Quand les écrans publicitaires espionnent nos comportements dans le métro et les magasins

L’installation d’écrans publicitaires numériques se poursuit un peu partout dans les grandes villes. Ces écrans sont souvent accompagnés de caméras ou de capteurs d’audience, afin d’évaluer l’efficacité de la publicité, et d’adapter cette dernière aux comportements des passants ! Ces caméras sont-elles activées ? Quelles sont leurs conséquences sur notre anonymat ? Leur installation est-elle encadrée, comme le prévoit la loi ? L’association Résistance à l’agression publicitaire sonne l’alarme.

Bientôt des caméras dans les panneaux publicitaires ? Stéphane Dottelonde, président de l’Union de la publicité extérieure, répond dans un récent webdocumentaire :

- « Concernant les caméras, elles n’existent pas. C’est un pur fantasme. On n’a non seulement pas la possibilité, mais pas le droit de filmer quelqu’un, d’enregistrer son visage, et encore moins de connaître son identité. Franchement, c’est un pur fantasme. Ça n’est pas possible et ça ne sera pas possible. »

- « Donc, il n’y a pas de caméras dans ces panneaux ? »

- « Non, il n’y pas de caméras. Il pourrait y avoir des dispositifs de comptage du nombre de gens qui passent devant un panneau publicitaire. Mais de penser que l’on pourrait identifier un individu, c’est bien entendu totalement interdit et ça ne sera pas le cas, rassurez-vous, on ne filmera pas devant un panneau publicitaire. »

Mais que sont donc ces capteurs d’audience et de fréquentation ?

Les entreprises qui vendent ce type de technologies parlent pudiquement de « petits capteurs vidéos ». Ces capteurs sont en fait des caméras qui envoient des flux vidéos analysés en temps réel par un ordinateur.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) les définit ainsi [1] : « Les dispositifs de mesure d’audience (dans des cafés par exemple) consistent à placer des caméras sur des panneaux publicitaires afin de compter le nombre de personnes qui les regardent, le temps passé devant ceux-ci, et parfois même l’estimation de leur âge et de leur sexe. »

Jusqu’où peuvent aller ces capteurs d’audience ?

D’après les sociétés qui les exploitent, ces capteurs « comptent et classifient les visages en déterminant combien de visiteurs ont regardé la zone étudiée et pendant combien de temps. […] Ils révèlent le nombre d’Occasions De Voir (ODV), le nombre de spectateurs réels, leur temps de présence et d’attention, ainsi que leur répartition démographique (par sexe et tranche d’âge). Des informations tierces, telles que le nombre d’entrées dans le magasin, ou les données de caisse, peuvent également être intégrées pour diverses analyses de corrélation. » [2]

Si ces capteurs peuvent déterminer si les visiteurs regardent la publicité, c’est qu’ils sont dotés de dispositifs d’oculométrie, c’est-à-dire d’une technique d’enregistrement des mouvements des yeux : ce sont donc des capteurs qui regardent où se pose notre regard.

Ainsi en théorie, l’annonceur peut savoir en temps réel si les passants voient bien le logo en haut à droite de l’écran après avoir vu le décolleté plongeant que le publicitaire présuppose désirable au centre, afin que l’idée du plaisir puisse bien être associée au logo de la marque. Et si jamais les analyses montrent que personne ne voit pas le logo mais seulement le décolleté, il est possible, du jour au lendemain, de déplacer le logo afin qu’il soit plus proche du décolleté, afin que l’association plaisir/marque soit bien faite par le cerveau. Cet exemple peut paraître caricatural, mais malheureusement les attributs sexuels (et féminins le plus souvent) restent des « arguments de vente » qui ont la vie dure…

Pour l’instant, on nous habitue à ce type de technologies pour des « bonnes causes ». Ainsi, l’ONG Amnesty International a fait une affiche qui changeait lorsqu’on la regardait ou non pour dénoncer les violences conjugales [3].

Et les dispositifs de fréquentation ?

Ici, ce ne sont pas des caméras mais des appareils permettant de repérer les téléphones portables avec leur identifiant statique unique.

Toujours selon la Cnil : « Pour les dispositifs de mesure de fréquentation des lieux (dans les centres commerciaux et les aéroports), des boîtiers captent les données émises par le téléphone portable et calculent la position géographique des personnes. Ces systèmes permettent d’établir des statistiques de fréquentation sur la base d’une analyse des comportements. Par exemple, ils rendent possible de savoir combien de personnes ont fréquenté un centre commercial tel jour à telle heure mais aussi d’avoir connaissance des trajets d’une même personne. »

Une société toulousaine, TrenCube, a ainsi développé un capteur qui « permet de détecter tous les smartphones, qui émettent un identifiant statique unique. Le capteur TrenCube est en mesure de récupérer cette information et de la traiter afin d’observer des tendances et de produire un rapport d’analyse sur la façon dont les clients se déplacent et donc achètent dans les magasins. TrenCube est capable de déterminer combien de temps ils restent dans chaque rayon et combien de fois ils reviennent avant de passer à l’acte d’achat. TrenCube permet ainsi de comprendre le comportement des clients dans le monde réel de la même façon qu’un Traffic Manager analyse le comportement et les visites des internautes sur son site e-commerce. » [4] Ladite société vante la discrétion de son appareil ainsi : « Grâce à sa petite taille, notre capteur se dissimulera facilement sous votre caisse. »

Ces données de fréquentation du magasin peuvent permettre de savoir si une campagne de publicité a fait croître le nombre de clients dans le magasin. De manière secondaire, elles permettent aussi de surveiller l’activité des vendeurs et de savoir si la baisse du chiffre d’affaires est due à une baisse de fréquentation ou à une mauvaise « performance de son équipe commerciale ».

Quelles données sont recueillies ? L’anonymat est-il préservé ?

On le voit, ces technologies permettent de recueillir énormément de données et de les recouper avec d’autres. Les sociétés développant ces systèmes de mesures automatiques clament haut et fort que toutes les données récoltées par leurs systèmes sont anonymisées à plus ou moins brève échéance, en concédant tout de même qu’il s’agit bien de données personnelles. En effet, affirment-elles, les caméras filment bien les personnes, mais les visages sont floutés après un certain temps (24h selon elles) et les données recueillies par les téléphones portables permettent bien d’identifier un individu, mais sans en divulguer son nom.

Si cette affirmation peut être vraie (anonymisation des données recueillies pour un appareil spécifique), rien n’empêche tel magasin de faire des recoupements avec d’autres informations. Car si un système de mesure permet de savoir quel « téléphone » a fait tel chemin à telle heure, on peut sans problème faire correspondre ces données avec les données de caisse et ainsi de recouper un identifiant de téléphone anonyme avec un acte d’achat par carte bancaire nominatif. Et donc faire correspondre cet identifiant avec le nom du propriétaire du téléphone sans que la Cnil ne puisse vérifier quoi que ce soit. De plus, les récentes avancées en matière de reconnaissance faciale [5] peuvent faire craindre les pires dérives si de telles technologies étaient utilisées.

