[paris] 9 fevrier ANTIFA

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À l’invitation de La Horde, plusieurs collectifs et individus se sont organiséEs, à l’occasion des 80 ans des grandes manifestations antifascistes de 1934, pour défiler dans les rues de Paris le 9 février prochain. Rendez-vous est donné à 14h place Jules Joffrin pour rappeler que l’antifascisme que nous défendons n’est pas né d’hier, et qu’il dépasse largement le cadre étroit de l’opposition frontale avec les groupuscules d’extrême droite.
Si nous ne laisserons jamais les organisations nationalistes réactionnaires tenter d’imposer leurs idées au reste de la société, nous n’oublions pas non plus les responsabilités de l’État français dans le climat raciste délétère qui pourrit les relations sociales.  Aussi nous nous inscrivons dans le prolongement des mobilisations d’hier contre toutes les formes de fascismes : manifestations contre les ligues fascistes en 1934 ; celles des lycéens et étudiants contre les nazis et Vichy en 1940 ; mobilisations contre le colonialisme et l’OAS dans les années 1950 et 1960 ; pour le droit des femmes à disposer de leurs corps dans les années 1970 ; pour l’égalité des droits et contre les crimes racistes et sécuritaires dans les années 1980 ; pour l’ouverture des frontières et le soutien aux sans-papiers dans les années 1990 ; contre la violence de l’extrême droite dans les années 2000, pour la solidarité internationale…

Toutes les infos
http://lahorde.samizdat.net/2014/01/25/manifestation-antifa-a-paris-le-9-fevrier-lantifascisme-cest-laffaire-de-toutes-et-tous/

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Peu de militants antifascistes au rdv de l’hôtel de france….

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Merci à Rgnr pour les photos

 

Le général hiver avait bien œuvré mais l’horaire n'as pas aidé non plus à motiver la foule à venir. Merci à ceux qui sont quand même venus ! Et quand les responsables du FN considèrent le Poitou comme terre de mission, nous leur répondons : "MISSION IMPOSSIBLE" ... à bientôt, sur le terrain soyons prêt-e-s & organisé-e-s PBA, Commando Rémi Fasol

 

Marine Le Pen à Poitiers : « Nous sommes ici en terre de mission »

 Marine Le Pen, présidente du Front national, aux côtés du candidat FN aux municipales de Poitiers, Alain Verdin. - Marine Le Pen, présidente du Front national, aux côtés du candidat FN aux municipales de Poitiers, Alain Verdin. - Photo Patrick Lavaud
 
Marine Le Pen, présidente du Front national, aux côtés du candidat FN aux municipales de Poitiers, Alain Verdin.

La présidente du Front national était à Poitiers, ce midi, pour soutenir le candidat de son parti aux municipales, Alain Verdin. Marine Le Pen a donné une conférence de presse à l’hôtel de France, tandis qu’une trentaine de jeunes de gauche manifestaient devant l’établissement.

  Prévue à midi pile, la conférence de presse de la présidente du Front national a débuté avec une bonne demi-heure de retard, le trajet en voiture depuis Paris ayant pris plus de temps que prévu.

A 12 h 28, les applaudissements et les « Marine ! Marine !  » résonnent dans le hall de l’hôtel. Marine Le Pen est arrivée. A l’extérieur de l’Hôtel de France, à l’entrée nord de Poitiers, un important dispositif de police (une trentaine d’agents en tenue) vient compléter le service d’ordre du Front national. Il faut dire que plusieurs syndicats et mouvements de gauche ont prévu une manifestation sur place à partir de 13 h, au moment où Marine Le Pen partagera un buffet militant avec ses troupes.

Les Roms, le chômage, l’insécurité

La présidente du FN entre tout de suite dans le vif du sujet, rappelant l’importance, pour son parti, du scrutin municipal : « Il était inenvisageable que je ne vienne pas dans cette région et particulièrement à Poitiers. Nous partons de zéro, dans la région, puisqu’en 2008 nous n’avions qu’une seule liste, en Charente-Maritime, alors que nous allons présenter cette année 8 listes en Charente, 3 en Charente-Maritime, 1 dans les Deux-Sèvres et 3 dans la Vienne et non des moindres puisqu’il s’agit de Poitiers, Châtellerault et Thuré. Cette dernière ville étant chargée de symbole. »

Et d’ajouter :

Je suis convaincue que nous arriverons à passer, à Poitiers, la barre des 10 %. Nous sommes dans des territoires difficiles, des terres de mission où je suis persuadée que nous ferons des bons scores, aux municipales comme aux élections régionales.

La présidente du Front passe ensuite en revue quelques-uns des thèmes de prédilection de son parti, commençant par évoquer la « problématique des Roms » :

« C’est parce que l’UMP et le PS ont voté l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne que nous avons une multiplication des camps de Roms illégaux. » Elle évoque ensuite le chômage, l’immigration et l’insécurité.

Des choix politiques assumés faisant écho aux déclarations des Jeunes socialistes de Poitiers, au moment de l’annonce de la venue de Marine Le Pen : « Poitiers, ville d’ouverture et de mixité culturelle, ne doit pas devenir le terreau des réflexions réactionnaires et xénophobes. » Avec d’autres militants de gauche, ils sont venus se rassembler devant l’Hôtel de France, à partir de 13 h.Une trentaine de jeunes communistes et socialistes se tiennent devant l’établissement. Un second rassemblement est prévu à 18 h devant l’hôtel de ville, à l’appel du NPA.

Arthur Giry, le coordinateur des Jeunesses communistes :

A Poitiers, le FN n’existe pas. La venue de Marine Le Pen, ce n’est qu’une opération de communication.

La présidente du FN a ensuite laissé le micro à Alain Verdin, tête de liste du Rassemblement Bleu Marine pour le prochain scrutin municipal. L’ancien policier a rappelé qu’il était spécialiste des questions de sécurité. « J’ai dirigé un centre de formation de la police dans le Val de Marne et je connais très bien Poitiers pour y avoir été policier durant 17 ans, dont 11 ans de CRS. »

« Nous avons été victimes d’invasions »

Le candidat à la mairie a alors balayé quelques-uns de ses thèmes de campagne, notamment en matière d’urbanisme et de transports :

« Contrairement aux projets pharaoniques – je dirais même seigneuriaux – du maire de Poitiers, je rouvrirai certains axes de la ville pour que ce ne soit pas que les bus qui entrent dans le centre-ville. Idem pour la passerelle »,

Quant à la liste FN, il assure qu’elle sera prête à temps :

Il n’y aura pas de candidat de Génération Identitaire sur ma liste. La liste est en bonne voie. Elle sera finalisée. Plus de la moitié est déjà inscrite, voire les deux-tiers. Nous sommes très confiants.

Interrogée sur la symbolique de Poitiers et de la bataille de 732, Marine Le Pen répond : « Bien sûr que je suis attachée à l’histoire de France ; à cet épisode comme à un autre. Nous avons été victimes d’invasions ; nous les avons repoussées. La dernière fois, c’était pendant la dernière Guerre mondiale. »

lu dans leur presse locale , la haine air

Jour de Caca Nerveux (où quand la partie réactionnaire d’un pays entend montrer qu’elle peut faire pire qu’un défillé mélanchoniste)

" Le 27 janvier 1945 l'armée rouge libérait Auschwitz.
 Et hier dans les rues de Paris,
on entendait les fachos gueuler :

 Juifs hors de France. "
(sic)

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« Jour de colère » : bondieuseries et dieudonneries 

Malgré la position officielle du mouvement, les Bonnets rouges étaient nombreux dans la manif…

Malgré la position officielle du mouvement, les Bonnets rouges étaient nombreux dans la manif… Mais faut-il s’en étonner ? (photo : La Horde)

À quoi ressemblait la manif « Jour de Colère » ? On s’est rendu sur place pour en juger, et voici le fruit de nos observations, forcément partielles, mais qui peuvent quand même donner une idée de ce qui s’est passé aujourd’hui. Plutôt qu’un compte rendu exhaustif, quelques impressions.

