Quand les écrans publicitaires espionnent nos comportements dans le métro et les magasins

L’installation d’écrans publicitaires numériques se poursuit un peu partout dans les grandes villes. Ces écrans sont souvent accompagnés de caméras ou de capteurs d’audience, afin d’évaluer l’efficacité de la publicité, et d’adapter cette dernière aux comportements des passants ! Ces caméras sont-elles activées ? Quelles sont leurs conséquences sur notre anonymat ? Leur installation est-elle encadrée, comme le prévoit la loi ? L’association Résistance à l’agression publicitaire sonne l’alarme.

Bientôt des caméras dans les panneaux publicitaires ? Stéphane Dottelonde, président de l’Union de la publicité extérieure, répond dans un récent webdocumentaire :

- « Concernant les caméras, elles n’existent pas. C’est un pur fantasme. On n’a non seulement pas la possibilité, mais pas le droit de filmer quelqu’un, d’enregistrer son visage, et encore moins de connaître son identité. Franchement, c’est un pur fantasme. Ça n’est pas possible et ça ne sera pas possible. »

- « Donc, il n’y a pas de caméras dans ces panneaux ? »

- « Non, il n’y pas de caméras. Il pourrait y avoir des dispositifs de comptage du nombre de gens qui passent devant un panneau publicitaire. Mais de penser que l’on pourrait identifier un individu, c’est bien entendu totalement interdit et ça ne sera pas le cas, rassurez-vous, on ne filmera pas devant un panneau publicitaire. »

Mais que sont donc ces capteurs d’audience et de fréquentation ?

Les entreprises qui vendent ce type de technologies parlent pudiquement de « petits capteurs vidéos ». Ces capteurs sont en fait des caméras qui envoient des flux vidéos analysés en temps réel par un ordinateur.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) les définit ainsi [1] : « Les dispositifs de mesure d’audience (dans des cafés par exemple) consistent à placer des caméras sur des panneaux publicitaires afin de compter le nombre de personnes qui les regardent, le temps passé devant ceux-ci, et parfois même l’estimation de leur âge et de leur sexe. »

Jusqu’où peuvent aller ces capteurs d’audience ?

D’après les sociétés qui les exploitent, ces capteurs « comptent et classifient les visages en déterminant combien de visiteurs ont regardé la zone étudiée et pendant combien de temps. […] Ils révèlent le nombre d’Occasions De Voir (ODV), le nombre de spectateurs réels, leur temps de présence et d’attention, ainsi que leur répartition démographique (par sexe et tranche d’âge). Des informations tierces, telles que le nombre d’entrées dans le magasin, ou les données de caisse, peuvent également être intégrées pour diverses analyses de corrélation. » [2]

Si ces capteurs peuvent déterminer si les visiteurs regardent la publicité, c’est qu’ils sont dotés de dispositifs d’oculométrie, c’est-à-dire d’une technique d’enregistrement des mouvements des yeux : ce sont donc des capteurs qui regardent où se pose notre regard.

Ainsi en théorie, l’annonceur peut savoir en temps réel si les passants voient bien le logo en haut à droite de l’écran après avoir vu le décolleté plongeant que le publicitaire présuppose désirable au centre, afin que l’idée du plaisir puisse bien être associée au logo de la marque. Et si jamais les analyses montrent que personne ne voit pas le logo mais seulement le décolleté, il est possible, du jour au lendemain, de déplacer le logo afin qu’il soit plus proche du décolleté, afin que l’association plaisir/marque soit bien faite par le cerveau. Cet exemple peut paraître caricatural, mais malheureusement les attributs sexuels (et féminins le plus souvent) restent des « arguments de vente » qui ont la vie dure…

Pour l’instant, on nous habitue à ce type de technologies pour des « bonnes causes ». Ainsi, l’ONG Amnesty International a fait une affiche qui changeait lorsqu’on la regardait ou non pour dénoncer les violences conjugales [3].

Et les dispositifs de fréquentation ?

Ici, ce ne sont pas des caméras mais des appareils permettant de repérer les téléphones portables avec leur identifiant statique unique.

Toujours selon la Cnil : « Pour les dispositifs de mesure de fréquentation des lieux (dans les centres commerciaux et les aéroports), des boîtiers captent les données émises par le téléphone portable et calculent la position géographique des personnes. Ces systèmes permettent d’établir des statistiques de fréquentation sur la base d’une analyse des comportements. Par exemple, ils rendent possible de savoir combien de personnes ont fréquenté un centre commercial tel jour à telle heure mais aussi d’avoir connaissance des trajets d’une même personne. »

Une société toulousaine, TrenCube, a ainsi développé un capteur qui « permet de détecter tous les smartphones, qui émettent un identifiant statique unique. Le capteur TrenCube est en mesure de récupérer cette information et de la traiter afin d’observer des tendances et de produire un rapport d’analyse sur la façon dont les clients se déplacent et donc achètent dans les magasins. TrenCube est capable de déterminer combien de temps ils restent dans chaque rayon et combien de fois ils reviennent avant de passer à l’acte d’achat. TrenCube permet ainsi de comprendre le comportement des clients dans le monde réel de la même façon qu’un Traffic Manager analyse le comportement et les visites des internautes sur son site e-commerce. » [4] Ladite société vante la discrétion de son appareil ainsi : « Grâce à sa petite taille, notre capteur se dissimulera facilement sous votre caisse. »

Ces données de fréquentation du magasin peuvent permettre de savoir si une campagne de publicité a fait croître le nombre de clients dans le magasin. De manière secondaire, elles permettent aussi de surveiller l’activité des vendeurs et de savoir si la baisse du chiffre d’affaires est due à une baisse de fréquentation ou à une mauvaise « performance de son équipe commerciale ».