Que dit la loi ?

« Tout système de mesure automatique de l’audience d’un dispositif publicitaire ou d’analyse de la typologie ou du comportement des personnes passant à proximité d’un dispositif publicitaire est soumis à autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. » (article L581-9 du code de l’environnement). La Cnil rappelle « l’importance d’une information claire des personnes » [6]. Cette information était ainsi définie [7] : « Une information claire doit être affichée dans les lieux où sont mis en place ces dispositifs afin de garantir une réelle transparence vis-à-vis du public. Cette information doit, notamment, préciser la finalité du dispositif et l’identité de son responsable. »

En théorie donc, dès qu’un capteur d’audience ou de fréquentation est mis en place, une pancarte signalant son existence et sa finalité doit être visible. Il en va de même pour les magasins équipés de caméras de surveillance qui doivent prévenir « Souriez, vous êtes filmés. ». A la différence qu’ici, on aurait plutôt une pancarte : « Soyez qui vous êtes ! Vos données personnelles et votre comportement sont analysés par nos services marketing pour augmenter nos chances de vous faire acheter nos produits. »

Et en pratique ?

Notons qu’il semblerait que l’obligation de demande d’autorisation à la Cnil ne soit imposée que pour les dispositifs publicitaires et que rien ne soit prévu pour les dispositifs discrets mis sous les caisses des magasins. L’entreprise TrendCube affirme néanmoins que cette « activité a fait l’objet d’une déclaration à la Cnil qui nous a autorisé à mettre en œuvre nos traitements ». Nous n’avons pas encore pu vérifier cette affirmation, mais aucun capteur d’audience clairement signalé par des magasins ou à l’abord de dispositifs publicitaires ne nous a été signalé. En revanche, il est certain que des capteurs d’audience ont été mis en place sans que les passants soient informés, comme le montre le cas d’un magasin de prêt-à-porter dévoilé par un reportage de France 5 [8].

Dans ce reportage, Béatrice Querette, directrice de l’agence Merchanfeeling, très fière d’avoir installé des caméras infrarouges qui filment la rue à partir d’une vitrine pour analyser le comportement des passants sans aucun panneau pour les avertir, se justifie et nous explique « qu’une vitrine, c’est fait pour rêver. Donc, si on commence à leur dire qu’on met une petite caméra pour voir combien de temps ils ont regardé la vitrine [rires], on enlève la part de rêves et c’est dommage. »

Voir à partir de 35″57 :

Comme on le voit, il est très facile de mettre en place un système de mesure automatique d’audience manifestement illégal puisque non signalé, et même d’en parler dans les médias, sans que la Cnil ne soit au courant ou daigne réagir.

Quid des écrans publicitaires dans les gares et le métro parisien ?

La société Media Transports a commencé début 2010 à déployer des écrans numériques, d’abord massivement dans les stations de métro parisien, et depuis dans toutes les gares SNCF de France, progressivement. Ces écrans possèdent deux discrètes ouvertures rectangulaires en haut du support qui dissimulent des capteurs d’audience.

« Si les capteurs étaient allumés, on informerait le public. Pour l’instant, on a décidé de ne pas activer tout ce qui permet de mesurer l’audience », explique en 2010 Norbert Maire, directeur de l’innovation de Media Transports à cette époque [9] La technologie existe puisque la Cnil a contrôlé le système de mesure d’audience intégré dans ces écrans de 2 m² début 2009 [10]. Mais il a été décidé de ne pas l’activer puisque, au début du déploiement en tout cas, « l’attrait de la nouveauté suffi[sait] pour le moment pour commercialiser les espaces publicitaires sans fournir de mesure d’audience aux annonceurs ». Norbert Maire précise cependant en 2010 : « Mais on se réserve la possibilité de mettre des capteurs sur les écrans. » Et rajoute qu’étant donnée la pugnacité des associations antipub, cela ne se ferait « ni en 2010, ni même en 2011. Il faudra que les mentalités évoluent ».

En clair, Media Transports attend que nous soyons habitués aux écrans, qu’ils fassent partie de notre quotidien, avant d’activer les caméras surveillant notre comportement. Cependant rien ne nous prouve que ces caméras ne sont pas déjà activées. En effet, à notre connaissance, la Cnil n’a pas établi de contrôles sur ces capteurs d’audience depuis plus de quatre ans. Et donc personne, à part les employés de Media Transports, ne peut savoir si les caméras sont allumées ou non, secret professionnel oblige.

Quelle légitimité de ces capteurs ? Quel consentement des sujets ?

La Cnil n’a toujours pas répondu sur la question du consentement des personnes concernées [11]. Le RAP considère toujours que ces capteurs ne respectent pas l’article 6 de la loi n°78-17 du 6 juillet 1978 qui prévoit qu’un « traitement ne peut porter que sur des données à caractère personnel qui (…) sont collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes ». La légitimité commerciale et publicitaire est fortement contestable, surtout dans l’espace public et les transports en commun.]]. Les capteurs ne répondent à aucune des cinq conditions permettant d’être exempté du recueil du consentement. Mais surtout, la loi sur la vidéosurveillance doit s’appliquer. Si tel était le cas, ces dispositifs ne sauraient être autorisés, puisque cette dernière impose aux systèmes de surveillance de viser un objectif de sécurité des personnes et des biens. Or tel n’est manifestement pas le cas pour ces capteurs.

Il serait temps que la Cnil s’intéresse sérieusement à ce sujet pour éviter que nous ne devenions d’ici peu les cobayes d’expérimentations publicitaires dès que l’on sort de chez soi. Quant à Stéphane Dottelonde, nous le laissons méditer sur les « fantasmes » que sont ces capteurs d’audience…

L’association Résistance à l’agression publicitaire

- L’association Résistance à l’agression publicitaire et « Souriez, vous êtes filmés » ont écrit à la Cnil pour lui demander d’être vigilante sur ce sujet, et de leur communiquer toutes les autorisations délivrées pour ce type de dispositifs, afin de pouvoir vérifier si, au moins, une information est bien affichée dans les magasins qui en possèdent. Les citoyens peuvent se manifester auprès de la Cnil pour appuyer ces demandes.

- A lire aussi : Guérilla non-violente contre les écrans publicitaires « espions » de la RATP

Photo de une : reportage dans le métro parisien, Olivier Marcolin & Remysh, © Ganda-Prod / Basta !

lu dans basta !

Notes

[1Dans son article du 4 octobre 2010.

[3Campagne contre la violence conjugale, Paperblog du 3 août 2010.

[4« TrenCube, un capteur qui analyse la fréquentation des magasins », Connected-Objects.fr du 26 février 2014.

