avec une totale maladresse, une expression tout à fait inappropriée ».

La CGT compte saisir le procureur

Il explique que la discussion portait sur l’ouverture de comptes bancaires aux étudiants étrangers qui ne restent que quelques mois sur le territoire français, ce qui représente « la majorité des ouvertures de comptes sur Poitiers ». Il assure également « qu’elle ne recouvre aucune démarche discriminatoire de ma part ».

Joint au téléphone, Olivier Chasseriaud n’a pas souhaité en dire plus : « On s’est expliqué, ça s’est solutionné. » La CGT a néanmoins diffusé un tract auprès des salariés de LCL pour le Sud-Ouest. Et à Poitiers, le secrétaire de la CGT du Crédit Lyonnais, Alain Bozier, compte saisir le procureur de la République pour dénoncer « des propos discriminatoires ».

Du côté de la direction parisienne, on reconnaît « le propos maladroit«  de son directeur régional.Elle évoque le contexte : « Une agence de la ville a été victime de plusieurs découverts qui n’ont pas été régularisés, sur des comptes d’étudiants étrangers qui avaient quitté la France. Aucune consigne discriminatoire n’a été donnée, mais nous avons décidé d’être plus attentifs aux ouvertures des comptes« .

Philippe Bonnet dans leur presse locale, la nouvelle raie publique

21 juin 1973 l’attaque de la mutu appogée de l’antifascisme radical ou victoire de la bourgeoisie ?

Quelques articles pour revenir sur les evenements du 21 juin 1973 et ses consequences...
 Car si l'operation semble un succès a ses militant, le soir de l'attaque de la mutu,
 l'interdiction de la ligue communiste à trouvé son prétexte légal. 
un petit rappel historique qui ne nous fera pas de mal vu notre contexte actuel.
la rédac pensif devant les archives....

Mai 1973,  la nouvelle se répand.

Le groupe fasciste Ordre Nouveau va organiser un meeting politique à la Mutualité, à Paris, pour lancer une campagne raciste contre les immigrés.

Les antifascistes organisent la riposte.

Menés par la Ligue Communiste, ils décident de s’attaquer en priorité à la police, qui comptera une centaine de blessés à la fin de la journée.

Des cocktails molotovs sont jetés par les manifestants, et depuis les toits, dispersant les CRS.

Les groupes d’action, casqués et équipés de pieds de biches, savent où aller et quoi faire: la police est totalement dépassée.

C’est l’action politique violente la mieux préparée et la plus réussie depuis les évènements de mai 1968.

lu sur feux de prairie

L’un des témoignages phares sur Mai-68, Romain Goupil retrace le parcours de son ami Michel Recanati – qui s’est donné la mort en mars 1978 – et, à travers cet éloge, le bilan de ses années de militantisme.

Un très beau film, Caméra d’or au Festival de Cannes 1982 et César 1983 de la meilleure première oeuvre. 1965. Romain et Michel ne sont pas dans le même lycée, mais sont inséparables. Ils ont 15 ans et le Viêt-nam réveille leur conscience politique. Ils créent alors les Comités d’action lycéens (CAL). Trois ans plus tard, les CAL sont le fer de lance du mouvement de Mai-68. Entre-temps, Romain et Michel ont adhéré aux Jeunesses communistes révolutionnaires, dirigées par Alain Krivine. Composé de témoignages sur les années 1965-1968 et d’images Super-8 tournées par Romain Goupil, le film raconte leur passion et leurs désillusions de militants, jusqu’au suicide de Michel en mars 1978.

lu sur arté

Contexte

Il est aujourd’hui difficile de comprendre ces événements sans les replacer dans le contexte de l’époque. L’esprit de Mai 68 soufflait toujours : dans la jeunesse scolarisée, dans les entreprises et dans bien d’autres couches de la société. Des dizaines de milliers de personnes s’engageaient pour un changement radical de société. L’irruption du mouvement de libération des femmes allait bouleverser la société française en profondeur. En Italie, le « Mai rampant » reposait la question d’une stratégie révolutionnaire. A nos portes, dans l’Etat espagnol, au Portugal et en Grèce, le mouvement ouvrier menait un combat difficile et clandestin contre des dictatures militaires fascisantes.

La Ligue partageait alors avec d’autres organisations d’extrême gauche une conviction : en Europe occidentale, le développement impétueux des luttes sociales déboucherait rapidement – dans les « quatre ou cinq années à venir » – sur des confrontations révolutionnaires. Pour briser l’offensive sociale et conserver son pouvoir, la bourgeoisie se servirait de tous les moyens : mesures répressives, utilisation de l’armée ou des bandes fascistes. Cette dernière hypothèse s’appuyait sur une réalité vécue : violences policières et utilisation de milices privées contre les grévistes, filatures et fichage de militants politiques et syndicaux, écoutes téléphoniques illégales, ratonnades contre les immigrés, assassinat de Pierre Overney, jeune ouvrier maoïste, par un vigile de la régie Renault. Il fallait donc s’y préparer. Discréditée par la collaboration avec les nazis et le soutien aux sales guerres coloniales, l’extrême droite française entendait bien se reconstruire à travers une campagne raciste contre les immigrés, une stratégie que reprendra plus tard le Front national.

Evénements

Un meeting fasciste autorisé

Le groupe d’Ordre nouveau avait décidé de la tenue d’un meeting le 21 juin 1973, au thème sans ambiguïté : « Halte à l’immigration sauvage ! ». Tous les ingrédients de l’extrême droite étaient réunis pêle-mêle : déclarations racistes, xénophobes et antisémites, menaces de mort…

La Ligue communiste fut alors l’élément moteur d’une mobilisation contre ce rassemblement, en appelant à une manifestation au but explicite : « meeting fasciste, meeting interdit ! ».

Affrontements avec la police

Le 21 juin 1973, des milliers de manifestants antifascistes sont présents. Devant le nombre, Ordre nouveau se retranche dans la Mutualité, protégé par un impressionnant dispositif policier.

Situation peu commune : ce sont les manifestants, casqués et armés de cocktails Molotov, qui ont alors chargé la police, l’obligeant à reculer à plusieurs reprises. Les affrontements causent plusieurs dizaines de blessés dans les rangs des forces de l’ordre.

Répression

Le 28 juin 1973, le Conseil des ministres décide, sur proposition du ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, de dissoudre la Ligue communiste. Fausse symétrie qui ne trompe personne, le groupe fasciste Ordre nouveau est également interdit. Plusieurs dirigeants de la Ligue sont incarcérés, son local et sa librairie sont mis à sac par la police.

Réprobations et soutien de la gauche

Nombreux, y compris à gauche, manifestèrent leur désaccord avec notre initiative. Les plus bienveillants pensaient que la Ligue était tombée dans une provocation. Après avoir dissous la Gauche prolétarienne, une organisation d’inspiration maoïste, Marcellin crût un peu rapidement pouvoir renouveler l’opération avec la Ligue. D’abord saisie de stupeur après la diffusion télévisée d’images spectaculaires d’affrontements, l’opinion publique se retourna assez rapidement. D’abord la presse dut rendre compte du contenu du meeting fasciste : le vrai scandale était donc surtout la tenue d’un tel meeting ! Le principal syndicat de policiers diffusa de nombreux témoignages prouvant que la police avait protégé les fascistes qui déchargeaient en toute impunité des stocks de barres de fer et de boucliers. D’autres témoignages attestèrent que la hiérarchie policière, pourtant informée de la formation de la manifestation, n’en avait pas averti les unités présentes sur le terrain, qu’elle avait abandonnées sans consignes ni équipement suffisant. Résultat : Le Nouvel Observateur put qualifier Marcellin de « suspect numéro un ».

Les organisations syndicales, tous les partis et dirigeants de gauche, des magistrats ainsi que de nombreux artistes et intellectuels protestèrent contre la dissolution de la Ligue. Grande première : le Cirque d’hiver accueillit un meeting de solidarité où, après de nombreux autres orateurs, Jacques Duclos, dirigeant du PCF, déclara « élever une vigoureuse protestation contre l’arrestation d’Alain Krivine et contre la dissolution de la Ligue communiste ». Attitude nouvelle : le PCF avait jusqu’alors traité les militants révolutionnaires de « gauchistes-Marcellin ». Néanmoins, la Ligue fut interdite de parole au cours de ce meeting convoqué… pour la défendre.

Abandon discret des poursuites et reconstitution

Au cours de l’été, les dirigeants emprisonnés furent relâchés. Les poursuites judiciaires se perdirent opportunément dans les sables de la procédure. Marcellin avait raté son coup et, quoique dissoute, la Ligue n’en continua pas moins à fonctionner et à intervenir autour de Rouge qui n’avait pas été interdit. Quelques mois plus tard naquit le Front communiste révolutionnaire. Ni le gouvernement ni la justice n’osèrent invoquer le délit de « reconstitution de ligue dissoute ». Dernier clin d’oeil, fin 1974, le congrès de l’organisation décida de prendre le nom de Ligue communiste… révolutionnaire.

Une action gauchiste ?

Ces événements nourrirent un intense débat dans les rangs de l’organisation. Le 21 juin avait-il été un pur acte de violence minoritaire, une erreur gauchiste ? Fallait-il pour autant ne rien faire ? Périodiquement, cette dernière question revient sous diverses plumes : l’ainsi nommée « tentation insurrectionnelle » dont la Ligue était soupçonnée aurait-elle pu donner naissance à une dérive terroriste comme ce fut le cas pour d’autres organisations en Allemagne (bande à Baader) ou en Italie (Brigades rouges) ?

Cependant, la réflexion stratégique de la Ligue excluait formellement le terrorisme, et malgré son faible poids, elle avait des liens historiques avec le mouvement des travailleurs et de la jeunesse. Dans les mois qui précédèrent le 21 juin, la Ligue avait animé un mouvement rassemblant des centaines de milliers de lycéens contre la réforme des sursis (loi Débré). Elle avait organisé une conférence de salariés réunissant plusieurs centaines de sympathisants, preuve d’un début d’implantation dans le monde du travail.

Mais le 21 juin marquait bien une rupture avec la période de l’immédiat après-68. Une autre aventure commençait avec Lip, le Larzac, les comités de soldats, la confrontation avec l’Union de la gauche.

lu sur wiki rouge

un super pdf de l’asso radar :

l’archive de la revue 4eme internationnal de juin 1973

A propos de la manifestation antifasciste du 21 juin 1973.
….. …..Quand les grands médias (télévision…) évoquent la manifestation du 21 juin 1973 contre la tenue d’un meeting fasciste d’Ordre Nouveau, c’est souvent pour en extraire deux choses :
la  » violence  » des  » gauchistes  » et la conséquence  » logique  » de celle-ci, c’est-à-dire l’interdiction de la Ligue Communiste et l’arrestation d’Alain Krivine.
Cependant il nous apparaît important de rappeler et de rétablir certains faits qui ont tendance à être occultés. Car ceux-ci posent des questions diverses : sur la violence, sur le fascisme, sur l’analyse en terme de fascisation, sur l’unité face à la répression. Plus de trente ans après le 21 juin 73, ces questions ne sont-elles pas toujours d’actualité ?
Le contexte historique
Le début des années 1970 voit se développer et se renforcer une large contestation de la société bourgeoise, des luttes ouvrières très offensives (notamment chez les OS et les immigrés), LIP etc… parallèlement à ça, se renforce le caractère répressif de l’Etat bourgeois, violences organisés contre les grévistes, assassinat du maoïste Pierre Overney -après celui de Gilles Tautin militant UJCML en 1968-, attentats et crimes racistes, circulaire Fontanet…
Manif antifasciste, affrontements avec les CRS, interdiction de la Ligue Communiste…
Le 21 juin 1973 se tient à la Mutualité un meeting fasciste d’Ordre Nouveau sur le thème « Halte à l’immigration sauvage ! » . Une manifestation organisée notamment par la Ligue Communiste et L’Humanité-Rouge -PCMLF- pour protester et interdire ce meeting fasciste se  » frotta  » directement aux forces de police protégeant les fascistes. A la suite de ces affrontements, le local de la LC fut saccagé par la police.
….. ….. Le magazine Actuel -ancienne série- n°36 -octobre/novembre 1973- revient sur l ‘événement dans un article d’Antoine Gleizes et Jean-Paul Naury  » Les 7 jours qui ébranlèrent l’ex-Ligue Communiste  » et raconte le saccage par les flics, l’arrestation de Pierre Rousset -membre du Bureau politique de la Ligue, celle de Krivine…etc.
L’article d’Actuel, raconte aussi comment la bourgeoisie a utiliser ses médias pour préparer l’opinion public a des mesures répressives << Les journaux télévisés fonctionnent dès lors comme des caisses de résonance. Largement commentés, les événements du 21 juin se gonflent, nourrissent la tension : deux policiers, brûlés par des cocktails sont, paraît-il en danger de mort.
 »Dés ce moment, le ton des médias faisait vivre la dissolution comme inéluctable, raconte une sympathisante de la Ligue. » >> Le journal L’Humanité rouge n°193 -du 5 juillet 1973- parlera d’une  » véritable campagne d’intoxication de l’opinion publique.« .
….. ….. Le 28 juin 1973 le Conseil des ministres décide, sur proposition du ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, de dissoudre la Ligue communiste. Le groupe fasciste Ordre nouveau est également interdit.
Trente ans après
Le journal de la LCR  » Rouge  » n°2023 du 26/06/2003 dans un article :  » Les débats. – 21 juin 1973 – Dissous pour antifascisme « , François Duval revient sur l’événement :  » Il y a trente ans, suite à des affrontements entre les « forces de l’ordre » et des militants antifascistes, la Ligue communiste était dissoute. Retour sur une page de notre histoire.  » (…)  » Plusieurs dirigeants de la Ligue sont incarcérés, son local et sa librairie sont mis à sac par la police. Le prétexte de ces décisions pour le moins étonnantes ? Les affrontements violents qui avaient opposé, une semaine auparavant, les forces policières et plusieurs milliers de manifestants antifascistes protestant contre la tenue d’un meeting d’Ordre nouveau au thème sans ambiguïté : « Halte à l’immigration sauvage ! » Les affrontements avaient causé plusieurs dizaines de blessés dans les rangs des forces de l’ordre. La Ligue communiste était la principale organisatrice de cette manifestation au but explicite : « meeting fasciste, meeting interdit ! » Retranchés dans la Mutualité, les fascistes étaient protégés par un impressionnant dispositif policier. Situation peu commune : ce sont les manifestants, casqués et armés de cocktails Molotov, qui ont chargé la police, l’obligeant à reculer à plusieurs reprises. Il est aujourd’hui difficile de comprendre ces événements sans les replacer dans le contexte de l’époque.  » (…)  » Pour briser l’offensive sociale et conserver son pouvoir, la bourgeoisie se servirait de tous les moyens : mesures répressives, utilisation de l’armée ou des bandes fascistes. Cette dernière hypothèse s’appuyait sur une réalité vécue : violences policières et utilisation de milices privées contre les grévistes, filatures et fichage de militants politiques et syndicaux, écoutes téléphoniques illégales, ratonnades contre les immigrés, assassinat de Pierre Overney, jeune ouvrier maoïste, par un vigile de la régie Renault. Il fallait donc s’y préparer.  » (…)  » Les organisations syndicales, tous les partis et dirigeants de gauche, des magistrats ainsi que de nombreux artistes et intellectuels protestèrent contre la dissolution de la Ligue. Grande première : le Cirque d’hiver accueillit un meeting de solidarité où, après de nombreux autres orateurs, Jacques Duclos, dirigeant du PCF, déclara « élever une vigoureuse protestation contre l’arrestation d’Alain Krivine et contre la dissolution de la Ligue communiste« .  » (… )  » le 21 juin avait-il été une erreur ? Fallait-il pour autant ne rien faire ? La Ligue avait-elle failli basculer dans la violence minoritaire ?  » l’article se termine sur les luttes de l’après 68  » Lip, le Larzac, les comités de soldats, la confrontation avec l’Union de la gauche.  » et déclare vouloir construire une  » organisation révolutionnaire indépendante immergée dans le mouvement social. Et toujours résolument antifasciste.« 
Et les marxistes-léninistes dans tout ça ?L’article de Rouge ne dit rien sur la participation des marxistes-léninistes à la manifestation elle-même ni sur la solidarité organisée par les ML contre la répression.
Ce silence en fait se retrouve également dans un magazine diffusé sur Canal + le 19 avril 2004  » Lundi investigation -Trotskistes, tout ce que vous avez toujours voulu savoir…- « . Une présentation du 21 juin 1973 est faite dans ce reportage  » La situation a basculé un jour de juin 1973. Ce jour là à Paris le mouvement d’extrême-droite  » Ordre Nouveau  » tenait meeting à la mutualité, ‘contre l’immigration clandestine‘.
Le commentaire poursuit et donne la parole à Gérard Filoche -il avait 28 ans à l’époque, il était sur place-  » ont voulaient tenter d’interdire le meeting  » Le commentaire du reportage continue  » En avant pour la Mutualité, casque sur la tête et manche de pioche à la main. Une vrai scène de guérilla urbaine, les trotskistes n’iront pas jusqu’à attaquer le meeting d’Ordre Nouveau, heureusement il aurait pu y avoir des morts. Bilan, 170 policiers blessés, le lendemain la Ligue Communiste était dissoute par le ministre de l’intérieur.  »

