Le cru du 1er mai 2013 resisteras t’il a la pluie et aux divisions ?

Les syndicats compromis par la signature de l'ANI se plaignent qu'ils ne pourront pas feter le 1er mai avec leurs copains car ils craignent de se faire traiter de jaunes! 
Mais on ne dirais pas qu'ils se remettent en compte, alors n'hesitez a vous rappeller que ce jour là en tant que jour ferié et les acquis associés  s'est gagné dans le sang !
Pas dans des réunions où des organisations se sont pliés devant l'etat et les patrons. Alors demain malgrès la pluie, malgres l'ANI rejoins nous 
à 11h00 Place d'arme mercredi 1er mai 

Dans le Poitou, quatre syndicats refusent de manifester [ensemble] pour la Fête du Travail, ce 1er mai.

Le 1er mai,son muguet,[note de la redac = le muget c’est un ajout des années 40′]   son jour férié… et ses manifestations. Défiler est une tradition pour la Fête du Travail chaque année.

Mais les cortèges sont divisés cette année : les 4 syndicats qui ont signé l’accord national interprofessionnel (ANI) refusent de manifester avec deux autres, la CGT et Force Ouvrière. Ils se disent victimes d’insultes, depuis la signature de l’ANI.
La CFDT, l’UNSA, la CGC et la CFTC appellent donc à ne pas défiler.

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( Véronique Estevenet, secrétaire de la CFDT 86)

A Poitiers, deux manifestations sont prévues ce 1er mai : La CGT et Solidaires se rassemblent place Leclerc à 11h. Force Ouvrière réunit ses troupes, place de la liberté à 11 h. Des manifestations sont prévues aussi à Loudun, Châtellerault et Chauvigny.

lu et entendu sur france bleu poitou

Historique du 1er mai

Qu’elle soit interdite où fériée, cette journée de luttes interna­tionale puise son origine dans l’histoire du mouvement anar­chiste, ce qui, au-delà des sim­ples revendications, lui confère une véritable quête d’émancipa­tion et de liberté.

Le samedi 1er mai 1886, à Chicago : cette date fixée par les syndicats amé­ricains et le journal anarchiste « The Alarm » afin d’organiser un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heu­res, aura des conséquences inattendues pour la classe ouvrière internationale. La grève, suivie par 340 000 salariés, paralyse près de 12 000 usines à tra­vers les USA. Le mouvement se pour­suit les jours suivants; le 3 mai, à Chicago, un meeting se tient près des usines Mc Cormick.

Des affrontements ont lieu avec les « jaunes » et la police tire sur la foule, provoquant la mort de plusieurs ou­vriers. Le 4 mai, tout Chicago est en grève et un grand rassemblement est prévu à Haymarket dans la soirée. Alors que celui-ci se termine, la police charge les derniers manifestants. C’est à ce moment là qu’une bombe est jetée sur les policiers, qui ripostent en ti­rant. Le bilan se solde par une dou­zaine de morts, dont 7 policiers. Cela déclenche l’hystérie de la presse bour­geoise et la proclamation de la loi martiale. La police arrête 8 anarchis­tes, dont deux seulement étaient pré­sents au moment de l’explosion. Mais qu’importe leur innocence; un procès, commencé le 21 juin 1886, en condamne 5 à mort; malgré l’agitation internationale, ils seront pendus le 11 novembre, sauf Lingg qui se suicidera la veille, dans sa cellule.

Trois ans plus tard, en 1889, le congrès de l’Internationale Socialiste réuni à Paris décidera de consacrer chaque année la date du 1er mai : journée de lutte à travers le monde.

Le « 1er mai » sera d’abord récupéré par la révolution bolchevique, puis par les nazis, et enfin par le régime de Vichy qui le transformera en « Fête du tra­vail », sans jamais réussir totalement à lui enlever son origine libertaire.

Le 1er mai 1890, à Vienne (départe­ment de l’Isère), la population ouvrière répondant à l’appel des anarchistes Louise Michel, EugèneThennevin, et Pierre Martin descend dans les rues pour inciter ceux qui travaillent à se mettre en grève. Le cortège arborant drapeaux rouges et drapeaux noirs et chantant « la Carmagnole » ne tarde pas à se heurter aux « forces de l’ordre ». Des barricades sont érigées, l’usine d’un patron du textile est pillée, mais les meneurs sont arrêtés. Des grèves spontanées se poursuivront durant une semaine.

De nombreux 1er mai seront marqués par des événements tragiques, comme à Fourmie (France) en 1891, où l’ar­mée tira sur la foule, faisant 10 morts parmi les manifestants.

Le 1er mai 1907, à Paris, durant la manifestation, l’anarchiste russe Jacob LAW, né à Balta en 1887, tire 5 coups de revolver du haut de l’impériale d’un autobus sur les cuirassiers. Arrêté, il sera condamné à 15 ans de bagne en Guyane, d’où il sera libéré le 10 mai 1924. Toujours anarchiste, il publiera, en 1926, ses souvenirs : « Dix-huit ans de bagne ».

Le 1er mai 1936, Espagne, sortie du premier numéro de la revue culturelle et de documentation sociale : « Muje­res Libres », organe et porte-parole des militantes anarchistes féminines espa­gnoles et de leur mouvement d’éman­cipation M.M.LL.

La revue, née deux mois avant que n’éclate la révolution, s’imposera rapi­dement par la qualité de ses textes et l’esprit révolutionnaire qui l’animera jusqu’en octobre 1938, avant que la défaite ne contraigne les militantes à la mort ou à l’exil.

Le 1er mai 1968, à Paris. Lors de la traditionnelle manifestation, des ba­garres éclatent autour du drapeau noir lorsque des communistes tentent d’ex­clure les anarchistes du cortège.

Le 1er mai 1990, à Paris, la station de métro « Stalingrad » est rebaptisée « Commune de Kronstadt » par le groupe libertaire Commune de Paris. » S’il y a faillite des idéologies, ce n’est pas le cas de nos idéaux reposant sur la liberté de chacun, l’égalité pour tous, l’entr’aide et le fédéralisme auto­gestionnaire. »

Quelques jalons

Les «trois huit»

Ainsi s’appelle l’organe officiel d’organisation de la manifestation internationale du 1er Mai. Dans son édition de 1895, Jules Guesde expli­que ce qu’il faut entendre par ce qu’il appelle le jour social de huit heures: «Ce que nous revendiquons, c’est une loi qui interdise de faire travailler plus de huit heures par jour.» Autrement dit, huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures pour s’instruire et cultiver son corps.

Le décret du 2 mars 1848

Parce qu’«un travail manuel trop pro­longé non seulement ruine la santé mais en l’empêchant de cultiver son intelligence porte atteinte à la dignité de l’homme», la IIe République par voie de décret réduit d’une heure la journée de travail. Elle passe à dix heures à Paris et à onze heures en pro­vince.

Sous la pression du patronat ce décret est abrogé quelques mois plus tard, soit le 9septembre 1848.

1868 : les huit heures aux États-Unis

Le gouvernement américain accorde, en 1868, la journée de huit heures à tous les journaliers, ouvriers, artisans, employés par l’administration fédé­rale.

1884 : congrès de l’American Federation of Labor

A l’occasion du IVe congrès de l’American Federation of Labor qui se tient à Chicago en 1884, pour la pre­mière fois dans l’histoire du mouve­ment ouvrier est lancée l’idée d’organiser une manifestation un 1er mai afin d’aboutir à la journée de huit heures. Les congressistes de l’époque ambitionnent d’atteindre leur objectif le 1er mai 1886.

1886 : la grève de Chicago

Le 1er mai à Chicago éclate une grève. Elle sera suivie le 3 mai d’une mani­festation des grévistes qui sera vio­lemment réprimée par la police. Le bilan officiel des victimes sera de 6 morts et 50 blessés. Le lendemain au cours d’une grande manifestation de protestation une bombe est lancée contre les forces de police, lesquelles tirent sur la foule. Jamais le bilan exact des victim

es ne sera communi­qué. En revanche des militants seront par la suite arrêtés, condamnés sans preuve et exécutés.

1889 : le congrès de la IIe In­ternationale

C’est à Paris l’année même du premier centenaire de la Révolution française que blanquistes et guesdistes tiennent au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies parisiennes, le deuxième congrès de l’Internationale socialiste. Ce congrès décide qu’il sera«organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en de­meure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu’une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l’Afl, dans son congrès de décembre1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation.»

1891 : Fourmies

Dans une petite ville du nord de la France, une manifestation pacifique se rend en cortège à la mairie. La troupe, équipée des tout nouveaux fusils Lebel et Chassepot d’une portée de tir supé­rieure à deux kilomètres, tire à bout portant sur la foule. Parmi les morts, huit victimes ont moins de vingt et un ans, dont la jeune ouvrière Marie Blondeau et un jeune conscrit du nom d’Edouard Giloteaux. Habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, Marie Blondeau restera longtemps dans l’imagerie populaire comme une sorte de Vierge profane.

1919 : le traité de Versailles

La fin de la Première Guerre mondiale va sonner en deux temps l’avènement de la journée de huit heures. D’abord la loi du 23avril sur les huit heures est publiée au Journal officiel de la Répu­blique française le 25avril. Ensuite, le 22 juin est signé (pour la France par Georges Clemenceau, par le président Wilson pour les États-Unis et par Llyod George pour la Grande-Breta­gne) le traité de Versailles qui fixe dans son article247 «l’adoption de la journée de huit heures ou de la se­maine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue». La fin de la guerre est aussi l’occasion de mettre en place la SDN (Société des nations) ainsi que l’Organisation internationale du travail (OIT). Si la SDN a été rem­placée, depuis, par l’Onu, l’Oit, elle, a survécu au second conflit mondial.

Dès lors les manifestations du 1er Mai porteront d’autres revendications que la journée de huit heures tout en pour­suivant ce grand rêve prolétarien de l’époque: la société libérée du travail contraint.

En attendant que le droit à la paresse revendiqué par le gendre de Karl Marx soit établi, le mouvement ouvrier va partir à la conquête des congés payés.

1926 : la revendication des congés payés

C’est sans aucun doute à l’occasion du congrès que tient la Cgt en 1926 (une partie de ses membres est allée fonder la Cgt-Unitaire) qu’apparaît pour la première fois la revendication des congés payés pour tous les salariés (certaines professions les ont déjà obtenus). C’est également en 1926 que la Cgt prend position en faveur des assurances sociales. Une question qui n’avait rien de consensuel puisqu’à l’époque des syndicalistes étaient contre toute cotisation payée par les salariés.

1929 : la montée des périls en Allemagne

Dans l’histoire sociale et politique allemande ce 1er Mai 1929 restera marqué d’une pierre noire. Les mani­festations sont interdites à Berlin par le préfet Zoot Giebel. Les manifestants passent outre l’interdiction. La répres­sion sera sanglante. Elle fera trente-trois morts et deux cents blessés. La division entre les communistes et so­cialistes est à son comble.