[5« Reconnaissance faciale : un algorithme a battu les humains », Futura-Sciences.com du 25 avril 2014.

[6Dans son article du 4 octobre 2010.

[7« Dispositifs d’analyse du comportement des consommateurs : souriez, vous êtes comptés ! »Avis de la Cnil du 19 avril 2010

[8« Consommateurs pris au piège », documentaire du 13 mai 2012 sur France 5, à partir de 35 min 57.

[9« Ecrans publicitaires dans le métro : le retour », Les Inrocks du 4 mai 2010.

[10« France : La CNIL contrôle les Numeri-Flash de Metrobus et publie ses constatations », Ooh-tv du 5 mai 2009.

[11Depuis que la Cnil a rendu son avis du 19 avril 2010, la position du réseau Résistance à l’agression publicitaire (RAP) n’a pas changé sur le sujet. Lire « La CNIL sur les écrans publicitaires « espions » : avis partiel voire partial », communiqué de presse du réseau Résistance à l’Agression Publicitaire du 20 avril 2010

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Neutralité du Net

 

 

 

 

 

 

 

 

HBO est-il en train de renverser le débat sur la neutralité du net aux Etats-Unis et dans le monde, par un simple discours de 15 minutes issu de l’émission Last Week Tonight animée par l’excellent John Oliver ? Publiée dimanche, la vidéo a déjà été vue par plus de 750 000 spectateurs sur YouTube, et commence à faire le tour du monde.

L’acteur et animateur y décrit avec un mélange détonnant d’humour et de conviction le danger de l’abandon de la neutralité des réseaux, suite à la proposition du régulateur américain (la FCC) d’autoriser un internet à deux vitesses, avec des voies rapides réservées aux éditeurs de services qui paieront les sommes exigées par les FAI. Son discours, qui va crescendo, se termine en apothéose par un appel à la mobilisation des internautes qui passent des heures à publier des commentaires idiots sur des vidéos sans importance.

John Oliver les supplie de se rendre sur le site qu’a spécialement créé la FCC, et de l’inonder de messages demandant à préserver la neutralité du net, pour faire contre-poids aux très puissants lobbys des télécoms, qui investissent des sommes énormes pour combattre la neutralité — en résultat, le site de la FCC n’affiche plus aucune contribution à l’heure où nous publions ces lignes.

La vidéo officielle n’est disponible qu’en anglais non sous-titré, mais nous avons ajouté des sous-titres français produits de façon collaborative :





John Oliver (HBO) - Neutralité du net (VOSTFR) par Numerama

vu sur numerama

Non nos bons maîtres, nous ne voterons plus pour vous…

 » Quand l’extrême droite progresse chez les gens ordinaires, c’est d’abord sur elle-même que la gauche devrait s’interroger. « 

Georges Orwell

on peut lire sur les réseaux asociaux et chez les gens du monde réel une surprise et moûltes commentaires sur les élections européennes du 25 mai. Pourtant on peut en revenir à quelques chiffres simples :

– En 2009, 59.5% d’abstention, 6.3% pour le FN.
– En 2014, 57% d’abstention, 25% pour le FN.

pourtant si la loi électorale n’avais pas évoluée il y a deux ans ce chiffre serait encore plus grand :

en effet :

L’abstention consiste à ne pas participer à une élection ou à des opérations de référendum. Elle traduit soit un désintérêt total pour la vie publique, soit un choix politique actif consistant à ne pas se prononcer afin de montrer son désaccord. Ainsi, à l’occasion du référendum sur les accords de Matignon portant sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie en 1988, l’un des partis de l’opposition avait appelé ses partisans à s’abstenir pour s’opposer au texte. Néanmoins, l’abstention semble traduire une crise de la représentation et peut poser la question de la légitimité du pouvoir politique élu avec une faible participation.

Le vote blanc consiste à déposer dans l’urne une enveloppe vide ou contenant un bulletin dépourvu de tout nom de candidat (ou de toute indication dans le cas d’un référendum). Ce type de vote indique une volonté de se démarquer du choix proposé par l’élection.

Le vote nul correspond à des bulletins déchirés ou annotés qui ne sont pas pris en compte dans les résultats de l’élection. Il est parfois difficile d’interpréter le sens d’un vote nul. L’électeur n’a pas forcément souhaité que son vote soit nul (il a cru, par exemple, qu’une mention manuscrite ajoutée n’aurait aucune incidence). Mais il arrive également que l’électeur ait volontairement déposé un bulletin nul pour manifester son opposition aux différents candidats et programmes présentés.

Depuis la loi du 21 février 2014 visant à reconnaître le vote blanc aux élections les bulletins blancs seront, à compter du 1er avril 2014, décomptés séparément des votes nuls et annexés en tant que tel au procès verbal dressé par les responsables du bureau de vote. Mais, comme auparavant, ils ne seront pas pris en compte dans le nombre des suffrages exprimés (ensemble des bulletins moins les votes blancs et nuls).

Cette loi est l’aboutissement d’une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en juillet 2012 qui avait pour objectif de faire reconnaître que le vote blanc est un acte citoyen qui se distingue de l’abstention – l’électeur s’étant déplacé jusqu’à son bureau de vote – et exprime une volonté politique de participer au scrutin pour dire son refus de choisir entre les candidats en lice. La prise en compte du vote blanc pourrait permettre de faire reculer le taux d’abstention.

lu sur vie publique

et pourtant le but de cette loi et du parti du vote blanc et de faire reconnaitre, non un désintérêt pour la vie politique mais la lassitude des électeurs vis a vis de ce système de démocratie indirect où l’électeur n’as constitutionnellement aucun contrôle sur son élu !

si on relis les propositions à ce sujet au lieu de minimiser la non participation aux élections, le but premier était plutôt de reconnaitre le ras-le-bol des citoyens-électeurs vis à vis d’un système où l’absence de choix réel domine. A quoi bon allez voter pour bonnet blanc ou blanc bonnet ?

 

le vrai courage politique serait de reconnaitre que si l’ensemble des abstentionnistes, bulletin nuls et blanc dépassait la majorité des inscrits (et encore on pourrait prendre en compte la différence entre ceux qui on le droit de vote ou pas dans la population) à une élection celle ci devrait être invalidée et ré organisée dans d’autres termes afin de correspondre au attentes de tous et toutes !

Et pourtant pour les nationaux-patriotes, zoziaux-chauvins et autres fafounets fier-e-s de leurs pinards et camembert, le rendez vous n’a pas été manqué; et la structure politique qui a recueillit leurs voix s’enrichit de leurs votes protestataires.

la presse libérale du kapital pourras toujours nous compter que ce sont les moins instruits qui votent extreme , elle oublie que plutôt de voter fn les classes laborieuses ne votent plus, elles ne croient tous simplement plus au cirque électoral qui l’as trop souvent dupé. (si vous ne connaissez pas les statistiques sur le sujet, faites vos devoirs petits malins !)