Quelles données sont recueillies ? L’anonymat est-il préservé ?

On le voit, ces technologies permettent de recueillir énormément de données et de les recouper avec d’autres. Les sociétés développant ces systèmes de mesures automatiques clament haut et fort que toutes les données récoltées par leurs systèmes sont anonymisées à plus ou moins brève échéance, en concédant tout de même qu’il s’agit bien de données personnelles. En effet, affirment-elles, les caméras filment bien les personnes, mais les visages sont floutés après un certain temps (24h selon elles) et les données recueillies par les téléphones portables permettent bien d’identifier un individu, mais sans en divulguer son nom.

Si cette affirmation peut être vraie (anonymisation des données recueillies pour un appareil spécifique), rien n’empêche tel magasin de faire des recoupements avec d’autres informations. Car si un système de mesure permet de savoir quel « téléphone » a fait tel chemin à telle heure, on peut sans problème faire correspondre ces données avec les données de caisse et ainsi de recouper un identifiant de téléphone anonyme avec un acte d’achat par carte bancaire nominatif. Et donc faire correspondre cet identifiant avec le nom du propriétaire du téléphone sans que la Cnil ne puisse vérifier quoi que ce soit. De plus, les récentes avancées en matière de reconnaissance faciale [5] peuvent faire craindre les pires dérives si de telles technologies étaient utilisées.

Que dit la loi ?

« Tout système de mesure automatique de l’audience d’un dispositif publicitaire ou d’analyse de la typologie ou du comportement des personnes passant à proximité d’un dispositif publicitaire est soumis à autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. » (article L581-9 du code de l’environnement). La Cnil rappelle « l’importance d’une information claire des personnes » [6]. Cette information était ainsi définie [7] : « Une information claire doit être affichée dans les lieux où sont mis en place ces dispositifs afin de garantir une réelle transparence vis-à-vis du public. Cette information doit, notamment, préciser la finalité du dispositif et l’identité de son responsable. »

En théorie donc, dès qu’un capteur d’audience ou de fréquentation est mis en place, une pancarte signalant son existence et sa finalité doit être visible. Il en va de même pour les magasins équipés de caméras de surveillance qui doivent prévenir « Souriez, vous êtes filmés. ». A la différence qu’ici, on aurait plutôt une pancarte : « Soyez qui vous êtes ! Vos données personnelles et votre comportement sont analysés par nos services marketing pour augmenter nos chances de vous faire acheter nos produits. »

Et en pratique ?

Notons qu’il semblerait que l’obligation de demande d’autorisation à la Cnil ne soit imposée que pour les dispositifs publicitaires et que rien ne soit prévu pour les dispositifs discrets mis sous les caisses des magasins. L’entreprise TrendCube affirme néanmoins que cette « activité a fait l’objet d’une déclaration à la Cnil qui nous a autorisé à mettre en œuvre nos traitements ». Nous n’avons pas encore pu vérifier cette affirmation, mais aucun capteur d’audience clairement signalé par des magasins ou à l’abord de dispositifs publicitaires ne nous a été signalé. En revanche, il est certain que des capteurs d’audience ont été mis en place sans que les passants soient informés, comme le montre le cas d’un magasin de prêt-à-porter dévoilé par un reportage de France 5 [8].

Dans ce reportage, Béatrice Querette, directrice de l’agence Merchanfeeling, très fière d’avoir installé des caméras infrarouges qui filment la rue à partir d’une vitrine pour analyser le comportement des passants sans aucun panneau pour les avertir, se justifie et nous explique « qu’une vitrine, c’est fait pour rêver. Donc, si on commence à leur dire qu’on met une petite caméra pour voir combien de temps ils ont regardé la vitrine [rires], on enlève la part de rêves et c’est dommage. »

Voir à partir de 35″57 :

Comme on le voit, il est très facile de mettre en place un système de mesure automatique d’audience manifestement illégal puisque non signalé, et même d’en parler dans les médias, sans que la Cnil ne soit au courant ou daigne réagir.

Quid des écrans publicitaires dans les gares et le métro parisien ?

La société Media Transports a commencé début 2010 à déployer des écrans numériques, d’abord massivement dans les stations de métro parisien, et depuis dans toutes les gares SNCF de France, progressivement. Ces écrans possèdent deux discrètes ouvertures rectangulaires en haut du support qui dissimulent des capteurs d’audience.

« Si les capteurs étaient allumés, on informerait le public. Pour l’instant, on a décidé de ne pas activer tout ce qui permet de mesurer l’audience », explique en 2010 Norbert Maire, directeur de l’innovation de Media Transports à cette époque [9] La technologie existe puisque la Cnil a contrôlé le système de mesure d’audience intégré dans ces écrans de 2 m² début 2009 [10]. Mais il a été décidé de ne pas l’activer puisque, au début du déploiement en tout cas, « l’attrait de la nouveauté suffi[sait] pour le moment pour commercialiser les espaces publicitaires sans fournir de mesure d’audience aux annonceurs ». Norbert Maire précise cependant en 2010 : « Mais on se réserve la possibilité de mettre des capteurs sur les écrans. » Et rajoute qu’étant donnée la pugnacité des associations antipub, cela ne se ferait « ni en 2010, ni même en 2011. Il faudra que les mentalités évoluent ».