1936 : le 1er Mai du Front po­pulaire

Dans l’histoire du 1er Mai l’année 1936 est certainement une des plus importantes. Plusieurs événements vont la marquer. D’abord dès le mois de mars se tient du 2 au 6 mars le congrès au cours duquel la Cgt se ré­unifie. Ensuite la manifestation du 1er Mai tombe deux jours avant les élec­tions législatives qui vont porter au pouvoir les forces politiques du Front populaire. Enfin après un mouvement de grève mémorable sont signés en juin les accords de Matignon qui léga­lisent la semaine de quarante heures, les congés payés ainsi que les conven­tions collectives. L’année suivante le 1er Mai 1937 aura lieu sans doute la plus grande manifestation jamais or­ganisée en France.

1941 : la fête du Travail

Si la notion de fête du Travail n’est pas une invention de la génération des années quarante puisqu’on trouve cette formule sous la plume de Jules Guesde dès 1890, c’est bien le gouvernement de Vichy qui fait du 1er Mai 1941, par la loi Belin, un jour chômé et payé. Le 1er Mai devient «la fête du Travail et de la concorde nationale». L’idée de légaliser cette journée de manifesta­tion internationale sera reprise à la Libération mais avec un tout autre but que la promotion de l’ordre corpora­tiste.

1947 : journée chômée

En avril 1947, sur proposition du dé­puté socialiste Daniel Mayer et avec l’accord du ministre du Travail, le communiste Ambroise Croizat, le 1er Mai devient dans toutes les entreprises publiques et privées un jour chômé et payé. Cependant le 1erMai ne sera pas assimilé à une fête légale.

1954 : les manifestations sont interdites

Alors que la guerre d’Indochine se termine pour les autorités françaises avec la partition du Vietnam, une autre guerre, une guerre sans nom com­mence en Algérie. Elle va durer huit ans.

Dès lors les manifestations seront interdites dans Paris. Celle du 1er Mai 1954 se transformera en un rassem­blement sur la pelouse de Reuilly. Il faudra attendre quinze années c’est-à-dire 1968 pour qu’à l’initiative de la Cgt, à nouveau, le monde du travail se donne rendez-vous dans les rues de Paris pour défiler un 1er Mai. Le cor­tège partira de la République pour se rendre à la Bastille symbole des liber­tés recouvrées. Depuis, les cortèges du 1er Mai ont connu des fortunes diver­ses. La manifestation la plus impor­tante de l’après-mai 1968 fut proba­blement celle de 1975, qui fut prétexte à fêter la fin de la guerre de Vietnam.

Les illustrations proviennent de la bande dessinée de Phil Casoar et Sté­phane Callens: Les aventures épatan­tes et véridiques de Benoît Broutchoux (ed. Humeurs Noires & Centre Cultu­rel Libertaire de Lille)

texte lu sur anarchie.be

Les Martyrs de Chicago – aux origines du 1er mai

 
 Le 1er mai 1886, la pression syndicale permet à environ 200 000 travailleurs américains d’obtenir la journée de huit heures. Mais d’autres, moins chanceux, au nombre d’environ 340 000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.

Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.

Aux origines du 1er mai

Fondée en 1881, l’ancê­tre directe de l’AFL [1], la FOTLU [2] ne regroupe que les ouvriers qua­li­fiés (des hommes, blancs et amé­ri­cains de souche) et ne compte que 50 000 adhé­rents. Mais lors d’un congrès elle décide de mettre au pre­mier plan de ses reven­di­ca­tions la jour­née de huit heures et de rete­nir la date du 1er mai 1886 pour une mani­fes­ta­tion de masse. Commence alors une immense cam­pa­gne de pro­pa­gande qui ren­force l’orga­ni­sa­tion. Dès avril 1886, quel­ques entre­pri­ses accor­dent même à leurs sala­riés la jour­née de huit heures sans dimi­nu­tion de salaire : 200 000 tra­vailleurs envi­ron béné­fi­ciè­rent d’une réduc­tion de tra­vail.

En 1886, les Chevaliers du Travail (fondé en 1868 avec de fortes réfé­ren­ces maçon­ni­ques [3]) ras­sem­ble tous les tra­vailleurs au niveau d’une loca­lité, Blancs et Noirs, femmes et hommes, Américains de « souche » et immi­grants : ouvriers qua­li­fiés et non, ils repré­sen­tent plus de 700 000 adhé­rents. Les adhé­rents de l’Ordre jouè­rent le rôle prin­ci­pal dans la grève du 1er mai 1886, bien que la direc­tion de l’Ordre l’ait condam­née. Les res­pon­sa­bles et les mili­tants des Chevaliers du Travail furent les prin­ci­pa­les vic­ti­mes de la répres­sion après le mas­sa­cre de Haymarket, bien que la direc­tion de l’Ordre ait refusé d’inter­ve­nir en faveur des condam­nés de Chicago. Les Chevaliers du Travail allaient par la suite rapi­de­ment péri­cli­ter.

L’ini­tia­tive des ouvriers amé­ri­cains n’aurait eu qu’un faible reten­tis­se­ment dans le pays et à l’étranger sans les événements tra­gi­ques de Chicago qui émurent le monde entier.

Sûrs de l’impu­nité, les mili­ces patro­na­les pro­vo­quaient des inci­dents san­glants. Le 3 mai, des ouvriers qui manife devant l’usine de machi­nes agri­co­les Mac Cormick, à Chicago sont tirés à bout por­tant par des détec­ti­ves privés, la bataille qui s’engage fait de nom­breu­ses vic­ti­mes. Les gré­vis­tes sont prin­ci­pa­le­ment d’ori­gine alle­mande et, dans leur jour­nal « Arbeiter Zeitung » (Journal des Travailleurs) paraît l’appel sui­vant :

« Esclaves, debout ! La guerre de clas­ses est com­men­cée. Des ouvriers ont été fusillés hier devant l’établissement Mac Cormick. Leur sang crie ven­geance. Le doute n’est plus pos­si­ble. Les bêtes fauves qui nous gou­ver­nent sont avides du sang des tra­vailleurs, mais les tra­vailleurs ne sont pas du bétail d’abat­toir. A la ter­reur blan­che, ils répon­dront par la ter­reur rouge. Mieux vaut mourir que de vivre dans la misère. Puisqu’on nous mitraille, répon­dons de manière que nos maî­tres en gar­dent long­temps le sou­ve­nir. La situa­tion nous fait un devoir de pren­dre les armes. »

Dans la soirée du 4 mai, plus de 15 000 ouvriers se ren­dent sur la place au foin (Haymarket) pour y mani­fes­ter paci­fi­que­ment (il leur avait été com­mandé de s’y rendre sans armes). Des dis­cours sont pro­non­cés, notam­ment par Spies, Parsons, Fielden. La foule se retire, quand une cen­taine de gardes natio­naux charge avec vio­lence. Une bombe, lancée on ne sait d’où, tombe au milieu des forces de police en tuant sept et en bles­sant griè­ve­ment une soixan­taine. Les auto­ri­tés pro­cède à des arres­ta­tions parmi les meneurs de gré­vis­tes et les rédac­teurs de l’« Arbeiter Zeintung » : Auguste Spies, né à Hesse (Allemagne), en 1855 ; Samuel Fielden, sujet anglais, né en 1846 ; Oscar Neebe, né à Philadelphie, en 1846 ; Michel Schwab, né à Mannhelm (Allemagne), en 1853 ; Louis Lingg, né en Allemagne, en 1864 ; Adolphe Fischer, né en Allemagne, en 1856 ; Georges Engel, né en Allemagne, en 1835 ; Albert Parsons, Américain, né en 1847.

Le ver­dict est rendu le 17 mai. Les huit accu­sés sont condam­nés à être pendus. Une mesure de grâce inter­vint pour Schwab et Fielden, dont la peine est com­muée en prison à per­pé­tuité, et de Neebe dont la peine est réduite à quinze ans de prison. Le 11 novem­bre 1887, les autres sont exé­cu­tés, mis à part Lingg qui s’est sui­cidé.

Six ans plus tard, un nou­veau gou­ver­neur de l’Illinois John Altgeld, conclut à l’entière inno­cence des condam­nés : « Une telle féro­cité n’a pas de pré­cé­dent dans l’his­toire. Je consi­dère comme un devoir dans ces cir­cons­tan­ces et pour les rai­sons ci-dessus expo­sées, d’agir confor­mé­ment à ces conclu­sions et j’ordonne aujourd’hui, 26 juin 1893, qu’on mette en liberté sans condi­tion Samuel Fielden, Oscar Neebe et Michel Schwab ». Spies, Lingg, Engel, Fischer et Parsons sont réha­bi­li­tés.

L’idée amé­ri­caine est reprise par les tra­vailleurs des autres pays. En 1889, à Paris, lors d’un congrès inter­na­tio­nal, une pro­po­si­tion deman­dant « l’orga­ni­sa­tion d’une grande mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale en faveur de la réduc­tion des heures de tra­vail qui serait faite à une date fixe, la même pour tous » est adop­tée et la date en est celle choi­sie par les tra­vailleurs amé­ri­cains. Le 1er mai prend alors dans le monde entier la signi­fi­ca­tion d’une jour­née de reven­di­ca­tion des tra­vailleurs face à la société capi­ta­liste.

OLT

LE 1er MAI : SYMBOLE D’UNE ÈRE NOUVELLE DANS LA VIE ET LA LUTTE DES TRAVAILLEURS

par Makhno (écrit en 1928)

La jour­née du pre­mier Mai est consi­dé­rée dans le monde socia­liste comme la fête du Travail. C’est une fausse défi­ni­tion du 1er Mai qui a tel­le­ment péné­tré la vie des tra­vailleurs qu’effec­ti­ve­ment dans beau­coup de pays, ils le célè­brent ainsi. En fait, le pre­mier mai n’est pas un jour de fête pour les tra­vailleurs. Non, les tra­vailleurs ne doi­vent pas, ce jour là rester dans leurs ate­liers ou dans les champs. Ce jour là, les tra­vailleurs de tous pays doi­vent se réunir dans chaque vil­lage, dans chaque ville, pour orga­ni­ser des réu­nions de masse, non pour fêter ce jour ainsi que le conçoi­vent les socia­lis­tes étatistes et en par­ti­cu­lier les bol­che­viks, mais pour faire le compte de leurs forces, pour déter­mi­ner les pos­si­bi­lité de lutte directe contre l’ordre pourri, lâche escla­va­giste, fondé sur la vio­lence et le men­songe. En ce jour his­to­ri­que déjà ins­ti­tué, il est plus facile à tous les tra­vailleurs de se ras­sem­bler et plus com­mode de mani­fes­ter leur volonté col­lec­tive, ainsi que de dis­cu­ter en commun de tout ce qui concerne les ques­tions essen­tiel­les du pré­sent et de l’avenir.

Il y a plus de qua­rante ans les tra­vailleurs amé­ri­cains de Chicago et des envi­rons se ras­sem­blaient le pre­mier Mai. Ils écoutèrent là des dis­cours de nom­breux ora­teurs socia­lis­tes, et plus par­ti­cu­liè­re­ment ceux des ora­teurs anar­chis­tes, car ils assi­mi­laient par­fai­te­ment les idées liber­tai­res et se met­taient fran­che­ment du côté des anar­chis­tes.