Il faut d’abord reconnaitre le succès de l’initiative : s’il n’y avait pas 120 000 personnes dans les rues, ce sont quand même une vingtaine de milliers de manifestants qui, malgré une pluie froide et pénible, ont battu le pavé, dans une relative bonne humeur. Beaucoup de jeunes, des slogans plutôt repris, des cortèges bien coordonnés, du monde donc alors que les poids lourds « officiels » de l’opposition de droite au gouvernement (UMP, Front national, Avenir pour Tous, direction des Bonnets rouges) avaient finalement renoncé à s’associer à ce qui s’annonçait dès le départ comme un mélange des plus hétéroclites. On ne vous refait pas la liste, pour l’essentiel, tous ceux qui avaient dit qu’ils viendraient étaient là.

Au premier plan avec le béret, Thierry Maillard, ex OF, ex FN, et son maigrelet Réseau Front Nationaliste.

Au premier plan avec le béret, Thierry Maillard, ex OF, ex FN, et son maigrelet Réseau Front Nationaliste. (photo : La Horde)

Sur quoi les gens présents se sont retrouvés ? On a du mal à croire que Hollande, si peu charismatique, puisse autour de sa personne rassembler autant de mécontents. L’abondance des drapeaux français, la Marseillaise reprise par tous, pas de doute, ces gens-là ont le sentiment de sauver la France du danger qui la menace, chacun mettant derrière ce mot ses propres obsessions : défense de la famille, dénonciation de l’Europe, grogne anti-fiscalité, angoisse du chômage, peur viscérale de la sodomie… L’antisémitisme était aussi fédérateur : malgré les mises en garde au micro des organisateurs sur les propos « diffamants », et si l’euphémisme « sioniste » était préféré en début de manif, le slogan « Juif, la France n’est pas à toi » a été hurlé à pleins poumons boulevard de l’hôpital (cf. vidéo). L’antiféminisme raciste n’était pas en reste : les Femen qui avaient tenté sur le boulevard Henri IV une apparition se sont faites traiter de «putes ukrainiennes » et de « salopes ».

Si en tête de cortège, c’est plutôt classique, avec une banderole « Hollande démission » sans surprise, et une physionomie plutôt vieille France et classiquement réac, la fin du cortège était plus originale… Deux chants dominaient en effet la manifestation : la Marseillaise comme on l’a dit, mais aussi le détournement par Dieudonné du Chant des partisans (« François, la sens-tu, qui se glisse dans ton cul, la quenelle… ».). C’est qu’une partie du dynamisme de la manif était sans conteste assurée par ses partisans, venue défendre leur idole.

si c'est bien des Caryatides dont il est question ds la légende, n'oublions pas qu'il s'agit là de militantes de l'OF (dissoute aujourd'hui), et nous connaissons la place de la femme dans ce mouvement : derrière les mecs ! (photo twittée par  Lauren Provost)

si c’est bien des Caryatides dont il est question dans la légende, n’oublions pas qu’il s’agit là de militantes de l’œuvre française (dont le patron Benedetti est sur la photo le deuxième en partant de la droite) , et nous connaissons la place de la femme dans ce mouvement : derrière les mecs ! (photo twittée par Lauren Provost)

Il y avait en effet différents cortèges thématiques (famille, identité, etc.), dont un consacré à « la liberté d’expression ». Logiquement, les militants d’extrême droite de l’Œuvre française, dissoute cet été, y étaient avec leur potiches des Caryatides, ainsi que la plupart des nationalistes radicaux dont quelques amis de Serge Ayoub, et beaucoup de sans-amis aussi. Mais les pro-Dieudonné avaient prévenu qu’ils seraient là, et ils ont tenu parole : le voisinage des Noirs, des Arabes, des gars lookés « lascars » venus en nombre faire des quenelles en agitant un drapeau français ont laissé plus d’un militant nationaliste dans un état de sidération (car c’est clair que ce n’était pas les petits Blancs présents aussi dans les rangs des fans de Dieudonné qui heurtaient leur sensibilité). Certains puristes ne s’y sont pas trompés : Riposte laïque avait prévenu qu’elle ne défilerait pas avec les pro-Dieudo assimilés à l’islam conquérant, et bon nombre de militants nationalistes ont raillé sur Internet cette compromission avec « les muzz et les nègres » comme ils disent. On peut en effet s’étonner que nos vaillants défenseurs de la race blanche européenne aient laissé sans incident ni même une protestation se faire voler la vedette par ceux-là mêmes qu’ils désignent dans leurs revues et leurs discours comme leurs ennemis héréditaires… L’antisémitisme n’excuse pas tout !

Blague à part, ce qu’on a vu cet après-midi avait tout pour plaire à ceux qui, comme Dissidence française ou Soral et sa clique, tentent depuis des années de rapprocher la France bleu-blanc-rouge de la France black-blanc-beur. On peut remercier Valls au passage d’avoir rendu cela possible en mettant en scène le martyr Dieudonné… Reste à voir ce qu’il en sortira finalement, tant ce « Jour de colère » laisse une impression de grande confusion. Les seuls à être restés cohérents, en définitive, furent les antifascistes qui ont déployé une immense banderole face au cortège dénonçant aussi bien Valls, Marine Le Pen que Dieudonné.

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Banderole des antifas : « Vallas, Marine, Dieudo : tous fachos ! » (photo : La Horde)

article lu sur la horde

 

 

La défaite politique de « Jour de colère »

Avec 17 000 participants recensés par la police au plus fort de l’après-midi, la manifestation « jour de colère », dimanche 26 janvier à Paris, a marqué les esprits. C’est la première fois depuis longtemps, qu’une extrême droite, pour le moins éclatée, mobilise autant. C’est encore la première fois depuis longtemps, que des slogans antisémites, négationnistes sont scandés de manière totalement assumée dans un défilé de cette importance. Sans compter les mots d’ordre violents visant les journalistes et les homosexuels.

C’est la première fois, enfin, que l’ultra-droite, dans ses composantes les plus radicales et les plus racistes, cohabite sans heurt dans un même cortège avec des militants plus métissés, issus de la « Dieudosphère », sous le mot d’ordre de « la liberté d’expression ». Mais ce qui, à première vue, est apparu comme un succès de cette mouvance ressemble pourtant à une défaite politique. Que signifie cette mobilisation ? Doit-on y voir une mutation de l’extrême droite ?

Ce rassemblement était organisé par le Printemps français, étiquette sous laquelle sont réunis depuis près d’un an les éléments les plus radicaux anti-mariage pour tous. L’objectif était de faire « coaguler les colères » contre le pouvoir qui, dixit, « n’écoute pas le peuple, matraque les contribuables, enterre notre armée, libère les délinquants, déboussole nos enfants, pervertit notre système scolaire, réduit nos liberté, assassine notre identité, détruit nos familles ».

Le Printemps français est, dans les faits, structuré par l’Action française (AF, maurrassiens), qui assure toute sa logistique et dont les locaux servent de base arrière. Antirépublicaine et antiparlementaire assumée, l’AF est depuis un an de toutes les actions coup-de-poing et a le vent en poupe.

Le défilé avait reçu le soutien d’une myriade d’associations, pour une part fantomatiques ou liées directement au Printemps français comme le collectif « Hollande dégage » de David van Helmerick , l’un des responsables du PF, le Collectif des avocats libres de Frédéric Pichon ou le Camping pour tous. Mais aussi de divers microgroupes antifiscalité.

Un défilé politiquement marqué

« Quand il y a le feu à la maison, on ne demande pas le CV du pompier », a expliqué Béatrice Bourges, porte-parole du Printemps français et figure centrale de ce « jour de colère » quelques temps avant le défilé. Et de fait, cette fameuse manifestation est devenue le point de rencontre et de jonction de toute la mouvance ultra. Et d’elle seule.

Peu de familles, presque pas d’enfants, une ambiance agressive, tendue et pesante. Et la volonté pour ces militants, dont certains n’hésitaient pas à faire référence à l’Ukraine, d’en découdre, comme ils l’avaient fait en 2013 lors des fins de cortège place des Invalides.

Les catholiques intégristes de Civitas ont ainsi amené avec eux depuis Lyon des activistes du Gud Lyon (proches du  mouvement « philo-nazi » Terre et peuple) et des hooligans. Le Renouveau français, le Gud Paris, les anciens des Jeunesses nationalistes et de l’Oeuvre française – deux organisations dissoutes cet été – étaient également présents.