En clair, Media Transports attend que nous soyons habitués aux écrans, qu’ils fassent partie de notre quotidien, avant d’activer les caméras surveillant notre comportement. Cependant rien ne nous prouve que ces caméras ne sont pas déjà activées. En effet, à notre connaissance, la Cnil n’a pas établi de contrôles sur ces capteurs d’audience depuis plus de quatre ans. Et donc personne, à part les employés de Media Transports, ne peut savoir si les caméras sont allumées ou non, secret professionnel oblige.

Quelle légitimité de ces capteurs ? Quel consentement des sujets ?

La Cnil n’a toujours pas répondu sur la question du consentement des personnes concernées [11]. Le RAP considère toujours que ces capteurs ne respectent pas l’article 6 de la loi n°78-17 du 6 juillet 1978 qui prévoit qu’un « traitement ne peut porter que sur des données à caractère personnel qui (…) sont collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes ». La légitimité commerciale et publicitaire est fortement contestable, surtout dans l’espace public et les transports en commun.]]. Les capteurs ne répondent à aucune des cinq conditions permettant d’être exempté du recueil du consentement. Mais surtout, la loi sur la vidéosurveillance doit s’appliquer. Si tel était le cas, ces dispositifs ne sauraient être autorisés, puisque cette dernière impose aux systèmes de surveillance de viser un objectif de sécurité des personnes et des biens. Or tel n’est manifestement pas le cas pour ces capteurs.

Il serait temps que la Cnil s’intéresse sérieusement à ce sujet pour éviter que nous ne devenions d’ici peu les cobayes d’expérimentations publicitaires dès que l’on sort de chez soi. Quant à Stéphane Dottelonde, nous le laissons méditer sur les « fantasmes » que sont ces capteurs d’audience…

L’association Résistance à l’agression publicitaire

- L’association Résistance à l’agression publicitaire et « Souriez, vous êtes filmés » ont écrit à la Cnil pour lui demander d’être vigilante sur ce sujet, et de leur communiquer toutes les autorisations délivrées pour ce type de dispositifs, afin de pouvoir vérifier si, au moins, une information est bien affichée dans les magasins qui en possèdent. Les citoyens peuvent se manifester auprès de la Cnil pour appuyer ces demandes.

- A lire aussi : Guérilla non-violente contre les écrans publicitaires « espions » de la RATP

Photo de une : reportage dans le métro parisien, Olivier Marcolin & Remysh, © Ganda-Prod / Basta !

lu dans basta !

Notes

[1Dans son article du 4 octobre 2010.

[3Campagne contre la violence conjugale, Paperblog du 3 août 2010.

[4« TrenCube, un capteur qui analyse la fréquentation des magasins », Connected-Objects.fr du 26 février 2014.

[5« Reconnaissance faciale : un algorithme a battu les humains », Futura-Sciences.com du 25 avril 2014.

[6Dans son article du 4 octobre 2010.

[7« Dispositifs d’analyse du comportement des consommateurs : souriez, vous êtes comptés ! »Avis de la Cnil du 19 avril 2010

[8« Consommateurs pris au piège », documentaire du 13 mai 2012 sur France 5, à partir de 35 min 57.

[9« Ecrans publicitaires dans le métro : le retour », Les Inrocks du 4 mai 2010.

[10« France : La CNIL contrôle les Numeri-Flash de Metrobus et publie ses constatations », Ooh-tv du 5 mai 2009.

[11Depuis que la Cnil a rendu son avis du 19 avril 2010, la position du réseau Résistance à l’agression publicitaire (RAP) n’a pas changé sur le sujet. Lire « La CNIL sur les écrans publicitaires « espions » : avis partiel voire partial », communiqué de presse du réseau Résistance à l’Agression Publicitaire du 20 avril 2010

Neutralité du Net

 

 

 

 

 

 

 

 

HBO est-il en train de renverser le débat sur la neutralité du net aux Etats-Unis et dans le monde, par un simple discours de 15 minutes issu de l’émission Last Week Tonight animée par l’excellent John Oliver ? Publiée dimanche, la vidéo a déjà été vue par plus de 750 000 spectateurs sur YouTube, et commence à faire le tour du monde.

L’acteur et animateur y décrit avec un mélange détonnant d’humour et de conviction le danger de l’abandon de la neutralité des réseaux, suite à la proposition du régulateur américain (la FCC) d’autoriser un internet à deux vitesses, avec des voies rapides réservées aux éditeurs de services qui paieront les sommes exigées par les FAI. Son discours, qui va crescendo, se termine en apothéose par un appel à la mobilisation des internautes qui passent des heures à publier des commentaires idiots sur des vidéos sans importance.

John Oliver les supplie de se rendre sur le site qu’a spécialement créé la FCC, et de l’inonder de messages demandant à préserver la neutralité du net, pour faire contre-poids aux très puissants lobbys des télécoms, qui investissent des sommes énormes pour combattre la neutralité — en résultat, le site de la FCC n’affiche plus aucune contribution à l’heure où nous publions ces lignes.