Les tra­vailleurs amé­ri­cains ten­tè­rent ce jour là, en s’orga­ni­sant, d’expri­mer leur pro­tes­ta­tion contre l’infâme ordre de l’Etat et du Capital des pos­sé­dants. C’est sur cela qu’inter­vien­nent les liber­tai­res amé­ri­cains Spiess, Parsons et d’autres. C’est alors que ce mee­ting fut inter­rompu par des pro­vo­ca­tions de mer­ce­nai­res du Capital et s’acheva par le mas­sa­cre de tra­vailleurs désar­més, suivi de l’arres­ta­tion et de l’assas­si­nat de Spiess, Parsons et d’autres cama­ra­des.

Les tra­vailleurs de Chicago et des envi­rons ne se ras­sem­blaient pas pour fêter la jour­née du pre­mier Mai. Ils s’étaient ras­sem­blés pour résou­dre en commun les pro­blè­mes de leur vie et de leurs luttes.

Actuellement aussi, par­tout où les tra­vailleurs se sont libé­rés de la tutelle de la bour­geoi­sie et de la social démo­cra­tie liée à elle (indif­fé­rem­ment men­che­vi­que ou bol­che­vi­que) ou bien ten­tent de le faire, ils consi­dè­rent le 1er Mai comme l’occa­sion d’une ren­contre pour s’occu­per de leurs affai­res direc­tes et se préoc­cu­per de leur émancipation. Ils expri­ment, à tra­vers ces aspi­ra­tions, leur soli­da­rité et leur estime à l’égard de la mémoire des mar­tyrs de Chicago. Ils sen­tent donc que cela ne peut être pour eux un jour de fête. Ainsi, le pre­mier Mai, en dépit des affir­ma­tions des « socia­lis­tes pro­fes­sion­nels » ten­dant à le pré­sen­ter comme la fête du tra­vail, ne peut pas l’être pour les tra­vailleurs cons­cients.

Le pre­mier Mai, c’est le sym­bole d’une ère nou­velle dans la vie et la lutte des tra­vailleurs, une ère qui pré­sente chaque année pour les tra­vailleurs, de nou­vel­les, de plus en plus dif­fi­ci­les, et déci­si­ves batailles contre la bour­geoi­sie, pour la liberté et l’indé­pen­dance qui leur sont arra­chées, pour leur idéal social.

(Source : Diélo trouda, n°36, 1928)

P.-S.

La BD est parue dans La Brique n°13 – avril 2009. http://www.labrique.net/

Lire aussi sur le sujet Retour sur l’histoire du 1er mai sur le site Hérodote.

lu sur rebelyon

Notes

[1] American Federation of Labor (Fédération Américaine du Travail – AFL).

[2] Fédération des Métiers Organisés et des Syndicats de Travailleurs.

[3] Le Noble and Holy Order of the Knights of Labor (Noble et saint ordre des chevaliers du travail).

Les zapatistes sont toujours là !

 

Loin des leaders charismatiques et des causes purement exotiques, les zapatistes refont parler d’eux. Des habitants de San Cristóbal de Las Casas tirent un premier bilan de la récente action d’éclat – bien que silencieuse – des communautés rebelles du Chiapas [1].

Depuis la grande marche du 13 Baktun, ce jour du 21 décembre 2012 où plus de quarante mille zapatistes ont occupé silencieusement plusieurs villes du Chiapas, la marmite maya n’a cessé de bouillir. Dans les villages tzeltales, tzotziles, tojolabales et choles, on s’affaire. Dans les Caracoles, on construit de nouveaux bâtiments, de nouvelles places. Les réunions se succèdent. On consulte, on redistribue les tâches. « Beaucoup de travail », rapportent les bases d’appui zapatistes. « On se prépare depuis longtemps… », « Ça va bientôt commencer… »

Par Rémi {PNG}

Nombreux sont ceux qui, à San Cristóbal de Las Casas, vivent dorénavant entre soulagement, euphorie et attente. Les adhérents de la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona, lancée par l’EZLN en 2005, échangent leurs impressions : « Enfin ! Il était temps ! Ça fait un moment qu’on attendait ça ! », s’exclame Paolo, célébrant la fin de quatre années de silence quasi complet de l’Ejercito zapatista et de repli relatif des communautés indiennes. « Ils ont brisé le blocus médiatique, et cela de manière surprenante, imaginative, en associant politique et poésie ; c’est pour cela qu’ils ont réussi à toucher le cœur des gens. » Pour Jasmín, habitante de San Cristóbal, c’est « une bouffée d’air frais, dans un moment de désespérance pour le pays, avec le retour du PRI. [2] Je suis émue de penser qu’ils peuvent toujours construire des réseaux d’espoir. Ils ont des propositions. Ils ont avec eux plein de jeunes qui n’étaient pas là en 1994. Ils ont beaucoup avancé avec l’autonomie. » « C’est le moment d’apprendre de l’expérience des communautés zapatistes, de leur générosité, de leur force, s’enthousiasme son amie Noémi. C’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire avec si peu de moyens. Ce qu’ils sont capables de montrer, nous n’en avons pas encore mesuré la valeur. »

Bien sûr, les doutes et l’inquiétude sont à fleur de peau. Forte d’une longue expérience due à sa participation à des mouvements de lutte en Amérique centrale, Victoria reste dubitative : « On attend toujours de comprendre où ils veulent en venir ! » Paolo, lui, craint qu’ils ne s’enferrent à nouveau « dans le petit jeu du pugilat avec la gauche électorale », qui a tant contribué à l’isolement des zapatistes après l’Autre campagne de 2006. Pour Jasmín, le risque est que la société civile mexicaine ne soit pas à la hauteur des propositions zapatistes. Mais Victoria, pour le coup, met ses doutes de côté : « La société civile va peut-être enfin se mobiliser, après toutes les invitations qu’ils nous ont faites. Je pense que cela va arriver… »

Depuis l’impressionnante mobilisation surprise du solstice d’hiver, les communiqués de l’EZLN se succèdent à un rythme quasi quotidien. Rien à voir avec l’abstinence communicative des années précédentes, dont on comprend aujourd’hui qu’elle ne témoignait pas d’une décomposition de l’EZLN – comme les médias et les intellectuels bien-pensants l’avaient un peu trop vite proclamé – mais d’un travail silencieux de préparation. Tantôt il s’agit de facéties du sup Marcos qui se croque, à moitié nu, sous une pluie de flèches lancées par ses critiques. Tantôt c’est un très officiel communiqué adressé au président de la République et à son gouvernement, rebaptisés Ali Baba et les quarante voleurs, comportant seulement le dessin d’un vigoureux doigt d’honneur au président Peña Nieto, en réponse au lancement très médiatique de sa croisade nationale contre les pauvres… pardon, contre la faim, et ce, rien moins qu’à Las Margaritas, l’une des villes occupées par l’EZLN en 1994 et, à nouveau, à la fin de l’an dernier. Une vraie provocation, à la lisière de la zone d’influence zapatiste ! Tantôt, encore, l’EZLN annonce la nomination d’un deuxième sous-commandant en la personne de l’ex-lieutenant-colonel tzeltal Moisés, signe d’une importante réorganisation interne. Le tout accompagné, à chaque fois, de clips, pour le plaisir de la danse, pour faire un tour du monde des références musicales zapatistes, ou encore de dessins animés politico-humoristiques [3].

De cette nouvelle étape de la lutte zapatiste, qui se dévoile en prenant son temps – ce qui met à l’épreuve bien des impatiences occidentales –, ce que l’on sait est déjà substantiel. Les deux organes nés de la Sixième déclaration de la Selva Lacandona, en 2005, l’Autre Campagne, rassemblant organisations et collectifs mexicains, et la Zesta Internacional – qui aurait dû mener à l’organisation d’une nouvelle rencontre « intergalactique » – fusionnent dans ce qui se dénomme désormais « La Sexta » : non pas une organisation centralisée, mais un réseau de luttes anticapitalistes. Il est mis fin ainsi à une séparation entre les actions propres au Mexique et celles qui se déroulent ailleurs. Il n’y a plus même lieu de parler du « national » et de « l’international » : la Sexta nouvelle version se donne un seul terrain d’action, la planète Terre. Certes, la dimension internationale du mouvement zapatiste n’est pas nouvelle et remonte à la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme de 1996. Mais, pour une organisation comme l’EZLN, dont le nationalisme viscéral a pu déconcerter nombre de sympathisants européens, c’est un pas considérable. De fait, le sous-commandant Marcos ne signe plus ses messages de son traditionnel « Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain », mais « Depuis n’importe quel recoin de n’importe quel monde »…

Les communiqués soulignent qu’il n’est plus guère nécessaire de débattre du Non qui nous rassemble, à savoir un anticapitalisme conséquent, « en bas à gauche » et hors de la voie étatique et électorale. Il convient désormais de nous concentrer sur les Oui, sur ce que nous voulons construire. D’où les questions : « Quel monde voulons-nous ? », « Que faut-il faire ? », « Comment ? », « Quand ? » et « Avec qui ? » Ce qui suppose, par exemple, d’intensifier la réflexion sur ce que peut être un monde post-capitaliste, dès à présent. Et d’insister sur le fait que ces Oui ne sont pas acquis et qu’ils se construiront collectivement.

De la façon de procéder, on ne sait pas tout encore. Cette tâche, proposée dans un premier temps principalement aux adhérents de la Sexta, associera des personnes du monde entier et des bases d’appui zapatistes dans les villages du Chiapas qui, manifestement, désirent partager leur expérience de dix ans d’autogouvernement. Ils ont du reste rédigé un manuel intitulé Gouvernement autonome (tome I et II). En tout cas, une grande fête est annoncée, en août, pour célébrer une décennie de Conseils de bon gouvernement. « Il est temps que nous fassions vraiment le monde que nous désirons, insiste le sous-commandant Moisés. Ici, on entend dire souvent : “Quand le pauvre croira dans le pauvre, nous pourrons chanter liberté”. Sauf qu’ici, non seulement nous l’avons entendu mais nous sommes en train de le mettre en pratique. Voilà le fruit que veulent partager nos compañer@s. »

Avec ces propositions, les zapatistes jouent le tout pour le tout. Ils sont prêts à risquer ce qu’ils ont patiemment construit depuis 1994. Avec les dix ans des Juntas [4], les trente ans de la fondation de l’EZLN, puis les vingt ans du soulèvement armé, l’année 2013 sera une année décisive pour les zapatistes et pour la Sexta. Et pour nous tous ?

article paru dans l’excellent CQFD,
nous vous conseillons de lire le reste de la revue

Notes

[2] Parti révolutionnaire institutionnel, qui a tenu le pouvoir pendant des décennies jusqu’en 2000.

[3] Comme celui, inspiré de Thomas C. Douglas, où des souris, heureuses de leur belle démocratie, glissent dans l’urne un bulletin pour élire un chat blanc ou un chat noir. Voir là !

[4Juntas de buen gobierno : organes d’autogouvernement dont se sont dotées les communautés rebelles.