Si le FN n’appelait pas à cette manifestation et qu’aucun de ses cadres n’était là, un proche de Marine Le Pen, Axel Loustau, était de la partie, comme l’a relevé Mediapart.

Dieudonné avait appelé ses soutiens à participer au défilé. Il a été entendu. Son acolyte, le polémiste Alain Soral, patron d’Egalité et réconciliation, qui se revendique désormais « national-socialiste », avait aussi fait le déplacement avec un groupe d’environ 200 personnes. Certains d’entre-eux brandissaient des ananas – un signe de ralliement à Dieudonné et son chant « Shoahnanas« .

La naissance d’un « bloc brun » ?

Dans son édition du 23 janvier, l’hebdomadaire d’extrême droite Minute prédisait pour ce « jour de colère » la formation d’un « Black Block droitier », composé « de hooligans, de patriotes ou de conservateurs énervés » ayant en commun « l’idée que l’on ne parvient pas à se faire entendre en étant sages et fustigeant la politique rose-bonbon de la Manif pour tous ». Apparemment, Minute était bien renseigné puisqu’en fin de cortège plusieurs dizaines de personnes, encapuchonnés, le visage recouvert de foulards, ont constitué un tel bloc. Il faut dire que les Nationalistes autonomes avaient appelé leurs troupes à rejoindre le défilé.

Visuel diffusé sur les réseaux sociaux

Visuel diffusé sur les réseaux sociaux

Place Vauban, après la dispersion, ils ont affronté les forces de l’ordre avec le renfort de jeunes pro-Dieudonné. En tout, quelques trois cents personnes. Chose inédite, ces deux groupes n’étant ni sociologiquement, ni politiquement semblables. Seuls points d’accord : la « baston » et la haine des juifs.

La fuite des « modérés », l’échec politique de « jour de colère »

La physionomie de cette manifestation, les violences de la soirée ont, après-coup, eu un effet repoussoir. Ceux qui en 2013 fustigeaient « la répression » des fins de « Manif pour tous » n’ont aujourd’hui pas de mots assez durs pour condamner « jour de Colère ». Il en va ainsi d’Ivan Rioufol, chroniqueur du Figaro, qui résume bien l’état d’esprit. « ‘Jour de colère’ a dévoilé la face hideuse d’un France fascistoïde. Il est l‘exemple à ne plus suivre », écrit notamment le journaliste dans un billet.

Car là est bien la défaite politique de « jour de colère ». Il est apparu pour ce qu’il a toujours été : un défilé bric-à-brac d’extrême droite radicale et non le soit-disant mouvement citoyen apolitique et indépendant qu’il prétendait incarner.

***

NB: Près de 250 interpellations

Près de 250 personnes ont été interpellées dimanche soir après la dispersion, dont 224 pour « participation à un attroupement armé » et « violences sur agent dépositaire de la force publique ». L’Action française annonce dans un communiqué  15 militants interpellés.

lu sur extrèmeS droite
N’hésitez pas à regarder le florilèges des slogans les plus cons sur brain

Descente de militants d’extrême-droite contre les clients d’un bar de Tours

Mise à jour le 02/02/14

Le 25 janvier vers 23 heures, des militants d’extrême-droite ont attaqué les clients attablés à la terrasse du Buck Mulligan’s. Armés de gazeuses et de matraques, ils ont laissé leurs cibles en sang.

L’attaque a duré moins de deux minutes. Les néo-fascistes, installés à la terrasse de l’Epée Royale, surveillaient depuis plusieurs heures les allées et venues dans la rue, jetant des regards hargneux aux passants dont le look leur déplaisait. Ceux qui avaient assisté à un concert de Oi au Hurricane et se rendaient au Buck Mulligan’s ont vite été reperés par les guetteurs qui occupaient le croisement entre la place Plumereau et la rue du Grand Marché.

Ils ont chargé par surprise, balancé du gaz lacrymogène, envoyé des coups de matraque, claqué des chaises sur les crânes des clients assis à la terrasse du Buck — l’attaque à coups de chaise semblant devenir une spécialité de l’extrême-droite tourangelle. Aucun des clients du bar n’a eu le temps de réagir : les néo-fascistes ont laissé leurs victimes en sang et détalé sans demander leur reste.

L’agression, gratuite, renforce le climat dégueulasse qui pèse sur la ville. Plusieurs agressions ont déjà été relevées à l’Epée Royale, dont les fascistes, de Vox Populi aux Loups Turons [1], ont fait leur quartier général ; plusieurs clients qui protestaient contre les propos racistes de leurs voisins de table ont déjà été tabassés.

Les regroupements des militants d’extrême-droite ont été proscrits de l’Epée Royale pendant quelques semaines au printemps dernier, suite à une agression au sein du bar et à la vandalisation de la terrasse du restaurant Le Cappuccino, voisin de l’Epée Royale. Le patron avait alors interdit aux néo-fascistes de venir, pour ne pas se mettre à dos les autres commerçants. Ils sont revenus au fur et à mesure, « à titre individuel » et à condition de ne pas y faire de la « politique ». Ils sont désormais très présents sur la place, sous la bannière du groupe de supporters « ultras » Turons 1951.

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Un rendez-vous d’habitués – les Turons 1951 devant l’Epée Royale en train de faire des quenelles

Notes

[1] Pour des informations concernant ces groupuscules, lire http://demainlegrandsoir.org/IMG/pdf/Vox_populi_et_Loups_Turons.pdf

lu sur tours media libre

Un article plus détaillé des copains antifas de tours
Le connaisseur de la scène musicale
 (fidèle lecteur de barbellé dans les tympans on t'as reconnu !)
ne s’étonnera pas de l'ambiance si particulière
d'une ville où même les Skinheads 
(et pas des redz, ceux décrit ci dessous se décrivent comme apolitiques ^^)
se fassent agresser par l’extrême droite!

Nos braves boys scouts qui nous pourrissent les réunions antifas en déclammant
qu'il faut battre le fascisme sur le terrain du débat et des idées 
devraient se ballader plus souvent dans de joyeuses villes comme Tours, Toulons, Lille, Saint Dizier etc...

Déja ça nous ferait des vacances (et on pourrait peut être avancer plus vite en réu ;) )
Et en plus il réaliserais que telle la Peste Brune,
Le Facisme c'est la gangrène : On l'éllimine ou on en crève !

Nouvelle agression néofasciste hier soir samedi en centre ville.

Hier soir avait lieu un concert à l’Hurricane’s (1) organisé par l’asso ” Turone Fuckin’ Crew / Dernier Combat ” (2). Un événement facebook (3) a été créé pour ça annonçant la présence du groupe SHARP (4) parisien Maraboots, un groupe de Oi! skinhead antiraciste. Les néofascistes (dont plusieurs Loups Turons (5) ont été identifiés) ont attaqué à coup de gazeuses, matraques, triplex et chaises (sans doute pour imiter PL Mériguet) certains spectateurs ciblés à l’avance qu’ils ont discrètement suivi à la sortie du concert. Quelques minutes plus tôt un trio au look assez casual (6) prenait d’ailleurs verbalement à partie des spectateurs venant aussi de quitter le concert :

Les individus, malgré leurs intentions ouvertement violentes ne nous ont pas agressé, ce qui m’amène à penser qu’ils se réservaient pour une descente prévue et organisée [arrivée en petits groupes pour ne pas être repérés, pas de perte de temps avec des cibles jugées secondaires NDLR].

Maraboots a publié un statut sur facebook (7) univoque :

Maraboots et son public ont subi ce soir une attaque de bâtards de fascistes en marge de notre concert à Tours. Toute notre affection et nos pensées de reconfort vont à nos amis blessés ce soir. Nous ne changerons jamais, nous sommes antiracistes et fiers. On vous emmerde et on continuera !

Dans les nombreux commentaires, plusieurs sections SHARP (4) de France et d’Europe témoignent leur solidarité, certains blessés témoignent :

• Le truc c’est que ce ne sont pas des skins, les mecs ne sont pas repérable sauf à la façon de nous regarder , c’est comme ça qu’on a été pisté

• J’ai le nez pété et une dent, ptetre une côte, j’sais pas j’peux plus m’asseoir

• Ben quand des types arrivent à 15 en gazant tout le monde et jetant au hasard chaises tables et triplex sur n’importe qui y compris des passants et clients n’ayant rien à voir avec la scène, ben tu peux être champion de Krav Maga c’est mort. Ces lâches ne connaissent pas le combat à la loyale.