….. ….. Romain Goupil en 1982 dans son film  » Mourir à trente ans « , consacré à Michel Recanati responsable du SO de la Ligue, montre en partie la manifestation antifasciste et les affrontements avec la police  » 21 juin 1973, l’organisation fut dissoute, ses dirigeants arrêtés. Michel Recanati, considéré comme le responsable fut abriter clandestinement à l’étranger « . Suite à la dissolution Michel Recanati fit 3 mois de prison. Il se suicida en 1978.

 

Rétablissons certains faitsEn 1973, les marxistes-léninistes de l’Humanité-Rouge dénoncent déjà depuis quelques années ce qu’ils appellent la fascisation.Sous le titre HALTE A LA FASCISATION ! un tract de l’Humanité-Rouge est diffusé pour préparer la contre-manifestation antifasciste. Voici ce que disait ce tract :
 
HALTE
A LA FASCISATION !
…..A Saint-Etienne, pendant la grève de Peugeot, des commandos fascistes attaquent les grèvistes (7 blessés) et repartent sous la protection des gardes mobiles dans des cars de police. A Saint-Etienne encore, la maison d’un des grévistes les plus actifs de l’usine Jacquemard est plastiquée. Pur hasard si l’attentat ne fait pas de victime !
….. ….. Après la grève de Renault : 26 licenciements à Flins et 3 à Billancourt.
….. ….. Tout dernièrement, à l’usine Lip de Besançon, on a pu voir les gardes mobiles escalader l’enceinte de l’usine pour en chasser brutalement les grévistes.
….. ….. A Grasse, la police et les fascistes se livrent à des  » ratonnades « .….. ….. Ce ne sont là que quelques exemples parmi les multiples actes de répression et déploiement des méthodes fascistes utilisées récemment par les patrons et l’Etat à leur service, contre la classe ouvrière.

….. ….. Cette accentuation de la répression dans les entreprises est intimement liée à la situation politique dans notre pays, situation que nous, communistes marxistes-léninistes, dénonçons depuis 1968 sous le terme de fascisation. La fascisation c’est, dans la situation de crise économique et politique du capitalisme, la mise en place de nouvelles lois et l’intoxication des esprits préparant un recours au fascisme légalement, en  » douceur « .
….. ….. Toute l’activité du pouvoir est dictée par la peur. Peur de la classe ouvrière, peur de la jeunesse, peur de tous ceux qui ont assez des méfaits de ce régime, peur des idées révolutionnaires qui ne cessent de gagner du terrain.
….. ….. Plus le temps passe et moins la réaction peut contenir le mouvement des masses populaires par les vieilles méthodes de la démagogie sociale, de la collaboration de classe, la tromperie, les mystifications.
….. ….. C’est pour cela qu’elle a de plus en plus recours aux méthodes fascistes. D’ailleurs, il faut bien se rendre compte que la Constitution de la Ve République rend légal, par l’article 16, le recours au fascisme : le Président de la République peut faire appel à un gouvernement militaire qui ne dépend que de lui, avec, par exemple, Massu le criminel de guerre comme premier ministre ! ! !
….. ….. Ceci sans parler des lois scélérates comme la loi  » anti-casseurs  » que la bourgeoisie s’est donnée après le printemps révolutionnaire de 1968.

….. LA BATAILLE CONTRE LA FASCISATION, POUR LA DEFENSE DES
….. LIBERTES DEMOCRATIQUES EST PLUS QUE JAMAIS A L’ORDRE DU JOUR !

A toute agression, à toute menace, il doit y avoir riposte de masse.
Rester les bras croisés ne peut qu’encourager la réaction à faire plus.

….. ….. Face au pouvoir fascisant doit se forger dans l’action à la base, l’unité de la classe ouvrière et du peuple, dans les entreprises, dans les quartiers. Tout pas fait dans ce sens est un gage de succès pour les combats à venir.
….. ….. C’est pour cela que nous avons appelé à participer à cette manifestation et que nous poursuivrons à l’avenir un travail d’agitation et de propagande pour développer la mobilisation du peuple dans cette voie.

CONTRE LA FASCISATION, POUR LA DEFENSE DES LIBERTES DEMOCRATIQUES, UNITE A LA BASE ET DANS L’ACTION !

DEMAIN . LES NAZIS D’  » ORDRE NOUVEAU  » PRETENDENT TENIR UN
MEETING RACISTE. C’EST UNE INSULTE LANCEE A TOUS LES ANTI-FASCISTES : NOUS NE DEVONS PAS TOLERER QUE LES FASCISTES PUISSENT AGIR AINSI.

Tous à la
Contre-manifestation

(Métro : Cardinal-Lemoine)

 

Le n°192 de l’HR en date du 21 juin 1973, titre :  » TOUS UNIS CONTRE LA FASCISATION  » l’éditorial signé J.J -Jacques Jurquet- déclare :
Fidèles aux enseignements de Dimitrov et Staline, à Paris comme en province, les communistes marxistes-léninistes manifesteront les 20 et 21 juin 1973 contre la fascisation de l’Etat bourgeois, contre la politique fascisante du gouvernement, contre les fascistes et racistes d’Ordre Nouveau.
………Depuis le 12 juin 1968, les marxistes-léninistes n’ont cessé de dénoncer le régime actuel en le caractérisant comme une  » démocratie bourgeoise en cours de fascisation « . Dans sa course avec le mouvement révolutionnaire de masses, qui tend à la Révolution socialiste, la bourgeoisie capitaliste prépare le recours brutal à une  » dictature terroriste ouverte et sanglante « , le fascisme. Au début de ce mois, l’Humanité-Rouge publiait, en supplément, une brochure destinée à expliquer les raisons et exposer les manifestations concrètes de  » la Fascisation en France « .
………Cette brochure indique aussi le moyen essentiel de s’opposer victorieusement au processus en cours développé de plus en plus ouvertement par la bourgeoisie capitaliste monopoliste d’Etat. Ce moyen, si magistralement défini par Dimitrov sur la base de l’expérience de la montée du fascisme en Allemagne, c’est la réalisation du Front unique prolétarien, puis sous sa direction, du Front uni populaire antifasciste. Ce moyen, c’est avant tout la pratique de l’unité à la base et dans l’action, en premier lieu dans les grandes entreprises industrielles de tout le pays.

………L’aspect principal des manifestations des 20 et 21 juin ne réside nullement dans la nature idéologique et politique, dans les responsabilités antérieures et présentes, des dirigeants qui en ont pris les initiatives. L’aspect principal, c’est celui que proclame depuis cinq ans les marxistes-léninistes, c’est la nécessité que les plus larges masses populaires, classe ouvrière en tête, engagent les luttes indispensables contre la fascisation. Ainsi les marxistes-léninistes, plus que jamais, ont-ils le devoir de se trouver au coude-à-coude avec les masses populaires porteuses d’une volonté de lutte antifasciste.

L’aspect secondaire des manifestations du 20 juin réside dans le fait que, subissant la forte pression de leur base et de l’opinion démocratique la plus large, les dirigeant du Parti  » communiste  » français tentent de récupérer un prestige qu’a sensiblement détérioré leur politique opportuniste d’unité sans principe avec les vieux traîtres sociaux-démocrates. Au demeurant, ils ne renoncent pas à leurs manœuvres pour perpétuer cette politique basée sur un  » programme commun  » qui n’est parvenu jusqu’ici qu’à remettre en selle le Parti prétendu  » socialiste  » dirigé par les Mitterrand, Mollet et autres Deferre, chevaux de retour de la trahison des intérêts de classe du prolétariat. C’est pourquoi les marxistes-léninistes dénoncent le résultat néfaste, et prévu par eux longtemps à l’avance, de la ligne idéologique et politique des dirigeants révisionnistes, mais n’en sont pas moins décidés à lutter aux côtés des travailleurs manuels et intellectuels, adhérents et sympathisants de base de ce Parti qui aspirent sincèrement à des changements profonds, réels et durables, et qui se dressent contre la fascisation accélérée voulue par le capitalisme monopoliste d’Etat. Secondaire aussi reste l’aspect de la participation de groupes non prolétariens, tels les trotskystes, à la contre-manifestation antifasciste du 21 juin contre les nazis d’Ordre Nouveau.
………Quand les fascistes sortent de leurs trous et tentent de redresser la tête, il faut immédiatement s’opposer à leurs tentatives criminelles. A cet égard, les dirigeants révisionnistes assument une lourde responsabilité en propageant parmi leurs militants l’idée qu' »Ordre nouveau ne représente rien  » !
………Même s’il n’y avait plus qu’un seul fasciste en France il justifierait que soient combattues activement et son idéologie et son activité.
………Du ventre encore fécond de la société capitaliste est toujours prête à sortir la bête immonde du fascisme ! disait en substance Brecht, et quelques instants avant sa pendaison par les nazis, Julius Fucik lançait cet avertissement solennel :  » hommes, soyez vigilants ! « .
………Aujourd’hui,  » Ordre nouveau  » essaye de sécréter son odieux et criminel racisme contre nos frères les travailleurs immigrés. Il faut combattre et détruire l’entreprise de tous ces nostalgiques du pétainisme et de la kollaboration traîtresse avec l’occupant hitlérien, de l’Algérie française, du colonialisme, de la torture et des assassinats !
………Tout en proclamant, en diffusant et en défendant le mot d’ordre du camarade François Marty, toujours vivant dans leurs luttes :  » Ni révisionnisme, ni gauchisme, une seule voie : le marxisme-léninisme ! « , les marxistes-léninistes savent la nécessité de lutter en s’unissant aux plus larges masses prolétariennes et populaires, partout où elles se trouvent et engagent l’action, même si restent encore provisoirement dominantes dans leurs rangs des idéologies non prolétariennes, non concrètement révolutionnaires. Les marxistes-léninistes, comme le leur enseigna encore Staline peu avant sa mort, doivent être aux premiers rangs pour entraîner les masses populaires dans la lutte contre la fascisation, doivent brandir très haut le drapeau des libertés démocratiques attaquées par la bourgeoisie et tous les réactionnaires.
……… A bas la fascisation !
……… Vive l’unité des travailleurs manuels et intellectuels des villes et des campagnes de France dans l’indispensable combat antifasciste !

…………………………………………………………………………………………………19 juin 1973.
…………………………………………………………………………………………………………..J. J.

 

La réaction des marxistes-léninistes après le 21…
L’Humanité-Rouge n°193 -5 juillet 1973-Sous la photo de Marcellin il est indiqué :  » Celui-ci fut autrefois décoré de l’ordre de la francisque « , et sous celle de Pompidou :  » Celui-là a gracié le Kollabo Touvier « 
Sous le titre -Unité la plus large contre la menace fasciste – est précisé :  » Ils sont prêts à tout pour défendre l’ordre capitaliste – Ils interdisent une organisation antifasciste, la  » Ligue Communiste « , et arrêtent ses dirigeants. Contre les ouvriers en lutte il envoient les CRS et protègent les bandes nazies.

L’encadré de première page précise :

En décrétant le 28 juin la dissolution de la Ligue communiste, les dirigeants politiques de la bourgeoisie monopoliste ont porté une nouvelle fois atteinte, d’une façon extrêmement grave, aux libertés fondamentales dans notre pays. Cette atteinte à la liberté d’association et à la liberté d’opinion est loin d’être un coup de tonnerre dans un ciel serein : elle s’inscrit entièrement dans le processus entamé depuis plusieurs années, et notamment depuis 68, pour acheminer la France vers une dictature fasciste. Depuis le 12 juin 1968, date d’interdiction de plusieurs organisations dont le Parti communiste marxiste-léniniste de France, la fraction dirigeante de la bourgeoisie monopoliste fait maints efforts pour se constituer rapidement un appareil policier, judiciaire, ainsi qu’un appareil de propagande de type fasciste. La mise en place de brigades spéciales qui ne sont pas sans rappeler les S.A. hitlériennes à leurs débuts, la promulgation de la loi scélérate dite  » anti-casseurs  » aujourd’hui utilisée pour inculper des antiracistes et des antifascistes, la préparation idéologique à un nouvel ordre pétainiste par l’amnistie du nazi Touvier, par le retour sur la scène politique des pires fascistes de la guerre d’Algérie, ou encore par la nomination au poste d’adjoint à la défense de Paris du général criminel de guerre et tortionnaire Bigeard, l’orchestration d’une vaste campagne raciste et d’un appel au meurtre contre les travailleurs immigrés, tous ces faits montrent à l’évidence que le pouvoir fascisant n’a pas été  » surpris  » par les manifestations du 21 juin, qu’il n’a pas improvisé une réponse à des  » troubles  » dans la rue mais qu’il avait soigneusement préparé son opération. Comme toujours les groupuscules néo-nazis, qu’il manipule DIRECTEMENT, lui ont servi à monter sa provocation. Il était du devoir de tous les antifascistes de répondre comme il se devait à la propagande criminelle contre les travailleurs immigrés ainsi qu’à l’odieuse propagande antisémite. N’y pas répondre eût été un encouragement pour les tenants du fascisme dans les rangs de la bourgeoisie à aller plus loin.
………Riposter du tac-au-tac aux menées fascistes, riposter en masse, voilà la seule voie à suivre pour éviter à notre peuple de nombreuses souffrances. Les diverses mesures prises récemment par les représentants du capital monopoleur illustrent, répétons-le, la grande peur de la bourgeoisie monopoliste devant les luttes du prolétariat, devant la montée du mouvement révolutionnaire des masses et la vive impression que lui a fait la détermination des manifestants antifascistes. C’est en comptant sur une démobilisation populaire que le pouvoir a monté son opération en juin. L’avenir ne tardera pas à lui montrer son erreur.
………Pour leur part, les marxistes-léninistes appellent solennellement tous les travailleurs, tous les antifascistes et antiracistes à s’unir et à s’organiser sans tarder à la base, sans distinction d’opinion ou d’appartenance politique afin de stopper nette l’offensive fascisante du pouvoir, afin d’exiger le rétablissement des libertés élémentaires garanties par la bourgeoisie elle-même :….. La cessation de toute agression et de tout appel à l’agression contre les travailleurs immigrés ;

….. La libération immédiate d’Alain Krivine et des autres militants inculpés en vertu de la loi scélérate  » anti-casseurs  » et l’abrogation de cette loi fasciste.