« Pour sauver l’économie, il faut acheter, acheter n’importe quoi »

ÉTUDE SUR L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE, DÉRIVE DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION, réalisée par Le Centre Européen de la Consommation

Votre téléviseur tombe en panne après 5 années d’utilisation, votre machine à laver également sans parler de votre lecteur MP3 ou encore de votre imprimante : est-ce une fatalité ou plutôt une technique des fabricants appelée « obsolescence programmée » ?
Les biens d’aujourd’hui semblent durer moins longtemps qu’avant, tout semble plus fragile et sensible, à l’instar des appareils électroménagers courants qui ont une durée de vie actuelle de 6 à 8 années alors qu’il y a encore quelques années, la durée de vie de ces mêmes appareils était de 10 à 12 années [1]
De nombreux consommateurs ont sûrement déjà fait l’expérience de l’obsolescence programmée, sans peut-être en connaître le terme et encore moins les causes et conséquences.

« Pour sauver l’économie, il faut acheter, acheter n’importe quoi » [2]

SOMMAIRE

- I. L’obsolescence programmée, qu’est ce que c’est ?
- II. Le critère déterminant : la programmation de la durée de la vie du produit
- III. Les différentes catégories d’obsolescence programmée
- IV. Les exemples d’obsolescence programmée connus
- V. Les conséquences de l’obsolescence programmée sur l’environnement
- VI. Et le consommateur dans tout ça ?
- VII. Une réponse législative en France et ailleurs
- VIII. Recommandations


I. L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE, QU’EST CE QUE C’EST ?
A travers l’obsolescence programmée, il s’agit pour les fabricants de réduire délibérément la durée de vie des biens et des produits après une certaine durée d’existence afin d’inciter les consommateurs à racheter ce même produit [3].

Dans sa récente proposition de loi (voir ci-après), le sénateur Jean-Vincent Placé rappelle la définition de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) : « la notion d’obsolescence programmée dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique ». Ces techniques peuvent notamment inclure l’introduction volontaire d’une défectuosité, d’une fragilité, d’un arrêt programmé, d’une limitation technique, d’une impossibilité de réparer ou d’une non-compatibilité logicielle ».

II. LE CRITÈRE DÉTERMINANT : LA PROGRAMMATION DE LA DURÉE DE VIE DU PRODUIT
La finalité de l’obsolescence programmée est de prévoir à l’avance la durée de vie du bien : Il s’agit de programmer, de planifier délibérément et volontairement la du rée de vie du produit et donc sa mort. Bien qu’il soit à l’heure actuelle impossible pour les ingénieurs de fixer dès la conception du produit la date précise à laquelle un appareil tombera en panne, sans pouvoir être réparé, l’obsolescence est définie par la possibilité de fixer la durée de vie d’un produit…

Suite de l’étude à lire sur le document à télécharger :

PDF - 3.1 Mo
ÉTUDE SUR L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE, DÉRIVE DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION
par Le Centre Européen de la Consommation

Notes

[1] Rapport septembre 2010 « L’obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage, le cas des produits électriques et électroniques » disponible sur le site internet http://amisdelaterre.org page9

[2] Dwight D. Eisenhower, 34ème Président des États-Unis

[3] Source : site internet : http://www.mutinerie.org/lobsolesce…

merci aux copains d’un autre futur pour ce texte.

Juridique : un salarié n’est pas redevable des contraventions

Un salarié, selon la justice, n’a pas à rembourser à son patron le coût de ses excès de vitesse ou de ses contraventions au stationnement commis avec la voiture de l’entreprise.

 
La retenue sur son salaire par son employeur des amendes pour excès de vitesse ou stationnement interdit jugée non conforme au droit du travail.

Voici un jugement surprenant qui pourrait redistribuer les cartes pour l’employeur comme pour le salarié dans la gestion des flottes automobiles en entreprise. Ainsi, même si son contrat de travail prévoit le contraire, les amendes pour excès de vitesse ou stationnement interdit ne peuvent pas être mises à la charge d’un salarié. Elles sont à la charge de l’entreprise, selon la Cour de cassation (Cass. Soc, 17.4.2013, N° 752).

Pas de retenue sur salaire

Faire payer le salarié reviendrait, d’après les juges, à lui imposer une retenue sur salaire ou une amende patronale illicite. Seule une « faute lourde » du salarié permet à son employeur de lui réclamer de l’argent. Or une faute lourde est une faute commise dans l’intention de nuire à l’employeur ou à l’entreprise. C’est la plus grave des fautes possible, celle qui justifie un licenciement sans préavis, sans indemnité et même sans paiement des congés acquis.

Pas de distinction

Aucune convention, aucun contrat ne peut étendre les cas de responsabilité d’un salarié envers son patron, car le principe est que le salarié n’assume pas le risque de l’entreprise. La justice ne distingue même pas entre les amendes infligées lors de l’usage de la voiture durant le travail et son usage pour des besoins personnels. À méditer donc, de part et d’autre.

lu dans leur presse vite baclée, le pain

[Madrid] Assiège le Congrès

Espagne : incidents entre police et jeunes manifestants à Madrid

Des incidents ont éclaté jeudi soir en plusieurs endroits du centre de Madrid lorsque les policiers, ripostant à des jets de projectiles, ont dispersé à coups de matraque des groupes de jeunes qui manifestaient pour réclamer la démission du gouvernement.

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À la fin de cette manifestation qui avait rassemblé entre 1.000 et 2.000 personnes, en majorité des jeunes, sous le mot d’ordre Assiège le Congrès, des manifestants se sont mis à lancer des bouteilles, des pétards et des feux de bengale contre les policiers anti-émeutes qui barraient l’accès au Congrès des députés.

Ceux-ci, équipés de casques et de boucliers, ont riposté à coups de matraque.

Les manifestants, portant foulards et capuches, se sont alors dispersés, des groupes de jeunes continuant ensuite à affronter la police, certains jetant des pierres, dans le centre de la capitale.

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D’autres, poursuivis par les policiers le long de l’avenue du Paseo del Prado, se sont rassemblés à quelques centaines de mètres de là, envahissant une grande place face à la gare d’Atocha, où les forces de l’ordre ont de nouveau chargé, répondant à des jets de pierres et de bouteilles.

Un imposant dispositif de 1.400 policiers avait été déployé pour cette manifestation, convoquée par une coordination appelant à la rébellion populaire et à l’occupation des abords du Congrès à la démission du gouvernement espagnol.

Les principales organisations de la mouvance des indignés se sont désolidarisées de ce mot d’ordre.

Quinze personnes ont été interpellées. Selon les services d’urgence, 29 personnes ont été légèrement blessées, dont 13 policiers.

L’une des personnes interpellées, un mineur, portait un sac à dos renfermant des passe-montagnes, un rouleau de papier d’aluminium, un pétard de 15 centimètres, un drapeau anarchiste avec une barre de fer, une bouteille d’acide, un sac contenant des pierres, a indiqué un porte-parole.

Il avait dans son téléphone portable des instructions pour la guérilla urbaine et la fabrication d’une sorte de cocktail Molotov, a-t-il ajouté.

Rassemblés en trois points du centre de Madrid, les manifestants, criant À bas l’État policier, certains portant le drapeau républicain rouge, jaune et violet, ont convergé vers la place faisant face au Congrès, la chambre basse du Parlement, protégée comme les rues avoisinantes par d’épais cordons de policiers, certains casqués.

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Je ne suis pas d’accord avec la politique que mène le gouvernement, il est soumis aux politiques de la Banque centrale européenne que nous n’avons pas élue, lançait Lorena Perez, une chômeuse de 29 ans du secteur de la communication. Ils ne défendent pas nos intérêts, mais ceux des banques et de l’Allemagne.

Je suis venu pour défendre nos droits, affirmait Jesus Seguera, un employé du bâtiment au chômage, âgé de 34 ans.

C’est une combinaison de plusieurs choses. Ils ne tiennent pas leurs promesses électorales. Et mon foyer est frappé par le chômage et les coupes budgétaires dans la santé, ajoutait ce manifestant venu de Séville, en Andalousie.

D’autres portaient de petites pancartes avec les mots 6,2 millions de raisons, rappelant le nombre record de chômeurs (27,2% des actifs) dans le pays annoncé jeudi.

À quelques heures de la manifestation, la police avait déjà interpellé 15 personnes à Madrid.

Quatre jeunes qualifiés de membres de groupes anarchistes avaient été interpellés jeudi matin alors qu’ils s’apprêtaient à allumer des incendies à Madrid, selon le ministère de l’Intérieur. La police avait aussi interpellé onze personnes qui s’étaient enfermées dans un bâtiment de l’université Complutense de Madrid.

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Presse matraqueuse (Agence Faut Payer, 25 avril 2013)

article lu sur le jura libertaire

repression des actions militantes, le changement n’est pas pour maintenaint !

ce petit rappel de l’actualité juridique vis a vis des conséquences 
de certaines actions militante ne doit pas vous reffroidire, 
pensez y juste quand vous vous organisez. 
soyez prêt à réagir plutôt que de subir ;)

 

Amnistie : petit rappel des peines avant de séquestrer votre patron

L’amnistie sociale est le sujet de division du moment à gauche. Alors que la commission des lois de l’Assemblée nationale a rejeté la proposition des élus communistes et que le gouvernement a fait savoir haut et fort son opposition, Jean-Vincent Placé en rajoute une couche ce vendredi matin. Partisan du texte, le sénateur EELV appelle les députés socialistes au « devoir de désobéissance » :

« Je dis aux députés PS : on ne peut pas obéir aux ordres les plus idiots. »

La proposition de loi prévoyait l’amnistie de certains délits commis lors de mouvements sociaux, d’activités syndicales et revendicatives (les délits passibles de moins de cinq ans d’emprisonnement liés aux conflits du travail et du logement).

Aujourd’hui, que risque-t-on ?

Les délits qui auraient été couverts par la loi

  • La séquestration : 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende

Encore faut-il libérer la personne en moins de sept jours, et sans atteinte physique. Sinon, la peine peut aller jusqu’à vingt ans de réclusion, trente ans s’il y a eu mutilation ou infirmité. La séquestration en « bande organisée » est une circonstance aggravante.

Mais en général, la justice est plutôt clémente avec les séquestrations de patrons. En mai 2010, Olivier Besancenot et onze autres postiers avaient été condamnés à 1 500 euros d’amende avec sursis pour avoir occupé pendant plusieurs heures des locaux de leur entreprise et séquestré plusieurs cadres.

  • L’occupation d’entreprise : 1 an de prison et 15 000 euros d’amende

L’occupation du lieu de travail par les grévistes est une entrave à la liberté du travail.

En pleine crise laitière, la Confédération paysanne a été condamnée à 3 000 euros d’amende pour le blocage d’un site de Lactalis.

  • L’occupation de logements : 1 an de prison et 15 000 euros d’amende

Les occupations menées par des militants au droit au logement constituent une violation de domicile, condamnée par l’article 226-4 du code pénal.

  • Les opérations escargot : 2 ans de prison et 4 500 euros d’amende

Il s’agit d’une « entrave à la circulation ». Les personnes condamnées encourent aussi une suspension de permis pour un maximum de 3 ans.

Trois militants CFDT ont été condamnés à 3 mois de prison avec sursis et 1 500 euros d’amende lors d’une opération escargot, menée lors du conflit national des routiers.

  • La participation délictueuse à un attroupement : 1 an de prison et 15 000 euros d’amende

Soit un « rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l’ordre public ». La sanction est alourdie en cas de port d’arme.

