The Wire, divertissement et critique sociale

 

The Wire, divertissement et critique sociale
Des universitaires évoquent la série The Wire qui traite du trafic de drogue et des problèmes sociaux contemporains. 
 

La série américaine The Wire, diffusée à partir de 2002, est devenue culte. Coréalisée par un ancien journaliste et un ancien policier, elle propose une description réaliste du quotidien dans les quartiers populaires de la ville de Baltimore. Ce produit de divertissement semble particulièrement étudié par les milieux universitaires. Des sociologues se penchent sur cette série dans un livre récent.

Le succès de la série semble lié à la description réaliste d’une société en décomposition, incarnée par l’institution policière. Surtout, The Wire brise les codes de l’industrie culturelle et du produit standardisé. Une liberté de ton s’observe. Une diversité d’intrigues, de personnages et d’univers sont explorées. La ville de Baltimore devient un « fait social total ».

La désindustrialisation, les inégalités de race et de classe, le dysfonctionnement des institutions et divers problèmes de la ville postfordiste sont largement évoqués. « Dans The Wire, on cherche à réfléchir à ce que les institutions font aux individus, que ce soit la bureaucratie, les organisations criminelles, la culture de l’addiction aux substances, et même le capitalisme sauvage », souligne le coréalisateur David Simon. Les institutions ne semblent pas pouvoir évoluer de l’intérieur et la description réaliste s’oppose à la vision idéaliste des sociaux-démocrates.

 

 

The Wire

Néolibéralisme et pessimisme politique

 

Marc V. Levine observe la série The Wire comme une critique du capitalisme néolibéral. « The Wire vise à dépeindre un monde où les capitalistes ont remporté un triomphe absolu, où la classe ouvrière est marginalisée et où les intérêts financiers ont acheté une part d’infrastructure politique suffisamment grande pour empêcher toute réforme », confirme David Simon. Le froid mécanisme des institutions écrase les êtres humains. La série permet de nuancer la propagande optimiste des institutions et des politiques publiques. Elle décrit bien une situation sociale qui ne cesse de se dégrader.

La désindustrialisation alimente un chômage de masse. Avec la disparition de l’emploi, une « économie parallèle » se développe, fondée sur le trafic de drogue. La violence et l’incarcération ne cessent alors d’augmenter. Ce constat implacable s’attire la rancœur des responsables politiques qui dénoncent un tableau trop sombre, nuisible à l’image de la ville de Baltimore. Mais la gauche américaine, avec son optimisme volontariste et militant, estime que la série ne montre aucune possibilité de changement. Effectivement, la société capitaliste ne peut pas être mieux gérée ou améliorée et seule sa destruction peut apporter une véritable solution.

 

La série illustre les recherches universitaires pour montrer une complexité sociologique. Les inégalités sociales s’expliquent par différents facteurs. The Wire permet de déconstruire les clichés sur les populations des quartiers noirs. Selon Anmol Chaddha et William Julius Wilson, « les spectateurs se rendent compte que les décisions individuelles et les comportements sont souvent façonnés, et surtout contraints, par des forces économiques, politiques et sociales qui échappent au contrôle des individus ». Les individus ne peuvent pas agir face à leur situation mais sont enfermés dans un cadre social qui maintien les inégalités.

Mais la série montre davantage les conséquences des politiques urbaines que les causes et les processus sociaux.

 

Pour Peter Dreier et John Atlas, la série montre une société inégalitaire et immuable. « La ville qu’elle dépeint est un cauchemar dystopique, un réseau fait d’oppression et de pathologie sociale d’où il est impossible de s’échapper », estiment les deux universitaires. La série n’est pas optimiste par rapport à la possibilité de changer cette situation. « Non, je ne crois pas. Pas dans le système politique actuel », répond David Simon le créateur de la série. Cette réponse à l’image de The Wire peut paraître pessimiste, cynique ou même nihiliste. Mais elle semble surtout réaliste. La société et la politique urbaine ne peuvent pas être mieux gérées ou même améliorées. Pour véritablement changer cette situation, seul un renversement de l’ordre social et politique peut ouvrir de nouvelles possibilités. La série se révèle alors plus lucide que les universitaires qui croient aux politiques publiques, au gauchisme au syndicalisme ou à l’humanitaire. Mais la série semble également misérabiliste. Les pauvres apparaissent uniquement comme des victimes et non pas comme des individus capables d’agir et de s’organiser pour se révolter.

 

 

Faillite des institutions

 

Fabien Desage observe la série à travers les institutions présentées. Le syndicat, la famille, l’école apparaissent comme des institutions déclinantes. La gang et la police augmentent leur emprise sur les individus. Le management dans la police alimente la corruption avec des chiffres trafiqués.

La série montre également les rapports des individus avec les institutions, notamment la police. Certains pensent pouvoir changer la situation dans le cadre des institutions. D’autres préfèrent contourner les règles, mais pour mieux atteindre les objectifs de l’institution. Toutes les tentatives de changement se heurtent à la force des institutions. La misère sociale semble structurelle et l’action, pour permettre le changement, doit dépasser le simple niveau des institutions.

 

Julien Achemchame évoque le regard porté sur l’institution policière. La hiérarchie est présentée comme un problème qui entrave le bon déroulement des enquêtes. La police et la justice s’appuient sur les aveux des inculpés plutôt que sur les indices et les preuves véritables. Mais c’est le règne de la statistique qui apparaît comme le principal problème. Avec cette politique du chiffre, la quantité des arrestations de petits dealers prime sur la qualité des enquêtes pour démanteler des réseaux. Cette logique néolibérale explique l’effondrement social.

Didier Fassin évoque les relations entre la police et la population des quartiers. La présence et l’intervention policière deviennent directement sources de désordre. Les classes populaires et les minorités raciales sont considérées comme « propriété de la police » et peuvent subir une violente répression. La série The Wire permet de mettre en images toute une recherche sociologique et la rend accessible à un plus large public.

Julien Talpin ressort le vieux discours social-démocrate. Selon lui, la série ne montre pas les corps intermédiaires avec ses syndicats et ses associations communautaires. Pourtant, la série montre pertinemment la faillite du modèle fordiste. Les organisations syndicales semblent tout aussi corrompues et bureaucratisées que les institutions politiques. La régulation sociale semble impuissante face à une société qui se délite.

 

 

The Wire

Regards sur les populations

 

Monica Michlin insiste sur la dimension queer de la série. The Wire s’inscrit dans un univers masculin et brutal qui oppose policiers et gangsters. Les femmes sont peu présentes à l’écran. Mais des personnages perturbent les codes traditionnels de la série policière en affirmant leur homosexualité. Omar, braqueur redoutable, assume pleinement son homosexualité. Il reste pourtant particulièrement viril. Il suscite la crainte même lorsqu’il se rend à l’épicerie en traversant la rue dans un pyjama queer. Kima, une policière tenace, affiche sa sexualité lesbienne. Elle ne correspond pas à l’archétype de la femme lesbienne de la série The L World. Elle ne porte pas de rouge à lèvre et ne semble pas très féminine. Mais elle apparaît comme coureuse et infidèle.

 

Pour Anne-Marie Paquet-Deyris, la série rend particulièrement visible la population noire des quartiers. Les codes sociaux, jusqu’au langage, sont fidèlement retranscrits. Certains acteurs sont des amateurs qui connaissent bien le ghetto de Baltimore.

Des personnages tentent d’échapper à leur environnement social. Mais le ghetto apparaît comme « une sorte de prison ethnoraciale », selon l’expression du sociologue Loïc Wacquant. Omar, bandit et justicier, semble au contraire imposer ses propres codes. Son regard propose une distance ironique sur le monde. Mais, comme la majorité des hommes noirs du ghetto, il est abattu. « Dans The Wire, la mort d’un joueur quel qu’il soit, chef de gang, truand solitaire ou flic, ne semble avoir qu’une seule fonction : faire la preuve du caractère implacable, inexorable et endémique du « jeu » et du système tout entier », analyse Anne-Marie Paquet-Deyris.