………………………………………………………………………..Le 2 juillet 1973.

Les 2 pages centrales den°193 seront reproduites en afficheIl sera également édité un journal unitaire de quatre pages (HR, CDP, Rouge, Tribune socialiste, Révolution, Lutte ouvrière, etc.) contre la dissolution de la Ligue communiste, contre le racisme, les bandes fascistes…

 

–A la page 12 de n°193 est publié unAppel aux militants et sympathisants du P.C.F.

Le défi
Ce n’est pas par hasard qu’a eu lieu le 21 juin le meeting fasciste d' »Ordre nouveau  » contre l' »immigration sauvage  » !
………Vous et nous qui manifestions la veille pour les libertés le savons bien : ces libertés, nos frères immigrés en sont totalement dépourvus depuis que le pouvoir a réglementé l’immigration dite  » sauvage  » par la circulaire fasciste  » Fontanet-Marcellin « . A la riposte résolue, et déjà partiellement victorieuse, qu’y opposent depuis des mois les travailleurs immigrés le pouvoir répond par une intensification de la propagande raciste. Puis, il commente abondamment un certain meeting prochain du groupuscule nazi  » Ordre nouveau « , lui donne les moyens de couvrir plus qu’abondamment les murs de la capitale… et lui assure la protection d’une des plus fortes concentrations de forces de répression depuis 1968.
………Il est donc clair qu' » Ordre nouveau  » était un outil qu’utilisait le pouvoir pour mener à bien son offensive contre nos frères immigrés. Ce n’est pas le seul dans le genre : qui d’entre vous ne s’est pas profondément inquiété de la multiplication et de l’activité croissante des milices patronales des S.A.C. et C.D.R., de l’utilisation croissante contre les grèves des C.R.S. et  » Mobiles  » ?
Le problème qui nous était posé à tous, le 21 juin, était alors le suivant : fallait-il  » passer sous silence  » cette attaque du pouvoir ou y riposter ?

Ignorer ou relever le défi ?
……… Est-ce juste de dire que c’était bien donner de l’importance à un groupuscule comme  » Ordre nouveau  » que de s’élever contre son meeting ?
……… Mais, nous venons de le voir ! Ce n’était pas son meeting mais celui du gouvernement lui-même.
……… Le pouvoir avait décidé de porter le coup au su et au vu de tout le monde. Le problème ne se posait donc plus d' » ignorer  » mais d' » encaisser  » sans réaction ou de riposter.
……… Le pouvoir avait décidé de porter le coup au su et au vu de tout le monde. Le problème ne se posait donc plus d' » ignorer  » mais d' » encaisser  » sans réaction ou de riposter.
……… Eh bien, camarades, mettez à l’étude dans vos cellules les enseignements de Georges Dimitrov et du 7e Congrès de l’Internationale communiste sur ce qu’il faut faire en pareil cas ! Ce sont les leçons que les communistes ont tiré de la lutte contre la montée du fascisme : elles ont été payées de beaucoup de sang. Les ignorer serait, pour un communiste, un crime. Réfléchissez à la façon dont les sociaux-démocrates allemands ont fait le lit du fascisme en endormant la classe ouvrière ; ils disaient aussi :  » Riposter, c’est leur donner de l’importance, laissons passer.  » Et Hitler a pu dire ensuite :  » Un seul danger pouvait briser notre développement : si l’adversaire en avait compris le principe et si, dès le premier jour, avec la plus extrême brutalité, il avait brisé le noyau de notre nouveau mouvement…  »

Ne pas tomber dans la provocation !
……… Ignorer le défi du pouvoir…, il ne pouvait donc en être question. Il fallait riposter. Mais comment ? Nous marxistes-léninistes, qui avons appelé, avec la Ligue communiste et d’autres, à manifester le 21, sommes convaincus que la riposte de masse était possible. Ce serait faire injure aux 100 000 manifestants du 20 que de penser que quelques milliers d’entre eux n’étaient pas assez clairvoyants et résolus pour répondre à un appel à manifester le lendemain, qui aurait été lancé par votre Parti !
……… Réfléchissez bien à ce fait : les estimations les plus prudentes confirment toutes qu’il y avait au moins 5 000 manifestants le 21 ! Pourquoi  » l’Humanité « , comme la totalité des journaux bourgeois et l’O.R.T.F., a-t-elle tenu à largement minimiser le caractère de masse qu’a tout de même eu la riposte opposée au pouvoir le 21 ?
……… Il est bien évident que Marcellin n’avait aucun intérêt à ce qu’il y ait 5 000 manifestants pour représenter les sentiments anti-fascistes du peuple de France. Et il y aurait eu encore moins intérêt à ce qu’il y en ait 10 ou 20 000 comme ça aurait été le cas si votre Parti avait appelé !
……… Nous l’affirmons : la riposte de masse était nécessaire et possible. Réglons au passage une question : Fallait-il avoir un service d’ordre solide ? Quand on sait que l’on va inévitablement rencontrer les matraques et les lances-grenades des C.R.S., faut-il ou non avoir un service d’ordre capable d’éviter que la manifestation soit dispersée en quelques minutes ? Un communiste ne peut hésiter sur la réponse.
……… Riposter résolument n’était donc pas tomber dans le  » piège de la provocation « . Car on ne voit pas du tout quel intérêt pouvait avoir le pouvoir à tendre un tel piège du moment qu’il savait qu’on riposterait. Le piège tendu, c’était bel et bien, de sa part, de miser sur la reculade de votre Parti, en particulier, pour installer comme un fait accompli, officiel, qui ne se discute même plus, les plus abominables slogans racistes et fascistes. Il aurait eu ainsi les mains plus libres pour agir contre les travailleurs immigrés et tous les démocrates.
……… Voilà le vrai piège que 5 000 manifestants ont eu le courage de déjouer !

Montée des  » tendances autoritaires  » ou  » fascisation  » ?
……… Vous n’ignorez pas les atteintes de plus en plus graves portées à toutes les libertés démocratiques par le pouvoir ; ni les déclarations fascisantes de ses ministres, ni la manière dont il oppose de plus en plus la seule force aux grèves et luttes quelles qu’elles soient. Mais on porte généralement moins d’attention à l’arsenal de lois et de moyens de répression que perfectionne sans cesse le régime : la loi dite  » anticasseurs  » que le gouvernement applique actuellement contre les dirigeants de la Ligue communiste est justement une des armes les plus dangereuses que s’est donné le régime ces dernières années : elle permet de décapiter légalement toute organisation qui lui apparaît comme gênante. Et pourtant… la Constitution de la Ve République est déjà bien dangereuse comme ça en possibilités répressives : Savez-vous que les colonels grecs la prennent en exemple ?
……… Face à cela, est-il correct de parler de  » tendances autoritaires « … comme si c’était question de caractère de Pompidou ou d’autres ? Non ! Cela ne nous éclaire en rien sur les raisons de tous ces faits préoccupants et par conséquent sur la façon dont il faut agir.
……… La vérité toute crue, aussi désagréable soit-elle, nous, marxistes-léninistes, la répétons depuis 1968. En résumé :
……… Le pouvoir des monopoles est pris dans la crise mondiale du capitalisme qui ne cesse de s’approfondir. Il essaye de s’en sortir en pressurant de plus en plus la classe ouvrière et tous les travailleurs. Face aux luttes que nous lui opposons, il a de moins en moins de marge de manœuvre pour sauver ses profits. Il sait fort bien que cette évolution conduira inévitablement à une remise en cause par la masse de la classe ouvrière et du peuple de sa domination. Aussi prépare-t-il tous les moyens qu’il faut pour exercer, le jour où il le jugera nécessaire, une dictature terroriste ouverte : le fascisme. Et il tente d’habituer l’opinion à tolérer cette préparation grâce à une intoxication savamment dosée.
……… Cette tendance du pouvoir qui existe depuis des années et que nous appelons fascisation, s’aggrave ces derniers temps de façon évidente pour tout le monde.
……… L’enjeu est alors clair : soit nous bloquons résolument tout pas en avant du régime dans ce sens, soit nous continuons à reculer de loi en décret, de défi ouvert en attentats cachés.
………….. Si nous continuons à nous laisser entraîner dans la deuxième voie, nous connaîtrons le même sort que le peuple allemand après 1934. Car l’aggravation de la crise du capitalisme est indépendante de la volonté aussi bien de Pompidou que de nous. Et ce serait pure folie de penser que le régime prépare tous ces dispositifs fascisants sans avoir l’intention de s’en servir le jour où ses profits seront vraiment menacés !
………….. Bien sûr… en regardant ainsi les choses en face, nous voilà bien loin des rêves de transformer  » en douceur  » le capitalisme en socialisme ! Les événements actuels viennent nous rappeler qu’il vaut mieux s’arracher à ce genre de rêve le plus vite possible !

Quelle riposte ?
……… Sous ce titre, notre journal développe comment nous concevons la riposte qu’il faut opposer aux actes fascisants du pouvoir.
……… Nous insistons sur la nécessité de l’unité à la base et dans l’action que nous devons forger avec tous ceux, sans aucune exclusive, qui refusent l’évolution fascisante du régime. C’est pourquoi nous sommes profondément indignés que votre Parti ait rejeté toute unité avec les mouvements qui ont organisé la manifestation du 21 et d’autres pour le meeting du 4 juillet. Il va même jusqu’à refuser la présence officielle de dirigeants de la Ligue communiste alors que ce meeting prétend être un meeting de protestation contre la dissolution de la Ligue ! A qui profite cette division ?
……… Camarades ! Les communistes doivent travailler au développement de l’unité de tous les anti-fascistes dans chaque lieu de travail, chaque quartier sans jeter aucune exclusive !
……… Nous nous engageons quant à nous à œuvrer dans ce sens. Nous souhaitons ardemment pouvoir le faire au coude à coude avec vous !

 

n°193 -5 juillet 1973- page 3Le 21 juin
RIPOSTE DE MASSE AU FASCISME

……… Bien des choses ont été dites sur la journée du 21 juin. Marcellin et la presse pourrie se sont livrés à une véritable campagne d’intoxication de l’opinion publique. Il faut donc en rappeler les faits.
……… Et d’abord tout à été mis en œuvre pour que le motif de la contre-manifestation à laquelle diverses organisations antifascistes, parmi lesquelles  » l’Humanité rouge « , avaient appelé, soit passé sous silence.
……… Il s’agissait de protester et de s’opposer à la tenue d’un meeting raciste des nazis d' » Ordre nouveau « . Il fallait montrer que les anti-fascistes n’admettaient pas qu’en 1973 les nazis puissent impunément s’exprimer, inciter à la haine raciale.
……… Le gouvernement pouvait interdire ce meeting en vertu de la loi de juillet 1972 qui, paraît-il, est faite pour réprimer les activités racistes. Il ne l’a pas fait. Loin de là.
……… A partir de 18 heures, des centaines de C.R.S. prennent position pour protéger le meeting nazi.
……… A 19 heures 20, plusieurs milliers d’anti-fascistes se rassemblent. La presse à la botte de Marcellin dira :  » Ils étaient casqués, armés de barres de fer.  » Doit-on rappeler que lors d’un précédent meeting nazi, les fascistes et les C.R.S. s’étaient acharnés après les contre-manifestants et qu’un grand nombre avaient été blessés ?
……… Les anti-fascistes s’étaient simplement donnés les moyens de se défendre. Que des anti-fascistes se fassent matraquer, cela c’est normal pour Marcellin. Mais qu’ils se défendent, voilà le scandale pour la presse pourrie.
……… Les anti-fascistes marchent en direction de la Mutualité, ou doit avoir lieu le meeting nazi. On entend les mots d’ordre :  » Ordre nouveau, ordure nazie ! « ,  » Français, immigrés, même patrons, même combat « . Bientôt les C.R.S. barrent la rue et commence à charger. Mais les contre-manifestants n’en continuent pas moins leur marche. Devant la détermination des contre-manifestants, les C.R.S. reculent, sont enfoncés. Certains sont alors corrigés.
……… Rapidement, les C.R.S. tirent de nombreuses grenades lacrymogènes, extrêmement violentes. Les anti-fascistes reculent en ordre.
……… Ce sont environ 5 000 antifascistes qui se regroupent un peu plus tard. Là encore, la presse qui ment ne parlera que de quelques centaines de manifestants pour cacher le fait qu’il s’agit bel et bien d’une riposte de masse.
……… Les manifestants lancent le mot d’ordre :  » La police protège les fascistes ! « . En effet, à ce moment-là, à la Mutualité, où une poignée de fascistes sont rassemblés, de la tribune sont lancés des cris racistes, anti-arabes et antisémites. Sous la protection de la police.
……… Les contre-manifestants se dirigent vers la Bastile. Là, un car de police fonce dans la foule, ce que Marcellin et la presse pourrie se gardent bien de dire.
……… Des contre-manifestants se dirigent vers le siège des nazis d' » Ordre nouveau  » ; des fascistes de service tirent plusieurs coups de fusil qui, par pur hasard, ne font pas de victimes.
……… Tandis que le meeting nazi se termine, la police encadre et protège les fascistes casqués qui se dirigent en manifestation vers leurs siège. La boucle est bouclée. Du début à la fin, la police de Marcellin aura protégé le meeting nazi, elle aura protégé une  » milice privée  » et une  » organisation qui entretient des relations étroites avec des partis néo-fascistes ou néo-nazis étrangers  » comme l’indique le décret gouvernemental de dissolution !
……… Le 21 juin aura démontré une fois de plus que c’est à partir de l’Etat que sont organisées les campagnes fascistes, que c’est à partir de l’Etat qu’est organisée la résurgence du nazisme. Le groupuscule néo-nazi,  » Ordre nouveau  » n’est qu’un instrument entre les mains de ce pouvoir fascisant.
……… Voilà qui montre la mascarade que constitue la soi-disant dissolution d’Ordre nouveau. Ce groupuscule nazi n’existait que par la volonté du pouvoir, sa  » dissolution  » n’a été qu’un prétexte pour  » légitimer  » la dissolution de la Ligue communiste. Le pouvoir fascisant comptait ainsi, sous l’apparence d’une fausse symétrie, pouvoir faire admettre la dissolution de la Ligue communiste.
……… Certains, qui se complaisent dans le rôle de donneurs de leçons (et c’est vrai aussi bien des dirigeants révisionnistes que du groupuscule  » Front rouge « , ou de l’A.J.S. voire de  » Lutte ouvrière « ), ont prétendu que le 21 juin il fallait laisser faire.  » Ne pas donner à ce groupuscule nazi plus d’importance qu’il n’en a « ,  » ne pas tomber dans la provocation « , les prétextes sont différents, l’attitude est identique : l’esprit de reculade.
……… Une telle attitude a toujours été chèrement payée. Laisser faire le fascisme c’est lui permettre de se frayer la voie, laisser se déverser le poison raciste et fasciste, c’est préparer les défaites populaires. Il y a une expérience payée suffisamment cher par les peuples pour ne pas en tirer les leçons. Tout recul devant le fascisme ne fait que l’enhardir. Le fascisme se combat pied à pied, dès qu’il dresse la tête il faut l’abattre. Ce n’est pas lorsqu’il est trop tard qu’il faut engager le combat.
……… En dépit des donneurs de leçons, plusieurs milliers d’anti-fascistes ont montré le 21 juin qu’ils ne l’oubliaient pas. Ce sont eux qui ont montré la voie à suivre dans la lutte anti-fasciste. Et cela de très nombreux travailleurs l’ont compris et l’ont approuvé. Dans les entreprises, de nombreux ouvriers, des gars du P. » C « .F. ont fait savoir à nos camarades qu’ils ont eu raison. Certains disant même :  » La prochaine fois on sera avec vous . »