La vidéo officielle n’est disponible qu’en anglais non sous-titré, mais nous avons ajouté des sous-titres français produits de façon collaborative :





John Oliver (HBO) - Neutralité du net (VOSTFR) par Numerama

vu sur numerama

Il faut qu’on discute de notre usage de Facebook

En octobre 2012, le collectif allemand Nadir a publié un communiqué traitant des implications de l’utilisation de Facebook, et plus largement de tout réseau social ou service internet (mails) centralisé. L’année 2013, en particulier grâce aux révélations de lanceurs d’alerte comme Edward Snowden, a confirmé le danger intrinsèque de ces services, et plus largement d’internet dans un cadre irraisonné. Traduction de leur texte, jamais diffusé en français à notre connaissance.

Depuis plu­sieurs années, nous four­nis­sons des ser­veurs et une infra­struc­ture de com­mu­ni­ca­tion pour « la gauche » [1]. Nous avons fait de notre mieux pour garder les ser­veurs sûrs, et avons résisté, par divers moyens, aux requê­tes d’accès aux don­nées des uti­li­sa­teurs par les auto­ri­tés.

En bref : nous ten­tons d’offrir une forme libé­ra­trice de com­mu­ni­ca­tion à l’inté­rieur de l’inter­net capi­ta­liste.

Disneyland

Nous n’avions pas réa­lisé qu’après le stress des actions de rue ou les lon­gues dis­cus­sions col­lec­ti­ves, beau­coup d’acti­vis­tes sem­blent avoir ce désir de papo­ter à loisir sur Facebook, de tout et avec tout le monde. Nous n’avions pas réa­lisé que, même pour la gauche, Facebook est la plus douce des ten­ta­tions. Que la gauche, aux côtés des autres, appré­cie de suivre le subtil flux d’exploi­ta­tion, là ou il ne semble faire aucun mal, et, pour une fois, sans avoir à résis­ter. Beaucoup de per­son­nes ont mau­vaise cons­cience. Bien que cela pour­rait leur per­met­tre d’anti­ci­per les consé­quen­ces fata­les de Facebook, cela ne semble pas se tra­duire en actes.

Est-ce seulement de l’ignorance ?

Juste pour donner un aperçu du pro­blème. En uti­li­sant Facebook, non seu­le­ment les acti­vis­tes ren­dent leur pro­pres com­mu­ni­ca­tions, leur opi­nions, leurs « likes », etc. trans­pa­rents et dis­po­ni­bles à l’ana­lyse auto­ma­ti­sée. Mais ils expo­sent de plus -et nous consi­dé­rons cela beau­coup plus impor­tant- des struc­tu­res et per­son­nes qui ont elles-mêmes peu ou aucun rap­port à avoir avec Facebook.

Les capa­ci­tés de Facebook à recher­cher dans la toile des rela­tions, simi­li­tu­des, etc. sont dif­fi­ci­les à saisir pour les pro­fa­nes. Les bavar­da­ges sur Facebook repro­dui­sent des struc­tu­res poli­ti­ques, ainsi ren­dues dis­po­ni­bles aux auto­ri­tés, et à des entre­pri­ses. Celles-ci peu­vent être recher­chés, triées, agré­gées, non seu­le­ment pour obte­nir des infor­ma­tions pré­ci­ses sur des rela­tions socia­les, des per­son­nes clé, etc. mais également pour faire des déduc­tions et anti­ci­pa­tions à partir de motifs récur­rents. À l’instar que les télé­pho­nes por­ta­bles, Facebook est la plus sub­tile, économe, et effi­cace des tech­no­lo­gie de sur­veillance actuel­le­ment dis­po­ni­ble.

Les utilisateurs de Facebook comme informateurs inconscients ?

Nous avons tou­jours pensé que la gauche veut autre chose : pour­sui­vre les luttes en ligne, et uti­li­ser inter­net au ser­vice des luttes poli­ti­ques. C’est le but, en ce qui nous concerne – encore aujourd’hui. C’est pour­quoi nous voyons les uti­li­sa­teurs de Facebook comme un danger réel pour nos luttes. En par­ti­cu­lier les acti­vis­tes qui publient des infor­ma­tions impor­tan­tes sur Facebook (sou­vent sans savoir ce qu’ils font) qui est de plus en plus uti­lisé par les forces de l’ordre. Nous pour­rions pres­que aller jusqu’à accu­ser ces acti­vis­tes de col­la­bo­ra­tion. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous avons encore espoir que chacun réa­lise que Facebook est un ennemi poli­ti­que, et que ceux qui l’uti­li­sent le ren­dent de plus en plus puis­sant. Les acti­vis­tes uti­li­sant Facebook nour­ris­sent ce dis­po­si­tif, et en consé­quence, révè­lent nos struc­tu­res – sans aucune néces­sité, sans aucun mandat de jus­tice, sans aucune pres­sion.