• Mec j’ai beau faire des sports de combat depuis quelques années déjà quand ils m’ont gazé et matraqué à plusieurs j’ai pas pu faire grand chose hein, j’ai pris une chaise et je suis parti vers mon pote qui se faisait fracasser par terre à 5 sur 1.

Les médias professionnels commencent tout juste à parler de cette ratonnade : ♦ Agressés à la terrasse d’un bar 27/01 (NRCO) ♦ Samedi soir à Tours : se détendre en terrasse et voir fondre des skins (Rue89/Nouvel Observateur)

(1) 16 bis rue de la longue échelle 37000 Tours (proche de la place du
Grand Marché)
(2) https://www.facebook.com/oitfcoi
(3) https://www.facebook.com/events/1442999475913829/?fref=ts
(4) Skinheads Against Racial Prejudicies : mouvement Skinheads antiracistes né à la fin des années 80 aux Etats Unis, se différenciant des Redskins par leur idéologie politique réformiste et classiste (trade-unioniste) là où les Redskins (RASH : Red and Anarchist SkinHeads mouvement né au début des années 90 aux Etats Unis) se caractérisent par une idéologie politique révolutionnaire et classiste (syndicaliste révolutionnaire).
(5) Groupe informel affinitaire néonazi rassemblant environ une 20aine de membres, adepte de RAC (Rock Against Communism) et de RIF (Rock Identitaire Français) : Vox Populi Turone, Loups Turons et concerts néonazis en Touraine et agressions physiques ; Quand la réalité rattrape un groupuscule en quête de respectabilité.
(6)càd décontracté, passe partout, discret
(7) https://www.facebook.com/Maraboots/posts/10152025370367737?stream_ref=10

Comment lutter contre les anti-IVG en un clic ?

Pour détrôner sur Google les sites consacrés à l’IVG financés par des groupes anti-avortement, le gouvernement a lancé le 27 septembre 2013 www.IVG.gouv.fr, le premier site officiel offrant une information neutre et juste sur l’avortement. Objectif : qu’il se place dans les dix premiers sites référencés si l’on fait une recherche avec les mots clés « IVG » ou « avortement ». Pour cela, les ministères des Droits des femmes et de la Santé ont travaillé avec des experts en référencement. Mais pour qu’il s’installe et fasse vraiment autorité, ce site aura besoin d’un petit coup de pouce citoyen… tout comme les anti-IVG mobilisent leurs troupes pour que leurs sites s’affichent en premier. Voici comment utiliser les mêmes armes qu’eux.

Réaffirmer le droit à l’IVG

La première bataille est gagnée : un nom transparent et sans ambiguïté. Jusque-là, les anti-IVG régnaient quasiment en maître sur la Toile avec des noms de domaine comportant « IVG » ou « avortement ». En mai 2013, le site principal d’information fallacieuse, ivg.net – qui se présente comme un centre de documentation mais exerce une pression psychologique sur les femmes via sa plate-forme téléphonique –, en a lancé un second dans la même veine, avortement.net. Sur les vrais sites d’information (sante.gouv.fr ou choisirsacontraception.fr) ou sur les sites militants du droit à l’avortement (ancic.asso.fr ou planning familial), en revanche, il fallait souvent fouiller longtemps avant de trouver la rubrique ou sous-rubrique IVG.

Cette fois, IVG.gouv.fr affiche clairement d’une part, qu’il est dédié à l’avortement et d’autre part, qui est derrière : c’est un site officiel qui réaffirme le droit à l’IVG (pour toutes les femmes, y compris pour les mineures, et dans l’anonymat), explique les différentes méthodes médicales et donne les informations pratiques pour y accéder par région. « Il n’est ni militant, ni prosélyte », soulignait en septembre dernier la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem. « Avorter est un droit légal, il donne les moyens aux femmes pour que ce droit soit garanti. »

Un petit clic citoyen

Pour que le site fasse autorité et arrive en tête des recherches, il doit être le plus possible relayé sur d’autres sites d’information sur la santé, sur la contraception, sur les jeunes… Il le sera via les autres sites officiels. Mais « plus d’autres sites feront des liens vers lui et plus il sera cité sur les réseaux sociaux et plus il aura de visibilité », expliquait la ministre. Et là, les citoyens ont un rôle à jouer : faire des liens vers leurs blogs, vers Facebook, vers leurs sites perso, le citer sur Twitter ou d’autres réseaux… Les anti-IVG n’hésitent pas à utiliser ces méthodes pour booster leur référencement, en plus de payer cher pour rester en tête. Voici par exemple ce qu’écrivait sur Facebook le 1er mai 2013 l’organisation qui est derrière le site faussement neutre ivg.net  : « Ce sont les visites fréquentes, quotidiennes (via Google) et pendant trois minutes minimum qui contribueront au maintien du site bien visible dans le top 3 de Google et permettront ainsi de sauver des mères et des bébés. » Avec un petit clic citoyen, chacun peut aider IVG.gouv.fr à entrer dans le top 3.

source, leur presse consumériste, elle (si si !)

[alerta antifascista] 28/01/14 rassemblement contre la venue du fn à poitiers !

MAJ 24/01/14

l’affiche du Groupe d’Action Unitaire de la Vienne contre l’eXtrème droite

affiche unitaire

[la presse local relaie le communiqué de la CNT & de l’IWWpresse]

[le patronat ne se cache pas]

Marine Le Pen à Poitiers : Le Patio fait preuve de tolérance

Le mardi 28 janvier, Marine Le Pen, la présidente du Front National, se déplace à Poitiers pour une réunion débat de soutien à Alain Verdin, candidat du FN à l’élection municipale de Poitiers.
Comment le gérant du Patio, Samuel Colin, appréhende-t-il la venue de la leader frontiste dans son établissement ? « Quand ils réservent, généralement, les partis politiques ne le font jamais sous leur étiquette. C’est ce qui s’est produit ici. Je n’ai appris que plus tard qu’il s’agissait du Front National et par la presse que c’était pour la visite de Marine Le Pen. A partir de là, il faut faire preuve d’un peu de tolérance contrairement à ce que ce parti prône. A l’intérieur, je ne mettrai rien de particulier en place mais des forces de l’ordre seront en poste à l’extérieur pour la sécurité. Les organisateurs attendent environ 200 personnes pour l’apéritif cocktail. Financièrement, c’est intéressant pour nous et sur un plan éthique, je ne vois pas pourquoi je les aurais refusées. »

lu dans leur presse locale, la nouvelle raie publique

communiqué commun CNT & IWW

Pourquoi s’opposer à la réunion publique du F.N. le 28/01/14 à l’hôtel de France au risque de donner de l’importance à ces gens qui en ont déjà trop eu ?

Au delà du simple réflexe antifasciste, nous savons qu’en plus d’être un agglomérat des courants les plus réactionnaires de l’extrême droite nazionnalle reste surtout le pantin télégénique des partis qui nous gouvernent .

Refusant les pièges du vote utile comme ceux d’un débat naïf avec une minorité fascisante mal implantée par ici, nous ne nous étalerons pas sur une critiques de leurs idées nauséabondes !

Par contre, adeptes de l’action directe et concrète,

nous appelons les travailleu-r-se-s auxquels employeurs pourraient demander de transporter, nourrir, organiser et servir les militants de la haine ordinaire à simplement ne pas participer à l’événement en s’absentant de leurs emplois :

Prise de RTT, Arrêt maladie opportun, où pour ceux qui le souhaitent, utilisation de leur droit de grève grâce au préavis déposé par les syndicats CNT et IWW de la Vienne.

Nous appelons également ceux et celles qui veulent se rendre utiles à téléphoner à l’hôtel de France, la ville de Poitiers pour faire pression afin de faire annuler l’événement.

Nous appelons enfin toutes les personnes se sentant concerné-e-s à venir physiquement sur place pour montrer notre opposition face à l’extrême droite.