Donc nous remercierons d’avance les sociaux démocrates de ne plus abuser du vote utile, « rempart de l’antifascisme  » et plutôt que de les voir sermonner les déserteurs de l’isoloir, nous préfèrerions qu’ils s’intéressent aux raisons qui fait que leurs moutons ne veulent plus être pris pour des cons !

le pire de toute cette comédie est que la farce n’est plus toute jeune, le mot de la fin restant à Octave Mirbeau avec ces mots écrits pour le figaro du 28 novembre 1888 :

La grève des électeurs

Une chose m’étonne prodigieusement — j’oserai dire qu’elle me stupéfie — c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?

Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons.

     Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s ‘obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout. Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire 1’être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !

     Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l’électeur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait. Mais les autres ?

     Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d’hommes, et Baudry d’Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ? Comment peut-il arriver qu’il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?

     À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus ?… Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ?

     Qu’est-ce qu’il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu’il voie, au travers d’un mirage, fleurir et s’épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. Et c’est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.

     Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu’un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l’écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu’il n’a qu’une raison d’être historique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.

     Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.  

        Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.

     Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C’est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pouvoir de te donner. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t’imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera. Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pourra t’amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d’aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.

     Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.

     Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.

A bon entendeurs, salauds !

un tonton resté peinard hier

Joué-lès-Tours : le courrier du maire qui calomnie les écoles de la ville

[Un article intéressant des copains de tours médias libres 
qui revient sur l'implication de la mairie dans un drôle de mic-mac :

 Avec une ancienne figure de gauche devenue religieuse,
les réacs ultra-catholiques qui ont leurs marmailles dans des écoles privées 
organisent des "journées de retrait de l'école" où des familles 
plutôt d’obédience musulmane vont faire louper des jours d'école publique
à leurs bambins contre une pseudo théorie des genres,
 nouveau canular d'un printemps fascisant anti mariage pour tous... 

Oui toi aussi cher lecteur, lectrice ça te choque les esgourdes un truc pareil !

Aniki Freynet]

Le nouveau maire de Joué-lès-Tours, Frédéric Augis, a reconnu auprès de La Nouvelle République être l’auteur du document dont avons publié des extraits le 7 avril. En revanche, il nie toujours être à l’origine du tract calomnieux. Voici l’intégralité de la lettre écrite par Augis, soi disant pour « rassurer » une responsable associative de la ville.

Comme nous le disions dans notre précédent article, qui reprenait le déroulement de l’affaire, le contenu de ce courrier a préparé le terrain à la rumeur lancée par le collectif d’extrême-droite « Journée de retrait de l’école » (JRE) qui a visé une enseignante de l’école Blotterie. Augis ment lorsqu’il écrit que « la théorie du genre est présente dans les écoles jocondiennes », puisqu’il n’y a pas d’éducation au genre dans les écoles du département. Et vu le contenu des attaques lancée par JRE contre l’école, on peut s’inquiéter de lire : « je serai toujours un soutien pour les collectifs et les associations qui se battent contre ce genre de théories et autres abominations ».

Lundi 7 avril, environ 200 personnes se sont réunies devant l’inspection académique à l’appel de SUD Education 37, afin de témoigner de leur soutien à l’enseignante attaquée. Une militante syndicale déclarait alors :

« Nous sommes aussi ici pour réaffirmer que la théorie du genre n’existe pas ailleurs que dans le vocabulaire des groupes ultra-conservateurs qui refusent une quelconque réflexion sur l’égalité des droits. L’égalité des droits entre enfants sera toujours défendue dans les écoles ! »

Pour rappel, Frédéric Augis est aussi signataire de la « charte Manif pour tous ». Dans cette charte, il est notamment indiqué que les élus devront « préserver l’enfant de toute expérimentation basée sur les concepts de Genre, diffusés sous couvert de lutte contre les stéréotypes et pour l’égalité Homme / Femme, en particulier en maternelle, dans les crèches et dans les temps périscolaires à l’école. »

L’offensive réactionnaire se poursuit, et elle a trouvé un militant de choix en la personne du nouveau maire de Joué-lès-Tours (dont l’élection fait l’objet d’une requête en annulation auprès du tribunal administratif).

lu sur toursmedialibre

Un squat évacué ce mercredi matin à Poitiers

Les policiers sont venus en nombre ce matin pour évacuer des familles qui squattaient l’ancien foyer l’Etape, rue d’Oléron dans le centre-ville de Poitiers.

© Sandrine Leclère Francetv
Cette opération s’est déroulé à la suite d’une décision de Justice qui avait laissé 4 mois aux squaters pour quitter les lieux. Tôt ce matin les policiers sont venus faire appliquer cette décision qui concerne plusieurs familles de Roms, soit une vingtaine de personnes dont certaines avaient déjà été évacuées du squat des Glières le 23 octobre dernier.

Les familles, enfants et adultes, des personnes venues des pays de l’Est, ont été conduites au gymnase des Écossais. Il leur sera fait bientôt des propositions de relogement pour qu’elles puissent vivre dans des conditions plus décentes.

Dans un communiqué, la Préfecture de la Vienne indique : « Cette opération a été menée dans le respect des instructions de la circulaire ministérielle du 26 août 2012, relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des occupations illicites. Les entretiens préalablement menés ont permis d’appréhender au mieux, outre le parcours migratoire de ces personnes, notamment leur situation socioprofessionnelle et leurs projets, la scolarisation des enfants, ainsi que leur état de santé ».

Aujourd’hui, chaque famille doit être reçue par les services de la préfecture pour l’analyse de sa situation. En fonction des antécédents, les personnes concernées se verront orientées vers une démarche d’insertion alors que d’autres seront renvoyées dans leur pays d’origine.

© Sandrine Leclère Francetv
vu dans leur presse régionale, rance 3 

la mythologie du 6 fevrier 34 ravivée par les manifs homophobes fascisantes ?

MARIAGES & MANIFS POUR TOUS ?

les reac' du pseudo "printemps francais" (sic !) ont oubliés leur homophobie qui les avait motivés à gagner la rue et battre le pavé pour espérer,
 une fois le nombre estimé, la perspective du putch. 
Car n'oublions pas la dernière tirade du tartarinesque Alexandre Gabriac 

"Au fond, de marcher dans Paris à marcher sur Paris il n'y a qu'un pas, et qu'un mot d'ordre aussi simple que présent dans nos esprits : lève toi et marche !"

C'est bien d'ordre et de discipline que rêve nos néo fachos, lancé dans leur grande aventure romantique de jeunesse :
 la revolution naZionale (beurk). 
le comité de rédaction vacciné contre la peste brune et pragmatique ne saurais trop vous conseiller
 de remettre ces jeunes esprit factieux à leur place, 
leur expliquer avec "tolérance" et "tout le matériel démocratique" nécessaire 
que le reste de la population préfèrerait vivre ensemble sans leurs idées nauséabondes.
et les copains et copines viendez tous le 12 mai à paris,  ILS NE PASSERONT PAS !