  • Le refus de prélèvement d’ADN : 1 an de prison et 15 000 euros d’amende

Ce prélèvement peut être exigé dans le cadre d’une enquête. Avec pour conséquence l’inscription au fichier des empreintes génétiques, qui recense actuellement deux millions de profils génétiques. Refuser de s’y soumettre est un délit.

En début d’année, Xavier Mathieu, syndicaliste de l’usine Continental, a été condamné à 1 200 euros d’amende pour avoir refusé un prélèvement.

  • La diffamation : de 38 euros à 45 000 euros d’amende

La diffamation et l’injure sont des infractions pénales (loi du 29 juillet 1881) sanctionnées d’une contravention.

Une différence est faite entre une injure privée – un tract qui serait distribué à l’intérieur de l’entreprise – et une injure publique – si ce même tract est distribué, ne serait-ce qu’à une personne, en dehors de l’entreprise.

Deux syndicalistes d’Eurodisney ont ainsi été condamnés à 1 200 euros d’amende avec sursis pour avoir fait le lien, sur leur blog, entre le suicide de salariés et leurs conditions de travail.

Les délits qui n’auraient pas fait l’objet d’une amnistie

  • Violences contre les forces de l’ordre : jusqu’à 20 ans de prison

Les peines encourues sont généralement supérieures à cinq ans de prison.

Quatre salariés du site d’Amiens-Nord de Goodyear sont actuellement poursuivis pour des violences contre les forces de l’ordre. En 2010, un syndicaliste a lui écopé de cinq ans d’inéligibilité pour un jet d’œuf sur les forces de police.

  • Les dégradations volontaires : de 3 à 5 ans de prison, jusqu’à 75 000 euros d’amende

L’article 322.1 du code pénal condamne « la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui » de trois ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Une peine est alourdie à cinq ans et 75 000 euros si elle est commise par plusieurs personnes « agissant en qualité d’auteur ou de complice ».

C’est ce dont avaient écopé, avec sursis, plusieurs « Conti » jugés responsables du saccage de la sous-préfecture de Compiègne.

  • Le fauchage d’OGM  : de 3 à 5 ans de prison, jusqu’à 75 000 euros d’amende

Le fauchage d’OGM est aussi considéré comme une « dégradation volontaire en réunion ». Ce délit figurait dans la version initiale de la proposition de loi, mais a été amendé.

Après le rejet de leur pourvoi en cassation, José Bové et huit autres faucheurs volontaires viennent d’être condamnés pour la destruction de maïs Monsanto.
En plus de jours-amendes, ils ont dû collectivement verser plus de 170 000 euros de dommages.

  • Aide au séjour irrégulier : 5 ans de prison et 30 000 euros d’amende

L’aide aux sans-papiers reste passible d’une lourde peine de prison assortie d’une amende. Elle concerne une « aide directe ou indirecte » pour faciliter l’entrée, le séjour ou la circulation d’un étranger en situation irrégulière.

  • La rébellion : 1 à 2 ans de prison et 15 000 à 30 000 euros d’amende

La rébellion fait référence à la résistance violente opposée à des personnes dépositaires de l’autorité. Elle est condamnée par un an et 15 000 euros d’amende par l’article 433.7 du code pénal. La peine est doublée si elle est commise en réunion.

  • L’outrage : 6 mois de prison et 7 500 euros d’amende

En marge d’une manifestation, l’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique est réprimée par l’article 433.5 du code pénal.

En 2007, un avocat de Belfort a été condamné à 1 500 euros d’amende pour avoir insulté des policiers lors d’une manifestation contre la ministre de la Justice de l’époque, Rachida Dati.

lu sur rue 89

L’extrême droite britannique s’est pris sa première raclée du printemps

À Brighton, les gens pètent la gueule aux fascistes par habitude

Samedi dernier, après des mois de grisaille infernale, les habitants de Brighton se sont réveillés sous un ciel qui ne donnait, pour une fois, pas envie de se pendre. Pourtant, ceux qui pensaient pouvoir passer un week-end à se dorer la pilule sur la plage ont vite déchanté. En effet, dès dimanche après-midi, leur ville était envahie par quelque 200 militants d’extrême droite.

La March for England se veut une célébration cordiale de la fierté anglaise, organisée chaque année le jour de la Saint-George. Mais alors qu’auparavant, les gens se contentaient de se dessiner le drapeau anglais sur le visage, chanter « Jerusalem » et de parler de la grandeur de feu Winston Churchill, l’évènement semble s’attacher aujourd’hui à de nouvelles traditions : notamment réunir les groupes d’extrême droite les plus pétés d’Angleterre, tels que l’English Defense League(EDL) et d’autres mouvements encore plus radicaux, et souvent, fascistes.

Ça fait cinq ans que la marche est organisée chaque année à Brighton, mais depuis 2011, les antifas locaux décident eux aussi de se mobiliser contre ce qu’ils considèrent comme une « dérive inacceptable ». La fête de non-bienvenue de l’an dernier avait d’ailleurs si bien réussi à humilier les manifestants que Casual United, un gang de hooligans d’extrême droite, est revenu prendre sa revanche un mois après les faits, pour ne finalement récolter que quelques pétards sur la gueule – de la part de toute les habitants de la ville.

Plutôt que de délocaliser la manifestation vers un coin plus accueillant pour eux, l’organisation de la March for England a fait de Brighton son nouveau quartier général. Un habitant de la ville m’a dit : « Ils ne viennent ici que parce que c’est la ville la plus à gauche et la plus gay-friendly d’Angleterre. » Aussi, ils ne supportent pas l’idée de s’être fait défoncés par des gens qu’ils considèrent comme une joyeuse bande de pédés communistes. Cette année ne devait pas déroger à la tradition, et en conséquence nous nous sommes dirigés vers le bord de mer, histoire voir des droitards bourrés se faire tabasser une nouvelle fois.

Quand on est arrivés sur le bord de mer, une longue ligne de camions de police anti-émeute avait créé un mur infranchissable destiné à séparer la zone de manifestation de celle réservée aux contre-manifestants antifascistes. Environ 700 policiers anti-émeute venus des quatre coins du pays, même du Pays de Galles, se préparaient à mener à bien la plus grande opération de police que Brighton avait jamais connue.

La stratégie de la police était d’amener les participants à la March for England en bus jusqu’à leur point de départ, de les laisser marcher et de les réembarquer loin de là, en bus, sans qu’ils n’aient la moindre occasion de croiser des gens de Brighton. Sur le papier, la stratégie avait l’air opérationnelle – jusqu’au moment où une poignée de fafs qui n’étaient pas arrivés dans les bus affrétés par la police se sont mis à débarquer d’un peu partout.

La masse d’antifascistes était assez dense, concentrée sur un rond-point près de l’aquarium. Chose étonnante, ces gens distribuaient des pancartes antifascistes à tous les gens autour d’eux qui n’en avaient pas. Mais la présence policière était si impressionnante que nous nous sommes demandé si une journée au Sea Life Centre (l’aquarium en question) n’était pas plus divertissante que de regarder des gens s’insulter de part et d’autre d’un mur de camions et de policiers épais de 10 mètres.

Heureusement, la vie sauvage a rapidement refait surface avec cette bonne dizaine de débiles sortie de la March for England. Ceux-ci avaient décidé d’aller faire les marioles devant la masse d’antifas réunis à quelques dizaines de mètres d’eux.

La multitude les a rapidement accablés d’injures, alors qu’une simple barrière séparait les marcheurs d’une mer d’antifas en colère. Le mec des Black Blocs – que vous voyez en train de se faire attaquer – a par la suite sauté la barrière pour s’en prendre à cinq ou six mecs plus carrés que lui, et s’est très vite retrouvé dépassé par le nombre de pieds nationalistes – et des manches de leurs drapeaux.

Les nationalistes ont utilisé tout ce qu’ils avaient appris au cours de leurs décennies passées à se taper sur la gueule, et ils avaient l’air revigorés par l’élan de confiance procuré par la bière forte. L’espace d’un instant, l’homme masqué a eu l’air d’être dans une sacrée merde ; j’ai même cru que les marcheurs allaient lui faire le coup du « arrête de te frapper-BIM-mais arrête de te frapper, bon sang ! » De quoi écraser l’ego du plus branleurs des antifas.

Puis, plusieurs de ses amis sont arrivés à la rescousse, juste à temps pour lui éviter une clavicule pétée. Les coups de poing ont volé et les cogneurs faf se sont retrouvés au sol, convertis en une masse d’où sortaient une dizaine de bras et de jambes (certains racistes, d’autres pas) en train de se débattre avec ardeur. Il est difficile de déterminer le niveau de xénophobie d’un membre quand on ne distingue pas la tête à laquelle il est rattaché.

Tout le monde a fini par se lever et retourner vers son équipe. La Team England s’est adossée aux clôtures, comme un troupeau de moutons effrayés à la vue du fermier qui traverse nonchalamment le champ armé de sa pince à castrer. Cet agent de liaison de la police, dans son impeccable layette bleu turquoise, était le seul rempart qui les protégeait de la foule antifasciste et de ses lancers de bouteilles.

Les fafs venaient juste de se jouer du cordon policier lorsque des renforts des forces de l’ordre sont arrivés à cheval et ont décidé qu’il était impératif – d’un point de vue stratégique ! – de confisquer la banderole des Black Blocs. Ils n’ont pas réussi. Et, après un instant de confusion au cours duquel la police a tenté de contenir la foule, les forces de l’ordre ont finalement lâché l’affaire (et la banderole) et ont poursuivi leur mission de contrôle comme si rien ne s’était passé.

Ce médecin de la police, esseulé, a exigé de ce membre du Black Bloc qu’il retire son masque. La réponse qu’il a obtenue, « non », l’a sensiblement humilié.

Une centaine de mètres plus loin, un groupe de fafs a trouvé refuge dans une agence de la chaîne Coral après avoir été poursuivi par des antifascistes armés de bombes à encre.

Plusieurs policiers ont également été touchés lors de la bataille, mais, impressionnants de stoïcisme, ils ont su conserver une détermination des plus inattendues de la part de gens dont le visage était partiellement couvert d’encre.

Nous étions de retour près du rond-point, où régnait une grande confusion. La police montée coursait les gens. Peut-être croyaient-ils que les charges des chevaux finiraient d’une façon ou d’une autre par convaincre les manifestants d’enlever leurs masques. Pendant un instant, on aurait même pu oublier que l’extrême droite était là ; la police arrêtait et fouillait le moindre contre-manifestant qu’elle parvenait à attraper.

Notamment ce gars, qui a pris sa capture avec philosophie, et en a profité pour se poser, réfléchir et se détendre au milieu du chaos qui l’entourait.

Ce n’était pas une si mauvaise idée, vu que, quelques instants plus tard, un autre groupe de fafs a déboulé d’une rue adjacente, prêt à en découdre, avant de se voir cerné de tous côtés. Voilà comment ça s’est passé :

La police est parvenue à ouvrir une voie pour que les nationalistes puissent s’échapper, mais pas avant que plusieurs projectiles leur tombent dessus. Regardez bien le skinhead avec les lunettes de soleil et le hoodie blanc. On pourrait croire qu’il s’est pris des gros œufs dans la tronche. En vérité, lui et plusieurs autres fafs ont ramassé des cannettes de bière en plein visage, ce qui est bien plus douloureux.