RDV le mardi 28 janvier

à 13h00

devant l’hôtel de France

 (Zone République, ligne 1 arrêt maison de la formation)

[precariat du divertissement] bosser et militer à disney ….

a part les illustrations du premier et dernier article, 
toutes les illustrations sont issus “Dismayland“,
 de l’artiste Jeff Gillette, 
est une juxtaposition des univers complètement opposés de l’art,
 des favelas et de DisneyLand.

 Mélangeant des personnages comme Minnie, 
Daisy ou encore les souris de Cendrillon avec des éléments d’artistes
 comme Takashi Murakami ou Roy Lichtenstein,
 le tout dans un univers entre favelas et post-apocalypse.
la redac'

Crise : Disneyland Paris recrute jeunes Espagnols surdiplômés

Jose et Irene ont profité d’une vague de recrutement du parc d’attraction pour fuir une Espagne minée par la crise et le chômage, « le temps que ça s’arrange ».

Irene à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Fin novembre, en milieu de semaine, quasi-vide, Disneyland Paris a des bons côtés. De là à y travailler ?

Devant l’attraction pour enfants « Tapis volant », on retrouve Irene, 27 ans, souriante. Jose-Maria, 24 ans, nous rejoindra dès qu’il le pourra. Tous deux nous racontent le quotidien dans le monde merveilleux de Disney, loin de l’Espagne-qui-va-si-mal.

Tout serait parfait si Irene et Jose n’étaient pas en manque de famille et légèrement surqualifiés. Détenteurs d’un bac+5, ils ont été « castés » en septembre dernier par le parc de Marne-la-Vallée. Leur CDI « opérateur animateur d’attraction » a démarré le 15 octobre dernier, pour 1 500 euros brut par mois.

Le taux de chômage des jeunes Espagnols de moins de 25 ans a atteint environ 46% (selon les chiffres Eurostat), alors qu’il est d’environ 21% dans l’ensemble de l’Union européenne, et, à la différence de la France, il touche plus les diplômés. Les cerveaux espagnols partent en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Brésil, dans les pays d’Europe du Nord et en France.

« Je ne veux pas vivre de mes parents »

Des diplômés traversent les Pyrennées

En septembre dernier, Disneyland Paris a organisé un casting à Madrid (dans le cadre d’un programme de recrutement européen). Le nombre de postulants était impressionnant : 950 personnes (deux fois plus qu’en Italie). « Il y avait 600 excellents profils, plus de diplômés et des personnes plus âgées que lors des précédentes sessions de recrutement », dit Disney, qui a commencé à recruter en Espagne en 1992. Le prochain casting aura lieu à Alicante, en décembre.

Autre exemple : en avril, l’Allemagne a lancé un programme de recrutement de jeunes ingénieurs espagnols. En quelques mois, 17 000 candidatures ont été remplies, selon l’Agence allemande pour l’emploi.

Petit, Jose-Maria voulait être médecin. Il vient d’un petit village de campagne, au sud de l’Espagne.

Il a finalement fait des études de traduction à l’université de Cordoue (niveau master). Et il est parti parce que la situation de son pays n’est « pas très bonne », dit-il dans un français un peu maladroit.

Il a envoyé des dizaines de CV l’été dernier et n’a eu aucune réponse :

« Je suis réaliste, il va falloir que je passe une bonne période à l’étranger, le temps que ça s’arrange…

Moi, je ne veux pas vivre de mes parents. »

Si la France s’effondre à son tour (il n’y croit pas, il a confiance), il ira ailleurs. Où se voit-il dans cinq ans ? « En Espagne, à traduire des livres contemporains, ce serait bien. »

Derrière lui, il a laissé des copains au chômage. Un agronome, chômeur depuis deux ans. Un autre, architecte, exilé à Londres.

Dans le cadre de ce sujet, un espagnol kinésithérapeute nous a aussi parlé d’un ami doctorant en architecture « qui bosse chez Zara ». (Le syndicat des architectes espagnols dit que 73% de ces professionnels envisagent de s’installer à l’étranger à cause, essentiellement, des conditions de travail précaires et du taux de chômage élevé.)

« C’est difficile de quitter le foyer »

Irene est une optimiste énergique aux cheveux courts. Le genre agacée par les gens qui se plaignent ou remettent des choses au lendemain. Elle a commencé le français à 12 ans. En Espagne, elle a fait des études de maître d’école.

L’année dernière, elle était prof de français à Madrid (elle regrette un système scolaire espagnol sapé). Elle a choisi de partir en France pour apprendre des expressions courantes, comme « il pleut des cordes ». Mais surtout, Irene souhaitait s’éloigner de ses parents :

« En Espagne, il y a une chose qui s’appelle les parents. Je les aime, mais j’avais besoin d’air. C’est difficile de quitter le foyer : le logement revient au même prix qu’ici, mais notre smic est divisé par deux. On est coincés. Les jeunes de mon âge ne quittent pas le foyer ou vivent en colocation à trois ou quatre. »

C’est un choix. Irene subit moins que Jose. Avec son salaire de prof, elle aurait pu se payer un appartement, mais elle aurait dû serrer toutes les autres dépenses, « j’aurais dû dire au revoir aux petits vêtements ».

Parmi les amis espagnols de Disneyland d’Irene, il y a une fille qui est venue en France parce qu’elle n’en pouvait plus d’être payée au noir à Madrid (sans cotiser pour la retraite).

Emigrants « hautement qualifiés »

Un autre, Juan, qui travaillait à « un grand poste » dans une usine de voitures, et qui a fait deux ans de chômage, « a dû tout vendre », avant d’être embauché par Disney. Il travaille à l’attraction « Animagique “, un spectacle avec Donald.

Selon l’Institut national de la statistique (INE), l’Espagne a perdu 36 967 nationaux au cours du premier semestre. 18 838 d’entre eux avaient entre 18 et 45 ans.

Jose Antonio Herce, ancien professeur d’économie à l’université Complutense et membre du conseil des analystes financiers, s’inquiète dans le quotidien argentin Clarin du phénomène d’exil ‘qui s’accélère’ comme dans les années de crise de 1940 et 1950.

La différence, c’est que ces émigrants du XXIe siècle sont, comme Irene et Jose, ‘diplômés, hautement qualifiés et sans famille’.

Une véritable ‘fuite des cerveaux selon la branche espagnole de l’agence l’Interim Adecco :

Le nombre de candidats pour travailler hors d’Espagne s’est multiplié par dix. Ce sont des chiffres surprenants car traditionnellement, les Espagnols n’avaient pas une grande propension à la mobilité géographique.’

José Maria à Disneyland Paris, en novembre 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Logés à la lisière du golf de Disney

Le soir, les Espagnols de Disney tentent de recréer ‘un ambiente’. Ils vivent en autarcie (les Italiens sont parfois acceptés). Ils dînent toujours entre eux par groupe de cinq ou six.

Ils habitent dans des résidences proches du parc, gérées par Disney. A Magny-le-Hongre, à la lisière du golf de Disney, où Jose et Irene sont logés, l’activité nocturne est limitée. Même quand elle va à Paris, Irene est frustrée :

‘En Espagne, on sort la nuit, puis on trouve un after’, et on dort tout le lendemain. Ici, à 2 heures, c’est bon, c’est fini.”

Le matin, Irene et Jose prennent le bus, ligne 34, à 8h05, pour être devant leur attraction à 8h45, quinze minutes avant l’ouverture du parc. Tous les deux travaillent sur les attractions “Tapis Volant” ou “Cars”, selon les jours. Irene préfère “Cars”, parce que la musique est plus supportable :

“C’est du rock, c’est mieux que ‘hin hin hin’ [elle imite la musique de charmeur de serpent de l’attraction ‘Tapis Volant’, ndlr].”

La journée de travail dure dix heures (avec une pause pour le déjeuner à midi, un peu tôt pour eux).

“J’ai le temps de faire des choses à côté”

Toutes les quinze minutes, il faut changer de poste sur l’attraction : accueil à l’entrée, démarrage du manège. “Cela permet de ne pas faire toujours les mêmes gestes”, dit Irene. Le cycle – déroulé des opérations pour un tour de manège – est de quatre minutes. Les salariés ne doivent pas être aperçus assis dans les allées. Une question d’image.