Boutin, Barjot et le spectre fantasmé du 6 février 1934

. Ils en appellent au « printemps français ». Ils sont de droite et leur ennemi désigné est le « laxisme de gauche ». Quel spectre plane au dessus de la mobilisation de Barjot et Boutin ? À quel épisode de l’histoire ces manifestations nous ramènent-elles ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles répond Nicolas Lebourg, historien de l’extrême droite.

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013. (Witt/Sipa)

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013

L’analogie revient en boucle : entre les scandales et les manifestations radicalisées des anti mariage pour tous, nous serions le 6 février 1934. L’analogie historique est toujours d’un maniement délicat. Mais il est vrai qu’un retour sur la subversion de droite n’est pas inutile pour comprendre la tension présente.

Qu’est ce que le « 6 février 1934 » ?

Depuis 1931, la France connaît la crise économique. Les scandales politico-financiers prennent une dimension insupportable en ce contexte. Autour du slogan « à bas les voleurs ! », on appelle à une grande manifestation unitaire  pour le 6 février 1934. Sont là les ligues nationalistes : l’Action Française, les Jeunesses Patriotes, la Fédération nationale des contribuables, Solidarité Française et les Croix de Feu. Sont aussi présents les anciens combattants, ceux de l’Union Nationale des Combattants mais également les communistes de l’Association Républicaine des Anciens Combattants. »L’Humanité » appelle à mettre « à bas le gouvernement voleur des mutilés de guerre et complice des escrocs », tandis que « L’Action française » titre contre « la dictature des voleurs ».

Le défilé se fait émeute : 15 morts et 1.435 blessés. Les manifestants veulent prendre l’Assemblée, leurs chefs s’y refusent. À gauche, la journée est interprétée comme une tentative ratée de coup d’État des fascistes. Il s’agit en fait d’une tentative réussie de déstabilisation du gouvernement par les droites autoritaires. Dans les jours suivants des contre-manifestations voient les militants socialistes et communistes fraterniser à la base. L’un des leaders communistes, Jacques Doriot, fonde un Comité d’Action Antifasciste. Trahison de la ligne « classe contre classe » : il est exclu en juin. Le même mois, le PCF reçoit la consigne de changer totalement de stratégie. Il se doit désormais d’appeler à l’union des gauches contre le fascisme. En octobre, le parti en appelle à un gouvernement de Front Populaire. Celui-ci prendra le pouvoir en 1936. Quant à Jacques Doriot, il évolue vers une droite ultra mâtinée de fascisme…

Conséquences du 6 février : Front National et Front Populaire

À droite aussi, le 6 février pousse à une dynamique unitaire. Il est vrai que l’État s’est doté de la possibilité juridique de dissoudre les mouvements politiques et que les ligues d’extrême droite sont frappées d’interdiction. Elles doivent donc travailler à leur reformation sous une nouvelle forme. Le théoricien de l’Action française Charles Maurras se propose non de fusionner les groupes mais de les rassembler dans un « Front national » sur la base d’un « compromis nationaliste ».

De 1934 à 1972, lorsqu’est fondé le FN lepéniste, concept et étiquette ont perduré : le compromis nationaliste est l’union de toutes les extrêmes droites malgré leurs projets inconciliables, dans le but premier de faire tomber l’ordre établi, avant que d’envisager de régler leurs querelles. Mais, l’extrême droite est un champ rétif à la discipline et les radicaux rejettent la proposition de Maurras, estimant, non sans raison, que ce FN n’est qu’un rassemblement de modérés ayant trahi la dimension révolutionnaire du 6 février.En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP)

En 1977,Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD

Le modèle va être sans cesse réemployé en vain, jusqu’à ce que, quarante ans plus tard, les circonstances et la personnalité de Jean-Marie Le Pen lui permettent enfin de s’avérer opératoire. La subversion de droite : un échec permanent

Échec dans la rue, échec dans la stratégie consécutive, et pourtant le 6 février rentre dans la mythologie des extrêmes droites. En affrontant physiquement les forces de l’ordre, en ayant des morts, elles se sont donné un parfum subversif enivrant. Cela explique que les extrêmes droites radicales investissent massivement le populiste poujadisme dans les années 1950, dans l’espoir d’un « 6 février qui réussisse ». Ils ont en tête le rôle joué par la Fédération des contribuables dans le déclenchement du 6 février. C’est là que le jeune Jean-Marie le Pen est formé à la politique par d’anciens communistes passés au collaborationnisme.

On s’agite, on rêve d’un 6 février qui fonctionne. Les extrêmes droites sont des heures insurrectionnelles de mai 1958 qui mettent à bas la IVe République. Mais elles sont dissoutes, et c’est le général de Gaulle qui accède aux responsabilités.

Voulant profiter de la demande sociale de répression de l’agitation gauchiste après 1968, les néofascistes d’Ordre nouveau pratiquent à la fois la violence contre-subversive anti-gauchiste dans la rue, habillée d’une esthétique subversive, et lancent le FN. Ils sont manœuvrés par le ministère de l’Intérieur jusqu’à ce que ce dernier en 1973 puisse dissoudre conjointement ON et Ligue communiste suite à une nuit d’émeute et d’affrontements avec les forces de l’ordre. D’hier à demain…

L’échec est patent : la subversion de droite n’a jamais fait tomber « le régime » mais, bien au contraire, a servi systématiquement le raffermissement de l’État. Pourtant, en voulant investir le Sénat, ce vendredi 12 avril 2012, les manifestants anti-mariage pour tous se situaient clairement dans la fantasmagorie du 6 février. Il est vrai qu’ils bénéficient de trois points positifs.

Frigide Barjot lors de la manifestation contre le mariage homosexuel le 24 mars 2013 à Paris (SIPA)

Tout d’abord, les déclarations radicalisées de personnalités politico-médiatique : Frigide Barjot s’exclamant que le sang va couler, Christine Boutin agitant le spectre de la guerre civile, Hervé Mariton dénonçant un coup d’État dans le processus législatif. Ensuite, ils ont face à eux un gouvernement certes affaibli, mais dont on doute qu’il soit tenu comme jadis par des personnalités en capacité morale d’utiliser tous les processus répressifs à leur disposition (tant physiques que juridiques).Enfin, la droite française cherche une recomposition idéologique depuis que la crise de 2008 a liquidé l’étendard libéral. La question est pour elle vitale si elle veut parvenir à coaguler les électorats frontiste et UMP pour assurer sa prochaine victoire. La radicalisation de l’opposition au mariage pour tous a valeur de banc d’essai de construction d’une socle conservateur commun s’opposant au libéralisme culturel de la gauche.

lu dans leur presse racoleuse, le nouvel’ obscédé

http://www.dailymotion.com/video/x4434h_6-fevrier-1934-dispositif-policier_news

Les leçons du 12 février 1934

Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd’hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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«Un retour sur le passé peut parfois aider à comprendre les contradictions de notre époque. Il ne s’agit naturellement pas de plaquer des recettes d’hier sur une situation d’aujourd’hui, mais il arrive que l’on puisse tirer des leçons utiles d’évènements forts de notre histoire.