 


n°194 -25/07 au 5/09/1973- article encadré page 1

……… S’opposant à la demande de mise en liberté formulée par le juge d’instruction, le gouvernement a fait maintenir en prison Alain Krivine et Pierre Rousset. Marcellin, avec la bénédiction de Pompidou, n’hésite pas ainsi à mettre à nu la prétendue  » indépendance  » de la justice. Comme c’est là le propre des éléments fascisants, il ne s’embarrasse pas des formes de la démocratie bourgeoise.
……… Plus que jamais reste donc la nécessité de combattre pour la libération des emprisonnés. Mais pour Marcellin les choses ne vont pas comme il l’aurait souhaité.
……… Apparemment , tout semblait au point : la vaste campagne d’intoxication orchestrée après le 21 juin devait permettre de frapper sans provoquer de riposte.
……… Mais il est une chose avec laquelle Marcellin n’a pas compté : les traditions antifascistes du peuple de notre pays et son attachement aux libertés démocratiques.
……… Et bien vite Marcellin a dû se défendre, se justifier, car aux yeux des travailleurs et de l’opinion démocratique c’est le gouvernement et lui seul, qui porte l’entière responsabilité des affrontements du 21 juin.
……… L’autorisation d’un meeting raciste en plein Paris, sa protection par la police sont autant de faits qui sont venus au premier plan. Jusqu’à un syndicat de policiers qui déclare que ce meeting aurait dû être interdit.
……… L’isolement des antifascistes, sur lequel misait Marcellin, n’a pas eu lieu : Parmi les travailleurs, nombreux sont ceux qui approuvent les antifascistes. Dans  » France-Soir « , il cherche à se justifier. Là, il va de contradiction en contradiction et profère de nouvelles menaces en manifestant sa volonté d’interdire se qu’il nomme les  » groupes violents  » et  » d’emprisonner leur chefs par application des textes du code pénal concernant la sûreté intérieur de l’Etat « .
……… Et voilà que le passé de Marcellin refait jour, un passé qu’il aimerait faire oublier : celui d’un kollabo de l’occupant nazi. Le chef fasciste Brigneau lui rappelle qu’ils furent tous deux de fidèles valets du traître Pétain. Autant de faits que Marcellin n’avait pas prévus.
……… Autre chose : En interdisant la Ligue communiste et en arrêtant ses dirigeants, Marcellin misait sur le silence des dirigeants révisionnistes. Il espérait que l’histoire allait se répéter et que tout recommencerait comme lors de l’assassinat de Pierre Overney. Mais il est des choses qui aujourd’hui ne sont plus possibles. La masse des militants du P. »C. »F. ne pouvait admettre que leur parti reste silencieux ; les travailleurs ne pouvaient accepter que les actes fascisants du pouvoir restent sans réponse. Les dirigeant du P. »C. »F. ne pouvaient aller contre cette volonté. Le meeting du  » Cirque d’hiver  » a exprimé ce fait. Oh ! bien sûr, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils ont organisé ce meeting, comme l’a montré leur refus de laisser la parole à un représentant de l’ex Ligue communiste.
……… Mais ce qu’ils ont dû faire ne rentrait pas dans les plans de Marcellin.
……… Il a trouvé sur son chemin une riposte à laquelle il ne s’attendait guère.
Mais, en aucun cas, il ne faudrait relâcher notre vigilance, nos efforts dans le sens de la riposte à la fascisation, de la réalisation de l’unité antifasciste.
……… En proie à une crise monétaire qui évolue dans le sens d’une crise économique, à une concurrence qui prend la tournure d’une  » guerre économique « , la bourgeoisie cherchera par tous les moyens à faire payer la note aux travailleurs, à s’opposer par toutes les armes aux luttes des travailleurs. Elle cherchera son salut par une marche accélérée dans la fascisation, par de nouvelles atteintes aux libertés, ouvertement annoncées par Marcellin. Plus elle se sentira affaiblie, plus elle ira dans ce sens. Il suffit d’avoir entendu Galley, récemment, devant les gendarmes, les exhorter à la défense de l’ordre capitaliste ; ces députés U.D.R. de Paris demander il y a peu de temps  » des cars bondés de C.R.S. « ,  » une présence nombreuse et active de policiers à pied, en uniforme, et jusqu’au cœur de la nuit « , pour comprendre le fond de leur pensée.
……… Chacun doit être prêt à assumer sa place dans les batailles à venir : des batailles entre la révolution et la contre-révolution. 

n°194 -25/07 au 5/09/73-  » Quelques problèmes de l’unité  » page 2QUELQUES PROBLÈMES DE L’UNITÉ………A Paris comme en province, des contacts ont été pris entre militants antifascistes et la riposte unitaire s’est engagée sous des formes différentes : du tract au meeting. Des comités se sont constitués ou sont en voie de constitution : dans des quartiers comme dans des entreprises. Ce sont là des faits positifs. Mais comme il est normal, un certain nombre de problèmes se posent qui constituent des freins.
Certains s’opposent à ce que ces comités aient d’autres objectifs que l’abrogation de l’arrêté de dissolution de la Ligue communiste et la libération de ses dirigeants.
……… Mais comment ne pas voir que ces faits n’en constituent que quelques-uns parmi beaucoup d’autres : les agressions et crimes racistes, les milices patronales, les activités des bandes fascistes, etc.
……… Refuser que ces comités se fixent comme tâche de combattre toute manifestation de ce que nous appelons la fascisation, c’est en fait s’interdire de pouvoir expliquer la signification de la dissolution de la Ligue communiste ; plus grave, c’est mettre un obstacle pour que ces comités aient un caractère de masse. Nombre d’antifascistes sont prêt à s’unir pour combattre le racisme, les atteintes aux libertés, et non pas pour rejoindre ce qui dans les faits ne serait que des comités de soutien à l’ex Ligue communiste.
……… Aujourd’hui, c’est contre toutes les attaques fascisantes et toutes les menaces qu’il faut s’unir. Les marxistes-léninistes s’attacheront à ce que ces comités, aussi larges que possible, se donnent pour tâche de combattre tous les aspects de la fascisation.
……… D’autres s’opposent à ce que des comités soient crées pour leur substituer des cartels d’organisations ; enfin, d’autres ont de ces comités une conception qui en fait des cartels.
……… Ce sont là des obstacles à une unité réelle ; on sait bien que les regroupements sous formes de cartels ne tardent généralement pas à voir les contradictions s’aiguiser, et deviennent le champ clos d’affrontement. Là encore, le résultat le plus net est de nombreux antifascistes qui ne se reconnaissent pas dans ces regroupements. Ce qu’il faut, c’est que ces comités soient capables d’unir, de rassembler les travailleurs, les antifascistes organisés ou non sans distinction d’opinion. Tout ce qui empêche ces comités d’avoir un caractère de masse doit être combattu. C’est dans ce sens que les marxistes-léninistes agiront pour que la riposte soit unie et de masse.

 


n°194 -25/07 au 5/09/73-  » APRÈS LE 21 JUIN – TÉMOIGNAGE «  page 3……… A la manifestation antifasciste du 21 juin, pendant une charge on a ramassé par terre un jeune de quinze ans. Il avait reçu en plein visage une grenade lacrymogène tirée par les flics pour protéger les fascistes d’Ordre nouveau. A l’hôpital, on a trouvé un jeune ouvrier de vingt ans ; pendant une attaque contre Ordre nouveau, un fasciste a tiré sur lui avec on ne sait quoi, il a eu un œil crevé et l’autre abîmé (des blessés comme ça, il y en a eu des dizaines ce jour-là, six pour une ambulance), mais la radio n’en parle pas.
……… Dans la même pièce, en urgence, il y avait le flic qui a eu les mains et le visage brûlé dans son car par un cocktail molotov. On n’avait pas de pitié pour lui après ce qu’on avait vu. S’il était blessé, c’est parce qu’il était de la police qui sert les patrons, attaques les grévistes et protège les fascistes. Chacun de son côté de la barrière, et nous on est du côté de la classe ouvrière, des travailleurs immigrés contre les flics et les néo-nazis.
……… Alors le jeune travailleur est allé le voir, et je vous rapporte ce qu’il a dit (le plus fidèlement possible) :
 » Quand il y a une manifestation comme ça, vous feriez mieux de vous porter malade. Avec ce qui t’est arrivé, toi maintenant tu vas penser que les gauchistes c’est des salauds. Mais je vais te dire une chose : moi, je fais parti d’aucune organisation  » gauchiste  » mais je trouve que là les  » gauchistes  » ils ont raison de se battre contre les fascistes. Regarde, ton père il a peut-être fait la Résistance, et nous, on les laisserait faire en France ? Les travailleurs immigrés il vivent dans des taudis dégueulasses, ils se font exploiter à mort. Et en plus, les patrons leur envoient sur le dos les néo-nazis d’Ordre nouveau. Vous protégez les fascistes, voilà ce que vous faites.
……… Regarde-moi : j’ai vingt ans, j’ai un œil crevé, et toi à trente ans t’as le visage complètement brûlé. Moi, c’était ma première manif, pas celles où on défile gentiment, mais une vraie manif : seulement, tu peux être sûr que c’est pas ma dernière, j’ai encore un œil de bon, et je vais m’en servir ! « 
Alors le flic a dit que tout ça, ça servait à rien. Alors le jeune travailleur a dit :  » Non, ça sert pas a rien, parce que nous, on lutte contre les fascistes alors que vous, vous les protégez. A force de nous pousser jusqu’au bout, un jour on se révoltera, on vous balaiera, toi aussi, et ça sera peut-être moi qui sera dans le coup. « 
……… Nous, en écoutant ce gars à moitié aveugle qui pensait encore à la lutte, on s’est dit qu’on allait venger tous ces camarades. En définitive, le plus fort, c’est le peuple, pas les fascistes et les flics.

Tous unis contre les provocations fascistes !

……… ……… ……… ……… ……… ……… ……… ……… Un communiste de l’H.R.

 

HR et FR : polémiques et divisionsSur la question de la fascisation et de l’unité contre l’interdiction de la Ligue communiste, les marxistes-léninistes de l’Humanité Rouge et de Front Rouge seront divisés. Les divisions HR et FR sont anciennes et FR combat totalement l’analyse de l’HR sur la fascisation.

……… En 1970, un groupe principalement issu de l’ex-UJCML va opérer une scission au sein du PCMLF historique qui publie légalement l’HR et clandestinement l’Humanité Nouvelle. Ce groupe s’appellera  » Front Rouge  » publiera un journal du même nom et deviendra en 1974 le PCRml.

Pour les diverses éléments de cette division historique se reporter à :

-OCTOBRE n°3/4 (1974) revue théorique des Communistes Marxistes-Léninistes de France -Les cahiers du marxisme-léninisme- « Quelques éléments sur le Mouvement Marxiste-Léniniste en France « –
-CAHIER ROUGE n°7 -mars 1974- -(Revue théorique du comité central du PCMLF )- « Mise au point au sujet des allégations contenues dans le n°3/4 de la revue Octobre » – « Appel au militants de Front Rouge »-

……… Déjà dans son n°25 du 11 mai 1972 -Front Rouge- publiait un article intitulé  » A propos d’un mot d’ordre de confusion :  »Halte à la fascisation ! » « .