Jose trouve le boulot “dynamique” et ne s’ennuie pas, mais il rêve déjà d’être transféré au “Crush’s Coaster” – des montagnes russes dans l’univers du “Monde de Nemo”, attraction plus excitante – ou devenir guide VIP du parc. Ce sont ses ambitions à moyen terme.

Souffrent-ils d’un manque de stimulation intellectuelle ? Irene :

“Il n’y en a pas beaucoup, on a seulement des petites conversations de quelques secondes avec les enfants, mais la journée n’est pas trop longue. J’ai le temps de faire des choses à côté, de parler à ma famille par téléphone. J’ai un week-end de trois jours [elle est aux 35 heures, ndlr].”

Seule chose qui les contrarie : l’uniforme. Manteau bleu électrique, pantalon marron mal coupé et chemises à motifs “moches” (des cavaliers).

Le nouvel an sur les Champs-Elysées

Irene tient bon, elle est solide. Sa famille lui manque, mais elle a déjà prévu trois week-ends de retrouvailles d’ici la fin de l’année (“ Vous n’avez pas le même sens de la famille que nous ”). Son petit copain va venir le 31 décembre. “ On va faire une soirée aux Champs-Elysées, avec du champagne ”, dit-elle en dansant.

Jose est, lui, clairement en manque. Il est plus jeune et quand il parle de sa famille, ses yeux s’humidifient :

“J’aimerais retourner les voir, mais je ne suis là que depuis un mois.”

L’idée est aussi de mettre de l’argent de côté : la chambre que Jose loue dans la résidence ne coûte que 300 euros. A la cantine, les repas ne valent que 4 euros, “pour un plateau copieux”, dit la chargée de communication.

lu sur rue 89

 

y bosser c'est dur mais on peut s'y organiser :

Interview de Cyril LAZARO, section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Cyril LAZARO est représentant de la section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

Bonjour Cyril. L’actualité est toujours riche à Disneyland Paris, alors où en est-on après la divulgation du rapport de l’Institut du Travail sur les organisations syndicales de l’entreprise, rapport qui reléguait les représentants syndicaux de l’entreprise au rang d’ « analphabètes », selon les dires de la responsable CFDT de l’entreprise ?

- Cyril. C’est un bien triste constat, mais c’est un constat réaliste. Le faible niveau des organisations syndicales de l’entreprise a été façonné au fil du temps par la Direction de l’entreprise, et l’on pourrait faire fi de ce bilan si les luttes syndicales nécessaires étaient menées avec le cœur et dans l’intérêt des salariés. Malheureusement, le bilan de l’Institut supérieur du Travail mentionne aussi les querelles intestines, le culte du chef, et si l’on rajoute à cela les malversations du Comité d’Entreprise, il est évident que les salariés n’ont plus grand chose à attendre de leurs représentants et de leurs organisations syndicales.

Tu as milité ces dernières années à la CGT, tout d’abord pourquoi, et quel enseignement en tires-tu ?

- Après avoir analysé le fonctionnement de l’entreprise, il me semblait évident que le changement ne pouvait se faire qu’en changeant la représentation CGT de Disney, empêtrée dans le scandale des malversations du Comité d’Entreprise, et dont l’avocat de la CFDT avait déclaré qu’elle était devenue le supplétif de la Direction, ce en quoi il avait parfaitement raison. J’ai donc essayé de changer les choses de l’intérieur, soutenu par de nombreux camarades à l’extérieur que je salue, mais le fonctionnement structurel de la CGT n’a pas permis d’aboutir. Lorsque vous avez une Fédération du Commerce dont dépend le syndicat de Disney qui prend fait et cause en faveur des représentants de Disney (qui sont eux mêmes élus à la Fédération du Commerce), il n’y a pas de possibilité de changement. C’est une façon de verrouiller les choses qui me semble illogique, mais je crois que ce n’est plus le bon sens qui détermine le paysage syndical actuel, et on n’est plus à un non sens près.

Tu as donc décidé de créer la CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris…

- Tout à fait. Nous sommes à un an des élections professionnelles dans l’entreprise, et je crois que les salariés sont en droit d’avoir une représentation syndicale plus conforme à leurs intérêts.

…/… Lire la suite sur : http://www.cnt-so.org/?Interview-de…

Mais y bosser et lutter syndicalement,
 ne nous ferais pas oublier la dimention symbolique du lieu
avec ces deux articles d'abord une analyse des copains de no passaran :

Disneyland, le royaume désenchanté

Dans la stratégie expansionniste des États-Unis, la culture apparaît comme un instrument de domination parmi d’autres. L’objectif est d’élaborer une culture de la consommation en standardisant toute création culturelle. Disney occupe une place centrale dans l’industrie des loisirs et, de ce fait, dans le processus de contrôle et de formatage de nos vies.

Dans Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, chrétien et militant d’un anticapitalisme non radical, nous livre un argument intéressant sur les mécanismes mis en œuvre dans les parcs d’attractions ou de loisirs et démontre que ce type de divertissement n’est pas neutre, imposant souvent à notre insu des représentations intellectuelles et culturelles tout à fait dans l’air du temps. Connaissant ses positions sur l’homosexualité et l’antispécisme, on abordera les propos de l’auteur avec un certain recul ; il ne s’agit bien évidemment ici que d’en dégager l’analyse afin de nous en servir dans notre propre combat de résistance et de contre-culture.
Walt Disney n’a jamais caché son patriotisme – agent spécial du FBI, il aurait été chargé pendant 25 ans d’espionner les contestataires d’Hollywood. On ne s’étonnera pas de ses propos :  » Si vous regardiez au fond de mes yeux, vous y verriez flotter deux drapeaux américains ; le long de mon échine monte une bannière rouge, blanche et bleue, les couleurs des États-Unis. «  (Walt Disney – p. 13)

Son objectif était de transmettre les valeurs fondamentales de l’idéologie américaine tout en divertissant le client.


L’auteur commence alors par s’interroger sur la culture présente dans ses parcs de loisirs ; véhiculant les valeurs profondes des Etats-Unis, est-elle donc une culture comme les autres ? Autrement dit, s’approche-t-on de la culture étasunienne en fréquentant Mickey, un peu comme on pourrait goûter la culture française en appréciant sa gastronomie, ou la culture italienne en aimant son histoire ou encore la culture africaine à travers sa poésie ? Il n’en est rien ; malgré ses avatars exotiques et sa volonté d’inclure dans ses parcs des personnages de la mythologie locale, le but de Disney n’est pas d’ouvrir à la culture de l’autre mais plutôt de se replier sur ses propres dimensions intérieures. En effet, Disney ne produit pas de l’imaginaire mais de l’affect. Ce qu’il cherche à produire sur son client, c’est de l’émotion, mais en aucun cas il ne vise à développer son intellect. Le conte de fée traditionnel fournit un matériau psychique que l’enfant doit s’approprier ; or Disneyland en détruit inévitablement toute féerie en s’efforçant de susciter de l’émotion à travers ses mises en scène. On peut effectivement constater que dans ses parcs, c’est le spectacle lui-même qui est mis en spectacle : le décor reproduit ce qui était déjà décor et fiction. Ainsi, lorsqu’on sort de Disneyland, on se rend compte que ce qu’on vient de visiter n’existe pas ; on n’y découvre finalement que le souvenir de ses illusions d’enfant. Disneyland n’est autre que le symbole de ce futur collectif régressif.

Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Dans ce jeu où jouer c’est acheter, celui qui gagne c’est toujours Disney.

Il faut d’abord savoir que tous les parcs Disney du monde sont construits selon le même plan. On pénètre par une avenue appelée Main Street USA, où les fausses maisons de poupées (qui cachent d’authentiques supermarchés !) instaurent d’emblée la confusion entre le fait de jouer et celui d’acheter. L’enfant est davantage considéré comme un produit d’appel dans cette entreprise et c’est l’ado-adulte qui l’accompagne qui est la véritable cible du marketing Disney. Tout est mis en œuvre pour faire régresser le client (pardon, le  » guest « , l’invité dans la novlangue de l’entreprise) jusqu’à cette nature sauvage où il cède à ses caprices. L’économie psychique du parc est toujours parfaitement identique. Afin de légitimer la régression et de déculpabiliser chacun de jouer-consommer, il faut chercher à libérer des fantasmes régressifs comme le désir de possession, par exemple, accompagné dans ce contexte, par celui de consommer. C’est donc bien un monde primitif, propice aux fantasmes, une recherche délibérée de régression vers l’âge de la petite enfance que choisit d’exploiter Disney. Il tente de se faire passer pour une allégorie universelle de l’âme enfantine pour mieux offrir aux adultes un schéma de régression nécessaire à la bonne marche de ses affaires. En quittant Main Street USA, le  » guest  » n’est déjà plus qu’un enfant du capitalisme conquis à l’idée que le monde n’est qu’une (somme de) marchandise(s)1.