C’est ainsi que l’on considère le 6 février 1934 comme une date noire de notre «calendrier politique». Ce jour là, une grande manifestation de l’extrême droite face à l’Assemblée nationale dégénère dans un affrontement sanglant avec les forces de l’ordre. On se souvient moins du 12 février 1934, qui vit la gauche et les républicains se mobiliser contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936.

Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. Au lendemain du 6 février, se constituent plusieurs comités antifascistes. Ils réunissent des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais pas de communistes. A l’époque, de lourds clivages idéologiques persistent entre les deux grandes branches du mouvement ouvrier. Et en dépit d’un péril redoutable, les logiques d’appareils poussent chaque parti à prendre des initiatives propres et séparées. Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un grand rassemblement place de la République, contre le fascisme et pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement. La SFIO préfère, elle, relayer par une manifestation l’appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février.

Ce jour là, le PCF décide de se joindre à la manifestation et il place des groupes et des orateurs tout le long du cortège, espérant attirer à lui les militants socialistes. Mais c’est un tout autre scénario qui va s’imposer. Le peuple de gauche a d’autres priorités que la préoccupation des dirigeants des partis d’exercer le rapport de forces. Il a sans doute une conscience plus aigue du danger et de la nécessité d’imposer une autre politique. On voit alors la base communiste se joindre au cortège socialiste et, aux cris de «Unité! Unité!», les militants des deux partis défilent côte à côte.

C’est donc un mouvement populaire puissant qui s’impose, contre la volonté des états-majors et des dirigeants des deux grands partis, malgré les ressentiments profonds qui se sont accumulés depuis près de 15 ans entre socialistes et communistes et malgré de réels désaccords idéologiques et politiques. La manifestation unitaire du 12 février 1934 préparera les esprits à l’idée du rassemblement de la gauche, des partis et, bien au-delà, des associations, des syndicats, de personnalités et d’intellectuels. C’est ainsi que le terme de Front populaire prendra tout son sens.

La crise profonde que nous vivons n’est pas comparable à celle de 1929. Certes, la situation économique et sociale est très préoccupante et des dérives inquiétantes montrent que notre société perd ses repères et que parfois, les esprits s’égarent, comme on l’a vu avec certaines réactions malsaines qui ont jalonné le récent «débat» sur l’identité nationale. Pourtant, la donne a radicalement changé, notamment en raison des nombreuses conquêtes sociales remportées depuis cette période. Quant à la menace fasciste, elle n’a fort heureusement pas la même acuité.

En revanche, l’état de la gauche, ses divisions, une surestimation de la nécessité d’affirmer un rapport de force entre partis, révèlent d’étranges similitudes. Aujourd’hui comme hier, il est à craindre que les appareils politiques soient incapables, sans une pression populaire, de se dépasser, d’offrir un nouveau cadre unitaire où pourra s’exprimer la diversité de la gauche et du mouvement écologiste, où auront envie de s’engager toutes ces femmes et hommes qui aspirent à une victoire de la gauche en 2012: une victoire pour changer leurs conditions de vie, notre société, notre mode de développement.

Dans l’histoire politique de la France, les années 30 ont été un moment d’affrontements majeurs, à forte visibilité, où les citoyens étaient interpelés. Aujourd’hui, ce qui marque notre période, c’est plutôt un apparent désintérêt et l’abstention, manifestations d’une crise démocratique et politique réelle. La division de la gauche, son incapacité à s’unir autour d’objectifs porteurs d’espoirs, les querelles personnelles, les jeux d’appareil constituent autant de facteurs aggravants. Il faut donc inventer des formes nouvelles de mobilisation citoyenne, pour imposer à nouveau le slogan «unité, unité» et lui donner un contenu, afin qu’il devienne le départ d’un nouveau rassemblement des forces populaires, porteur de progrès, d’espérance et de victoire!»

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès

lu dans leur cyber-presse payante! média fart

Le sens d’une riposte populaire

L’historienne Danielle Tartakowsky explique comment la riposte aux manifestations anti-parlementaires du 6 février 1934 est devenue l’acte fondateur du Front populaire.


La France des années vingt, dite des  » années folles « , connaît pendant une dizaine d’années une certaine prospérité. Mais, dès 1931, le pays est affecté par un retournement économique mondial.
Quel est l’impact de cette crise sur la société française et la répartition de ses forces politiques ?

Danielle Tartakowsky.

La crise économique est ressentie en France à la fin de l’année 1931. Les gouvernements qui se succèdent dans cette IIIe République politiquement instable vont y répondre jusqu’en 1934 par une politique continue de déflation, visant avant tout à sauver la monnaie, et par des coupes budgétaires. Cette réponse à la crise présente le double inconvénient de peser sur le salaire des fonctionnaires et sur la pension des anciens combattants – très nombreux dans cette France d’entre-deux-guerres. Si la classe ouvrière, quant à elle, doit faire face à la diminution de son temps de travail, elle ne voit pas son salaire horaire baisser. Ce qui explique que les mobilisations sociales, qui débutent vraiment après les législatives de 1932, après l’élection du néo-cartel Radical, soient essentiellement, jusqu’en 1934, le fait d’organisations sectorielles de droite et d’extrême droite. Sauf la marche des chômeurs, retenue par l’histoire en raison de son caractère de nouveauté, les mobilisations sont ainsi d’assez faible ampleur. Cependant, fin 1933, début 1934 débute une campagne anti-parlementaire très violente, dont les racines plongent évidemment dans le mécontentement populaire provoqué par la gestion de la crise économique.


Les gouvernements successifs ont, à ce moment, perdu la confiance populaire. Les victimes de la crise sont aussi scandalisées par les affaires politico-financières qui secouent les milieux politiques. L’affaire Stavisky fait beaucoup de bruit. Ce climat favorise-t-il le renforcement des mouvements d’extrême droite, des ligues ? Quels sont les discours de ces organisations ?

Danielle Tartakowsky.