 

 

> Bande annonce Sur écoute (The Wire) S3

Réceptions critiques

 

Fabien Truong compare la série à la recherche en sciences sociales. Contre l’immédiateté du journalisme, la série privilégie un rythme lent. Elle montre moins la violence et les faits divers que la routine et le quotidien des gangsters. The Wire montre surtout l’inertie des phénomènes sociaux. La série évoque différents univers sociaux sans imposer une hiérarchie. Robert E. Park et l’école sociologique de Chicago traitent de la même manière les professions illégitimes que les professions légitimes. La série, affranchie de la spécialisation en discipline, permet une description transversale et totale de la réalité sociale.

 

Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou évoquent la réception de la série en France. Ils relativisent l’influence de The Wire. La série s’adresse surtout à la petite bourgeoisie intellectuelle et pas vraiment aux classes populaires qu’elle montre à l’écran. Son rythme lent ne favorise pas un engouement populaire. Mais la série atteint une audience plus large que celle du petit milieu universitaire.

The Wire alimente le rap français et son imaginaire du ghetto. Les références à la série sont nombreuses dans le milieu du rap, aux États-Unis comme en France. Mais la situation dans les quartiers populaires semble différente dans les deux pays. The Wire montre une réalité particulièrement sombre, notamment des relations humaines. Des amis se trahissent ou s’entretuent. La violence et l’utilisation des armes semblent également banalisée.

 

The Wire présente une vision très sombre de la société moderne. Les universitaires qui se penchent sur cette série semblent d’ailleurs le regretter. Ses sociologues semblent proches d’une gauche social-démocrate qui croit en l’Etat social et en la possibilité de gérer et d’aménager l’ordre marchand pour améliorer les conditions d’existence. Mais The Wire présente un vision moins naïve et beaucoup plus critique. Les institutions, et encore moins les héros solitaires qui triomphent seuls face au système, ne sont pas valorisées et semblent engluées dans la corruption et l’impuissance. Pour améliorer la situation, une destruction de l’ordre existant devient indispensable.

D’autres séries permettent de sortir de l’optimisme béat de l’industrie culturelle et du volontarisme militant. La série Oz sur la prison, The Shields sur la police ou d’autres créations télévisuelles permettent une véritable réflexion critique. The Wire et d’autres séries de qualités permettent de sortir la télévision du simple abrutissement. Les œuvres de fiction et de divertissement permettent de soulever de nombreux problèmes politiques et sociaux qui deviennent alors incarnés par des personnages et ancrés dans la vie quotidienne.

article sur zones subversives

Source : Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris, Julien Talpin, The Wire. L’Amérique sur écoute, La Découverte, 2014

Les complots, ça existe (après ce n’est pas toujours aussi fantastique que dans les rêves des illuminés)

Ce n’est pas parce que l’on fait disparaitre un mot, que l’on fait pour autant disparaitre la réalité que ce mot désigne. Éléments de réponse à l’article En finir avec les théories du complot.

 

Définition : Complot : n.m : Entente secrète entre des personnes afin de renverser une personne, de prendre le pouvoir, de s’emparer d’une fonction, d’une autorité.

 

Dictionnaire Larousse : Complot : Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
Résolution concertée de commettre un attentat et matérialisée par un ou plusieurs actes. Par extension, projet plus ou moins répréhensible d’une action menée en commun et secrètement.

Il serait donc aujourd’hui à la mode de prétendre que les complots n’existent pas. Et que quiconque parle de complot est un ridicule complotiste.

Ce raisonnement pour ne pas voir la réalité ne relève t-il pas de la politique de l’autruche ? Que se passe t-il, quand devant l’ennemi, on offre ses fesses en se cachant la tête dans le sable ?

Or, ce n’est pas parce que l’on bannit un mot, que disparait la réalité décrite par ce mot. Complot est un mot fort utile : le bannir est idiot. Ce ne serait pas le premier mot ou concept que l’on abandonne à de dangereux idéologues qui en font n’importe quoi.

Pour décrédibiliser le concept de complot, il est donc de bon ton de citer les rumeurs les plus farfelues : complots illuminatis, maçonniques, Rose Croix, sionistes…

On omettra de mentionner dans cette liste les complots ourdis par les extra-terrestres… Ainsi que les innombrables complots fomentés par le grand capital !

Oui, il a existé, et il existe certainement encore, d’authentiques complots. Et ce n’est pas faire du Soralo-Dieudonné que de le dire : Et c’est là que certains se heurtent au faux-problème de l’usage du mot complot.

Le complot, c’est vieux comme le monde

Les complots sont aussi vieux que l’Histoire de l’humanité. Des archéologues ont par exemple retrouvé les traces administratives du procès d’un complot ourdi il y a 3000 ans en Egypte contre le pharaon de l’époque. Pendant des siècles, la Rome antique bruisse de complots. Ainsi que les palais des Borgias. Henri IV et le Duc de Guise ne sont pas morts seuls d’une bête chute de vélo…

Plus proche de nous, tout au long de l’Histoire moderne, des industriels, banquiers, hommes d’affaire de diverses nations ont mis en place des tas de stratégies secrètes (en tout cas pas annoncées publiquement) pour atteindre leurs objectifs : réduire les salaires, réduire les « charges », réduire les droits sociaux, etc. Des objectifs pragmatiques. Pas ésotériques vous remarquerez bien.

Dans les années 30, ce n’était pas que pour les beaux yeux d’Adolf que Ford offrait aux nazis les bénéfices de ses usines allemandes.

Au fait, une stratégie secrète pour prendre le pouvoir, ça s’appelle… comment déjà ?

Evoquons quelques complots célèbres du XXème siècle

La Cagoule a échafaudé un complot qui a échoué. C’est d’ailleurs parce qu’il a échoué qu’on l’a qualifié de complot dans les manuels d’Histoire. Souvenons-nous que si le Front Populaire dissout les ligues, ce n’est pas juste pour embêter des anciens combattants, mais bien parce que tout ces fascistes de l’époque, financés par de grands patrons, complotaient à mort pour renverser la République. Ce qui sera d’ailleurs fait en 40, à l’occasion de ce que certains nommeront « une divine surprise », pas tellement surprenante pour les milieux dirigeants qui y œuvrent depuis les années 20.

Il est évident que la facilité avec laquelle les régimes fascistes prennent le pouvoir en Europe entre 1922 et 1940, que l’écroulement militaire de la France en 40, ne sont pas les fruits d’une série de malencontreux hasards comme on veut bien le dire. Comme cela a été démontré, (de Marc Bloch au général De Gaulle, en passant par Henri Guillemin, jusqu’à Annie Lacroix-Riz), ces drames sont le résultat de stratégies secrètes de grands patrons, industriels et banquiers. Toujours au pouvoir aujourd’hui d’ailleurs. Allez, ne parlons que de Liliane Bettencourt et de son papa (qui le valait bien), qui a financé la Cagoule avec Michelin et compagnie, puis collaboré à fond, sans avoir été puni comme Renault l’a été à la Libération.

Encore un complot made in France : le putsch de De Gaulle, qui en 1958 arrive au pouvoir sur les épaules des parachutistes. Au fait, comment nomme t-on un complot qui réussit ? Hé oui, la Vème République est née dans un coup d’état, certes soft. Ce que l’on ne dit pas dans les manuels d’Histoire, alors que les détails de l’Opération Résurrection ont été racontés par les auteurs de ce complot eux mêmes.

Le 11 Septembre 1973, Pinochet ne prend-il pas le pouvoir au Chili à l’occasion d’un complot organisé avec les USA ? Souvenons-nous qu’Allende, qui faisait confiance à Pinochet, n’a rien vu venir : le secret pour prendre le pouvoir au Chili devait donc être bien gardé. Qui osera prétendre sérieusement que ce putsch n’a pas été préparé lors… d’un complot ?

Pour ne parler que de la CIA, (mais on pourrait tout aussi bien faire la sanglante, occulte et très peu glorieuse histoire de la Françafrique et ses cortèges de dictateurs installés par la France à l’occasion de complots), si vous voulez des complots authentiques made in USA, regardez sur Youtube l’excellente série sur l’Histoire des guerres secrètes de la CIA, produite et diffusée par ARTE : vous y verrez 50 ans d’histoires d’authentiques complots : Iran, Guatemala, Cuba, (Kennedy ?)… Vous entendrez, dans ce doc, des agents et directeurs de la CIA eux mêmes qualifier de complots leurs propres opérations.