Notre point de vue

Nous sommes cons­cients que l’on parle « de haut ». Pour nous, qui tra­vaillons depuis des – par­fois en gagnant notre vie – avec le net et les ordi­na­teurs, l’admi­nis­tra­tion de sys­tè­mes, la pro­gram­ma­tion, la cryp­to­gra­phie, ou autre, Facebook appa­raît comme un ennemi natu­rel. Et comme nous nous consi­dé­rons également comme fai­sant partie de la gauche, cela s’ajoute à l’ana­lyse poli­ti­que des fon­de­ments économiques de Facebook, où les « uti­li­sa­teurs » sont trans­for­més en pro­duits, qui sont vendus, et devien­nent consom­ma­teurs, en consé­quence. Le jargon pour ceci est « la créa­tion de besoin ». Nous réa­li­sons que tout le monde n’uti­lise pas inter­net avec autant d’enthou­siasme que nous pou­vons le faire. Mais pour des acti­vis­tes, auto­ri­ser ce cheval de Troie nommé Facebook à faire partie de leur vie quo­ti­dienne est un signe d’igno­rance d’un niveau cri­ti­que.

Ceci est un appel : fermez vos comp­tes Facebook ! Vous mettez les autres en danger ! Prenez acte contre ce mons­tre de don­nées !

Et de même : quit­tez Yahoo mail et autres ! À bas Google ! Contre la réten­tion des don­nées ! Pour la neu­tra­lité du net ! Liberté pour Bradley Manning ! Longue vie à la décen­tra­li­sa­tion !

Luttez contre le capi­ta­lisme ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net ! Contre l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net !

Mettez vos cama­ra­des sur les nerfs. Appuyez sur le fait qu’en nour­ris­sant Facebook, ils ont choisi le mau­vais coté !

 nadir, octo­bre 2012

P.-S.

Notes

[1Note de traduction : « la gauche », notion relative par définition, résulte d’une volonté de traduire le texte original au plus proche, et fait bien évidemment référence ici à une sensibilité politique

lu sur rebellyon

Hypocrisie : au fbi et vatican aussi on telecharge nottement du porn !

Films porno: les téléchargements pas très catholiques du Vatican

Spring 2012 Student Hackathon Coding  par hackNY via Flickr, License CC

Torrentfreak a décidé de jeter un oeil aux habitudes de téléchargement des habitants de la ville-Etat la plus religieuse du monde, le Vatican. Vu la taille du territoire, il y a très peu de téléchargements. Mais on notera tout de même un intérêt pour plusieurs séries américaines, dont The Americans. Seuls trois films ont été téléchargé –dont Love Actually, et quelques albums musicaux.

Bref, rien de très passionnant, sauf que Torrentfreak est alors tombé sur des téléchargements plus intéressants: plusieurs films porno, avec une tendance pour le BDSM.

On ne sait pas si les pirates fans de SM sont des hommes de foi, mais ça ne serait pas la première fois qu’on verrait des téléchargements dans des endroits incongrus: le FBI a par exemple ses pirates, et les téléchargements illégaux peuvent venir des studios qui produisent les films et séries. Sony avait ainsi téléchargé le film Conan et ce qui semble être un épisode de Beavis & Butthead, à NBC, on avait trouvé la trace du téléchargement de la première saison de Game of Thrones, d’un épisode de 2 broke girls et d’un autre de How to make it in America, et chez Fox de Super 8, une production d’un de ses concurrents, la Paramount.

On s’étonnera peut-être moins de savoir que le Vatican et les hackers ont plus de points en commun qu’on ne le croit, comme on le rapportait en avril 2011. Le père jésuite Antonio Spadaro estimait entre autres que la philosophie du hacking est «taquine mais engagée, encourage la créativité et le partage et s’oppose aux modèles de contrôle, de concurrence et de propriété privée».
lu sur slate

Au FBI aussi, on télécharge illégalement des séries

Dans leur grande chasse mondiale —et souvent vaine— aux pirates et autres téléchargeurs, les ayant-droits ont réussi à embarquer avec eux la plupart des gouvernements de la planète. Disons au moins la France, qui est à la recherche depuis maintenant une décennie d’un plan pour sauvergarder les industriels de la culture (dont le dernier en date, l’Hadopi, n’a pas fait preuve de son efficacité). Disons aussi les Etats-Unis, qui préfèrent la riposte musclée à la riposte graduée: on a vu leur méthode à l’œuvre l’an dernier quand le FBI a fait fermer manu militari Megaupload. Avec le succès que l’on sait aussi.

Car pour le FBI, le téléchargement est un crime, une menace grandissante qu’il convient d’éradiquer. Sauf que… selon TorrentFreak, l’ennemi vient aussi de l’intérieur. TorrentFreak et une entreprise qui scrute ce qui circule sur BitTorrent se sont en effet aperçus que certains pirates étaient liés à des adresses IP enregistrés auprès d’une division du FBI…

Comme on peut le voir sur la capture d’écran, ces policiers pirates ont, comme la plupart des internautes qui s’adonnent à la pratique du téléchargement illégal, un goût prononcé pour les films et les séries télés. Et ils sont très boulot-boulot. Parmi les séries téléchargés, ont peut voir que Homeland, The Good Wife, et Dexter, qui mettent toutes en scène des policiers-espions-procureurs cartonnent aussi chez les petits-enfants d’Edgar Hoover.

OK, on peut imaginer que ces téléchargements ne soient pas du tout lancés pour égayer les longues soirées d’hiver des personnels du Departement of Justice, mais qu’ils fassent partie d’une enquête en cours, d’un plan machiavélique pour faire tomber des méchants téléchargeurs. TorrentFreak en doute.

sur sur slate aussi

Le Vatican défend les hackers

Le Vatican et les hackers ont plus de points communs qu’on ne le croit. Le site Network World relaie en effet un article de la revue Civilta Cattolica, «dont le texte est relu pour approbation par la secrétairerie d’Etat du Vatican avant publication», où un père jésuite, Antonio Spadaro, «critique littéraire et expert en technologie», défendait mi-mars les hackers d’une façon «étonnamment charitable».