On voit monter, début 1934, après le scandale Stavisky qui éclabousse beaucoup d’hommes politiques, un mouvement mené par plusieurs types d’organisations de natures politiques différentes, unifiées dans leur rejet du parlementarisme et la dénonciation de ce qui est appelé, à l’époque, le  » régime des scandales « . De façon schématique, il y a d’un côté l’Action française, organisation d’avant-guerre qui se réclame d’un monarchisme quelque peu fantasmatique et dont le leader est le charismatique Maurras, de l’autre toute une série de ligues d’extrême droite, nées entre 1924 et 1927, parmi lesquelles les Jeunesses patriotes, les Croix de feu et Solidarité française – seule à se réclamer du modèle fasciste italien. Toutes ces ligues ont en commun le nationalisme, certaines dimensions autoritaire et xénophobe et un mode d’organisation paramilitaire. Ces groupes divergent toutefois quant au sens de leur dénonciation du  » régime des scandales « . Pour l’Action française, il s’agit de dénoncer le régime lui-même, intrinsèquement producteur de scandales ; pour les ligues, de dénoncer les scandales qui entachent le régime politique existant.


Les ligues décident d’une grande manifestation. Quel est leur but, leurs revendications ?

Danielle Tartakowsky.
Le 6 février 1934, à la suite d’une nouvelle crise parlementaire, le radical Daladier doit obtenir l’investiture de la Chambre. Ce même jour, toute une série d’organisations appellent à manifester. La puissante Union nationale des combattants, située à droite de l’échiquier politique et qui se considère être la garante depuis la fin de la guerre de la morale politique comme de la morale en politique, appelle à défiler pour protester contre la baisse des pensions et contre les scandales politico-financiers qui secouent le monde politique. L’Action française et les ligues appellent pareillement à manifester sur des objectifs différents, voire divergents.
Enfin, l’ARAC, liée à la mouvance communiste, appelle à manifester pour tenter de ne pas laisser à la droite le monopole de la colère des anciens combattants. Les points de rassemblement, éloignés les uns des autres, forment un arc de cercle autour du Palais Bourbon, devenu la cible de l’anti-parlementarisme de ces manifestations.
Pendant que se déroulent les débats, la manifestation tourne à l’émeute. On relèvera au matin 17 morts et 1 500 blessés : la plus grande expression de violence à Paris depuis la Commune. La nuit durant, Daladier a été investi sur une base plus large que le néo-carte, mais les soutiens qui lui permettraient de ramener l’ordre dans la rue ne lui sont accordés qu’avec parcimonie par la justice, la police et l’armée. il choisit alors de démissionner dans la matinée du 7. Cette capitulation transforme ce qui n’était qu’une manifestation particulièrement violente en un mouvement objectivement insurrectionnel.


Les forces de gauche organisent très rapidement des contre-manifestations à ce mouvement de rue du 6 février. Quel est le sens de ces ripostes ?

Danielle Tartakowsky.

Aujourd’hui, les historiens ne tiennent pas le 6 février 1934 pour une tentative de coup d’État fasciste. Mais un événement vaut souvent davantage par ses représentations que par l’analyse scientifique que l’on peut en faire. Étant donné les circonstances internationales – fascisme italien et élection de Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 -, et nationales – montée en puissance des mouvements d’extrême droite -, les forces de gauche, contemporaines de l’événement, l’ont clairement analysé comme une menace fasciste, même si communistes et socialistes ne définissaient ce mot pas dans les mêmes termes. Les ligues d’extrême droite étaient unanimement comprises comme le bras armé du fascisme menaçant.
Communistes, socialistes et organisations syndicales organisent la riposte, en ordre dispersé, les 9 et 12 février, puis de façon unitaire, amorçant le processus qui conduit à terme au front populaire.

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lu sur canempechepasnicolas

6 février 1934 et « Printemps français » 2013 : le parallèle a ses limites


Les camelots du roi défilent à Paris le 6 février 1934 : au bout de leur canne, certains manifestants ont disposé des lames de rasoir (Assembl&eacute ; e nationale)

Devant les oppositions au mariage pour tous, les références au 6 février 1934 se sont multipliées. Les événements et surtout le contexte des deux moments présentent certes plusieurs points communs.

Ces références ont souvent pour objectif de tirer la sonnette d’alarme face à des dérives antirépublicaines. On peut cependant avancer que, contrairement à l’effet recherché, la comparaison risque de minimiser certaines violences actuelles.

1934 : crise économique et institutionnelle

Les manifestations de février 1934 s’inscrivent dans un contexte économique et social très délicat. La crise de 1929 touche la France depuis 1931. « Le cœur à gauche et le portefeuille à droite » : la célèbre formule d’André Siegfried résume assez bien l’ambivalence des Français et du gouvernement radical, qui mène une politique de rigueur.

A la crise s’ajoute un réel problème politique et institutionnel. L’instabilité parlementaire, « la valse des ministres », accentue les difficultés liées aux divisions de la sphère politique. La gauche est divisée entre radicaux, socialistes et communistes. Le parti radical, majoritaire à la Chambre, est lui-même traversé par des dissensions internes. Impossible ou presque de gouverner la France dans ces conditions.

L’affaire Stavisky met le feu aux poudres. Ce scandale financier éclate en janvier 1934, et éclabousse plusieurs députés radicaux. « Stavisky se suicide d’un coup de revolver tiré à bout portant », titre le Canard enchaîné : la presse accuse la Chambre de vouloir étouffer l’affaire et soupçonne une corruption généralisée des parlementaires.

Les ligues d’extrême-droite organisent à Paris quelques manifestations qui tournent à l’émeute. Chautemps démissionne et Daladier devient président du Conseil. Il révoque d’emblée le préfet de police de Paris, Chiappe, coupable selon lui de complaisance à l’égard des agitations d’extrême-droite.

C’est cette révocation qui provoque, en réaction, l’appel à la manifestation parisienne du 6 février 1934, le jour où Daladier devait présenter son gouvernement.

Les manifestations des ligues le 6 février

Le jour de la manifestation, les ligues convergent. Il s’agit d’un ensemble d’organisations populistes, souvent paramilitaires, mais hétérogènes. La plus importante d’entre elles, les Croix de Feu, dirigée par François de la Rocque, s’est constituée autour d’un noyau d’anciens combattants.

Hostiles au fascisme et au nazisme, ils tiennent toutefois un discours d’inspiration catholique, nationaliste et xénophobe. Ils dénoncent surtout l’immobilisme du Parlement et revendiquent un exécutif fort.

« A bas la République ! », « Vive Chalres Maurras ! », Le chant des Camelots de roi, vidéo-karaoké

Sous l’égide de Charles Maurras, l’Action française et les Camelots du roi affichent sans détour leur opposition à la République. Minoritaires, le Francisme et la Solidarité française semblent quant à eux plus radicaux. Notons qu’avec l’appui de l’Humanité, les communistes manifestent également à la fois contre la corruption, contre Daladier et contre le régime.

Dans la soirée, les manifestations basculent dans une violence exceptionnelle. Après quelques incendies, les premiers affrontements éclatent avec les forces de l’ordre qui gardent la Chambre des députés. Plusieurs cordons sont franchis. Quatre conseillers municipaux conservateurs parviennent à rentrer dans la Chambre pour demander la démission du gouvernement.