Certes, le mot « complot » est miné

Il est encore plus miné depuis que des Dieudo-Soral-Pen s’en sont emparé. Encore plus délicat à utiliser, car il fait tout de suite « délirant » et prête au ricanement illuminati-maçonico-sionisto-extraterrestre.

L’usage délicat du mot complot relève du même faux-problème que celui posé par des analyses exactes énoncées par le FN : que faire quand le FN n’énonce pas un constat erroné ? Que dire quand, au milieu de son discours abject, Le Pen propose une analyse qui tient la route ? Par exemple sur la dictature de l’Europe de Bruxelles, ou sur le coup d’état qui a suivi le référendum de 2005, ou à propos de la complicité UMP-PS. Dans certains milieux de la gauche qui se croit bien pensante, il est interdit de dire qu’un constat exact énoncé par le FN est exact… sous prétexte que c’est le FN qui l’a énoncé. Si Le Pen dit que 4 et 4 font 8, il faudrait, par opposition, décréter que ça fait 9 ?

Or, c’est oublier que l’extrême droite a toujours volé des analyses à la gauche. Hé oui, dans « national socialisme », il n’y a pas que national : Il faut bien ancrer le délire fasciste sur des constats exacts, qui nous sont généralement dérobés.

Il faut d’ailleurs remarquer que le FN s’entoure en ce moment d’intellectuels qui savent causer, piquent certainement des analyses dans le Monde Diplomatique, et font des discours bien au dessus du niveau Le Pen père et fille : on est de moins en moins dans le « Durafour crématoire ». J’ai entendu sur France Culture le jeune Aymeric Chauprade, nouveau conseiller affaires étrangères de Le Pen. Attention, ce n’est pas un crétin inculte. Soral non plus : ne surtout pas les sous estimer, et encore moins leur laisser le terrain de l’analyse ou du vocable. Les discours de ces gens là fonctionnent en deux étapes. 1/ Constat exact. 2/ « Solution » délirante.

Donc, NON. Ce n’est pas parce que Le Pen dit que 4 et 4 font 8, qu’il faut affirmer que ça fait 9. Ce n’est pas parce que des imbéciles parlent de complots absurdes que des complots n’existent pas. Ce n’est évidemment pas ainsi que l’on combat efficacement le discours de l’extrême droite.

Ce n’est pas parce que des Dieudonné et des Soral évoquent des complots délirants que de réels complots n’existent pas

Syndrome et métaphore de ce que je dis : l’excellente série que je vous conseille sur les guerres secrètes de la CIA, est promue sur Youtube par… « Quennelle TV » et « antisystème »… Horrible illustration de mon propos.

Le Pen, Dieudonné et Soral peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Mais nous n’avons pas à adapter nos discours en fonction de ce dit l’extrême droite. Nous n’avons pas à nous interdire l’usage de mots utiles, sous prétexte que nos ennemis les utilisent.

Alors, avec son courage à deux mains, on reprend aussi son dictionnaire et ses livres d’Histoire et on ne lâche rien. Pas même un mot.

Jibédé. www.polemixetlavoixoff.com

lu sur la rotative

Illustration : Adolf Hitler en compagnie de Louis Renault au salon de l’auto de Berlin en 1939.

P.-S.

Il y a des tas de ragots sur internet, notamment Wikipedia, concernant l’excellente et très rigoureuse historienne Annie-Lacroix Riz, décriée par des gens qui ne se sont jamais donné la peine de lire ses très sérieux ouvrages sur la collaboration et Vichy. Je suis d’ailleurs effrayé par la façon dont l’Histoire est écrite par des gens d’extrême droite sur Wikipedia qui est devenu LA référence en tout. Bientôt une chronique sur Brothermedia ?
De Lacroix-Riz, je vous conseille notamment le très brillant Choix de la défaite. Vous pouvez aussi écouter ce passionnant entretien en 3 épisodes rappelant comment travaille un historien sérieux :
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 1/3 « Les archives sont impitoyables ! »
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 2/3 La Synarchie : une Histoire sous contrôle
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 3/3 « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »

La vidéo constitue-t-elle une menace de mort ?

 

Cette image journalistique d'archive faisait partie du montage. Elle montre le directeur départemental de la sécurité publique face à des anarchistes lors de leur procès. - Cette image journalistique d'archive faisait partie du montage. Elle montre le directeur départemental de la sécurité publique face à des anarchistes lors de leur procès.

Cette image journalistique d’archive faisait partie du montage. Elle montre le directeur départemental de la sécurité publique face à des anarchistes lors de leur procès.

Une vidéo mettant en cause nommément le directeur de la Police de Poitiers avait été relayée par un blogueur. Il est poursuivi pour menaces de mort.

Le montage vidéo est une succession de photos (qui débute par celle d’un poulet rôti) retouchées pour certaines et de documents visuels et sonores des événements du 10 octobre 2009 lors du festival des Expressifs (*). Certaines images ont été publiées dans la presse, la voix off est également constituée de répliques de films et de propos journalistiques choisis. Le « clip » s’intitule « Poitiers street duel ». Il est très orienté et vise principalement Jean-François Papineau, directeur départemental de la sécurité publique, à travers des photos et citations de tags menaçants bombés sur les murs de la ville, mettant également en cause sa façon de traiter les anarchistes à Poitiers.

Blogueur mais pas auteur

A la lecture du dossier, Mme la présidente explique que le montage a d’abord été hébergé par Dailymotion, a été partagé sur d’autres réseaux sociaux puis un lien s’est retrouvé – deux ans après les faits entre le 26 février et le 30 novembre 2011, sur le blog « Ni Dieu, ni maître en Poitou » –, administré par Jacques, blogueur poitevin âgé de 30 ans.
Hier, à la barre du tribunal correctionnel de Poitiers, Jacques devait être jugé pour incitation à la haine et menace de mort à l’encontre de Jean-François Papineau. Même si le blogueur n’est pas l’auteur de la vidéo, tout le débat porte sur sa responsabilité en tant qu’animateur.
Ponctuant toute ses fins de phrase d’un Mme le juge discipliné, le jeune syndicaliste et militant qualifié « d’extrême gauche » explique au tribunal sa volonté « de parler de l’actualité militante sur Poitiers et de la répression… sans prendre partie » avant d’ajouter qu’il « ne considérait pas cette vidéo comme un outrage en soi mais comme une œuvre artistique ».
Le conseil de la partie civile insiste sur la fonction de son client qui doit avoir « une attitude d’exemplarité ». Seulement, « du fait de sa mission de service publique, il est aussi une personne exposée, investie et qui n’a pas l’air de plaire à un certain nombre de justiciables… » et d’un homme émotionnellement touché par les propos véhiculés dans la vidéo. Face au prévenu qui n’est pas l’auteur du montage, Me Bethume de Moro pose néanmoins : « Il est le facilitateur, le diffuseur, celui qui concourt à la publicité. »
Le procureur abonde et fait un parallèle avec une affiche que l’on garde sous le coude ou que l’on colle sur un mur, qu’il soit réel ou virtuel, pour en diffuser le message. Selon lui, les propos comme « Papineau, on aura ta peau » lus trois fois par une voix off, le titre du blog qui véhicule la notion de duel donc de mise à mort, la technique qui consiste à trouver une cible à pilonner sont autant de manœuvres provocantes utilisées par les anarchistes et sont « des éléments matériels de menaces de mort caractérisés ». Et requiert « une peine de principe » de 300 euros.

«  Mon client n’est pas anarchiste  »

Me de La Rocca, pour la défense, avertit : « Je ne suis pas l’avocat des anarchistes, tout comme mon client n’est pas anarchiste. » Elle constate que le directeur de la Police a « des difficultés avec l’opposition, la contestation, la libre expression ». Selon l’avocate, « il ne viendrait à l’idée de personne de poursuivre les journaux pour avoir relayé des propos ou tags ». Et estime que son client est a été mis en examen « à cause et en raison de ses idées » puisqu’il n’a jamais apporté aucun commentaire en marge de la vidéo. Le jugement est mis en délibéré au 26 juin.

(*) Ce jour-là une manifestation anti-carcérale avait dégénéré dans les rues de Poitiers. Plus de 200 casseurs avaient brisé des vitrines et s’étaient opposés violemment aux forces de l’ordre.