Beaucoup des rues qui menaient au front de mer (la marche se déroulait le long de ce front) étaient fermées par des cordons policiers. Celui-ci a servi de toile de fond à cette bande de débiles alors qu’ils prenaient la pose pour leur calendrier promotionnel de l’année prochaine.

Ces rues barrées n’ont posé aucun problème aux antifascistes locaux qui, connaissant la zone, ont pu rallier le front de mer en empruntant les rues adjacentes.

Lorsqu’ils sont arrivés là, des fascistes les attendaient pour une petite bagarre. Un antifasciste, l’air un peu sonné, m’a dit : « On les avait pas vus. Ils nous sont tombés sur le rabe, à mon pote et à moi, au moment où on est arrivés. »

L’effet de surprise n’a pas été très efficace et les fafs, dépassés par le nombre de leurs opposants, se sont faits dérouiller comme de coutume. Avant l’intervention de la police, l’ambiance sonore se résumait à quelques bruits sourds de poings américains et de chaussures éclatant des caboches de néonazis.

Une fois la baston terminée, nous avons enfin eu droit à une brève séquence de la March for England. Tout le monde sera d’accord avec moi sur ce point : si jamais la « race anglaise » devait se défendre et se protéger d’un envahisseur quelconque, ces gars seraient l’élite de l’espèce, la lignée à conserver.

Le peuple de Brighton s’est réuni en lignes le long du parcours de la manifestation, pour chanter des trucs comme « From the station to the sea, Brighton will be fascist-free » (De la gare jusqu’à la mer, Brighton ne veut pas voir un seul fasciste) ou un hymne simple mais efficace, « Small dicks ! ». Pendant ce temps, quelqu’un qui disposait d’une grosse sono jouait des hymnes gays, type « I Will Survive ».

La manifestation était en réalité la plus grosse blague du week-end. Les nationalistes ont été autorisés à marcher, fièrement, sur 400 mètres de front de mer. Juste assez pour tomber sur cette banderole antifasciste accrochée à un toit aux abords de leur circuit. Ils ont ensuite été escortés en sens inverse, sans bruit, sans discours, sans rien. Direction le bus, puis la maison.

Pour terminer, nous sommes retournés une dernière fois au rond-point, sur lequel un groupe de fafs dissidents se faisait tranquillement raccompagner hors de la ville et où ce gars nous expliquait que c’était « incroyable », qu’il avait fait « tout ce chemin depuis Liverpool pour rien ! » Même si nous étions en désaccord fondamental avec ce qui sortait de sa bouche, nous avons respecté sa loyauté envers sa cause.

Et puis, c’était fini. Des rumeurs, qui restent à vérifier, ont fait état de l’agression d’une famille musulmane par plusieurs voyous nationalistes, ceci devant nous assurer que s’ils revenaient une nouvelle fois à Brighton au printemps prochain, les fafs seraient accueillis par une foule tout aussi déterminée à leur expliquer de quel bois on se chauffe sur les bords de la Manche.

D’autres histoires avec l’EDL et leurs amis :

LES QUESTIONS QUE VOUS VOUS ÊTES TOUJOURS POSÉES SUR L’EDL

LES FASCISTES GRECS HOMOPHOBES ONT DIEU ET LA POLICE DE LEUR CÔTÉ  L’aube dorée, des nonnes et la police d’Athènes contre une pièce de théâtre sur un Jésus gay

ASSOIFÉS ET MISÉRABLES

merci à vice pour cet excelent article 😉

la mythologie du 6 fevrier 34 ravivée par les manifs homophobes fascisantes ?

MARIAGES & MANIFS POUR TOUS ?

les reac' du pseudo "printemps francais" (sic !) ont oubliés leur homophobie qui les avait motivés à gagner la rue et battre le pavé pour espérer,
 une fois le nombre estimé, la perspective du putch. 
Car n'oublions pas la dernière tirade du tartarinesque Alexandre Gabriac 

"Au fond, de marcher dans Paris à marcher sur Paris il n'y a qu'un pas, et qu'un mot d'ordre aussi simple que présent dans nos esprits : lève toi et marche !"

C'est bien d'ordre et de discipline que rêve nos néo fachos, lancé dans leur grande aventure romantique de jeunesse :
 la revolution naZionale (beurk). 
le comité de rédaction vacciné contre la peste brune et pragmatique ne saurais trop vous conseiller
 de remettre ces jeunes esprit factieux à leur place, 
leur expliquer avec "tolérance" et "tout le matériel démocratique" nécessaire 
que le reste de la population préfèrerait vivre ensemble sans leurs idées nauséabondes.
et les copains et copines viendez tous le 12 mai à paris,  ILS NE PASSERONT PAS !

Boutin, Barjot et le spectre fantasmé du 6 février 1934

. Ils en appellent au « printemps français ». Ils sont de droite et leur ennemi désigné est le « laxisme de gauche ». Quel spectre plane au dessus de la mobilisation de Barjot et Boutin ? À quel épisode de l’histoire ces manifestations nous ramènent-elles ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles répond Nicolas Lebourg, historien de l’extrême droite.

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013. (Witt/Sipa)

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013

L’analogie revient en boucle : entre les scandales et les manifestations radicalisées des anti mariage pour tous, nous serions le 6 février 1934. L’analogie historique est toujours d’un maniement délicat. Mais il est vrai qu’un retour sur la subversion de droite n’est pas inutile pour comprendre la tension présente.

Qu’est ce que le « 6 février 1934 » ?

Depuis 1931, la France connaît la crise économique. Les scandales politico-financiers prennent une dimension insupportable en ce contexte. Autour du slogan « à bas les voleurs ! », on appelle à une grande manifestation unitaire  pour le 6 février 1934. Sont là les ligues nationalistes : l’Action Française, les Jeunesses Patriotes, la Fédération nationale des contribuables, Solidarité Française et les Croix de Feu. Sont aussi présents les anciens combattants, ceux de l’Union Nationale des Combattants mais également les communistes de l’Association Républicaine des Anciens Combattants. »L’Humanité » appelle à mettre « à bas le gouvernement voleur des mutilés de guerre et complice des escrocs », tandis que « L’Action française » titre contre « la dictature des voleurs ».

Le défilé se fait émeute : 15 morts et 1.435 blessés. Les manifestants veulent prendre l’Assemblée, leurs chefs s’y refusent. À gauche, la journée est interprétée comme une tentative ratée de coup d’État des fascistes. Il s’agit en fait d’une tentative réussie de déstabilisation du gouvernement par les droites autoritaires. Dans les jours suivants des contre-manifestations voient les militants socialistes et communistes fraterniser à la base. L’un des leaders communistes, Jacques Doriot, fonde un Comité d’Action Antifasciste. Trahison de la ligne « classe contre classe » : il est exclu en juin. Le même mois, le PCF reçoit la consigne de changer totalement de stratégie. Il se doit désormais d’appeler à l’union des gauches contre le fascisme. En octobre, le parti en appelle à un gouvernement de Front Populaire. Celui-ci prendra le pouvoir en 1936. Quant à Jacques Doriot, il évolue vers une droite ultra mâtinée de fascisme…

Conséquences du 6 février : Front National et Front Populaire

À droite aussi, le 6 février pousse à une dynamique unitaire. Il est vrai que l’État s’est doté de la possibilité juridique de dissoudre les mouvements politiques et que les ligues d’extrême droite sont frappées d’interdiction. Elles doivent donc travailler à leur reformation sous une nouvelle forme. Le théoricien de l’Action française Charles Maurras se propose non de fusionner les groupes mais de les rassembler dans un « Front national » sur la base d’un « compromis nationaliste ».

De 1934 à 1972, lorsqu’est fondé le FN lepéniste, concept et étiquette ont perduré : le compromis nationaliste est l’union de toutes les extrêmes droites malgré leurs projets inconciliables, dans le but premier de faire tomber l’ordre établi, avant que d’envisager de régler leurs querelles. Mais, l’extrême droite est un champ rétif à la discipline et les radicaux rejettent la proposition de Maurras, estimant, non sans raison, que ce FN n’est qu’un rassemblement de modérés ayant trahi la dimension révolutionnaire du 6 février.En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP)

En 1977,Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD

Le modèle va être sans cesse réemployé en vain, jusqu’à ce que, quarante ans plus tard, les circonstances et la personnalité de Jean-Marie Le Pen lui permettent enfin de s’avérer opératoire. La subversion de droite : un échec permanent

Échec dans la rue, échec dans la stratégie consécutive, et pourtant le 6 février rentre dans la mythologie des extrêmes droites. En affrontant physiquement les forces de l’ordre, en ayant des morts, elles se sont donné un parfum subversif enivrant. Cela explique que les extrêmes droites radicales investissent massivement le populiste poujadisme dans les années 1950, dans l’espoir d’un « 6 février qui réussisse ». Ils ont en tête le rôle joué par la Fédération des contribuables dans le déclenchement du 6 février. C’est là que le jeune Jean-Marie le Pen est formé à la politique par d’anciens communistes passés au collaborationnisme.

On s’agite, on rêve d’un 6 février qui fonctionne. Les extrêmes droites sont des heures insurrectionnelles de mai 1958 qui mettent à bas la IVe République. Mais elles sont dissoutes, et c’est le général de Gaulle qui accède aux responsabilités.

Voulant profiter de la demande sociale de répression de l’agitation gauchiste après 1968, les néofascistes d’Ordre nouveau pratiquent à la fois la violence contre-subversive anti-gauchiste dans la rue, habillée d’une esthétique subversive, et lancent le FN. Ils sont manœuvrés par le ministère de l’Intérieur jusqu’à ce que ce dernier en 1973 puisse dissoudre conjointement ON et Ligue communiste suite à une nuit d’émeute et d’affrontements avec les forces de l’ordre. D’hier à demain…

L’échec est patent : la subversion de droite n’a jamais fait tomber « le régime » mais, bien au contraire, a servi systématiquement le raffermissement de l’État. Pourtant, en voulant investir le Sénat, ce vendredi 12 avril 2012, les manifestants anti-mariage pour tous se situaient clairement dans la fantasmagorie du 6 février. Il est vrai qu’ils bénéficient de trois points positifs.

Frigide Barjot lors de la manifestation contre le mariage homosexuel le 24 mars 2013 à Paris (SIPA)

Tout d’abord, les déclarations radicalisées de personnalités politico-médiatique : Frigide Barjot s’exclamant que le sang va couler, Christine Boutin agitant le spectre de la guerre civile, Hervé Mariton dénonçant un coup d’État dans le processus législatif. Ensuite, ils ont face à eux un gouvernement certes affaibli, mais dont on doute qu’il soit tenu comme jadis par des personnalités en capacité morale d’utiliser tous les processus répressifs à leur disposition (tant physiques que juridiques).Enfin, la droite française cherche une recomposition idéologique depuis que la crise de 2008 a liquidé l’étendard libéral. La question est pour elle vitale si elle veut parvenir à coaguler les électorats frontiste et UMP pour assurer sa prochaine victoire. La radicalisation de l’opposition au mariage pour tous a valeur de banc d’essai de construction d’une socle conservateur commun s’opposant au libéralisme culturel de la gauche.

lu dans leur presse racoleuse, le nouvel’ obscédé

http://www.dailymotion.com/video/x4434h_6-fevrier-1934-dispositif-policier_news

Les leçons du 12 février 1934

Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd’hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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«Un retour sur le passé peut parfois aider à comprendre les contradictions de notre époque. Il ne s’agit naturellement pas de plaquer des recettes d’hier sur une situation d’aujourd’hui, mais il arrive que l’on puisse tirer des leçons utiles d’évènements forts de notre histoire.