Un résumé de cet article écrit en italien a été posté en anglais sur Facebook:

«Une vision largement partagée considère les hackers comme des saboteurs, si ce n’est comme des délinquants numériques. Relier hacking et éthique peut donc paraître contradictoire. […] Sans comparer indûment les hackers et les communautés chrétiennes, cet article conclut que les deux ont aujourd’hui, dans un monde dévoué à la logique du profit, beaucoup à se donner mutuellement.»

Antonio Spadaro estime, toujours selon Network World, que la philosophie du hacking est «taquine mais engagée, encourage la créativité et le partage et s’oppose aux modèles de contrôle, de concurrence et de propriété privée». Il cite les propos de hackers chrétiens comme le californien Tom Pittman, qui a déclaré:

«En tant que chrétien, je ressens quelque chose que Dieu a dû ressentir quand Il a créé le monde.»

Dans son article, Spadaro fait notamment l’éloge de Wikipedia:

«On estime qu’il a fallu environ 100 millions d’heures de travail intellectuel pour créer la plus grande encyclopédie collaborative en ligne, ce qui est équivalent au temps que les citoyens américains passent à regarder de la publicité à la télévision en un seul week-end.»

Le théoricien reconnaît néanmoins l’existence de divergences entre l’organisation hiérarchique de l’église catholique et son concept de «vérité révélée» et la philosophie des hackers sur ces points. Des bémols qui ont paradoxalement déclenché une réplique de L’Osservatore Romano, le journal «semi-officiel» de la papauté, dont un journaliste, Luca Possati, a exprimé une vision «encore plus optimiste» des points communs entre les hackers et les chrétiens. Ce qui a déclenché une réponse aigre de Antonio Spadaro, qui a jugé cette façon de relancer le débat «incorrecte».

toujours sur slate

A propos du rapport entre Gaston Couté et Benoît Broutchoux

 

Texte d’un camarade de l’UL-CNT de Lille :

Couté ? Ça fait un bout de temps que j’connais et qu’j’apprécie !

gaston-couteDéjà, à l’époque de mon landau, je me faisais trimbaler dans les bras de mes tontons au son des « Mangeux d’terre » (cheminot, cheminot, chemine…). L’histoire d’un gars qui a pour seul bien les chemins qu’il parcoure et dont les « agriculteurs », comme on dit aujourd’hui, réduisent à chaque sillon d’charrue…

Presque vingt ans plus tard, je le croiserai au hasard d’un tour de chant (d’éducation) populaire avec « Le gas qu’a perdu l’esprit ». De hasard, c’en était pas du tout, c’est juste que je ne me rendais pas encore compte que je baignais dedans depuis qu’j’étais haut comme trois pommes…

Et puis, « Les petits chats », « L’amour anarchiste », « Sur le pressoir » (repris plus tard par La Tordue), « Mes agneaux… » (mais, de cette dernière, je vous en causerai un peu plus loin)…

Gaston Couté, donc, beauceron par sa région natale, a très rapidement compris les méfaits d’un capitalisme qui ne disait pas encore son nom, et a mis les bouts pour monter à Paname et se produire, souvent contre une simple chope de vin, dans les cabarets de Montmartre.

Très simplement, et toujours attaché à s’exprimer avec son patois, il a écrit, dit, chanté des textes emplis de bon sens contre l’exploiteur, les militaires, la religion, le Pouvoir. Et quand il n’était pas à cuver les scènes sombres parisiennes, il allait soutenir les grévistes, notamment sur les chantiers du métropolitain…

Et puis, sachant manier les mots comme pas deux, l’année avant sa disparition, il a aussi écrit de nombreuses chansons d’actualités sur des airs connus pour le journal « La guerre sociale ».

Broutchoux ? Aussi, que j’le connais !

Broutchoux-reverbere-et-pied-de-nezMais c’est plus tard, quand je suis arrivé dans la région lilloise que j’ai croisé son ombre encore bien présente. Je l’imagine encore bien, grimpé en haut d’son réverbère, à haranguer les foules contre les exploiteurs, les militaires et le Pouvoir.

Forcément, il dérangeait… Du coup, interdit de travailler dans les mines, il en avait du temps pour écrire dans « Le réveil syndical » puis dans « L’action syndicale », hebdomadaire du syndicat des mineurs de Lens. Mais ça, d’autres que moi en parleront bien mieux ! Deux liens à ce sujet (note du webmaster) : article sur Broutchoux + blog sur Broutchoux

Et le rapport entre les deux ?

Ben le v’là ! De lecture sur les écrits de l’un à la lecture de la biographie de l’autre, il a été facilement aisé de s’apercevoir qu’ils ont vécus durant la même période, celle des grandes grèves des mines du Nord et des mouvements sociaux en tout genre d’avant la première guerre.

Mais ça m’était insuffisant ! Ont-ils pu se rencontrer ? Se côtoyer ? Vider des chopes ensemble ?! Probablement…

Et puis, à force d’en rêver, il apparaît que ça a eu lieu !