M-L A dans leur presse, la nouvelle republique

Il faut qu’on discute de notre usage de Facebook

En octobre 2012, le collectif allemand Nadir a publié un communiqué traitant des implications de l’utilisation de Facebook, et plus largement de tout réseau social ou service internet (mails) centralisé. L’année 2013, en particulier grâce aux révélations de lanceurs d’alerte comme Edward Snowden, a confirmé le danger intrinsèque de ces services, et plus largement d’internet dans un cadre irraisonné. Traduction de leur texte, jamais diffusé en français à notre connaissance.

Depuis plu­sieurs années, nous four­nis­sons des ser­veurs et une infra­struc­ture de com­mu­ni­ca­tion pour « la gauche » [1]. Nous avons fait de notre mieux pour garder les ser­veurs sûrs, et avons résisté, par divers moyens, aux requê­tes d’accès aux don­nées des uti­li­sa­teurs par les auto­ri­tés.

En bref : nous ten­tons d’offrir une forme libé­ra­trice de com­mu­ni­ca­tion à l’inté­rieur de l’inter­net capi­ta­liste.

Disneyland

Nous n’avions pas réa­lisé qu’après le stress des actions de rue ou les lon­gues dis­cus­sions col­lec­ti­ves, beau­coup d’acti­vis­tes sem­blent avoir ce désir de papo­ter à loisir sur Facebook, de tout et avec tout le monde. Nous n’avions pas réa­lisé que, même pour la gauche, Facebook est la plus douce des ten­ta­tions. Que la gauche, aux côtés des autres, appré­cie de suivre le subtil flux d’exploi­ta­tion, là ou il ne semble faire aucun mal, et, pour une fois, sans avoir à résis­ter. Beaucoup de per­son­nes ont mau­vaise cons­cience. Bien que cela pour­rait leur per­met­tre d’anti­ci­per les consé­quen­ces fata­les de Facebook, cela ne semble pas se tra­duire en actes.

Est-ce seulement de l’ignorance ?

Juste pour donner un aperçu du pro­blème. En uti­li­sant Facebook, non seu­le­ment les acti­vis­tes ren­dent leur pro­pres com­mu­ni­ca­tions, leur opi­nions, leurs « likes », etc. trans­pa­rents et dis­po­ni­bles à l’ana­lyse auto­ma­ti­sée. Mais ils expo­sent de plus -et nous consi­dé­rons cela beau­coup plus impor­tant- des struc­tu­res et per­son­nes qui ont elles-mêmes peu ou aucun rap­port à avoir avec Facebook.

Les capa­ci­tés de Facebook à recher­cher dans la toile des rela­tions, simi­li­tu­des, etc. sont dif­fi­ci­les à saisir pour les pro­fa­nes. Les bavar­da­ges sur Facebook repro­dui­sent des struc­tu­res poli­ti­ques, ainsi ren­dues dis­po­ni­bles aux auto­ri­tés, et à des entre­pri­ses. Celles-ci peu­vent être recher­chés, triées, agré­gées, non seu­le­ment pour obte­nir des infor­ma­tions pré­ci­ses sur des rela­tions socia­les, des per­son­nes clé, etc. mais également pour faire des déduc­tions et anti­ci­pa­tions à partir de motifs récur­rents. À l’instar que les télé­pho­nes por­ta­bles, Facebook est la plus sub­tile, économe, et effi­cace des tech­no­lo­gie de sur­veillance actuel­le­ment dis­po­ni­ble.

Les utilisateurs de Facebook comme informateurs inconscients ?

Nous avons tou­jours pensé que la gauche veut autre chose : pour­sui­vre les luttes en ligne, et uti­li­ser inter­net au ser­vice des luttes poli­ti­ques. C’est le but, en ce qui nous concerne – encore aujourd’hui. C’est pour­quoi nous voyons les uti­li­sa­teurs de Facebook comme un danger réel pour nos luttes. En par­ti­cu­lier les acti­vis­tes qui publient des infor­ma­tions impor­tan­tes sur Facebook (sou­vent sans savoir ce qu’ils font) qui est de plus en plus uti­lisé par les forces de l’ordre. Nous pour­rions pres­que aller jusqu’à accu­ser ces acti­vis­tes de col­la­bo­ra­tion. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous avons encore espoir que chacun réa­lise que Facebook est un ennemi poli­ti­que, et que ceux qui l’uti­li­sent le ren­dent de plus en plus puis­sant. Les acti­vis­tes uti­li­sant Facebook nour­ris­sent ce dis­po­si­tif, et en consé­quence, révè­lent nos struc­tu­res – sans aucune néces­sité, sans aucun mandat de jus­tice, sans aucune pres­sion.

Notre point de vue

Nous sommes cons­cients que l’on parle « de haut ». Pour nous, qui tra­vaillons depuis des – par­fois en gagnant notre vie – avec le net et les ordi­na­teurs, l’admi­nis­tra­tion de sys­tè­mes, la pro­gram­ma­tion, la cryp­to­gra­phie, ou autre, Facebook appa­raît comme un ennemi natu­rel. Et comme nous nous consi­dé­rons également comme fai­sant partie de la gauche, cela s’ajoute à l’ana­lyse poli­ti­que des fon­de­ments économiques de Facebook, où les « uti­li­sa­teurs » sont trans­for­més en pro­duits, qui sont vendus, et devien­nent consom­ma­teurs, en consé­quence. Le jargon pour ceci est « la créa­tion de besoin ». Nous réa­li­sons que tout le monde n’uti­lise pas inter­net avec autant d’enthou­siasme que nous pou­vons le faire. Mais pour des acti­vis­tes, auto­ri­ser ce cheval de Troie nommé Facebook à faire partie de leur vie quo­ti­dienne est un signe d’igno­rance d’un niveau cri­ti­que.

Ceci est un appel : fermez vos comp­tes Facebook ! Vous mettez les autres en danger ! Prenez acte contre ce mons­tre de don­nées !

Et de même : quit­tez Yahoo mail et autres ! À bas Google ! Contre la réten­tion des don­nées ! Pour la neu­tra­lité du net ! Liberté pour Bradley Manning ! Longue vie à la décen­tra­li­sa­tion !

Luttez contre le capi­ta­lisme ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net ! Contre l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net !

Mettez vos cama­ra­des sur les nerfs. Appuyez sur le fait qu’en nour­ris­sant Facebook, ils ont choisi le mau­vais coté !

 nadir, octo­bre 2012

P.-S.

Notes

[1Note de traduction : « la gauche », notion relative par définition, résulte d’une volonté de traduire le texte original au plus proche, et fait bien évidemment référence ici à une sensibilité politique

lu sur rebellyon

n’oublions pas que le facho devant devant des les cameras reste un politicien…donc une balance !

Serge Ayoub, le skin utile à la police?

SOCIETE – Connu depuis les années 80, Serge Ayoub est revenu au premier plan de l’actualité à l’occasion de la mort de Clément Méric. Depuis trente ans, l’homme passe entre les gouttes de la justice et reste la figure de proue du mouvement skin d’extrême droite…

Toujours là. Jeudi dernier, Serge Ayoub a été le premier à dégainer dans les médias. Non, ses JNR ne sont pas responsables de la mort de Clément Méric, affirme-t-il à l’AFP. Ayoub déclare dans la foulée avoir parlé aux auteurs des faits. Ce qui lui a valu d’être entendu par la police. Plus de trente ans après l’explosion du mouvement skin en France, Ayoub, au cœur des réseaux, est toujours la vitrine officielle du mouvement pour les médias et la police. «S’il y avait eu des preuves tangibles de faits grave, il serait à l’ombre», affirme une source policière.

Entre les gouttes

Emprisonné quelque temps pour trafic de stéroïdes lors de sa période biker dans les années 90, Serge Ayoub n’a jamais connu de grands problèmes judiciaires. L’homme n’a pourtant jamais caché ses penchants violents. Soupçonné d’avoir mené de nombreuses ratonnades à la fin des années 80 (des actions souvent revendiquées par les néonazis du PNFE et non par les JNR filmés par France 5 lors de l’agression d’un métis), au cœur des bastons contre les Redskins qu’il revendique (voir ci-dessous), témoin lors du procès de son bras droit, Régis Kerhuel, le  leader des JNR n’est jamais tombé.