La régression mise en actes

L’objectif est donc de brouiller les différences entre l’imaginaire et la réalité et de simplifier à l’extrême les formes de pensée afin d’obtenir des couples d’opposition tels que bien / mal ou gentil / méchant. En poursuivant l’exploration de Disneyland et des valeurs qui sous-tendent l’entreprise, on débouche inévitablement sur le mythe de la  » nouvelle frontière « , mythe étasunien par excellence, qui semble aujourd’hui avoir largement dépassé les limites du territoire US pour s’étendre sur la planète entière, légitimé par la même vision binaire bien / mal, gentil(s) / méchant(s).

Frontierland : c’est la reconstitution du monde des cow-boys et de la conquête de l’Ouest. Il s’agit d’une société de mâles partageant des valeurs machistes avec le culte de l’alcool, du saloon, de la danseuse, de la putain, du shériff, etc… C’est une métaphore de l’homme dur et pur, un univers désinstitutionnalisé où règne la vraie justice, c’est-à-dire expéditive… Sur la frontière, tout homme est porteur de [ses propres] valeurs du bien et du mal et peut se retrouver à chaque instant à avoir à trancher entre ce qu’il trouve juste ou injuste. Or l’universitaire D. Duclos a montré comment ce thème conduit directement au déni des institutions humaines lorsque l’individu devient garant de sa propre liberté : il banalise tout autant la figure du justicier que la revendication du port d’arme. Cette mystique sert aussi à justifier un mode de développement brutal. Elle n’admet en effet aucune limite ni aucune contrainte matérielle. Elle postule l’existence d’un monde infini, inépuisable et exploitable à merci. Elle est l’un des principaux ressort de l’idéologie productiviste responsable du pillage des ressources et des menaces sur l’écosystème. En quittant Frontierland, l’individu ne doute plus que l’homme n’est lui-même que dans un rapport de domination et d’exploitation des autres et de la nature2.

Le déni de justice : Phantom Manor est la parabole du manège de la vie ; les fantômes représentent les perdants de la vie, les gagnants, eux, sont ceux qui ont pris des risques et qui ont su affronter leur peur ; ils se sont enrichis et ont quitté ces lieux maléfiques. Éternels perdants, les fantômes doivent accepter les coups du sort et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Ils n’ont pas à se sentir exploités ou dominés, ce ne sont que des perdants et des assistés. Dans cette logique, il n’y a plus de différence entre catastrophes naturelles et sociales : un tremblement de terre, l’explosion d’une usine à Toulouse, la famine, le sida, un plan de licenciements, un éboulement de rochers, l’allongement de la durée des cotisations de retraite, c’est tout pareil ! Les médias sont là pour  » naturaliser  » les conséquences des décisions des puissants de ce monde : c’est la faute à pas de chance ! Disneyland ne menace pas les puissants. Il apprend à les aimer, à les respecter et à prendre les Maîtres du monde pour modèle. Le monde du travail ainsi gommé, il n’y a plus d’exploiteurs et d’exploités, il ne reste plus que des chanceux et des malchanceux, des gagnants et des perdants…

Idéologie : Bernard Pourprise a eu la curiosité de se livrer à une analyse très fine du journal de Mickey. Il montre, dans Économie et Humanisme, de mai-juin 1971, que 56 % des événements décrits dans les histoires de ce journal, peuvent être considérés comme des défenses actives d’une propriété. Le seul but des personnages de Disney est de rétablir l’ordre existant. Pourprise recense également près de 40 % d’histoires où l’enjeu du récit est ouvertement un enrichissement personnel du héros par la découverte d’un trésor, un gain au jeu, un profit spéculatif ou un héritage. Dans 84 % des cas où le pouvoir apparaît, on peut le qualifier d’oligarchique ou personnel (image du chef unique, du patriarche sage et bon enfant). Il remarque que la relation existant entre les personnages est toujours soumise à un rapport de domination (économique, sexuelle ou générationnelle) et que cette relation s’avère humiliante pour l’individu dominé dans 70 % des cas. Les méchants sont nécessairement laids, tant moralement que physiquement. Son étude fait encore apparaître que les perturbateurs de l’ordre Mickey sont à 59 % des individus menaçant la propriété, à 20,2 % des marginaux non-intégrés, à 7,9 % des révolutionnaires, à 6 % de sexe féminin et à 2,2 % d’une espèce différente.

Pour la bonne bouche, un extrait de ses conclusions :  » On ne peut même pas parler de conservatisme doctrinaire, mais plutôt de réflexes réactionnaires viscéraux. C’est le ramassis le plus abject des idées reçues les plus stupides : les indigènes, grands enfants, incapables d’intelligence, dont la seule préoccupation est de chanter et de danser, les pays tropicaux en trouble permanent, les gentils patrons, les ouvriers flemmards ou stupides, les révoltes injustifiées ou sanguinaires, et le communiste, ennemi mortel, qui veut semer la zizanie dans les pays occidentaux (…). Le but avoué ou non des producteurs de Mickey est de faire admettre par leur public comme naturelles ou souhaitables certaines catégories de conduite sociale au détriment d’autres. Chaque fois qu’un individu veut transformer les modes de vie ou l’organisation sociale, sa tentative se solde par un échec cuisant. Dans quelque domaine que ce soit, particulièrement dans celui de la morale et de l’éducation des enfants, chaque idée nouvelle, chaque théorie non marquée par le sceau de la continuité et du conformisme est impitoyablement refusée. Ce respect de la tradition se traduit également par une attitude très positive à l’égard des institutions sociales qui la représentent par nature, et particulièrement, l’armée et l’Eglise « .

 


Disneyland, l’anti-fête populaire : en général, dans un carnaval, l’usage du masque est un moyen de se dérober et de se cacher afin de braver un interdit. Chez Disney il permet au contraire de s’identifier et de se reconnaître. On porte des oreilles de Mickey pour s’identifier publiquement à lui et en revendiquer les valeurs. C’est la perversion du carnaval, où la subversion est canalisée et l’impertinence collective remplacée par une frénésie consumériste individuelle. La fête devient standardisée, l’imprévu y a perdu toute sa place et toute improvisation s’avère impossible. Les valeurs telles que la générosité, l’égalité, le partage, sont sacrifiées tant pour les clients que pour les salariés au profit de la sacralisation de la compétition, de l’entreprise et du marché. Il s’agit, partout, de s’afficher pour pouvoir s’identifier. Ainsi, l’adepte peut recevoir une nouvelle identité, grâce à des mythes, des coutumes, des sacrifices, le port d’objets fétiches ou des actes de dévotion. Il peut graver son nom sur le sol du parc, habiter la ville Disney ou faire partie des adhérents du club des actionnaires.

Une culture factice tournée vers le futur : en 1986, le gouvernement Fabius accepte de ne pas appliquer intégralement le droit du travail à EuroDisney, transformant ainsi le parc en laboratoire d’expérimentation du néo-management, reposant sur la fragilisation et la déqualification de l’ensemble des personnels ainsi que sur une identité de pacotille (on n’est plus  » salarié-e  » mais  » cast member « , tout le monde se tutoie et s’appelle par un prénom factice, il faut porter l’uniforme en souriant, se soumettre aux critères d’apparence physique de Disney – longueur des cheveux, utilisation calibrée du maquillage et des bijoux – et pratiquer un vocabulaire propre à l’entreprise), bref une socialisation qui correspond aux fantasmes des néo-managers qui rêvent d’instituer une atmosphère de travail telle que les employés se sentent appartenir eux-même au monde magique de Disneyland et qu’ils viennent y travailler pour le plaisir et non plus pour gagner de l’argent.