Et avec ce que j’ai (re)découvert, je commence à frissonner. Du romantisme libertaire ? Peut-être ! Mais je trouve ça fort que ces deux personnages qui ont contribué à construire ma culture politique aient pu avoir un lien entre eux. Assez fort en tout cas pour en avoir le désir de le (re)partager avec vous. Oui, d’autres avaient déjà fait le lien : Gaston Couté et la presse, Lucien Seroux, mai 2002.

D’abord, il se trouve qu’à deux reprises, en juillet et août 1910, des chansons d’actualités de « La Guerre Sociale », signées Gaston Couté, ont été publiés dans « L’action syndicale ». A savoir : « Que le sang retombe sur vous » (au sujet de l’affaire Liabeuf) et « Le dossier de Damoclès » (sur le gouvernement de l’époque).

Le mois suivant, c’est sous le nom de « Le Soubeziot » que Gaston Couté écrit le poème intitulé « Mes agneaux… » précisément en soutien au « Réveil artésien » , organe révolutionnaire diffusé à Arras et qui n’en était qu’à son vingt-septième numéro. Le texte paraît le même jour, le 11 septembre 1910, dans « Le réveil artésien » et « L’action syndicale »  !

Et puis, haricot sur le pain de seigle, il se pourrait qu’il ait été souvent invité dans le Nord à dire, lire, conter du Couté ! A ce sujet, si vous retrouvez dans les marmites de vos grand-mères des documents concernant son éventuel passage dans les parages,  je suis preneur…

Bien à vous,
Letartier

Ben Drew : « Ces jeunes délinquants sont de putain d’êtres humains »

 

 

Rappeur ultra-populaire en Angleterre, Ben Drew, alias Plan B, signe son premier long-métrage, Ill Manors, un thriller radical, insoutenable, sur des jeunes délinquants d’un quartier défavorisé de Londres. Rencontre avec un jeune homme en colère (première partie).

 

 

 

 

Star en Angleterre, le rappeur Ben Drew, qui œuvre sous le pseudo de Plan B, a écrit, réalisé et mis en musique à 27 ans son premier long-métrage Ill Manors, un thriller ultra-violent, parfois un peu confus, mais toujours très ambitieux, avec une multiplicité d’histoires imbriquées les unes dans les autres. Véritable coup de boule au plexus, ce film choc est inspiré d’histoires vraies qu’il a vécu avec ses amis de Forest Gate, un quartier dévasté de Londres. 

 

 

Formidable musicien (je vous recommande particulièrement son album Ill Manors), acteur vu dans l’épatant Harry Brown, au côté de Michael Caine, Ben Drew s’avère un réalisateur avec lequel il va falloir compter. Parmi ses influences, il avoue avoir été marqué par La Haine de Mathieu Kassovitz. Néanmoins, on voit mal qui pourrait réaliser en France un film sur les banlieues aussi dévastateur, aussi sincère.

Pour info, j’ai rarement rencontré un artiste aussi humble, à l’écoute, aussi critique envers son œuvre. A une époque où les attachés de presse vous proposent généreusement des entretiens de… 5 minutes avec leurs poulains, voici un artiste engagé qui est capable de donner une heure de son temps pour parler de ce qui lui tient vraiment à cœur : les mômes défavorisés de son quartier, sa fondation, la musique ou le cinéma. Merci Ben.

 

 

 

«J’ai des images dans la tête 

et je dois les sortir de là»

 

 

 

En France, on vous présente comme « l’Eminem britannique ». Cela vous convient-il ?

 

Ben Drew : Ca me va, c’est plutôt un compliment, non ?

 

Pouvez-vous me dire d’où vous venez, quelle a été votre enfance.

 

B. D. : Je suis de l’East End londonien, mon père a disparu quand j’avais six-sept ans, ma mère m’a élevé seule. Mon père était musicien, mais il ne m’a pas appris grand-chose. J’ai toujours voulu faire quelque chose dans la musique, ça doit être dans mon sang… J’ai appris à jouer de la guitare à 14 ans, puis je me suis mis à rapper en m’accompagnant à la guitare, et j’ai été signé par un label à 22 ans. J’ai sorti mon premier album de hip hop en 2006, un succès d’estime, et je me suis mis à écrire des films. J’ai tout d’abord signé un court-métrage intitulé Michelle, puis le scénario de Ill Manors. Les producteurs voulaient confier la réalisation à Mike Figgis, mais j’ai exigé de le réaliser moi-même. J’ai donc commencé par mettre en scène un court-métrage, histoire de faire mes preuves. Le projet du long est néanmoins tombé à l’eau, mais je n’ai pas lâché l’affaire. Avec le succès de mon album Defamation of Strickland Banks, j’ai enfin pu réaliser en septembre 2010 Ill Manors que j’ai cofinancé avec mes royalties gagnées dans la musique. J’ai dû repartir en tournée et le film est resté sur des étagères pendant des mois. En 2011, j’ai montré cinq des meilleures séquences aux distributeurs et je tentais de finir le montage de ce foutu puzzle, avec toutes ces histoires différentes qui s’imbriquent les unes dans les autres. J’avais l’impression d’avoir un diamant dans les mains, mais je n’arrivais pas à le tailler correctement. Maintenant, je trouve que le film a pas mal de défauts, il y a notamment 15 minutes de trop, certaines scènes d’action ne sont pas assez bien filmées, il y a trop de styles différents… Néanmoins, je trouve que le film provoque des réactions, de l’empathie, de la tristesse ou du dégoût. En tout cas, c’est le meilleur film que je pouvais faire à l’époque et j’ai beaucoup appris de cette expérience…

 

 

 

Vous êtes un musicien ultra-populaire, pourquoi vouliez-vous réaliser un film ?