……… Après le 21 juin 1973, Front-Rouge n°78 -5 juillet 1973- publie un article  » à propos des théories de la fascisation  » et un autre article intitulé  » à propos de la dissolution de la ligue trotskiste : Interview de Bernard Rey militant marxiste-léniniste condamné en 1970 sous l’inculpation de reconstitution du P.C.M.L.F. « .……… ( Notes des EP : Bernard REY sera un des fondateurs du PCRML en 1974 et sera responsable de ce parti pendant plusieurs années sur la région Lyonnaise. )

……… Pour mieux comprendre les éléments de la polémique entre FR et HR sur la fascisation et l’attitude de FR sur le 21 juin, voici quelques articles :

Front-Rouge n°78 -5 juillet 1973- page 4 » à propos des théories de la fascisation  »

La vague de répression qui s’abat sur les luttes ouvrières (Fos, Besançon, Grasse), la dissolution de la Ligue  » Communiste  » la manifestation du P  » C  » F pour  » la défense des libertés « , remettent à l’ordre du jour une question politique importante : oui ou non, existe-t-il en France un danger fasciste ? La bourgeoisie s’engage-t-elle dans un processus qui mène au fascisme ?

des mesures répressives dans le cadre de la démocratie bourgeoise
nA l’appui de la théorie de la  » fascisation du pouvoir « , ses partisans apportent une série de preuves matérielles du renforcement de la dictature de la bourgeoisie : renforcement considérable de la police, développement de la branche  » Défense Opérationnelle du Territoire  » de l’armée, (spécialisée dans la répression d’éventuels mouvements insurrectionnels), adoption de lois répressives réactionnaires (notamment la fameuse loi  » anti-casseurs  » etc…
nMais chacun sait que le pouvoir de la bourgeoisie s’exerce par son appareil d’Etat répressif, et que, dans le cadre même du régime de démocratie bourgeoise, la bourgeoisie n’hésite pas à le faire intervenir pour réprimer la classe ouvrière et les révolutionnaires, et se préoccupe constamment de le renforcer. Des  » lois scélérates  » d’avant 1914 à l’emprisonnement des communistes en 1920, de la constitution des CRS (avec des débris des GMR Vichystes) à la répression des grèves de 48, du  » complot des pigeons  » à l’application de l’article 16 pendant la guerre d’Algérie, de telles mesures n’ont pas manqué dans l’histoire de nos  » républiques Démocratiques « .
………
Aussi est-ce dans la situation politique, dans la réalité des rapports de classe au moment présent de l’histoire, et non dans l’existence d’une série de mesures réactionnaires qu’on peut trouver la réponse à la question des projets politiques de la bourgeoisie.
………
L’expérience de l’instauration ou des tentatives d’instauration du fascisme dans les métropoles impérialistes montre que le fascisme est le produit politique de l’impérialisme, du capitalisme des monopoles : le fascisme comme le montrait Dimitrov au VIIe congrès de l’Internationale Communiste visait alors à faire retomber tout le poids de la crise économique sur la classe ouvrière, à préparer la guerre pour l’asservissement des peuples semi-coloniaux et le repartage du monde, à devancer la montée des forces de la Révolution en écrasant le mouvement Révolutionnaire des ouvriers et des paysans.
………
Crise économique d’une profondeur et d’une durée sans précédent, lutte pour le repartage du monde, montée de la Révolution Prolétarienne : ces trois traits sont effectivement typiques de l’impérialisme, du capitalisme agonisant. Aussi les communistes avaient-ils raison, au lendemain de la victoire dans la guerre anti-fasciste, de souligner que le germe du fascisme demeurait, que le danger fasciste ne disparaîtrait de la surface du globe qu’avec la formation qui le secrète : l’impérialisme. De là à faire de la lutte contre le fascisme leur tactique permanente sous la dictature impérialiste, il y a un pas que les communistes ne franchiront pas. Revenons à notre pays aujourd’hui : la situation justifie-t-elle les théories sur la  » montée du fascisme  » ?

ou en est la crise de l’impérialisme ?

……… Sur le plan économique, la classe ouvrière connaît une aggravation de ses conditions de vie et de travail, marquée par l’intensification du travail, l’extension du chômage et la baisse du salaire réel ; les couches petites-bourgeoises traditionnelles et les paysans individuels se voient progressivement chassés de leurs anciennes positions et réduits à la condition de prolétaires, tandis que se développent des couches parasitaires ; à l’intérieur de la bourgeoisie elle-même, la concentration du capital progresse de jour en jour. Autant de trait typiques de l’impérialisme à l’époque de sa crise générale.
Autant de signes de la dépression qui vient, auxquels il faut ajouter la crise monétaire désormais permanente et l’aiguisement de la concurrence inter-impérialiste ; mais non pas de traits d’une période de crise économique du type de celle des années 30 ; le grippage de toute la machine capitaliste, la régression considérable de la production qu’ont connus toutes les métropoles impérialistes, entre les 2 guerres, ne se sont pas encore produits. Tant bien que mal, les bagnes capitalistes produisent chaque année plus d’automobiles, plus de biens de toutes sorte, amenant progressivement le marché vers une saturation qu’il n’a pas encore atteinte. Pour féroce qu’il soit dans sa course aux profits maximums, la question ne se pose pas encore à l’impérialisme de faire porter à la classe ouvrière le poids de la crise  » extrêmement profonde  » dont parlait Dimitrov et qui n’est pas encore là.

la question de l’influence du révisionnisme

……… Serait-ce alors dans la situation politique, dans la montée du mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière qu’il faudrait chercher la justification de l’urgence de la lutte contre le danger fasciste ? Dans les conditions de notre pays, quiconque ne se paye pas de mots doit lier son appréciation de la montée du mouvement révolutionnaire prolétarien à la perte de l’influence révisionniste sur une fraction appréciable de la classe ouvrière. Pour les marxistes-léninistes, la situation objective de la classe ouvrière en fait une classe révolutionnaire. La paupérisation qu’elle subit accélère sa tendance profonde à rejeter l’influence du P  » c  » F passé à la bourgeoisie, à envisager l’issue révolutionnaire et à s’organiser dans ce but. Dès aujourd’hui, l’expérience accumulée dans les luttes quotidiennes tend à lui montrer que le P  » c  » F lui est étranger, qu’il ne sert en définitive que les intérêts d’une mince couche achetée par la bourgeoisie. Mais notre confiance profonde dans les capacités révolutionnaires de la classe ouvrière notre certitude qu’elle saura rejeter le révisionnisme ne nous cache pas qu’il s’agira d’une lutte longue, difficile et complexe. Si au lendemain de mai-juin 68, une frange de la classe ouvrière rejetait la direction du P  » c  » F, et recherchait une perspective révolutionnaire, force est bien de constater que quelques années plus tard, ce germe de prise de conscience avait été gâché par l’opportunisme, que les mêmes travailleurs étaient pour un temps rentrés dans le rang militaient à la CGT et se montraient particulièrement furieux contre les  » gauchistes  » qui les avaient déçus. Les grandes grèves qui, en 1971, ont vu les OS se dresser contre l’exploitation et ébranler l’édifice de collaboration de classe se sont déroulées sur des mots d’ordre qui, dans la lutte économique même, traduisaient encore l’influence du révisionnisme. Et si aujourd’hui, après l’échec électoral subi par  » l’Union de la Gauche « , de nombreux travailleurs entrent en lutte sur leurs propres mots d’ordre, rejetant le point de vue et les calculs de ceux qui se préparent à gérer le capitalisme, et exprimant parfois leurs aspirations à la Révolution, nous sommes encore loin d’un mouvement révolutionnaire de masse, posant la question du pouvoir et disputant aux perspectives électorales révisionnistes en cul-de-sac, les larges masses de la classe ouvrière.
………
Les dernières élections législatives, la place qu’y a occupé  » l’Union de la gauche  » et les illusions qu’elle a pu semer, la préoccupation qu’a eue à cette occasion la bourgeoisie de reconstituer, à côté du parti révisionniste, un fort parti social-démocrate susceptible de participer à l’entreprise de tromperie électoraliste ne tracent pas le tableau d’une situation où la bourgeoisie se préparerait à renoncer aux commodités de la duperie parlementaire pour recourir au fascisme. Le révisionnisme et le réformisme sont encore pour un temps, de trop bons garants pour le maintien de son pouvoir.
………
Les théoriciens de la  » fascisation  » ont coutume de nier la difficile bataille contre le révisionnisme, de la considérer comme d’ores et déjà gagnée. Peu avant les élections de mars, au moment où le P  » C  » F et le PS avec la CGT et la CFDT, parvenaient à mettre pour l’essentiel sous l’éteignoir les luttes ouvrières en agitant leur  » Programme commun  » ; au moment où nos camarades dans les entreprises nous disaient combien notre juste position d’abstention Révolutionnaire était à contre-courant face aux faux espoirs de la victoire électorale de  » l’union de la Gauche « , les plus bêtes de ces pourfendeurs du danger fasciste trouvaient le moyen de claironner que l’électoralisme était définitivement battu en brèche dans la classe ouvrière ! Seule une secte étrangère dans son essence à la classe ouvrière, sourde à la voix des militants ouvriers qu’elle peut compter dans ses rangs, peut s’illusionner au point de prendre de cette manière son rabâchage de dogmes pour l’analyse de la situation concrète.

Les petits bourgeois à la traîne du P »C »F

……… Les théoriciens de la  » fascisation « , du  » fascisme qui vient d’en haut  » ont en effet deux traits fondamentaux qui leur sont communs : leur nature de classe et leur fonction politique.
………
Leur nature de classe d’abord : la petite-bourgeoisie, avec les illusions qu’elle traîne sur la démocratie bourgeoise, s’avère incapable de comprendre son caractère répressif, répressif à l’égard de la classe ouvrière et des larges masses. Chaque mesure de répression de la bourgeoisie, chaque renforcement de la dictature de la bourgeoisie, les voient redouter immédiatement le fascisme et voler au secours de la  » démocratie  » même quand elle n’est pas menacée par l’essentiel.
………
Leur fonction politique ensuite, profondément liée à cette nature de classe. Aujourd’hui que les premières brèches s’ouvrent dans la domination du révisionnisme sur la classe ouvrière, la tâche des révolutionnaires est de consacrer toute leur énergie à les élargir, à mobiliser les masses indépendamment des vieux partis dégénérés, à leur ouvrir, chemin faisant, la perspective de la Révolution Prolétarienne, à édifier dans cette lutte le Parti prolétarien. Ouvrir la perspective de la Révolution, établir sans hésiter une démarcation nette avec le révisionnisme, ces deux tâches sont indissolublement liées. Or les révolutionnaristes petits-bourgeois, tout en proclamant que la seule alternative au fascisme est la révolution Prolétarienne, le socialisme, s’acharnent dans la pratique à maintenir la classe ouvrière dans le sillage du P  » c  » F, sous prétexte d’édifier, qui le Front Unique prolétarien, qui le Front Populaire antifasciste. Certains s’adressent ouvertement aux directions révisionnistes et réformistes pour leur proposer l’unité. D’autres préfèrent proclamer que le Front Unique, le Front Populaire doivent se réaliser à la base. Dans la pratique, alors que malgré ses progrès, l’édification d’une force politique Révolutionnaire prolétarienne est encore à ses débuts, ils en viennent régulièrement à gesticuler comme les premiers à la queue des initiatives révisionnistes : c’est ce qu’ils avaient fait le 1er mai, c’est ce qu’ils viennent de faire le 20 juin : c’est ce qu’ils ne manqueront pas de faire ouvertement à l’occasion de la dissolution de la  » Ligue communiste « . Les uns comme les autres, en brandissant le drapeau de la révolution prolétarienne pour mieux détourner les masses vers le révisionnisme, font diversion dans la tâche d’édification du Parti prolétarien.

à bas la répression contre le classe ouvrière !

……… Face à ces diversions. Les marxistes-léninistes ne se laissent pas détourner de leurs tâches de l’heure : commencer à arracher au révisionnisme, à gagner à la Révolution Prolétarienne une première fraction de la classe ouvrière, en visant principalement les plus exploitées.
………
Face aux diverses mesures de renforcement de la dictature bourgeoise, ils appelleront les masses à l’action en montrant le véritable visage de la  » démocratie  » sous le signe du capital. L’expérience de ces derniers mois montre, avec la circulaire Fontanet, avec la répression sauvage des dernières grèves ouvrières, que la bourgeoisie use particulièrement de son arsenal répressif contre les secteurs de la classe ouvrière qui tendent à échapper au révisionnisme. Aussi, c’est dans la défense du droit de grève et de liberté des manifestations pour la classe ouvrière dans la lutte contre les milices patronales que réside aujourd’hui pour l’essentiel l’application du mot d’ordre de Staline :  » relever le drapeau des libertés démocratiques « .
………
C’est autour de ces tâches dans la perspective de la Révolution Prolétarienne, que nous appelons à s’unir la classe ouvrière et tous les progressistes disposés à soutenir son combat.

Front-Rouge n°78 -5 juillet 1973- page 5 » à propos de la dissolution de la ligue trotskiste : INTERVIEW D’UN MILITANT MARXISTE-LÉNINISTE « ……… Front Rouge à l’occasion de l’interdiction de la Ligue trotskiste a interrogé Bernard Rey militant marxiste léniniste, qui a été condamné après une inculpation de reconstitution du PCMLF en 1970. Il donne ici le point de vue des marxistes-léninistes.

OFront RougeQue penses-tu des affrontements du jeudi 21 juin ; lors du meeting d' » Ordre Nouveau  » ?

Bernard Rey – La tenue de meeting en plein Paris devait immanquablement provoquer une contre-manifestation comme cela avait été le cas lors du meeting précédent d' » Ordre Nouveau  » au Palais des Sports en 71. Faire protéger les quelques centaines de nazillons rassemblés, par les forces de répression, c’était être sûr que les contre-manifestants les affronteraient ! C’est le caractère extrêmement violent de cet affrontement qui a surpris : 80 policiers blessés ! Le  » Monde  » et l' » Humanité  » ont publié des témoignages émanant du Syndicat majoritaire de la police qui apportent une explication à l’ampleur de cet affrontement : les forces de répression sur le terrain auraient été privées par leurs responsables des renseignements, du matériel, des directives qui leur sont habituellement prodigués pour réprimer les manifestations ! Marcellin a mollement démenti.
………
En tous cas, cela a déclenché toute une campagne de propagande orchestrée à la radio et dans les journaux, pour dénoncer l’usage de la violence. Tout est fait pour convaincre les travailleurs que la violence ne mène qu’à l’échec, qu’il faut renoncer à son usage, qu’il faut se détourner des révolutionnaires qui la prônent.

FRPourquoi cette campagne particulièrement aujourd’hui ?

BR – A mon avis, cela s’explique directement par la situation actuelle et les difficultés qu’éprouvent la bourgeoisie dans les luttes actuelles. Depuis l’échec de la gauche aux élections de Mars, la classe ouvrière rejetant la tutelle des syndicats a en de nombreux endroits engagé des grèves sur ses véritables revendications, conduisant elle-même la lutte. Sur des franges importantes de travailleurs, les perspectives de la  » gauche unie  » n’ont pas de prise aujourd’hui : l’échec de 73 a éclairé pour une période ces travailleurs sur le projet que constitue le programme commun. Ils sont parfaitement réceptifs aux idées révolutionnaires.
………
Cela, la bourgeoisie s’en rend parfaitement compte, dans plusieurs endroits, elle a lâché ses forces de police pour convaincre les travailleurs à arrêter leur lutte. Elle ne veut ni que se produise la soudure avec les révolutionnaires, ni que les travailleurs recourent à la violence pour refuser leur exploitation. La campagne orchestrée au lendemain du 21 juin, répond à merveille à cet objectif.

FR Que penser de l’interdiction de la Ligue trotskyste ?

BR – Pour notre part, nous dénonçons la fausse symétrie pratiquée par la bourgeoisie : en mettant  » Ordre Nouveau  » et le Ligue trotskyste dans le même sac, elle cache habilement que sa politique d’immigration élaborée par Fontanet et Gorse, converge avec la revendication d' »Ordre Nouveau » :  » Halte à l’immigration sauvage « . Ceci dit, les Marxistes-léninistes maintiennent intégralement leur appréciation sur la fonction des groupes trotskystes, sans nier la présence dans leurs rangs de jeunes aspirant à faire la révolution et qu’il s’agit d’éclairer. Car la politique de la ligue trotskyste depuis qu’elle existe a consisté effectivement en cela : récupérer les franges des masses en rupture avec le révisionnisme à l’aide d’une phraséologie révolutionnaire, et par le biais d’un détour, les engager à nouveau dans la voie réformiste derrière les états-majors de la gauche. C’est ce qu’on a pu vérifier par exemple lors des dernières élections, lorsque la Ligue après avoir présenté des candidats, a appelé à voter pour la gauche au 2ème tour. Mais aujourd’hui visiblement, ce groupe trotskyste n’avait aucune prise sur l’énergie révolutionnaire manifestée par les masses.