Dans le docu «Sur les pavés»,  Ayoub fanfaronne à propos des bagarres contre des «chasseurs de skins» en évoquant un coup de poignard (12’25), parle d’une guerre (21’) et lâche comment il fracasse des gars (30’30 puis les minutes qui suivent) :

Du coup, le milieu de la droite radicale, où batskin s’est fait beaucoup d’ennemis, bruisse de rumeurs. Fils d’une magistrate, il serait protégé par la police. Pire, il  informerait  les RG qui le laissent peinard. Sauf que personne n’a jamais pu apporter le début d’une preuve à ces bruits. «Il y a toujours des rumeurs de ce type sur toutes les personnalités de la droite radicale, analyse le chercheur Nicolas Lebourg, avant de se faire provocateur. Mais finalement, un type qui encadre des gens violents est plutôt utile du point de vue du ministère de l’Intérieur et de l’ordre public. Pendant qu’ils paradent en chemise noire devant les caméras et appareils photo, ils ne se servent pas de leurs battes dans la clandestinité.»

De maigres effectifs  sous contrôle

Visible, bien identifié, toujours beau parleur comme à l’époque où il était invité de «Ciel mon mardi» dans les années 80, Batskin serait le crâne rasé utile du système. «Il n’est pas abruti et maîtrise des gens qui seraient tout le temps sur le fil sinon. Il y a un côté façade officielle qui rend plus facile le travail de surveillance de la police», résume Nicolas Comte, secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP Police-Force Ouvrière.

L’homme bénéficie d’une aura sur les jeunes. Avec son mouvement syndical Troisième voie, il cherche toujours à fédérer, notamment dans les nouveaux milieux Gabber skins (skins amateurs de techno hardcore, la Gabber), comme l’ont montré les travaux du chercheur Stéphane François. Mais qui représente-t-il encore? Lors de leur défilé annuel du 9 mai, les JNR sont largement moins d’une centaine. Sans vraiment inquiéter les forces de police. «Ayoub est avec les JNR comme un maître avec ses pittbulls: « Assis, Couchés, Mordez »… Et ils obéissent. Les troupes des Jeunesses nationalistes de Gabriac sont beaucoup moins sous contrôle», explique Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

Le business skin

S’il structure la galaxie skin, Ayoub a également besoin du milieu pour exister. Ce qui explique ses multiples renaissances. Alors qu’il s’en était éloigné dans les années 90 (absent lors de la manif du FN qui avait provoqué la mort d’un SDF malien), il a fait sa réapparition en 2007 en ouvrant le Local, un bar rue de Grenelle. Comme dans les années 80-90 où il avait ouvert deux boutiques, détruite puis fermée administrativement, il y vend encore des t-shirts à la gloire de son mouvement. «Il crée un business et utilise son immense capital social dans ce milieu. Et qu’est-ce qu’il pourrait faire d’autres? Disons que la croix gammée est assez peu bankable dans une entreprise normale», conclut Lebourg.

lu dans leur presse gratuite mais pour une fois bien documentée 20 mn

Communiqué suite à la manifestation en hommage à Clément à Poitiers

Le jeudi 6 juin à 18 h 30 a eu lieu à Poitiers comme dans de nombreuses autres villes une manifestation organisée à l’appel du groupe unitaire contre l’extrême droite de la Vienne à la suite de la mort de Clément Méric à Paris. Nous avons été agréablement surpris de l’ampleur de la manifestation organisée dans la journée même (entre 250 et 300 personnes), mais nous avons cependant quelques critiques à émettre et besoin de rappeler certains faits.

Nous nous étonnons que des cadres du Parti socialiste de la mairie de Poitiers soient venus sans honte se montrer en mémoire de quelqu’un qui les combattait politiquement. En effet, rappelons que Clément était certes un militant antifasciste mais qu’on ne saurait le réduire à cela. Il était révolutionnaire, et impliqué dans les luttes contre le capital et fatalement contre le gouvernement socialo-écologiste actuel. Antifasciste convaincu, il militait aussi contre toutes les formes d’exploitation et de domination : le sexisme, le racisme et l’homophobie…

Revenons à la manifestation poitevine, non déclarée comme le veut la tradition ici, et regroupant des individus (libertaires ou proches), encartés de gauche et d’extrême gauche et autres membres d’associations. Voilà bien longtemps que tout ce beau monde n’avait pas été réuni. En effet, le bras de fer entre la mairie socialiste et les associations, les anarchistes et surtout dernièrement le DAL 86 dure depuis plusieurs années, et la gouvernance de M. Claeys nous montre le véritable visage de la social-démocratie depuis.

Nous avons donc pu voir nos braves cadres locaux se retirer du cortège au niveau de la mairie alors que ce dernier évoluait vers la préfecture. Très bien, nous dirons-nous, mais cette manœuvre semble aussi avoir été tactique. Car, plus d’une heure après la fin de la manifestation, deux personnes ont été arrêtées et emmenées au poste pour « manifestation illégale » et « outrage aux forces de l’ordre » (des « Flics porcs assassins » s’étant glissés dans les slogans scandés). Ces deux personnes seront relâchées le lendemain et passeront en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Devant le procureur, donc. Mais le fait intéressant à noter ici est cette phrase lâchée par un conseiller municipal et conseiller de Grand Poitiers bien connu comme bureaucrate de la lutte (notamment au sein des MJS lors du mouvement anti-CPE) : « Ce n’est pas une manifestation, mais un rassemblement silencieux contre les violences de l’extrême droite ». Voilà, tout est dit. Vous vous êtes fait attraper ? Vous ne pouvez que vous en prendre à vous-mêmes. Il ne fallait pas faire de manif (ou du moins pas jusqu’au bout)… puisqu’il existe une pression de la préfecture vis-à-vis des manifestations non déclarées depuis environ un an, et relayée par son chien de garde édenté : la mairie.

Ici donc, les socialistes poitevins suivent la ligne dictée par l’Elysée et le taulier de la place Beauvau : s’émouvoir de manière hypocrite sur la violence et la dangerosité idéologiques des groupes fascistes bien connus. Alors que ce sont ces mêmes socialistes qui, de par leur politique, ne contribuent point à faire reculer les pratiques et idées de l’extrême droite ; bien au contraire, celle-ci s’en est servie à plusieurs reprises afin de gagner des élections, de promouvoir des politiques sécuritaires de la République (n’oublions pas que les centres de rétention, ces prisons démocratiques pour étrangers, datent de l’ère mitterrandienne). Par ailleurs, le jour même où Clément a été agressé, la police de Manuel Valls procédait à une grande rafle de sans-papiers dans le quartier populaire de Barbès à Paris. République, sacro-sainte République! Tel un chant incantatoire, ce terme sonnait creux pour Clément et ses camarades ! Alors, fichez-nous la paix avec cet appel à un front républicain chimérique.

La République n’est qu’un champ de bataille symbolique pour les aspirants au pouvoir, ça fait bien longtemps que son caractère attractif et magique n’opère plus ! Bref, nous nous opposons fermement à cette tentative de récupération étatique de la mort de Clément.

De plus, nous pensons que la dissolution de groupes fascistes ne changera pas la donne. Hormis leur caractère symbolique orchestré par le pouvoir et une partie de la gauche, l’Histoire nous a montré à plusieurs reprises que la dissolution de ces groupes est un leurre (des Ligues des années 1930 à Unité radicale des années 2000, en passant par Ordre nouveau des années 1970) : ils se sont toujours reformés, ils ont juste eu besoin de changer de nom. Mais nous n’appelons pas non plus à une « justice pour Clément ». Cette justice qui nous condamne aussi bien et que nous combattons tous les jours.

Soulignons que depuis plusieurs années les fascistes et autres nazillons ressortent dans la rue et souhaitent la reprendre, galvanisés par les scores de leurs homologues dans de nombreux pays en Europe (Grèce, Hongrie…) sur fond de crise économique. Nous ne découvrons rien, dans plusieurs villes les fascistes sont très actifs, et s’adonnent à des actions violentes et/ou symboliques : Lyon, Toulouse, Tours, Besançon, etc. Mais les dernières manifs contre le mariage homosexuel leur ont permis de se rencontrer, de recruter, bref d’avoir un nouveau souffle, avec la complicité des médias ayant offert leurs micros sur des plateaux d’argent à des mouvements réactionnaires de toutes sortes disséminant leurs discours haineux.