C’est ainsi que l’on considère le 6 février 1934 comme une date noire de notre «calendrier politique». Ce jour là, une grande manifestation de l’extrême droite face à l’Assemblée nationale dégénère dans un affrontement sanglant avec les forces de l’ordre. On se souvient moins du 12 février 1934, qui vit la gauche et les républicains se mobiliser contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936.

Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. Au lendemain du 6 février, se constituent plusieurs comités antifascistes. Ils réunissent des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais pas de communistes. A l’époque, de lourds clivages idéologiques persistent entre les deux grandes branches du mouvement ouvrier. Et en dépit d’un péril redoutable, les logiques d’appareils poussent chaque parti à prendre des initiatives propres et séparées. Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un grand rassemblement place de la République, contre le fascisme et pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement. La SFIO préfère, elle, relayer par une manifestation l’appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février.

Ce jour là, le PCF décide de se joindre à la manifestation et il place des groupes et des orateurs tout le long du cortège, espérant attirer à lui les militants socialistes. Mais c’est un tout autre scénario qui va s’imposer. Le peuple de gauche a d’autres priorités que la préoccupation des dirigeants des partis d’exercer le rapport de forces. Il a sans doute une conscience plus aigue du danger et de la nécessité d’imposer une autre politique. On voit alors la base communiste se joindre au cortège socialiste et, aux cris de «Unité! Unité!», les militants des deux partis défilent côte à côte.

C’est donc un mouvement populaire puissant qui s’impose, contre la volonté des états-majors et des dirigeants des deux grands partis, malgré les ressentiments profonds qui se sont accumulés depuis près de 15 ans entre socialistes et communistes et malgré de réels désaccords idéologiques et politiques. La manifestation unitaire du 12 février 1934 préparera les esprits à l’idée du rassemblement de la gauche, des partis et, bien au-delà, des associations, des syndicats, de personnalités et d’intellectuels. C’est ainsi que le terme de Front populaire prendra tout son sens.

La crise profonde que nous vivons n’est pas comparable à celle de 1929. Certes, la situation économique et sociale est très préoccupante et des dérives inquiétantes montrent que notre société perd ses repères et que parfois, les esprits s’égarent, comme on l’a vu avec certaines réactions malsaines qui ont jalonné le récent «débat» sur l’identité nationale. Pourtant, la donne a radicalement changé, notamment en raison des nombreuses conquêtes sociales remportées depuis cette période. Quant à la menace fasciste, elle n’a fort heureusement pas la même acuité.

En revanche, l’état de la gauche, ses divisions, une surestimation de la nécessité d’affirmer un rapport de force entre partis, révèlent d’étranges similitudes. Aujourd’hui comme hier, il est à craindre que les appareils politiques soient incapables, sans une pression populaire, de se dépasser, d’offrir un nouveau cadre unitaire où pourra s’exprimer la diversité de la gauche et du mouvement écologiste, où auront envie de s’engager toutes ces femmes et hommes qui aspirent à une victoire de la gauche en 2012: une victoire pour changer leurs conditions de vie, notre société, notre mode de développement.

Dans l’histoire politique de la France, les années 30 ont été un moment d’affrontements majeurs, à forte visibilité, où les citoyens étaient interpelés. Aujourd’hui, ce qui marque notre période, c’est plutôt un apparent désintérêt et l’abstention, manifestations d’une crise démocratique et politique réelle. La division de la gauche, son incapacité à s’unir autour d’objectifs porteurs d’espoirs, les querelles personnelles, les jeux d’appareil constituent autant de facteurs aggravants. Il faut donc inventer des formes nouvelles de mobilisation citoyenne, pour imposer à nouveau le slogan «unité, unité» et lui donner un contenu, afin qu’il devienne le départ d’un nouveau rassemblement des forces populaires, porteur de progrès, d’espérance et de victoire!»

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès

lu dans leur cyber-presse payante! média fart

Le sens d’une riposte populaire

L’historienne Danielle Tartakowsky explique comment la riposte aux manifestations anti-parlementaires du 6 février 1934 est devenue l’acte fondateur du Front populaire.


La France des années vingt, dite des  » années folles « , connaît pendant une dizaine d’années une certaine prospérité. Mais, dès 1931, le pays est affecté par un retournement économique mondial.
Quel est l’impact de cette crise sur la société française et la répartition de ses forces politiques ?

Danielle Tartakowsky.

La crise économique est ressentie en France à la fin de l’année 1931. Les gouvernements qui se succèdent dans cette IIIe République politiquement instable vont y répondre jusqu’en 1934 par une politique continue de déflation, visant avant tout à sauver la monnaie, et par des coupes budgétaires. Cette réponse à la crise présente le double inconvénient de peser sur le salaire des fonctionnaires et sur la pension des anciens combattants – très nombreux dans cette France d’entre-deux-guerres. Si la classe ouvrière, quant à elle, doit faire face à la diminution de son temps de travail, elle ne voit pas son salaire horaire baisser. Ce qui explique que les mobilisations sociales, qui débutent vraiment après les législatives de 1932, après l’élection du néo-cartel Radical, soient essentiellement, jusqu’en 1934, le fait d’organisations sectorielles de droite et d’extrême droite. Sauf la marche des chômeurs, retenue par l’histoire en raison de son caractère de nouveauté, les mobilisations sont ainsi d’assez faible ampleur. Cependant, fin 1933, début 1934 débute une campagne anti-parlementaire très violente, dont les racines plongent évidemment dans le mécontentement populaire provoqué par la gestion de la crise économique.


Les gouvernements successifs ont, à ce moment, perdu la confiance populaire. Les victimes de la crise sont aussi scandalisées par les affaires politico-financières qui secouent les milieux politiques. L’affaire Stavisky fait beaucoup de bruit. Ce climat favorise-t-il le renforcement des mouvements d’extrême droite, des ligues ? Quels sont les discours de ces organisations ?

Danielle Tartakowsky.

On voit monter, début 1934, après le scandale Stavisky qui éclabousse beaucoup d’hommes politiques, un mouvement mené par plusieurs types d’organisations de natures politiques différentes, unifiées dans leur rejet du parlementarisme et la dénonciation de ce qui est appelé, à l’époque, le  » régime des scandales « . De façon schématique, il y a d’un côté l’Action française, organisation d’avant-guerre qui se réclame d’un monarchisme quelque peu fantasmatique et dont le leader est le charismatique Maurras, de l’autre toute une série de ligues d’extrême droite, nées entre 1924 et 1927, parmi lesquelles les Jeunesses patriotes, les Croix de feu et Solidarité française – seule à se réclamer du modèle fasciste italien. Toutes ces ligues ont en commun le nationalisme, certaines dimensions autoritaire et xénophobe et un mode d’organisation paramilitaire. Ces groupes divergent toutefois quant au sens de leur dénonciation du  » régime des scandales « . Pour l’Action française, il s’agit de dénoncer le régime lui-même, intrinsèquement producteur de scandales ; pour les ligues, de dénoncer les scandales qui entachent le régime politique existant.


Les ligues décident d’une grande manifestation. Quel est leur but, leurs revendications ?

Danielle Tartakowsky.
Le 6 février 1934, à la suite d’une nouvelle crise parlementaire, le radical Daladier doit obtenir l’investiture de la Chambre. Ce même jour, toute une série d’organisations appellent à manifester. La puissante Union nationale des combattants, située à droite de l’échiquier politique et qui se considère être la garante depuis la fin de la guerre de la morale politique comme de la morale en politique, appelle à défiler pour protester contre la baisse des pensions et contre les scandales politico-financiers qui secouent le monde politique. L’Action française et les ligues appellent pareillement à manifester sur des objectifs différents, voire divergents.
Enfin, l’ARAC, liée à la mouvance communiste, appelle à manifester pour tenter de ne pas laisser à la droite le monopole de la colère des anciens combattants. Les points de rassemblement, éloignés les uns des autres, forment un arc de cercle autour du Palais Bourbon, devenu la cible de l’anti-parlementarisme de ces manifestations.
Pendant que se déroulent les débats, la manifestation tourne à l’émeute. On relèvera au matin 17 morts et 1 500 blessés : la plus grande expression de violence à Paris depuis la Commune. La nuit durant, Daladier a été investi sur une base plus large que le néo-carte, mais les soutiens qui lui permettraient de ramener l’ordre dans la rue ne lui sont accordés qu’avec parcimonie par la justice, la police et l’armée. il choisit alors de démissionner dans la matinée du 7. Cette capitulation transforme ce qui n’était qu’une manifestation particulièrement violente en un mouvement objectivement insurrectionnel.


Les forces de gauche organisent très rapidement des contre-manifestations à ce mouvement de rue du 6 février. Quel est le sens de ces ripostes ?

Danielle Tartakowsky.

Aujourd’hui, les historiens ne tiennent pas le 6 février 1934 pour une tentative de coup d’État fasciste. Mais un événement vaut souvent davantage par ses représentations que par l’analyse scientifique que l’on peut en faire. Étant donné les circonstances internationales – fascisme italien et élection de Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 -, et nationales – montée en puissance des mouvements d’extrême droite -, les forces de gauche, contemporaines de l’événement, l’ont clairement analysé comme une menace fasciste, même si communistes et socialistes ne définissaient ce mot pas dans les mêmes termes. Les ligues d’extrême droite étaient unanimement comprises comme le bras armé du fascisme menaçant.
Communistes, socialistes et organisations syndicales organisent la riposte, en ordre dispersé, les 9 et 12 février, puis de façon unitaire, amorçant le processus qui conduit à terme au front populaire.

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lu sur canempechepasnicolas

6 février 1934 et « Printemps français » 2013 : le parallèle a ses limites


Les camelots du roi défilent à Paris le 6 février 1934 : au bout de leur canne, certains manifestants ont disposé des lames de rasoir (Assembl&eacute ; e nationale)

Devant les oppositions au mariage pour tous, les références au 6 février 1934 se sont multipliées. Les événements et surtout le contexte des deux moments présentent certes plusieurs points communs.

Ces références ont souvent pour objectif de tirer la sonnette d’alarme face à des dérives antirépublicaines. On peut cependant avancer que, contrairement à l’effet recherché, la comparaison risque de minimiser certaines violences actuelles.

1934 : crise économique et institutionnelle

Les manifestations de février 1934 s’inscrivent dans un contexte économique et social très délicat. La crise de 1929 touche la France depuis 1931. « Le cœur à gauche et le portefeuille à droite » : la célèbre formule d’André Siegfried résume assez bien l’ambivalence des Français et du gouvernement radical, qui mène une politique de rigueur.

A la crise s’ajoute un réel problème politique et institutionnel. L’instabilité parlementaire, « la valse des ministres », accentue les difficultés liées aux divisions de la sphère politique. La gauche est divisée entre radicaux, socialistes et communistes. Le parti radical, majoritaire à la Chambre, est lui-même traversé par des dissensions internes. Impossible ou presque de gouverner la France dans ces conditions.