FRMais que penser alors de la propagande qui se répand largement dans les journaux présentant la Ligue trotskiste comme le groupe révolutionnaire, le seul, le véritable.

BR – C’est vrai, la propagande des journaux comme  » le Figaro  » ou  » le Monde « , ce que l’on raconte à la radio, développe cette idée. Pourtant rien n’est plus faux en ce qui concerne la Ligue trotskyste : c’est une organisation en déclin qu’a dissoute Marcellin. Et les preuves ne manquent pas. Aux élections de mars, la Ligue n’a même pas pu retrouver dans les circonscriptions où elle présentait des candidats, le pourcentage de voix acquis lors des élections présidentielles de 69 par Krivine. Le FSI, l’organisation mise sur pied par la Ligue pour faire croire qu’elle soutient la lutte des peuples indochinois, ne se manifeste plus en France depuis les accords de Paris. A Paris, alors que tout un temps, la Ligue a pu imposer sa loi dans l’organisation des manifestations, cette année, de cinglants échecs lui ont été infligés : comme lors du mouvement lycéen où les tentatives d’encadrement bureaucratique des trotskistes ont échoué, comme le 19 mai, lors de la manifestation unitaire de soutien à la Palestine, où la Ligue qui prétendait imposer des mots d’ordre provocateurs s’est fait expulser ; comme le 1er Mai où la seule manifestation autonome par rapports aux révisionnistes a été le fait des marxistes-léninistes.
….
Il faut comparer la manière dont la presse bourgeoise traite la Ligue trotskiste, à celle utilisée contre les marxistes-léninistes, ou même contre la Gauche Prolétarienne en 1970. En 1970, plusieurs militants marxistes-léninistes ont été arrêtés, traduit devant la cour de sûreté de l’Etat sous l’inculpation de reconstitution du P.C.M.L.F. ; plusieurs d’entre eux ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Qui, sinon la presse marxiste-léniniste en a parlé ? En 1971 encore, c’est une dizaine de militants qui ont été à leur tour, inculpés de reconstitution de ce Parti ; certains même deux ans après n’ont toujours pas été jugés. Qui en a parlé ? De même, le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France, interdit le 12 juin 68, à ce que nous pouvons savoir, poursuit son édification dans la clandestinité, édite et diffuse régulièrement sa presse  » L’Humanité Nouvelle « , développe son activité révolutionnaire dans la classe ouvrière. Qui en parle ? Qui proteste contre l’interdiction du PCMLF, contre l’interdiction de sa presse, si ce n’est la presse des marxistes-léninistes et les masses qui les soutiennent ?
….
De même, si la presse a réservé une certaine part dans ces colonnes au procès de la Gauche Prolétarienne en 70, c’était pour traîner dans la boue ses militants, les traiter de voyous, d’illuminés… Le P »C »F à l’époque avait réclamé avec hystérie, avant que cela soit fait la dissolution de cette organisation qualifiée de  » gauchiste-Marcellin « . Aujourd’hui le P »C »F appelle à manifester contre l’interdiction de la Ligue, et des journaux comme  » Le Monde « ,  » Le Figaro  » présentent cette organisation comme  » l’organisation Révolutionnaire qui a réussi  » ! Alors posons simplement la question, pourquoi les plumitifs bourgeois encensent-ils à ce point la Ligue trotskiste ? N’est-ce-pas pour aiguiller les travailleurs à la recherche de perspectives Révolutionnaires, dans le marais trotskiste ?

FRQuelles autres conséquences de cette interdiction ?

BR – Une telle mesure rappelle que la bourgeoisie est prête à réaliser toute une série de mauvais coups, en frappant directement la classe ouvrière. La fermeté manifestée par Marcellin n’est pas dirigée contre la Ligue trotskiste, mais bien contre les travailleurs et les Révolutionnaires : la campagne contre la violence  » de gauche ou de droite « , prétexte à l’interdiction , vise aussi à dissuader les travailleurs de recourir à la violence pour s’opposer à celle quotidienne de la bourgeoisie. Le précédent de la journée du 21 juin va être brandi contre les travailleurs qui voudront manifester contre la politique de la bourgeoisie, et sera le prétexte à les réprimer sévèrement. Les Marxistes-Léninistes appellent à la vigilance contre de telles mesures et mobiliseront les travailleurs contre elles. Poursuivons la lutte pour faire abroger la circulaire Fontanet ! Poursuivons la lutte pour nos revendications !

 

Front-Rouge n°79 -12 juillet 1973- page 5 » un tournant bien significatif de l’humanité rouge « Dans leur dernière publication, les dirigeants de l’Humanité « Rouge » : amorcent un virage très intéressant. Nous n’embarrasseront pas nos colonnes de réponses à leurs diverses calomnies ; nous ne reprendrons pas une à une toutes leurs bêtises politiques : nous avons déjà eu l’occasion de stigmatiser le comportement anti-unitaire et opportuniste de cette organisation petite bourgeoise, mais aujourd’hui nous avons le devoir de mettre en garde tous les militants qui se rattachent de près ou de loin au marxisme-léninisme contre l’évolution particulièrement dangereuse de la ligne de l’Humanité « Rouge ».

………En effet, dans les derniers mois, une lutte semblait se dessiner au sein de cette organisation entre des positions de principes, vagues et générales mais correctes, notamment contre l’électoralisme, contre les orientations réformistes du programme commun des partis de gauche d’un côté, et d’un autre côté des positions particulièrement opportunistes tendant à mettre une partie du mouvement révolutionnaire à la remorque des révisionnistes modernes. La coexistence de ces diverses positions dans le journal dissimulait mal cette lutte : il est clair aujourd’hui qu’a triomphé sans partage la ligne opportuniste à 100%. En quoi consiste-t-elle ?

……..Les deux derniers numéros de l’Humanité « Rouge » désignent à l’évidence la lutte antifasciste comme l’axe principal de lutte offert à ses militants. Le dernier numéro lui est pratiquement consacré en entier. De ce choix résultent de très graves conséquences : –d’abord dans un appel aux militants du P »c »F disparaît toute critique marxiste-léniniste des positions bourgeoises, contre-révolutionnaires de ce parti. Alors même qu’une large partie de la classe ouvrière, par delà ces militants, est abusée par des illusions réformistes développées par le P »c »F, alors même qu’elle est détournée de la perspective de la révolution par la voie sans issue de la démocratie avancée, s’adresser au P »c »F quand on prétend être marxiste-léniniste, sans souligner le rôle d’auxiliaire précieux de la bourgeoisie joué par le révisionnisme, c’est abdiquer toute conscience révolutionnaire, c’est sombrer dans le plus grand opportunisme.

— ensuite caractériser principalement la Ligue trotskiste comme une organisation anti-fasciste, c’est se vouer délibérément à être aveugle sur le rôle effectif joué par les trotskistes au profit du révisionnisme donc de la bourgeoisie.

………Ces conséquences proviennent d’une très grave erreur politique commise par les dirigeants de l’Humanité « Rouge ». Cette erreur consiste à intervertir systématiquement causes et effets. Au moment même où d’important détachements de la classe ouvrière principalement chez les OS entrent en lutte de façon résolue contre leurs exploiteurs, les révisionnistes du P »c »F et de la CGT, leurs acolytes réformistes du PS et de la CFDT se montrent incapables de donner un débouché à ces luttes dont les mots d’ordre entrent en contradiction avec les perspectives du programme commun. Il en va de même avec le mouvement résolu des travailleurs immigrés contre la circulaire Fontanet. Face à ces mouvements, la bourgeoisie qui trouve les réformistes ou débordés ou absents des luttes, emploie fréquemment la répression brutale des ses forces de police. Répression directe et répression indirecte par l’entremise des organisations réviso-réformistes, telle sont les deux armes absolument solidaires de la bourgeoisie face à la révolte des travailleurs. Quand les révisionnistes et les réformistes rencontrent cette impasse, comme au lendemain de leur échec électoral, la bourgeoisie a tendance à utiliser la répression directe, peu confiante qu’elle est dans ses propres tentatives démagogiques.

………Au moment même où se font jour les bases d’une cassure entre les révisionnistes et une frange avancée des masses, s’agit-il comme le préconise l’Humanité « Rouge » de tendre la main aux militants du P »c »F pour les inviter à une illusoire unité antifasciste ou s’agit-il d’ouvrir les yeux à la classe ouvrière, d’étendre en la rendant consciente cette cassure, constatée dans les principaux mouvements actuels entre les révisionnistes et les travailleurs en lutte ?

………En réalité, ce que l’Humanité « Rouge » et avec elle quelques autres mouvements petits bourgeois, baptise fascisation n’est que l’apparition à visage découvert de la démocratie bourgeoise là où le révisionnisme et le réformisme sont en recul. Ce que l’Humanité  » Rouge  » est incapable de comprendre, c’est que la menace fasciste n’a de sens et de réalité qu’avec un recul qualitativement différent du révisionnisme et du réformisme, qu’avec une progression plus large et plus conséquente de la perspective Révolutionnaire dans les masses.

………Là où la tâche des Révolutionnaires consistent à prendre en main l’organisation des travailleurs et la défense de leurs aspirations réelles, et par la riposte à la répression de la bourgeoisie qu’ils encourent dans leurs luttes, l’HR trouve le moyen de proposer un front défensif contre le fascisme, masquant et la nature de la démocratie bourgeoise, dictature violente sur les masses exploitées, et la nature du révisionnisme, au moment où il se trouve en recul.

………O au moment où les révisionnistes du P »c »F tentent de refaire leur image de marque en se présentant comme les meilleurs défenseurs de libertés, au moment où ils rivalisent avec le PS pour occuper toute la place que la bourgeoisie assigne à la sociale-démocratie en vue des élections à venir, au moment donc où le P »c »F cherche à rallier à lui, pour faire l’appoint de voix, les couches indécises de la petite bourgeoisie, la tâche des révolutionnaires n’est pas de se faire les instruments de cette manœuvre.

………O au moment où la bourgeoisie tente de dévoyer les aspirations révolutionnaires des travailleurs en présentant comme le parti révolutionnaire, la Ligue trotskiste, pour cela réprimée et pour cela dissoute, le rôle des marxistes-léninistes n’est pas d’entrer dans le jeu. Pendant 5 ans, le parti authentiquement communiste, le Parti Communiste Marxiste-Léniniste a été constamment réprimé, ses militants pourchassés, sans que la presse bourgeoise consacre aux arrestations des militants suspectés de sa reconstitution plus de cinq lignes. De cela l’HR depuis 3 ans ne s’est guère émue et a partagé ce silence.

……… C’est pour tout cela que nous mettons en garde les militants révolutionnaires contre les tentatives stériles de l’Humanité  » Rouge  » de dévoyer leur combat vers l’axe principal de la lutte pour les libertés démocratiques. Ne vous laissez pas abuser camarades par les gesticulations groupusculaires à la remorque des révisionnistes, depuis la manifestation du 20 juin jusqu’au dernier meeting du cirque d’Hiver. La place des Révolutionnaires est dans les entreprises aux côtés des travailleurs qui prennent progressivement conscience des illusions réformistes, avec les travailleurs immigrés, pour contrer la circulaire anti-grève de Fontanet, pour organiser sur le terrain comme à Ivry par exemple la riposte aux crimes racistes qui l’accompagnent ; le rôle des communistes est d’être actifs, présents en tant que tels dans les luttes des travailleurs contre la bourgeoisie, d’aider à la prise de conscience progressive des travailleurs de la nature bourgeoise du réformisme, d’être à l’offensive contre la bourgeoisie et le réformisme ; là où l’HR s’efforce péniblement de dévoyer les révolutionnaires vers la lutte contre les conséquences des luttes de classe en cours : la répression ; les communistes doivent mettre au premier plan le développement de ces luttes et leur approfondissement politique.

Les raisons des erreurs politiques très graves de l’HR sont claires : groupe petit bourgeois coupé de la réalité de la lutte de classe, l’HR est voué à enregistrer les conséquences de ces luttes sur la mise à nu de démocratie bourgeoise, de son caractère répressif. Sa seule réponse consiste à reprendre mécaniquement le schéma de la lutte anti-fasciste de 1934, à préconiser un front populaire anti-fasciste alors même que rien ne rappelle la situation d’alors. Ni l’organisation révolutionnaire des masses (comment comparer la large organisation des travailleurs par le Parti Communiste et la liaison embryonnaire des révolutionnaires avec la classe ouvrière aujourd’hui), ni la crise économique et politique de la bourgeoisie ne sont comparables. L’histoire d’ailleurs, ne se répète pas.

………L’HR qui fait grand bruit autour de sa participation, au demeurant modeste à la manifestation contre Ordre Nouveau du 21 juin, manifestation à laquelle nous avons également participé, tente aujourd’hui au nom de la lutte anti-fasciste de ramener dans le sillage du P » C « F les militants révolutionnaires qui ont plus que jamais à le combattre. A propos où en sont les Comités d’Unité Populaire censés organiser cette unité à la base contre le fascisme !

………Même si son influence est ridiculement faible, nous ne devons pas négliger nos efforts pour ouvrir les yeux des militants qu’HR trompe et qui ont mieux à faire que s’embourber dans le marais opportuniste. A ces militants, nous tendons une main fraternelle. Quittez ces piètres staliniens qui participent à leur manières aux tentatives grossières de la bourgeoisie pour redorer le blason terni du trotskisme, quittez ces piètres marxistes-léninistes qui au nom de l’unité anti-fasciste se réfugient dans le giron du P » C « F. Vous connaissez tous l’histoire de celui qui criait au loup chaque fois qu’il croyait le voir et que personne n’a cru quand le loup est effectivement venu. HR depuis plus de 5 ans joue ce jeu dangereux.

A BAS L’OPPORTUNISME, VIVE LE MARXISME-LENINISME !