Par exemple, nous avons remarqué qu’ils sont de plus en plus présents sur Poitiers, du moins par leurs affiches et autocollants. Qu’ils soient à Méridien Zéro, au Mouvement Action Sociale, au Parti de France, à l’Œuvre Française ou au plus traditionnel Front National, les militants fascistes tentent de s’implanter localement et durablement. Ils se sentent même pousser des ailes. Pour preuve, début mai ont été découvertes des affiches, collées dans les rues de Poitiers, comprenant les photos de deux militants du NPA avec comme surtitre « Wanted » et cette légende : « Tags dégueulasses, gribouillis partout, panneaux sales, portes tatouées ? Assez ! La police s’en occupe pas on va s’en occuper ! ».

En mémoire de notre camarade Clément,nous souhaiterions que les bureaucrates politiques, membres du gouvernement et autres charognards de la presse fassent profil bas sur le sujet. Pour vous, fascistes, belek : une attaque contre un est une attaque contre tous.

 Dieu pardonne, pas le prolétariat !

 L’Épine noire

Opération antiterroriste contre le mouvement libertaire partout en Espagne

Aujourd’hui (15 mai) à l’aube le ministère de l’intérieur, avec l’appui de l’audience nationale (tribunal spécial), a lancé une opération antiterroriste de grande envergure sur tout le territoire espagnol. A Madrid, Valence, Barcelone ou Sabadell, différents lieux d’organisation et d’occupation anarchiste et libertaire ont été perquisitionné sans plus d’informations avec comme objectif de déstabiliser le mouvement et de procéder à des arrestations préventives.

Pour le moment, et selon les infor­ma­tions dont nous dis­po­sons, l’opé­ra­tion a été ava­lisé par le juge Santiago Pedraz suite à un décret excep­tion­nel déli­vré direc­te­ment par l’audience natio­nale équivalente à la cour suprême de jus­tice.

A Sabadell, de source poli­cière l’objec­tif affi­ché de l’opé­ra­tion était d’inter­pel­ler des mem­bres d’un col­lec­tifs anar­chiste « Bandera Negra ». Cette excuse ne convainc per­sonne et il semble que cette opé­ra­tion menée conjoin­te­ment par les dif­fé­rents ser­vi­ces de police visait prin­ci­pa­le­ment à dés­ta­bi­li­ser les foyers de lutte qui s’orga­ni­sent en ce moment par­tout en Espagne et depuis les­quels sem­blent émerger une bonne dyna­mi­que. C’est le local « Ateneu Llibertari » héber­geant dif­fé­rents col­lec­tifs qui a été per­qui­si­tionné aux pre­miè­res heures du matin.

A Gracia, dans le centre de Barcelone une autre per­qui­si­tion aurait eu lieu où un per­sonne aurait été arrêté pour avoir publié des com­men­tai­res « vio­lents » sur FaceBook. Autant d’argu­ments reconnus comme de pures excu­ses pour atta­quer de manière directe tout ceux et celles qui conchient ce monde là.

A Montcada dans la ban­lieue nord de Barcelone, c’est tout un ter­rain occupé depuis plus de 4 ans, la « Can piella » qui a reçu la visite de dizai­nes de Gendarme. Préparé à résis­ter depuis 4 mois, les occu­pants de la zone avaient confec­tion­nés de mul­ti­ples bar­ri­ca­des, tran­chées pour blo­quer l’arri­vée des flics mais aussi une struc­ture métal­li­que gigan­tes­que sur le toit de la maison prin­ci­pale afin de pou­voir y résis­ter le plus long­temps pos­si­ble. Propriété d’un spé­cu­la­teur « Alcaraz » très connu dans le sec­teur, le ter­rain était un lieu devenu emblé­ma­ti­que. Les habi­tants y culti­vaient des terres avec les pay­sans du coin sur les bases d’une agri­culture écologique (www.can­piella.cat). Ils orga­ni­saient aussi dif­fé­ren­tes acti­vi­tés ouver­tes a tous et orien­tées vers tou­jours plus d’auto­no­mie ali­men­taire. Toutes les semai­nes des four­nées pain étaient faites ainsi qu’un ate­lier de confec­tion de bière auto­nome.
La résis­tance n’aurait duré pas plus de 3 heures. Les flics sem­blaient être bien pré­paré à l’expul­sion du lieu, 4 per­son­nes ont été arrêté.
Dans la foule, des gens ce sont ras­sem­blés tout autour et une assem­blée orga­ni­sée a décidé d’aller blo­quer une auto­route ainsi que deux immeu­bles neuf lais­sés vacants dans le centre de Montcada.

La solidarité est en train de s’organiser de manière spontanée dans toute la Catalogne. Les choses risquent de bouger ces prochaines heures.

Soutien indéfectible à toutes les composantes en lutte ! Solidarité active dans toute l’Europe !

lu sur rebellyon

Combien de points de suture peuvent tenir sur un visage d’enfant ?, par Ada Psarra

source : http://www.efsyn.gr/?p=49734, traduit et annoté par Vicky Skoumbi.

A peine un mois après l’agression des immigrés de Manolada, des travailleurs saisonniers dans le Péloponnèse, qui le 17 avril dernier se sont faits tirés dessus, à coups de fusil, parce qu’ils demandaient  le paiement de leurs salaires, impayés depuis 6 mois, avec comme résultat une trentaine de blessés, le 6 mai un jeune de quatorze ans se fait tailladé le visage une trentaine de fois par un escadron de l’Aube Dorée (les nazis grecs) à Athènes en plein jour. Le jeune Afghan, victime de cette agression terrifiante, s’est présenté au Bureau de traitements de violences racistes de la police grecque pour déposer plainte et il y a failli être arrêté et expulsé vers son pays par la police sous prétexte qu’il n’avait pas de papiers ; son expulsion n’a pu été évitée qu’in extremis grâce à l’intervention du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU. L’expulsion de victimes d’agressions racistes est une pratique courante de la police grecque qui vise à protéger les agresseurs (nazis ou d’extrême droite), très souvent en connivence avec la police, et dont le procès  ne pourra pas avoir lieu faute de témoins. C’est aussi une mesure prohibitive qui interdit aux migrants sans-papiers de faire appel à la police lorsqu’ils subissent des agressions racistes. Le Réseau du recensement de violences racistes dans son rapport annuel de 2012 a constaté une escalade des violences avec 154 victimes d’agressions racistes recensés et au moins trois morts dans cette même année. Ces chiffres très inquiétants en soi, sont bien en deçà de la réalité. Car un nombre incalculable de victimes renoncent à se faire connaître par peur de représailles ; elles n’osent pas parler en craignant de perdre leur travail, ou de se trouver en camps  de détention administrative ou encore d’être expulsés.

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C’est l’histoire d’un jeune Afghan de quatorze ans qui est venu en Grèce avec sa mère en vue d’une vie meilleure ; il a essayé de partir pour la Suisse où vit son frère mais il a été rattrapé par une Section d’Assaut qui l’a marqué à vie, qui a marqué sa vie.

Trente points de suture sur un visage d’enfant, résultat d’une violence raciste aveugle. Un garçon de quatorze ans qui n’avait rien fait, qui tout simplement existait, a été la cible de la sauvagerie nazie d’une énième section d’assaut.

Il était arrivé en Grèce avec sa mère et son rêve était de partir loin de l’horreur. Le jeune Afghan s’apprêtait de partir avec sa mère pour la Suisse où se trouve son frère. Puisque la légalité stricte ne laisse pas de place pour de tels rêves à un enfant du Tiers Monde, la seule voie possible est l’obtention moyennant argent d’une place tant convoitée sur un avion.

Le jeune avait été séparé de sa mère, dans la mesure où l’organisateur de leur fuite, pour de raisons évidentes,  les avait placés dans des groupes différents. Le groupe de la mère a embarqué et est parti, tandis qu’elle-même était convaincue que le jeune avait déjà embarqué auparavant. Finalement le jeune n’a pas eu cette chance et a été interpellé à l’aéroport où,  après avoir été retenu pendant une vingtaine de minutes au commissariat, il a été libéré à la suite de quoi il a pris le métro pour partir. Il est rentré à la maison où il habitait avec sa mère et d’autres familles afghanes réfugiées à Athènes.