 

B. D. : J’ai des images dans la tête et je dois les sortir de là, sinon ça me rend dingue. Je vois de la beauté dans la vie, dans les existences du quotidien. Quand Van Gogh peignait, il était déprimé car ce n’était jamais aussi parfait qu’il aurait voulu. Un artiste a des visions et tente inlassablement de les reproduire. Si vous vous n’y parvenez pas, c’est très frustrant, et si vous vous appelez Van Gogh, vous risquez de vous couper l’oreille ! Avec Ill Manors, je n’ai pas réussi totalement mon coup, mais j’ai collaboré avec des personnes formidables, notamment des acteurs amateurs, et pas mal de mes amis. Grâce à eux, certaines scènes sont encore mieux que je ne l’avais imaginé.

 

«Une partie oubliée de Londres»

 

Le film se déroule à Forest Gate. Pouvez-vous me parler de ce quartier mal famé de Londres ?

 

B. D. : C’est une partie oubliée de Londres, un quartier désolé, dévasté, pas loin du stade olympique. J’y ai habité des années, c’est mon quartier. Tout est vrai dans mon film, toutes ces histoires démentes sont arrivées à mes amis ou à moi, et il y en a certaines que j’ai lues dans le journal. Mais si tout est vrai, tout n’est pas arrivé dans un laps de temps d’une semaine. C’est un film, j’avais besoin de condenser l’action. Je voulais expliquer que nous sommes le produit de notre environnement. Forest Gate est un lieu ravagé par le chômage, la drogue, la prostitution, la misère. Dans les journaux, on vous parle de faits-divers, on vous explique que ces jeunes délinquants sont des racailles, mais on ne vous explique jamais les raisons. Ces jeunes y sont traités et dépeints comme des animaux. Je voulais mettre à jour les raisons qui ont transformé ces jeunes en animaux. Pourtant, ce sont de putain d’êtres humains.

 

Vous avez tourné Ill Manors pour changer les mentalités ?

 

B. D. : Non, je veux juste que les gens comprennent ce qui se passe. Je montre la réalité et comment nous pouvons changer les choses. Quand nous avons une gamine de 15 ans qui a un bébé, on a simplement un enfant qui élève un autre enfant. Vous avez donc des enfants qui grandissent sans adulte, au milieu de la drogue et de l’alcool, des enfants qui ont souvent été abusés sexuellement et qui en plus sont culpabilisés d’avoir été violés. Ils grandissent en colère, ils pensent qu’ils sont de la merde car on les traite comme de la merde. A l’école, ils frappent les autres, pas parce qu’ils sont en colère contre les autres mômes, mais parce qu’ils ont été agressés sexuellement. Ces enfants enragés ne peuvent apprendre à l’école, ni écouter les ordres, ils ne peuvent pas respecter l’autorité. Ces enfants n’ont pas de parents, il faut absolument que l’on fasse quelque chose. C’est pour cela que j’ai monté une association, « Each one, teach one », car ce gouvernement ne fera jamais rien. Avec mon association, je finance des cours de boxe, de musique, j’ai monté une école de coiffure où les mômes apprennent à couper les cheveux. Et mon grand projet est de créer une école de cinéma. Qui peut payer 25 000 putain euros par an et ce pendant quatre ans ? Avec l’argent de mes albums, je vais donc monter cette école de cinéma entièrement gratuite et les étudiants pourront apprendre dans les meilleures conditions. Les citoyens doivent s’engager. Quand vous voyez un animal blessé, vous réagissez. Et là, pour ces mômes ont besoin de nourriture, de fringues, nous ne faisons rien… Et nous intervenons pour un putain d’animal ! Les gens ont peur d’approcher ces gamins défavorisés par peur d’être agressés, d’être volés. Ce ne sont pas des animaux, ce sont des être humains, qui voient le monde différemment de nous.

 

lu sur backch

braquage jedi à st-laurent-des-autels (maine et loire )

braquage jedi

Maine-et-Loire. Ils braquent une supérette… avec des sabres lasers

  • C’est avec des sabres comparables à ceux de Star Wars que les malfaiteurs ont agi.

    C’est avec des sabres comparables à ceux de Star Wars que les malfaiteurs ont agi.

La force était-elle avec eux ? C’est peut-être ce qu’ont cru les deux braqueurs de la supérette Dia à Saint-Laurent-des-Autels (49) mercredi dernier.

Il était environ 14 h quand les deux hommes ont débarqué dans le magasin avec des imitations de sabres lasers, dignes de la saga Star Wars. Ils ont menacé les deux employées présentes et ont exigé qu’elles déposent l’argent de la caisse dans un sac.

Un butin de 250 euros

Le personnel s’est exécuté et les braqueurs sont ainsi repartis avec un butin estimé à environ 250 €. L’incident, pour le moins insolite, n’a pas fait de blessés mais les employées ont été très choquées.

Ce jeudi soir, les auteurs restaient toujours introuvables.

lu dans leur presse locale, ouest rance