 

Front-Rouge n°79 -12 juillet 1973- page 5 » au cirque d’hiver…le chef de piste s ‘appelait marchais « (dans un encadré, au dessus de ce titre et sous la photo de Jacques Duclos s’adressant aux militants venus protester contre l’interdiction de la Ligue communiste, la légende suivante :
«  Ecouter Duclos faire acclamer  » le P » C « F, le grand parti révolutionnaire de notre temps :, Detraz (CFDT) faire applaudir les flics démocrates, ou la claque du P » C « F scander  » Union populaire pour les libertés…
…Les communistes n’avaient vraiment aucune raison d’appeler à ce meeting. «  )

Le 5 juillet, la gauche réformiste P » C « F en tête, tenait un meeting contre la dissolution de la Ligue  » communiste « , avec le soutien de nombreux groupes trotskistes et de quelques camarades se réclamant du marxisme-léninisme qui avaient eu la naïveté d’emboîter le pas.
……… La mobilisation au regard du nombre et de l’importance des organisations participantes a été faible (quelques milliers) malgré un effort certain du P » C « F qui avait distribué des tracts jusque dans les banlieues. Ce fait témoigne doublement de la coupure entre les trotskistes et la classe ouvrière : d’une part parce que la clientèle petit-bourgeois de ces diverses sectes était en vacances, d’autre part parce que les ouvriers que le P » C « F parvient encore à tromper ne se sont guère dérangés pour l’occasion.
……… Cependant, ce meeting éclaire bien le sens de la provocation policière du 21 juin, dans laquelle la Ligue avait donné à tête baissée. En effet, la dissolution de la Ligue qui a suivi, a donné l’occasion au P » C « F et au PS de se livrer à une nouvelle opération démagogique dans leur course à l’électorat petit-bourgeois. Tandis que Mitterrand recevait Krivine, le P » C « F prenait l’initiative du meeting, et marquait un nouveau point dans sa tentative de se dédouaner de son passé communiste en se présentant pour ce qu’il est : un vulgaire parti bourgeois. Ainsi se prolongeait l’entreprise du 20 juin. Ainsi, P » C  » et PS détournaient-ils l’attention de l’offensive de la bourgeoisie contre la classe ouvrière, et soutenant par là cette offensive.

………D’un autre côté, au moment même où elle était dissoute, la Ligue obtenait la réalisation de son rêve de toujours : l’unité – fragile, difficile, mais l’unité – avec le P » C « F. Le soutien qui lui a été accordé à cette occasion montre que les révisionnistes n’ont rien à craindre d’une organisation dont la fonction a consisté, au cours des années passées, à ramener dans le sillage des initiatives du P » C « F les jeunes qui se dégoûtait de lui, et à détourner par sa nature petite-bourgeoise la classe ouvrière de la Révolution. En appelant au meeting du P » C « F qui leur refusait la parole les dirigeants de la Ligue ont confirmé une fois de plus cette orientation fondamentale. Le chahut de leurs militants n’y a rien changé : au cirque d’hiver, le chef de piste s’appelait Marchais.
……… En définitive, la dissolution de la Ligue et le meeting qui l’a suivi auront été un facteur de clarification politique, montrant comment la lutte contre la répression peut devenir le prétexte à une unité sans principes et sans perspectives des opportunistes de toute espèce.

 

Front-Rouge n°80 -26 juillet 1973- page 10 » à propos de l’emprisonnement de krivine « Il est clair, à présent, que le ministre de l’intérieur a favorisé et, au besoin, provoqué la débandade de certains de ses flics, lors de la manifestation du 21 juin contre le meeting raciste d' » Ordre Nouveau « .

……… Cette opération policière visait d’abord à répandre largement, une fois de plus, une image complètement déformée des Révolutionnaires et de la violence révolutionnaire, pour inciter les masses à s’en détourner. Et cela au moment où la bourgeoisie lançait ses flics, ses nervis à St-Etienne, à Besançon, à Fos, à Grasse, contre les ouvriers en lutte, partout où elle ne pouvait pas compter sur la collaboration des révisionnistes.

……… Il s’agissait de faire croire que les révolutionnaires n’avaient pas d’autre idéal que la violence pour la violence, pas d’autre but que de  » casser du flic « , de brûler des cars de police-secours… Il s’agit d’autre part, de justifier et de multiplier les actes de contrôle des travailleurs en faisant passer la violence de classe des ouvriers en lutte pour des  » provocations gauchistes « .

……… Mais l’opération avait en même temps, un autre but : en décrétant, à la suite du 21 juin la dissolution de la Ligue trotskiste, la bourgeoisie visait à désigner publiquement cette organisation en perte de vitesse comme le parti révolutionnaire, à redorer son blason. Toute une série de groupe petits bourgeois trotskistes et néotrotskistes en tête, y compris  » l’Humanité Rouge « , ont emboîté le pas à cette opération et ont pris, en chœur la  » défense  » de la Ligue. Ce faisant, au nom de la lutte  » antifasciste « , il ont appelé à s’accoler encore plus étroitement au P » C « F (et au PS) et leur ont permis au cirque d’Hiver, de se poser en défenseurs des  » libertés « , en protecteurs de  » l’extrême-gauche « . Ce faisant, ils ont tenté de colmater la brèche ouverte entre les révisionnistes et les travailleurs, et de détourner la classe ouvrière de la bataille contre la répression de ses luttes.

……… Krivine et Rousset en prison ; c’est le clou de cette opération. Après avoir façonné l’image de marque  » révolutionnaire  » de Krivine (élections présidentielles de 69, face à face avec STASI à la télé, longues déclarations à la radio après le 21 juin), la bourgeoisie le met quelques temps derrière les barreaux. Cela lui permet d’en faire un martyr et de mieux préparer sa publicité pour un éventuel procès, à la rentrée par exemple.

……… A vrai dire, la campagne pour la libération de Krivine, n’a rencontré pratiquement aucun écho parmi les travailleurs. Par exemple sur les marchés, les ouvriers indifférents aux slogans  » Marcellin démission  » soutiennent activement nos interventions contre les agressions racistes, contre les bombardements US au Cambodge.

……… Toutefois, cette mise en scène, cette manœuvre ne peut que semer la confusion. Elle a assez duré.

Halte à la politique hypocrite de la bourgeoisie !

Krivine, Rousset hors de prison !

La fascisation en FranceEn avril 1973, une brochure d’André Colère (supplément à l’HR n°186) avait été publiée  » La fascisation en France « .Après le 21 juin, cette brochure fut rééditée avec une  » Postface  » actualisant la première édition à la mi-août 1973.
La postface pages 48 à 55 revient principalement sur LIP et sur le 21 juin 1973.

La fascisation en France -Brochure HR- André COLERE 2è édition mi-août 1973. Postface pages 48 à 55 -supplément à l’Humanité Rouge n°198

POSTFACE (août 1973)

……… Depuis la première édition de cette brochure, des faits importants sont intervenus qui ont amené de nombreuses personnes à prendre conscience de la réalité de la fascisation. Certains parlent de  » nouvelle droite  » et ont pouvait lire dans  » le Nouvel observateur  » du 21 mai 1973 :  » …Une droite musclée et volontiers terroriste, qui existait jusqu’à présent à l’état latent, est en train de s’affirmer. « 
……… Il ne faudrait cependant pas croire que l’on a assisté ces derniers mois à la naissance d’un phénomène, alors qu’il s’agit de l’approfondissement d’un processus, d’une phase nouvelle dans ce processus.
……… Avec le recul du temps, il apparaît que le gouvernement Messmer, constitué à la suite des élections législatives de mars, a marqué l’accession à la suprématie des éléments fascisants et un choix en faveur des  » solutions  » fascisantes.
……… Ces déclarations de Pompidou à la sortie d’un conseil des ministres constituent un programme :  » Le gouvernement va se trouver devant des difficultés sérieuses… L’opinion publique en a assez. Elle veut la tranquillité et le calme. Le pays nous jugera sur la fermeté et la justice… « 
……… Nous allons voir en quoi a consisté l’évolution de la situation.

Pas de trêves dans les luttes…

……… Depuis mars 1973, on a assisté à une succession ininterrompue de luttes ouvrières et populaires.
Celle qui se déroule chez Lip est particulièrement caractéristique. L’élan de solidarité, inégalé depuis bien longtemps. Témoigne du fait que la classe ouvrière se reconnaît dans ce combat. Lip est exemplaire à un double titre : d’abord en ce que cette lutte concrétise les tendances , les caractéristiques d’une période historique ; ensuite parce qu’elle indique dans quel sens il faut aller.
……… Lip exprime de façon claire certaines particularités présentes dans la plupart des luttes de ces derniers temps.
……… a) D’abord l’attitude vis-à-vis de la légalité bourgeoise :
C’est là un point fondamental. La  » légalité  » n’est plus aujourd’hui considérée comme un impératif absolu, comme inviolable et  » sacrée « . Les masses, dans la pratique de la lutte, remettent en cause de plus en plus souvent la  » légalité « . Elles sont de plus en plus souvent amenées à rejeter la légalité bourgeoise dans le cours de la lutte, à la  » violer « , car elle apparaît comme un obstacle pour la défense de leurs intérêts, comme étant au service de la bourgeoisie. Sans que cela soit encore conscient, la classe ouvrière est en train de faire l’expérience pratique que pour défendre ses intérêts vitaux, elle ne peut pas rester dans les limites fixées par la bourgeoisie, dans les limites des lois bourgeoises. Le mythe de la loi au  » service de tous  » est en train d’être détruit par la pratique des masses. Bien sûr, il s’agit là d’un processus relativement lent et complexe, qui ne fait que s’engager mais qui se développe.
……… On comprend quel danger constitue de ce point de vue la lutte des travailleurs de Lip pour la bourgeoisie : ils ont démontré aux yeux de la classe ouvrière tout entière qu’il ne fallait pas hésiter à  » violer  » la loi bourgeoise dans la lutte, ils ont mis à jour le caractère de classe de cette légalité. Cet exemple est d’autant plus dangereux aux yeux de la bourgeoisie qu’il s’appuie sur une tendance des luttes de la période que nous vivons.
……… Il est clair que cette remise en cause de la légalité bourgeoise fait voler en éclats les cadres de la collaboration de classes, la rend impraticable. La pratique de la collaboration de classes suppose le respect des règles fixées par la bourgeoisie, l’engagement à se maintenir dans le cadre de la légalité bourgeoise.
……… b) Autre particularité : la pratique de la démocratie prolétarienne. Le recours aux assemblées générales, le contrôle des travailleurs sur les représentants sont autant de mesures qui remettent également en cause la collaboration de classes.
……… Devant l’impossibilité grandissante de recourir à la collaboration de classes, la bourgeoisie ne peut que recourir à la force. De ce point de vue, là aussi l’exemple de Lip est exemplaire. L’attitude du pouvoir dans ce cas précis a concrétisé pour une bonne part son attitude générale. Comptant d’abord sur le pourrissement, la lassitude, puis voyant qu’il ne viendrait pas à bout de la détermination des travailleurs, il leur a opposé la violence des C.R.S., comme il l’a fait à Fos ou à Fougères.
……… Voyons maintenant la façon dont a évolué le processus de fascisation.
Le gouvernement était à peine constitué que le nouveau ministre de la  » Culture « , Druon, donnait le ton :  » Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail molotov dans l’autre devront choisir.  » Ce qui en clair voulait dire : Seuls auront droit aux subventions les artistes qui font l’apologie du capitalisme ; les autres devront soit se renier soit se taire. C’était là une menace ouverte contre la liberté d’expression et de création. Ces déclarations sont révélatrices de la volonté de certains de créer un art officiel et de leur détermination à faire taire les voix qui accusent le capitalisme. A l’Assemblée nationale, Druon devait à nouveau développer ses conceptions. C’est à cette occasion qu’il a donné la  » liberté  » une définition qui mérite qu’on s’y arrête car elle est lourde de menaces :  » Pour nous français, la liberté doit être ce qui nous unit, non ce qui nous divise « , ce qui exclut la liberté de critique au seul profit de l’apologie du pouvoir. La liberté d’expression s’arrête là où commence la remise en cause du capitalisme.
……… Peu de temps après, Galley, ministre des Armées, allait préciser cette conception de la  » liberté d’expression « . Devant le congrès de l’Union nationale des officiers de réserve, il devait qualifier de  » criminelle  » la critique de l’armée. Et parallèlement, en compagnie du Haut Etat-Major, il se livre à une justification du rôle de l’armée en tant qu’instrument de guerre civile. A Lille, il devait déclarer :  » L’armée demeure le dernier recours de notre société libérale . » Plus récemment, devant les gendarmes, il s’exclamait :  » Votre corps, liaison avec l’armée et les forces de police, est l’un des plus sûrs garants de la solidité de l’édifice national.  » Ce qui est nouveau, c’est le fait d’affirmer ouvertement, sans honte, que l’armée a pour rôle d’assurer le maintien de l’ordre capitaliste. Galley n’en reste pas aux menaces verbales : il agit.
……… La nomination de Bigeard au poste de gouverneur adjoint de la place de Paris est là pour le confirmer si besoin en était. Bigeard est un spécialiste de  » l’état de siège « . Ayant été de toutes les guerres coloniales , c’est en Algérie qu’il s’est fait une solide réputation de tortionnaire. Lors de la lutte des lycéens contre la loi Debré, un député s’était exclamé :  » C’est Bigeard qu’il faudrait leur envoyer.  » C’est chose faite.
……… Depuis, on assiste à une véritable campagne d’appel à  » l’ordre moral « .
Citons Jacques Marette, ancien ministre des P. et T., dénonçant :  » L’entreprise de démoralisation et de perversion de l’esprit public menée depuis des années, avec l’appui d’une large fraction de la presse, par une coterie d’intellectuels de gauche, monopolisant au profit de leurs fantasmes masochistes tous les moyens d’information modernes. « 
Citons encore le recteur Capelle qui, devant l' » Union nationale des combattants  » appelle à la défense de l’Occident, ou bien le ministre André Bord s’en prenant à ce qu’il appelle  » la pollution des esprits « . Plus récemment, Marcellin devait déclarer :  » …Tout le monde doit s’attacher à faire cette revigoration morale, à essayer de faire un encadrement spirituel pour les jeunes… il est évident qu’il y a eu un certain relâchement des mœurs. « 
……… C’est à cet  » encadrement spirituel  » que songe le triste Royer lorsqu’il envisage de ramener l’âge limite de la scolarité à quatorze ans, de mettre les jeunes en apprentissage à partir de cet âge. Il est d’ailleurs révélateur que la presse fasciste du genre  » Rivarol  » ait aussitôt applaudi à ce projet.