L’affaire Stavisky met le feu aux poudres. Ce scandale financier éclate en janvier 1934, et éclabousse plusieurs députés radicaux. « Stavisky se suicide d’un coup de revolver tiré à bout portant », titre le Canard enchaîné : la presse accuse la Chambre de vouloir étouffer l’affaire et soupçonne une corruption généralisée des parlementaires.

Les ligues d’extrême-droite organisent à Paris quelques manifestations qui tournent à l’émeute. Chautemps démissionne et Daladier devient président du Conseil. Il révoque d’emblée le préfet de police de Paris, Chiappe, coupable selon lui de complaisance à l’égard des agitations d’extrême-droite.

C’est cette révocation qui provoque, en réaction, l’appel à la manifestation parisienne du 6 février 1934, le jour où Daladier devait présenter son gouvernement.

Les manifestations des ligues le 6 février

Le jour de la manifestation, les ligues convergent. Il s’agit d’un ensemble d’organisations populistes, souvent paramilitaires, mais hétérogènes. La plus importante d’entre elles, les Croix de Feu, dirigée par François de la Rocque, s’est constituée autour d’un noyau d’anciens combattants.

Hostiles au fascisme et au nazisme, ils tiennent toutefois un discours d’inspiration catholique, nationaliste et xénophobe. Ils dénoncent surtout l’immobilisme du Parlement et revendiquent un exécutif fort.

« A bas la République ! », « Vive Chalres Maurras ! », Le chant des Camelots de roi, vidéo-karaoké

Sous l’égide de Charles Maurras, l’Action française et les Camelots du roi affichent sans détour leur opposition à la République. Minoritaires, le Francisme et la Solidarité française semblent quant à eux plus radicaux. Notons qu’avec l’appui de l’Humanité, les communistes manifestent également à la fois contre la corruption, contre Daladier et contre le régime.

Dans la soirée, les manifestations basculent dans une violence exceptionnelle. Après quelques incendies, les premiers affrontements éclatent avec les forces de l’ordre qui gardent la Chambre des députés. Plusieurs cordons sont franchis. Quatre conseillers municipaux conservateurs parviennent à rentrer dans la Chambre pour demander la démission du gouvernement.

Dans la nuit, les Croix de Feu se replient, La Rocque ordonne leur dispersion, et la manifestation est finalement maîtrisée.

Bilan du 6 février 1934

La manifestation fait quinze morts et un millier de blessés, dont une centaine parmi les policiers. Le lendemain, Daladier démissionne. On appelle Gaston Doumergue pour le remplacer.

Le manque d’unité des manifestants est flagrant. Bien que quelques-uns voulaient prendre d’assaut la Chambre des députés, il ne s’agissait pour la majorité que d’une démonstration de force. L’objectif était surtout de revendiquer la souveraineté du peuple français dans la rue contre la légitimité du Parlement.

Adressés quelques temps plus tard à la commission d’enquête, les mots de Dumoulin de Labarthète, inspecteur des finances, qui faisait partie des manifestants les plus radicaux, démontre assez bien l’absence d’objectif clairement défini :

« Quant à notre but, il était de pénétrer, sans armes, au Palais Bourbon, par le seul effet d’une poussée de masse, et d’y exercer, après les discriminations nécessaires (je connaissais dans l’ancienne Chambre, au moins de vue, 370 députés sur 610), de solides représailles (solides, mais non sanglantes) sur les élus d’un suffrage universel qui mène la France à la guerre et à la ruine. »

La tentative de coup d’Etat, dénoncée le lendemain par la presse de gauche, n’est qu’une hypothèse sans réel fondement.

Cette date permet surtout, avec le recul des années et un bilan établi du fascisme italien et du nazisme, de relancer de temps à autres le thème du « danger fasciste ». Selon l’historien Michel Winock, l’événement et sa mémoire ont ainsi accentué les clivages au sein de la société et de la vie politique française.

Printemps français 2013, écho du 6 février 1934 ?

Crise économique et politique de rigueur, dirigeants impopulaires, montée de l’extrême-droite à l’échelle de l’Europe… le contexte de 2013 trouve certes quelques points communs avec 1934.


« Manif pour tous » à Paris, janvier 2013 (Ycare, Wkimedia Commons)

Le parallèle est surtout suscité par les manifestations conservatrices alors que, traditionnellement, le pavé est plus souvent battu par la gauche. Comme en 1934, enfin, des manifestants menacent d’entrer dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Certains diront qu’elles sont évidentes, mais il n’est sans doute pas inutile de rappeler les principales différences distinguant 2013 de 1934.

En 1934, les ligues manifestaient contre Daladier, contre les radicaux et contre le régime parlementaire, dont l’immobilisme était un réel problème. En 2013, les manifestants s’opposent au projet de loi Taubira favorable au mariage entre personnes de même sexe. On a donc des revendications institutionnelles en 1934, et un débat sociétal en 2013. Rien à voir.

Par ailleurs, l’hostilité des ligues aux blocages des institutions de la IIIe République et la revendication d’un exécutif fort sont autant de slogans qui ont pu être apaisés, depuis 1958, par la mise en place par de Gaulle d’un régime présidentiel avec la Ve République.

Les opposants au « mariage pour tous », s’ils adressent des slogans hostiles à Taubira comme à Hollande, ne s’inscrivent pas dans une démarche de contestation des institutions. Des élus appellent d’ailleurs à manifester, participent aux cortèges, et en relaient les revendications à l’Assemblée et au Sénat. La fracture, en 2013, ne se situe donc pas entre les manifestants et les élus, mais au milieu de la société française.

Les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les familles du « Printemps français » ne peuvent être assimilées aux colonnes des ligues, qui défilaient souvent en uniforme.

Toutefois, s’il était important de rappeler la désunion des manifestants de 1934, il faut aussi insister sur l’hétérogénéité des opposants au mariage pour tous. Aux familles et aux élus de droite se sont greffés des groupes plus radicaux tels que Civitas, le GUD, les Hommen, mais aussi des groupes moins formels tels que celui qui a dernièrement intimidé et menacé Caroline Fourest à Nantes.

Les violences de 2013, finalement pas plus graves qu’en 1934 ?

La comparaison est sordide. Elle permet néanmoins de souligner la profondeur et la singularité des problèmes actuels.


Wilfred de Bruijn, agressé à Paris le 6 avril dernier

Contrairement au 6 février 1934, où des lames de rasoir ont été employées contre les forces de l’ordre à cheval, les manifestations hostiles au mariage pour tous n’ont, semble-t-il, tué personne. Ces dernières semaines, on recense cependant quelques coups et autres passages à tabac, non pas contre les forces de l’ordre, mais contre des civils, y compris contre des femmes, alors que les ligues attaquaient les institutions et leurs symboles.

Les associations homosexuelles dénoncent d’ailleurs une montée de l’homophobie et des violences en dehors des manifestations : après les agressions survenues dans un bar gay de Lille, c’est dans un collège que la violence homophobe s’est invitée (bien que le lien avec le contexte national ne soit pas attesté).

Bien sûr, 1934 avait occasionné, dans la presse et dans la rue, la tenue de propos antisémites et xénophobes. Mais ces discours restaient secondaires au sein des ligues, qui étaient surtout opposées au gouvernement et au Parlement, voire à la République. En marge des partis et des institutions, les ligues des années 1930, de plus, ne correspondaient aux aspirations que d’une minorité au sein de la société française.

En 2013, au contraire, l’opposition à un groupe défini – les homos – constitue le cœur du « Printemps français ». Alors même que les institutions ne sont pas remises en cause, refuser l’égalité de droit aux couples homosexuels peut être assimilé à de l’homophobie, que celle-ci soit assumée ou non. Or, les opposants au mariage pour tous, malgré la variabilité des résultats des sondages sur la question, constituent au moins une frange importante de la population française.

En plus des menaces, des intimidations, des violences physiques et de la peur qui peut en découler, que tant de manifestants s’activent aussi fréquemment pour refuser l’égalité de droit à un groupe en raison de son identité sexuelle, en raison de ce qu’il a de plus intime, en raison de ce que ces hommes et ces femmes sont et de ce qu’ils ressentent, constitue une violence d’une ampleur que la référence au 6 février 1934 pourrait minimiser.

Infos pratiques
  • Michel Winock (dir.), « Histoire de l’extrême droite en France », Paris, Seuil, 1994
  • Michel Winock, « La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques. 1871-1968 », Paris, Calmann-Lévy, 1986
  • Jean-François Sirinelli (dir.), « Histoire des droites », Paris, Gallimard, 2006
  • Serge Berstein, « Le 6 février 1934 », Paris, Gallimard, 1975
  • Gilles Candar, « Histoire politique de la IIIe République », Paris, La Découverte, 1999

lu dans leurs blogs, les échos de l’histoire in le monstre

Suicide d’un salarié de Renault: « Tu expliqueras ça à mes filles, Carlos »

Un salarié de Renault s’est suicidé dans la nuit de dimanche à lundi sur son lieu de travail à l’usine de Cléon, en Seine-Maritime. Il a laissé une lettre dans laquelle il explique subir « pression » et « chantage » de la part du groupe depuis qu’il s’est mobilisé contre les accords dits de compétitivité-emploi cet hiver.

Agé de 35 ans et père de deux enfants, ce technicien qui travaillait de nuit, a été retrouvé pendu lundi au petit matin sur le site, son lieu de travail, où il était employé depuis 2000.  Pascal Le Manach, délégué syndical CGT a expliqué à l’AFP qu’ »il a laissé sur place deux lettres, l’une pour sa famille et l’autre à l’attention de la direction, dans laquelle il dénonce les pressions ».

Dans ce second courrier, l’ouvrier a écrit : « Merci Renault. Merci ces années de pression, chantage au nuit. Où le droit de grève n’existe pas. Ne pas protester sinon gare. La peur, l’incertitude de l’avenir sont de bonne guerre, paraît-il ? Tu expliqueras ça à mes filles, Carlos », allusion à Carlos Ghosn, le PDG du groupe.

Le salarié, « excellent ouvrier » et « non-syndiqué », « faisait l’objet de pressions de la direction depuis qu’il avait pris activement part aux grèves contre le projet d’accord compétitivité-emploi cet hiver », a précisé M. Le Manach. « La direction l’avait notamment menacé de le faire redescendre en équipe (de jour), avec une perte financière très importante à la clé », estimée à au moins 400 euros par mois. La CGT a demandé la tenue lundi d’un Comité d’hygiène et de sécurité exceptionnel « pour montrer la responsabilité de Renault dans ce décès ».

Le parquet de Rouen, qui a confirmé la découverte de deux lettres, a de son côté précisé à l’AFP avoir ouvert une enquête en « recherche des causes de la mort » à la suite de ce suicide survenu « sur le lieu de travail et pendant les heures de travail ».
Le site de Renault-Cléon, spécialisé dans la fabrication de moteurs et de boîtes de vitesse, emploie environ 4.000 salariés dans une ambiance qualifiée par la CGT de « plus en plus difficile », notamment depuis la mise en place de l’accord compétitivité-emploi par M. Ghosn.

lu dans leur presse de gôche toujours un peu stalinienne, l’inHumanité