Dans la nuit, les Croix de Feu se replient, La Rocque ordonne leur dispersion, et la manifestation est finalement maîtrisée.

Bilan du 6 février 1934

La manifestation fait quinze morts et un millier de blessés, dont une centaine parmi les policiers. Le lendemain, Daladier démissionne. On appelle Gaston Doumergue pour le remplacer.

Le manque d’unité des manifestants est flagrant. Bien que quelques-uns voulaient prendre d’assaut la Chambre des députés, il ne s’agissait pour la majorité que d’une démonstration de force. L’objectif était surtout de revendiquer la souveraineté du peuple français dans la rue contre la légitimité du Parlement.

Adressés quelques temps plus tard à la commission d’enquête, les mots de Dumoulin de Labarthète, inspecteur des finances, qui faisait partie des manifestants les plus radicaux, démontre assez bien l’absence d’objectif clairement défini :

« Quant à notre but, il était de pénétrer, sans armes, au Palais Bourbon, par le seul effet d’une poussée de masse, et d’y exercer, après les discriminations nécessaires (je connaissais dans l’ancienne Chambre, au moins de vue, 370 députés sur 610), de solides représailles (solides, mais non sanglantes) sur les élus d’un suffrage universel qui mène la France à la guerre et à la ruine. »

La tentative de coup d’Etat, dénoncée le lendemain par la presse de gauche, n’est qu’une hypothèse sans réel fondement.

Cette date permet surtout, avec le recul des années et un bilan établi du fascisme italien et du nazisme, de relancer de temps à autres le thème du « danger fasciste ». Selon l’historien Michel Winock, l’événement et sa mémoire ont ainsi accentué les clivages au sein de la société et de la vie politique française.

Printemps français 2013, écho du 6 février 1934 ?

Crise économique et politique de rigueur, dirigeants impopulaires, montée de l’extrême-droite à l’échelle de l’Europe… le contexte de 2013 trouve certes quelques points communs avec 1934.


« Manif pour tous » à Paris, janvier 2013 (Ycare, Wkimedia Commons)

Le parallèle est surtout suscité par les manifestations conservatrices alors que, traditionnellement, le pavé est plus souvent battu par la gauche. Comme en 1934, enfin, des manifestants menacent d’entrer dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Certains diront qu’elles sont évidentes, mais il n’est sans doute pas inutile de rappeler les principales différences distinguant 2013 de 1934.

En 1934, les ligues manifestaient contre Daladier, contre les radicaux et contre le régime parlementaire, dont l’immobilisme était un réel problème. En 2013, les manifestants s’opposent au projet de loi Taubira favorable au mariage entre personnes de même sexe. On a donc des revendications institutionnelles en 1934, et un débat sociétal en 2013. Rien à voir.

Par ailleurs, l’hostilité des ligues aux blocages des institutions de la IIIe République et la revendication d’un exécutif fort sont autant de slogans qui ont pu être apaisés, depuis 1958, par la mise en place par de Gaulle d’un régime présidentiel avec la Ve République.

Les opposants au « mariage pour tous », s’ils adressent des slogans hostiles à Taubira comme à Hollande, ne s’inscrivent pas dans une démarche de contestation des institutions. Des élus appellent d’ailleurs à manifester, participent aux cortèges, et en relaient les revendications à l’Assemblée et au Sénat. La fracture, en 2013, ne se situe donc pas entre les manifestants et les élus, mais au milieu de la société française.

Les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les familles du « Printemps français » ne peuvent être assimilées aux colonnes des ligues, qui défilaient souvent en uniforme.

Toutefois, s’il était important de rappeler la désunion des manifestants de 1934, il faut aussi insister sur l’hétérogénéité des opposants au mariage pour tous. Aux familles et aux élus de droite se sont greffés des groupes plus radicaux tels que Civitas, le GUD, les Hommen, mais aussi des groupes moins formels tels que celui qui a dernièrement intimidé et menacé Caroline Fourest à Nantes.

Les violences de 2013, finalement pas plus graves qu’en 1934 ?

La comparaison est sordide. Elle permet néanmoins de souligner la profondeur et la singularité des problèmes actuels.


Wilfred de Bruijn, agressé à Paris le 6 avril dernier

Contrairement au 6 février 1934, où des lames de rasoir ont été employées contre les forces de l’ordre à cheval, les manifestations hostiles au mariage pour tous n’ont, semble-t-il, tué personne. Ces dernières semaines, on recense cependant quelques coups et autres passages à tabac, non pas contre les forces de l’ordre, mais contre des civils, y compris contre des femmes, alors que les ligues attaquaient les institutions et leurs symboles.

Les associations homosexuelles dénoncent d’ailleurs une montée de l’homophobie et des violences en dehors des manifestations : après les agressions survenues dans un bar gay de Lille, c’est dans un collège que la violence homophobe s’est invitée (bien que le lien avec le contexte national ne soit pas attesté).

Bien sûr, 1934 avait occasionné, dans la presse et dans la rue, la tenue de propos antisémites et xénophobes. Mais ces discours restaient secondaires au sein des ligues, qui étaient surtout opposées au gouvernement et au Parlement, voire à la République. En marge des partis et des institutions, les ligues des années 1930, de plus, ne correspondaient aux aspirations que d’une minorité au sein de la société française.

En 2013, au contraire, l’opposition à un groupe défini – les homos – constitue le cœur du « Printemps français ». Alors même que les institutions ne sont pas remises en cause, refuser l’égalité de droit aux couples homosexuels peut être assimilé à de l’homophobie, que celle-ci soit assumée ou non. Or, les opposants au mariage pour tous, malgré la variabilité des résultats des sondages sur la question, constituent au moins une frange importante de la population française.

En plus des menaces, des intimidations, des violences physiques et de la peur qui peut en découler, que tant de manifestants s’activent aussi fréquemment pour refuser l’égalité de droit à un groupe en raison de son identité sexuelle, en raison de ce qu’il a de plus intime, en raison de ce que ces hommes et ces femmes sont et de ce qu’ils ressentent, constitue une violence d’une ampleur que la référence au 6 février 1934 pourrait minimiser.

Infos pratiques
  • Michel Winock (dir.), « Histoire de l’extrême droite en France », Paris, Seuil, 1994
  • Michel Winock, « La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques. 1871-1968 », Paris, Calmann-Lévy, 1986
  • Jean-François Sirinelli (dir.), « Histoire des droites », Paris, Gallimard, 2006
  • Serge Berstein, « Le 6 février 1934 », Paris, Gallimard, 1975
  • Gilles Candar, « Histoire politique de la IIIe République », Paris, La Découverte, 1999

lu dans leurs blogs, les échos de l’histoire in le monstre