A propos du 21 juin

……… La tenue du meeting fasciste et raciste d' » Ordre nouveau « , la contre-manifestation antifasciste qui a eu lieu, l’attitude du pouvoir, ainsi que les suites, ont constitué des faits extrêmement importants sur lesquels nous devons nous arrêter.
……… Et d’abord revenons sur les liens qui unissent les nazis d' » Ordre nouveau  » et l’aile fascisante au pouvoir. Certains faits permettent de les préciser.
……… En janvier 1973, s’est tenue à l’hotel Matignon une réunion regroupant deux dirigeants d' » Ordre nouveau « , un dirigeant des C.D.R. et Jacques Godfrain, membre du bureau exécutif de l’U.D.R. et chargé de mission à l’Elysée. Ceci confirme une fois de plus que c’est à partir de l’Etat que sont tenues les ficelles. Il ne s’agit pas de  » complaisance  » mais bel et bien de contrôle. Le meeting raciste du 21 juin était voulu par les éléments fascisants au pouvoir et il était prévisible que la police en assurerait la protection ; ce qui n’a pas manqué.
……… Et la pseudo-dissolution d' » Ordre nouveau  » ne peut faire illusion à ce sujet. Outre qu’aucun responsable fasciste n’a été arrêté, alors que la présence de stocks d’armes a été révélée, il est clair que cette fausse dissolution ne visait qu’à justifier, sous le fallacieux prétexte de  » symétrie « , la dissolution de la Ligue communiste.
……… Certains ont pu dire qu’il ne fallait pas de contre-manifestation car c’était donner au groupuscule nazi  » Ordre nouveau  » plus d’importance qu’il n’en avait.
……… Cet  » argument  » est dangereux. Certes,  » Ordre nouveau  » est un groupuscule, mais faudrait-il attendre qu’il n’en soit plus un pour se décider à agir ? Faut-il attendre que le danger soit menaçant pour se décider à y faire face ?
……… Laisser le racisme et le fascisme s’installer sur la place publique, comme si de rien n’était, ne peut que les encourager à plus d’audace.
……… D’autre part, ce meeting s’inscrivait dans une campagne raciste, d’incitation à la haine raciale sur laquelle nous reviendrons. Il n’était pas possible de laisser faire.
……… Avec un peu de recul , il est d’autant plus clair que les antifascistes ont eu raison de contre-manifester. Loin d’être  » coupée des masses « , la contre-manifestation a été largement approuvée parmi les travailleurs. Elle a fait la démonstration que le pouvoir protège les fascistes ; qu’il y a aujourd’hui un danger à combattre.
……… Quelle a été dans ces conditions l’attitude des dirigeants du P. »C. »F. ? Se contentant de déclarations et de vœux pieux, voici ce qu’on pouvait lire sous la signature de Georges Bouvard dans «  L’Humanité  » :  » Il ne suffit donc plus au pouvoir de mettre en place un arsenal répressif renforcé contre la classe ouvrière et les démocrates. Le voilà qui enrôle à ses côtés, comme auxiliaires, les groupes fascistes eux-mêmes…
En se livrant à des provocations délibérées, en semant le désordre et la violence qui rejettent du côté du pouvoir une partie de l’opinion, mise en condition par la télévision, la radio et la presse officielle, avides d’exploiter de tels agissements, les gauchistes servent non la liberté mais le pouvoir.
……… Eux aussi se conduisent, à leur manière comme des auxiliaires de ce gouvernement.  »
Ainsi fascistes et antifascistes sont mis sur le même plan en tant qu' » auxiliaires du pouvoir « .
Rien de nouveau dans cette attitude.

Fascisation de la police

……… A la suite du 21 juin, l’existence au sein de la police d’une fraction fasciste a été largement mis en évidence.
……… Déjà, à Courbevoie, lors du congrès de la  » Fédération des personnels de la préfecture de police de Paris  » des appels fascistes avaient été lancés du haut de la tribune :  » Les étrangers n’ont pas à faire la loi chez nous « ,  » La rue est à nous, il faut y descendre  » sont quelques uns des propos entendus.
……… Après le 21, on a assisté à une tentative, appuyée par Marcellin, de développer ce courant fasciste. Des tracts fascistes, des appels à la grève ont été lancés. Il y a eu alors l’essai de monter des opérations  » punitives  » dans le style du tristement célèbre  » escadron de la mort « .
.. Il faut aussi noter l’attitude des C.R.S. et gendarmes-mobiles à Besançon lors de l’occupation de Lip. C’est à un véritable terrorisme qu’ils se sont livrés. Les violences exercées contre la population ont duré plusieurs jours.  » passages à tabac « , aveux sous les coups, menaces de mort, tirs de grenades dans les appartements, faux témoignages : tels sont les méfaits de la police. Plus de trente condamnations ont été prononcées dans ces conditions grâce à des mesures  » d’exception « , les sels témoins étaient des C.R.S., refus de vérifier les alibis des accusés, menaces et pressions du tribunal.

Atteinte à la liberté d’association

……… La dissolution de la Ligue communiste a été une des suites du 21 juin ainsi que l’arrestation et l’inculpation de ses dirigeants au titre la loi  » anti-casseurs « . Il s’agit là d’une nouvelle atteinte d’importance à la liberté d’association. D’après des informations non démenties, un débat assez vif aurait eu lieu en conseil des ministres sur l’opportunité d’une telle mesure ; un petite minorité des ministres s’y opposant. Ceci confirme la nature de ce gouvernement et la prédominance des éléments fascisants en son sein.

La campagne raciste

……… Le développement d’une campagne raciste constitue un fait d’une extrême importance dans le développement de la fascisation. Il est significatif que cette campagne se soit développée tout particulièrement après l’importante lutte des travailleurs immigrés contre la circulaire Fontanet.
……… La circulaire Fontanet et la campagne raciste constituent deux aspects d’une même politique visant à diviser la classe ouvrière, à faire vivre les travailleurs immigrés sous la loi du terrorisme.
……… Par le racisme, la réaction vise trois objectifs : Diviser la classe ouvrière ; détourner la colère des travailleurs français ; faire vivre les travailleurs immigrés dans la crainte.
……… Le racisme, en tant qu’élément indissociable de la fascisation, doit être combattu avec d’autant plus de vigueur qu’il peut fournir une certaine base de masse au fascisme. L’idéologie raciste, en particulier sous sa forme anti-arabe, a dans notre pays une influence qui ne doit absolument pas être négligée. L’idéologie raciste est le produit direct du colonialisme qui a considéré les peuples autrefois colonisés comme des  » sous-hommes « .
……… On doit aussi souligner la responsabilité historique du révisionnisme qui en ne faisant rien pour développer la solidarité de classe des travailleurs français et immigrés a laissé l’idéologie raciste pénétrer assez largement dans les rangs mêmes de la classe ouvrière.
……… Le racisme tend ces derniers temps à prendre l’allure de  » pogroms « .
Rappelons ce qui s’est passé à Grasse. Le 12 juin, des travailleurs immigrés se rendent en cortège pacifique à la mairie pour demander des papiers. Le maire fait intervenir les sapeurs-pompiers contre les travailleurs immigrés. Des commerçants agressent les travailleurs immigrés. Les gardes-mobiles quadrillent la ville, matraquent les immigrés, certains sont torturés. Derrière tout cela, les nazis d' » Ordre nouveau « .
……… A Marseille, prenant prétexte d l’assassinat d’un traminot par un malade mental de nationalité algérienne, les racistes et fascistes de tout poil, d’Ordre nouveau à l’U.D.R. en passant par l’U.J.P., le  » Centre démocrate « , les gangsters du S.A.C. et des C.D.R., se sont livrés à une campagne d’hystérie raciste envers les travailleurs immigrés, tentant d’entraîner une partie de la population dans le terrorisme anti-arabe. Le quotidien fasciste  » le Méridional  » lance de véritables appels au meurtre. Plusieurs travailleurs immigrés sont assassinés par balles. Voilà le racisme sous sa forme la plus ignoble ; le racisme d’Hitler n’était pas autrement, à ses débuts.
……… A Toulouse des parachutistes se livrent à des  » ratonnades « . A Ollioules, des voyous fascistes agressent les travailleurs immigrés. A Ivry, des cafés arabes sont attaqués ; à Vitry, un commando fasciste assassine un travailleur portugais. C’est dans ce contexte que s’inscrivait le meeting raciste d' » Ordre nouveau « .
……… Aujourd’hui, la lutte antiraciste devient un axe essentiel de la lutte antifasciste. Cette lutte doit se mener quotidiennement ; toute manifestation du racisme doit être dénoncée pour combattre l’influence de l’idéologie raciste. A titre d’exemple parmi bien d’autres, citons une initiative de nos camarades de l’usine Alsthom à Saint-Ouen : Un chef insulte un travailleur algérien, le provoque. Sans tarder, nos camarades sortent un tract où ils dénoncent l’individu et son idéologie raciste. C’est là un bon exemple de cette lutte antiraciste quotidienne, qui utilise chaque fait pour faire reculer le racisme.

La riposte

……… Pour mettre en échec la fascisation, il faut que les antifascistes s’unissent Mais il faut une unité véritable. Dans les entreprises, les bureaux, les chantiers, les campagnes, les lycées, les facultés, les quartiers, les antifascistes, les démocrates doivent se regrouper, quelles que soient les organisations auxquelles ils appartiennent, ou qu’ils soient inorganisés.
……… Bien sûr, il y a des divergences , mais ce qui doit unir, cimenter, c’est la volonté de mettre en échec, de combattre chaque mauvais coup du pouvoir.
……… Nous entrons dans une période qui va voir inévitablement de grandes luttes de la classe ouvrière et du peuple. Pour maintenir l’exploitation, pour assurer son pouvoir, la réaction utilisera toutes les armes. C’est maintenant qu’il faut s’unir pour se battre. Qu’on y réfléchisse : des énergies, des volontés sont aujourd’hui dépensées en ordre dispersé, d’autres ne trouvent pas à s’employer, faute d’avoir un point de ralliement où se raccrocher. Que ces énergies se rassemblent dans la lutte contre la fascisation, voilà ce que nous voulons.

 


A contre-courant 1983-1986 -Jacques Jurquet -Le temps des Cerises -2001- p.158-159-161.(Dans ce livre de 2001 retraçant sa période  » mao « , Jacques Jurquet évoque le 21 juin -une petite erreur il parle de la LCR, c’est évidemment LC qu’il faut lire- ) voici son témoignage :
………  » Par ailleurs, lors d’un meeting de fascistes convoqué à la Mutualité, les services d’ordre de notre parti et de la Ligue communiste révolutionnaire, coordonnés sous la direction commune de Jean-Luc Einaudi et Récanati, se trouvèrent engagés côte à côte dans des actions violentes contre les forces de police chargées de protéger l’initiative d’extrême-droite au nom toujours facile de la démocratie. Des dizaines de cocktails Molotov avaient été préparés et la surprise des CRS ou gardes mobiles fut totale. J’était présent sur place, mais, un peu trop âgé peut-être, ou tout simplement incapable de courir en raison de ma patellectomie, je fus plus spectateur qu’acteur. Je vis une fourgonnette de police effectuer un virage à 180 degrés, sur deux roues, dans le crissement aigu de ses pneus, dont les grillages latéraux avaient reçu plusieurs bouteilles incendiaires et se trouvaient en feu. On me dit que c’était des camarades espagnols qui avaient repoussé de la sorte ce véhicule. La foule des antifascistes, de nombreux jeunes gens, se structura bras à bras sur plusieurs rangées de profondeur et fonça délibérément, au pas de course, sur les protecteurs des fascistes. Au cours de cette offensive effréné, de nombreux policiers, enfoncés et séparés les uns des autres, furent renversés et piétinés. On évoqua publiquement le nombre de soixante dix victimes des  » gauchistes « , en réalité de jeunes antifascistes.
……… Le soir même la Ligue communiste révolutionnaire fut dissoute et interdite par le Ministre de l’Intérieur. En ce qui concerne le PCMLF, aucune mesure de ce genre ne pouvait être prise, et pour cause, puisque nous étions illégaux depuis cinq ans. Alain Krivine, leader de la LCR, fut arrêté.
……… Je jugeai opportun de ne pas rester à Paris et rejoignis Marseille, accompagné par deux militants chargés de ma protection.
……… Dans ma ville bien-aimée, le soir même, se réunissait un meeting de protestation à l’initiative du PSU et d’autres organisations.
……… Les militants locaux du PCMLF avaient donné leur accord. Je décidai de me rendre à cette réunion. Et découvris, surprise, qu’elle était présidée par mon vieux camarade du PCF Jean Espana que j’avais connu naguère au sein du Mouvement de la Paix. Il avait été exclu lui aussi un an auparavant. Ignorant ou non la ligne dont j’allais pouvoir faire l’exposé, les trotskistes présents dans la salle voulurent s’opposer à ce que la parole me soit accordée. Mais, soutenu par les adhérents du PCMLF et par les membres du PSU présents, je finis par imposer ma présence et mon intervention. Il est vrai qu’Espana m’appuya en la circonstance. Mais il ne me donna que cinq minutes de paroles, comme, disait-il, à chaque intervenant. Les cris de quelques excités ne m’empêchèrent nullement d’aller au bout de ce que j’avais à dire et je réussis à parler pendant onze minutes. Je proclamais que l’Humanité-rouge protestait contre l’interdiction de la LCR et demandait la libération immédiate de son leader. Les applaudissements couvrirent largement l’hostilité de ceux qui n’en croyaient pas leurs oreilles. Un mao défendant un  » trotsk « , on n’avait jamais vu çà ! En vérité tous ces militants ignoraient le principe tactique du grand dirigeant chinois : savoir ne frapper qu’une seule cible à la fois, la cible principale et conserver ses forces pour ne frapper la cible secondaire que lorsqu’elle deviendrait à son tour principale après la défaite de la première. Dans les circonstances du moment notre cible principale n’était évidemment pas la LCR, mais le gouvernement qui avait toléré sinon encouragé la tenue d’un meeting fasciste à Paris.  » 
Sources :

Actuel -ancienne série- n°36 -octobre/novembre 1973-  » Les 7 jours qui ébranlèrent l’ex-Ligue Communiste  » Antoine Gleizes et Jean-Paul Naury.
Rouge n°2023 du 26/06/2003 –  » Les débats. – 21 juin 1973 – Dissous pour antifascisme  » François Duval  » –
Canal + le 19 avril 2004  » Lundi investigation -Trotskistes, tout ce que vous avez toujours voulu savoir…- « .
 » Mourir à trente ans  » film de 1982 – Romain Goupil –
Tract de l’Humanité-Rouge  » HALTE A LA FASCISATION !  » -juin 1973.
L’Humanité-Rouge n°192 – Editorial de Jacques Jurquet 19 juin 1973.
L’Humanité-Rouge n°193 – 5 juillet 1973 – article page 1 du 2 juillet 1973
Affiche  » Tous unis contre la fascisation  » pages centrales HR n°193 – 5 juillet 1973.
L’Humanité-Rouge n°193  » Appel aux militants et sympathisants du PCF  » 05/07/73
L’Humanité-Rouge n°193  » Le 21 juin – Riposte de masse au fascisme  » 5 juillet 1973
L’Humanité-Rouge n°194 -25 juillet au 5 septembre 1973- article encadré page 1
L’Humanité-Rouge n°194 -25/07 au 5/09/73-  » Quelques problèmes de l’unité  » page 2
L’Humanité-Rouge n°194 -25/07 au 5/09/73-  » Après le 21 juin – Témoignage  » page 3
Front-Rouge n°78 -5 juillet 1973-  » à propos des théories de la fascisation  » page 4
Front-Rouge n°78 -5 juillet 1973-  » à propos de la dissolution de la ligue trotskiste : Interview d’un militant marxiste-léniniste  » page 5
Front-Rouge n°79 -12 juillet 1973-  » Un tournant bien significatif de l’humanité rouge  » p.5
Front-Rouge n°79 -12 juillet 1973-  » au cirque d’hiver… le chef de piste s’appelait marchais « 
Front-Rouge n°80 -26 juillet 1973-  » à propos de l’emprisonnement de krivine « 
La fascisation en France -Brochure HR- André COLERE -2è édition mi-août 1973.
A contre-courant 1983-1986 -Jacques Jurquet -Le temps des Cerises -2001- p.158-159-161.

lu sur editions proletariennes