Ce qui revient à dire que les policiers ont lâché dans la nature un enfant de quatorze ans sans défense, sans que personne ne daigne s’intéresser de savoir où il pouvait aller et comment se fait-il qu’il se trouve séparé de ses proches. Le jeune a essayé de se débrouiller tout seul et retrouver un point de contact et l’après-midi de lundi dernier vers 17h30 il est  sorti du métro Plateia Attikis pour rentrer à l’endroit où il logeait. A un certain moment il a compris qu’il était suivi et il a reçu un coup brusque à l’épaule. Il se retourné et il a vu trois hommes habillés en noir.

« Les T-shirts portaient un sigle avec deux lauriers qui se rejoignaient vers le bas et au centre une autre figure [il s’agit de l’emblème de l’Aube Dorée composée d’une couronne de laurier qui entoure un méandre] » a dit le jeune. Ces hommes lui ont demandé en grec d’où il vient et ont réclamé ses papiers ; une fois que lui a dit qu’il vient d’Afghanistan un d’eux lui a donné un coup de pied et l’a fait tombé par terre. Ensuite les trois assaillants ont brisé une bouteille de bière sur son visage et ils l’ont tailladé. Le jeune perdant beaucoup de sang s’est évanoui et fut transporté à l’hôpital par un passant. Là on a cousu ses plaies, on lui donné une ordonnance et l’ont laissé partir.

Ce qui veut dire que même l’hôpital, les médecins qui l’ont soigné n’ont pas pris la peine de savoir où va aller un enfant portant trente points de suture au visage, blessé et terrorisé. Peut-être la surcharge de travail, peut-être la fatigue, voire l’indifférence ont fait que l’enfant a été délaissé tout seul (a été lâché dans la nature). Trois hôpitaux étaient de garde ce jour-là. Le jeune avec ce que lui restait comme argent  a acheté les médicaments prescrits à la pharmacie mais ne savaient pas comment s’en servir. Heureusement il avait entendu parler par un compatriote de Médecins du Monde et il savait qu’ils ont un dispensaire au centre-ville où il s’est rendu deux jours plus tard.

L’enfant était si marqué au visage et si terrorisé que même les médecins qui ont affaire à des cas pareils tout le temps sont restés sans voix. Ils l’ont immédiatement pris en charge, lui ont donné les médicaments nécessaires et se sont adressés au Procureur pour des enfants non-accompagnés ; ils ont aussi prévenus les siens pour qu’ils envoient tous les papiers nécessaires pour la procédure légale de la réunion familiale. L’enfant est actuellement sous la protection du Procureur et de Médecins du Monde [qui ont un foyer pour les refugiés mineurs] et le sourire qui s’esquisse sur son visage laisse apparaître un espoir renouvelé de pouvoir vivre un peu mieux. Il dit qu’il est très optimiste et il a bon espoir de pouvoir rejoindre bientôt sa mère et son frère.

Nous attendons la suite : le prochain enfant, femme ou homme qui se trouveront sur le chemin des anonymes assassins en noir, tandis que le gouvernement – et pas seulement lui- continuera de se poser de questions sur les clauses de la loi antiraciste[1] et de se demander si il va enfin appliquer les conventions internationales qu’il a signées. D’ici-là espérons que les Médecins du Monde continueront leurs efforts héroïques de prendre en charge les citoyens vulnérables malgré les menaces contre même leur propre intégrité physique.

PS. La seule raison de la publication de la photographie est de provoquer, même dans l’après-coup, la réaction des autorités mais aussi celle de tout homme civilisé contre ce phénomène de violence raciste extrême.


[1] Un projet de loi antiraciste qui avait pour but de rendre la législation grecque conforme aux Conventions Internationales que le pays a déjà signées ainsi qu’au cadre législatif de l’Union Européenne a été retiré à la dernière minute en vue d’un remaniement qui  vise à restreindre son champ d’application. Il est toujours objet de tractations entre les composantes du gouvernement triparti et plus particulièrement entre les diverses tendances de la droite grecque, la tendance dure, soutenue par des conseillers du premier ministre, ne souhaitant pas mécontenter l’Aube Dorée (les nazis grecs) avec qui ils envisageraient une coalition officieuse ou officielle. Notons que la perspective d’une telle loi avait en partie freiné  l’activité criminelle de l’Aube Dorée tandis que son retrait, ne serait-ce que provisoire, constitue un encouragement implicite à ces activités. Voir http://www.unhcr.gr/1againstracism/govt-freezes-anti-racism-bill-for-reassessment/

Ici le témoignage de la victime (en afghan sous-titré en grec) http://www.unhcr.gr/1againstracism/%CE%B4%CE%B5%CE%BA%CE%B1%CF%84%CE%B5%CF%84%CF%81%CE%AC%CF%87%CF%81%CE%BF%CE%BD%CE%BF%CF%82-%CE%B1%CE%BD%CE%AE%CE%BB%CE%B9%CE%BA%CE%BF%CF%82-%CE%B8%CF%8D%CE%BC%CE%B1-%CF%81%CE%B1%CF%84%CF%83%CE%B9/

 

lu sur l‘iniative des etudiant-e-s gre-c-que-s à paris

Internet, SMS : comment Thales va mettre les réseaux français sur écoute

La France va se doter d’un système centralisé d’interception des données téléphoniques et internet. Mais les futures grandes oreilles de l’Etat, gérées par le groupe Thales, posent de graves problèmes. Surcoûts, failles de sécurité, risques de conflit d’intérêts… Révélations.

Dès cet été, les écoutes autorisées par la justice vont être centralisées au sein de la plate-forme nationale des interceptions judiciaires.

Dès cet été, les écoutes autorisées par la justice vont être centralisées au sein de la plate-forme nationale des interceptions judiciaires.

Cette visite devait être une formalité. Ce fut une catastrophe. Le 15 février, Christian Vigouroux s’invite pour la première fois dans les locaux de Thales, le groupe de défense et d’électronique, à Elancourt, dans les Yvelines. Ce déplacement n’a officiellement jamais eu lieu. Et pour cause : le haut fonctionnaire, alors directeur de cabinet de la ministre de la Justice, veut vérifier de ses propres yeux où en sont les derniers préparatifs d’un projet secret, classé « confidentiel défense ». Son nom est tout ce qu’il y a de plus anodin : la PNIJ, pour « plate-forme nationale des interceptions judiciaires ». En réalité, derrière ce sigle, se cache un monstre numérique sur le point de s’éveiller.

Découvrez le nouveau système centralisé des écoutes téléphoniques et Internet: Schéma complet de la plate-forme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ)

Conversations téléphoniques, SMS, MMS, Internet… Dès cet été, l’ensemble des communications mises sur écoute passera par ces grandes oreilles de l’Etat. Souhaité dès 2010 par l’ancien président Nicolas Sarkozy, ce système de surveillance va permettre de centraliser en un seul point plus de 5 millions de réquisitions judiciaires (liste des appels téléphoniques, identité d’un abonné derrière un numéro…) et près de 40 000 écoutes autorisées par les juges dans le cadre de leurs enquêtes.

À lire, en complément: Thales, l’écouteur écouté?

Et aussi: Internet passé au crible

Ce 15 février, pour s’assurer que ce titan ne porte pas atteinte à la vie privée des citoyens, la présidente de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil), Isabelle Falque-Pierrotin, fait aussi le déplacement. L’Association française des magistrats instructeurs, également conviée, n’a pas daigné envoyer de représentant, signifiant ainsi la désapprobation des juges, qui n’ont jamais été consultés.

Cette petite délégation est accueillie par plusieurs responsables de Thales – des « guides » omniprésents tout au long d’une visite très encadrée. Ce jour-là, les émissaires de la garde des Sceaux se sentent alors dépossédés de leur projet. Ils comprennent qu’une partie de leurs prérogatives est désormais tombée entre les mains d’une société privée (même si « l’Etat est actionnaire »). Le golem leur échappe. Pourtant, d’autres implantations avaient été envisagées, comme les locaux de la police, sur le site de Nanterre, ou ceux des gendarmes, sur celui de Rosny-sous-Bois. La place Vendôme, siège du ministère, avait également été évoquée. Mais ces points de chute ont tous été écartés pour des raisons de capacités d’accueil.