Disneyland : symbole des loisirs de masse conditionnés

Comme on le voit, les valeurs à l’œuvre dans ces parcs de loisirs sont loin d’être neutres : monde binaire divisé entre les gentils et méchants (l’axe du bien contre celui du mal !), loi du plus fort, machisme, compétitivité, irresponsabilité face à l’écosystème, fatalisme social, primauté de l’émotion sur la réflexion, suprématie de la pulsion, nouvelles formes d’exploitation salariale… Sont-ce là des valeurs universelles ? Disney, comme d’autres marques, contribue par son action au formatage de nos désirs et à l’uniformisation du monde en diffusant un modèle de société qui saccage le milieu, rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Sachons nous en préserver et en démonter les mécanismes !

Kaocen

Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, éditions Golias, 2002.

1 Profitons-en pour remarquer, que faire régresser le client pour le formater idéologiquement, n’est pas l’apanage de Disney. Il s’agit aussi d’une stratégie commerciale des multinationales parties à la conquête du monde, basée sur l’idée que ce sont les cultures qui instaurent les différences entre les êtres humains (les clients) et qu’il importe donc de s’adresser à l’individu avant que sa culture ne le structure. D’où les campagnes publicitaires tournées vers les enfants – les chercheurs-publicitaires pensent qu’entre trois et quatre ans, les enfants sont déjà capables de distinguer marques et logos – mais aussi la volonté de pérenniser et de développer les fêtes de grande consommation (Noël, Halloween, anniversaires…) ou de faire régresser l’adulte vers un monde d’enfant supposé  » pur « , où l’individu est encore affranchi de toute culture. Cf. www.antipub.net

2 Remarquons encore que ni l’esclavage, ni le génocide indien ne sont évoqués dans les reconstitutions  » historiques  » de Walt Disney. Il s’agit bien de travestir la réalité pour que le reste du monde puisse s’identifier et confondre les intérêts des USA avec ceux des transnationales : un monde sans frontière et sans histoire en somme.

et enfin un article de rue 89 sur le concept de "dirty disney"

 


Porno et films d’horreur : pourquoi ils ont besoin de salir Disney

Le film a été tourné à Disneyland, avec des iPhone et des appareils photo, en cachette, sans l’accord de l’entreprise américaine. « Escape from Tomorrow » désintègre tout ce qui définit le monde de Disney – son esthétique rose bonbon et son optimisme enfantin – et son souci permanent de contrôler son image. Le réalisateur Randy Moore dit au New York Times :

« Pour moi, Walt Disney était un génie. J’aurais juste souhaité que sa vision ne se mue pas en quelque chose d’aussi cadré. »

« Escape from Tomorrow » n’a, paraît-il, rien de grandiose – aux Etats-Unis, il n’est sorti que dans 300 salles – mais la presse américaine a, ces derniers jours, beaucoup parlé de ce film d’horreur remarqué au dernier festival Sundance.

Jim finit dans la salle « Le testicule géant »

L’histoire d’un père de famille, Jim, qui balade sa femme et ses enfants dans les attractions de Disneyland sans leur confier ce qui le démoralise : il vient de perdre son boulot.

Scénario terrifiant : Jim finit par égarer sa fille, harceler sexuellement deux ados, voir des monstres partout et se faire laver le cerveau dans une salle secrète, surnommée « Le testicule géant ».

Tourner chez Mickey pour lui faire des misères, ce n’est pas nouveau, Banksy l’avait déjà fait. Mais la sortie de « Escape from Tomorrow » pousse le site Slate.com à s’interroger sur une tradition artistique « longue et bizarre » : « The Dirty Disney » (le Disney dégueu).

Pourquoi donc, depuis des décennies, les artistes s’amusent-ils à mettre une clope dans le bec de Donald, à représenter Jafar et le Capitaine Crochet en train de se rouler des pelles et à transformer Cendrillon en junkie ?

Le dessin de Wally Wood (1967) (DR)

Dès 1967, le dessinateur Wally Wood fait figurer tous les personnages de Disney dans une grosse orgie ; ensuite, Internet a permis au « Dirty Disney » de s’exprimer sous de nouvelles formes : films porno et GIFs d’Alice au pays des merveilles narcotiques.

1

Quoi de plus drôle qu’un mouton à la place du Roi lion ?

Le pouvoir comique

 

Bambi qui fume un pétard, c’est comme une grand-mère sur un skate ou un Académicien en baggy, ça fait rigoler. La définition même de l’absurde, fonction la plus basique de ce genre de détournements.

Sur le Web, on trouve plein de caricatures et de vidéos qui n’ont pas d’autre but que de faire rire. En mettant le Roi lion dans une ferme par exemple.

Lorsque Disney a annoncé qu’il achetait la boîte de George Lucas et préparait un nouveau « Star Wars », les internautes se sont empressés de mettre des oreilles de Mickey à Dark Vador et un sabre laser entre les mains de Donald.

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Mickey dans un bidonville : la transgression du modèle Disney

Le pouvoir politique

 

« Dismayland » est une série d’illustrations de l’artiste Jeff Gillette, qui place les personnages de Disney dans des bidonvilles. Il dit :

« L’intrusion de Mickey Mouse dans une œuvre crée le sentiment troublant qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas. »

Le monde de Disney incarne une conception simpliste du bien. Les gentils gagnent à la fin et les princes trouvent leur princesse.

Les artistes et les intellectuels s’attachent à démontrer que c’est trop beau pour être vrai, que le monde ne ressemble pas à ça. En représentant des Cruella qui sniffent et des princesses battues, le Mexicain José Rodolfo Loiza Ontiveros dit vouloir remettre en cause le principe du « tout est bien qui finit bien ».

Montage de José Rodolfo Loiza Ontiveros (Via son compte Facebook)

Il n’y a pas que les artistes, des intellectuels s’évertuent aussi à démontrer la perversité du modèle Disney. L’historienne des idées Françoise Gaillard le conçoit comme « un royaume magique qui expurge la mort de la vie, qui ignore le sexe, qui a la phobie de l’organisme, et qui est en proie à une obsession hygiénique et sécuritaire ».

Dans « Disneyland, le royaume désenchanté » (éd. Golas, mars 2002), Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, s’attaque aussi aux paradoxes de Disney.

Le monde de Disney est un paradoxe inspirant : symbole du modèle américain – fric et bien-pensance – défendu avec fermeté : une entreprise très procédurière qui attaque en justice dès qu’on touche à ses droits d’auteur, d’où le caractère transgressif de la démarche d’« Escape from Tomorrow ».

Pour l’instant, Disney n’a pas décidé de poursuivre le film, pour ne pas lui faire de publicité.

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Sortir violemment du monde de l’enfance

La fonction psychanalytique

 

Auteur de la bande dessinée « Pinocchio » (éd. Requins marteaux, septembre 2012) dans laquelle le héros est un robot vendu comme arme de guerre et Jiminy un cafard qui devient SDF, Winschluss explique :

« Petit, on vous promet des choses, comme “ liberté, égalité, fraternité ”. Aujourd’hui, on vous dit “ travailler plus pour gagner plus ”. Et quand on grandit, on ressent un vrai sentiment de tromperie. »

C’est la fonction philosophique, voire psychanalytique, du « Dirty Disney ». En salissant ce monde rêvé, on représente celui des adultes, on en devient un.

Il existe une série de vidéos parodiques (en anglais) où les princesses de Disney donnent des conseils cyniques aux adolescentes pour qu’elles ne se fassent pas avoir par les hommes.

Dans un article titré « Pinocchio : scène primitive, fantasmes et théories sexuelles infantiles », Christophe Bormans décrypte les théories sexuelles infantiles présentes dans le « Pinocchio » de Disney. C’est une lecture classique de tous les contes. D’autant que chez Disney, souvent le parent meurt (« Le Roi Lion », « Bambi », « Cendrillon », « Blanche-Neige »…).

L’article de Slate constate, amusé, que pas mal d’anciens acteurs des productions Disney passent ou sont passés par des phases décadentes pour devenir adultes.

« Il y a un air de famille entre “Escape from Tomorrow” et les carrières des anciennes actrices de Disney Britney Spears, Lindsey Lohan et Miley Cyrus : leurs comportements hypersexualisés perforent la vieille façade Disney. »

« On ne peut pas être heureux tout le temps », dit un personnage vers la fin de « Escape from Tomorrow ».