La centralisation engendre un risque majeur

A la veille de son entrée en vigueur, avec deux ans de retard sur le calendrier initial, le « Big Brother » français pose surtout des problèmes d’une tout autre gravité : risque sur la sécurité des données, appel d’offres biaisé, dépassement de budget, coûts cachés et conflits d’intérêts avec le groupe Thales, lui-même sous le coup de plusieurs enquêtes. Autant de dérives que L’Express est en mesure de révéler.

Sur le papier, le projet était pourtant séduisant. Il permettait, à la fois, de gérer l’explosion des réquisitions et de réduire les coûts. Car l’augmentation continue du nombre d’écou-tes téléphoniques ou des interceptions de SMS ne cesse de grever le budget de la Justice. En cinq ans, les dépenses ont ainsi pratiquement doublé, passant de 55 à 106 millions d’euros en 2011. Et l’inflation n’est pas près de s’arrêter, étant donné l’accroissement de la surveillance des échanges sur l’Internet fixe et mobile.

Internet, SMS : comment Thales va mettre les réseaux français sur écoute
L’envoléee des coûts

Jusqu’à présent, les opérateurs de télécommunications étaient défrayés lors de chaque interception. Ils envoyaient les informations une fois saisies aux officiers de police et de gendarmerie. Six petites sociétés privées épaulaient alors les forces de l’ordre en leur fournissant gratuitement du matériel pour retranscrire les écoutes (lignes sécurisées, ordinateurs, logiciels). La PNIJ, elle, permet de tout regrouper, de réaliser des économies et de faire disparaître près de 1 million de documents administratifs. Adieu la paperasse. « Il a été décidé de renforcer la sécurité autour des réquisitions et des écoutes, explique Richard Dubant, responsable de la Délégation aux interceptions judiciaires (DIJ). Pour cela, seule une grande entreprise comme Thales possède les capacités techniques suffisantes pour gérer des volumes à traiter de plus en plus importants. »

Mais ce tableau idyllique se fracasse aujourd’hui contre le mur de la réalité. D’abord, la centralisation même des informations en un seul lieu engendre un risque majeur. Dès 2011, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, s’en était ému dans une note confidentielle dont L’Express a obtenu copie. Ce proche de Nicolas Sarkozy n’hésitait pas alors à déclarer que cette plate-forme était « une cible potentielle, du fait même de la concentration de données sensibles », avant de préciser : « Cette fragilité a été soulignée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information [Anssi]. » Un autre sujet l’alarmait. Il s’agit de la difficulté pour le ministère de changer d’hébergeur. « Nous pouvons récupérer l’ensemble des éléments à tout moment, se défend Richard Dubant. D’ailleurs, il est prévu de rapatrier un jour la PNIJ au sein de la Justice. »

Cinq entreprises, s’estimant lésées, ont attaqué en justice

Plus inquiétant encore, afin que son bon fonctionnement soit assuré, la plate-forme doit être dotée d’une soeur jumelle, qui prendrait le relais en cas de pannes. Or, selon nos informations, celle-ci est, elle aussi, basée à Elancourt, à 300 mètres seulement de la première. Un éloignement insuffisant en cas d’incendie, d’accident ou d’actes de malveillance. « Les bonnes pratiques en la matière exigent une installation située à une distance entre 20 et 30 kilomètres du premier site », estime Marc Ayadi, consultant associé en sécurité informatique chez Deloitte.

Le système actuel, quoique imparfait et dispersé, ne soulève pas ce type de problèmes. Les centrales d’écoutes sont éparpillées sur tout le territoire. Pour l’heure, six entreprises (Foretec, Elektron, Amecs, Azur Integration, Midi System et SGME) équipent gratuitement quelque 350 centres de police et de gendarmerie par le biais de lignes sécurisées et de plus de 10 000 ordinateurs, selon leurs dires. Difficile pour des malfrats de repérer l’endroit où se trouvent les données les concernant. Ces six sociétés rentabilisent leurs investissements en facturant leurs prestations à des tarifs élevés, même si ceux-ci ont baissé de près de la moitié ces dernières années. « En cas de panne, les transferts peuvent facilement être [basculés] d’un centre sur un autre en un temps très court. La PNIJ devra pouvoir relever ce défi », déclarait, en octobre dernier, la prudente Cour des comptes.

Aujourd’hui, voyant ce marché leur échapper, cinq de ces six entreprises se sont regroupées pour attaquer en justice l’appel d’offres du ministère dont, au passage, elles n’ont jamais été informées. De fait, ce dossier avait été classé « confidentiel défense » afin que soient écartés plusieurs groupes étrangers comme l’israélien Nice Systems ou le danois ETI Connect, attirés par ce juteux marché. Le tribunal administratif de Paris leur a donné raison, estimant que « la garde des Sceaux [avait] commis une erreur manifeste d’appréciation » en les excluant. Pour l’Etat, hors de question cependant de faire machine arrière, car « l’annulation [de ce] contrat porterait une atteinte excessive à l’intérêt général »… Plus de 15 millions d’euros ont en effet déjà été engagés. Le tribunal propose donc aux plaignants de demander des dédommagements à la justice. Si elle aboutissait, leur requête alourdirait une facture déjà bien salée.

La moralisation de la vie politique menacée

Faisons les comptes. A l’origine, le Big Brother devait coûter 17 millions d’euros. A présent, la douloureuse se monte à 43 millions. Au bas mot. Car Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free et Numericable ont dû déployer des fibres optiques jusqu’au site d’Elancourt pour répondre à leurs obligations légales d’acheminer les communications. En considérant les frais de mise à jour de leurs systèmes d’information, ils sont en droit de se faire rembourser une quinzaine de millions d’euros supplémentaires. Mais il y a pire. Comme le souligne Francis Nebot, secrétaire national du syndicat Synergie officiers : « Les réseaux Internet de la police nationale n’offrent pas les débits suffisants pour se connecter à ce système dans de bonnes conditions et accéder aux écoutes à distance. Du coup, le ministère de l’Intérieur va devoir investir pour redimensionner nos réseaux. On nous a offert une Ferrari sans avoir les routes pour la faire rouler ! »

Selon ce syndicat, l’ardoise pourrait donc s’allonger de 40 à 50 millions d’euros. Et encore, ce montant n’inclut pas les dépenses engagées par les gendarmes et les douanes. « Si cela s’avère nécessaire, il est convenu que le ministère de l’Intérieur prenne à sa charge le réseau de la police », argumente Richard Dubant, manifestement soucieux de rassurer son monde.

La PNIJ doit être mise en service en septembre prochain et rendre obsolètes les trois plates-formes actuellement spécialisées dans l’interception des données. L’une concerne les SMS (le STIJ) : elle a coûté plus de 1 million d’euros. Les deux autres ont trait à l’Internet fixe et mobile. Appelées Cariatide et Primatice, elles vont également cesser leurs activités. Quant aux six entreprises gérant les centrales d’écoutes téléphoniques, elles vont reprendre les 10 000 ordinateurs mis jusqu’ici à la disposition de la police. « Finalement, pour écarter des petites sociétés privées du marché des écoutes, ils ont fait appel à une grosse société… privée. Tout cela est ubuesque », observe avec amusement un ancien gendarme.

En plein débat sur la moralisation de la vie politique voulue par François Hollande, l’éveil prochain de la PNIJ paraît bien problématique. Par exemple, les gouvernants pourraient-ils avoir accès à des enquêtes en cours les concernant, eux ou leurs proches, en se connectant directement à cette plate-forme ? Nul ne le sait. Le risque est important. Et, d’abord, pour Thales lui-même. « Même si, techniquement, cette hypothèse paraît improbable, un comité de contrôle de six « sages » va être constitué pour apporter toutes garanties aux citoyens », confie Richard Dubant. Une manière aussi de répondre à la question que tout le monde se pose : « Qui surveillera les surveillants ? »

lu dans leur presse eco libérale, l‘extension