The Wire, divertissement et critique sociale

 

The Wire, divertissement et critique sociale
Des universitaires évoquent la série The Wire qui traite du trafic de drogue et des problèmes sociaux contemporains. 
 

La série américaine The Wire, diffusée à partir de 2002, est devenue culte. Coréalisée par un ancien journaliste et un ancien policier, elle propose une description réaliste du quotidien dans les quartiers populaires de la ville de Baltimore. Ce produit de divertissement semble particulièrement étudié par les milieux universitaires. Des sociologues se penchent sur cette série dans un livre récent.

Le succès de la série semble lié à la description réaliste d’une société en décomposition, incarnée par l’institution policière. Surtout, The Wire brise les codes de l’industrie culturelle et du produit standardisé. Une liberté de ton s’observe. Une diversité d’intrigues, de personnages et d’univers sont explorées. La ville de Baltimore devient un « fait social total ».

La désindustrialisation, les inégalités de race et de classe, le dysfonctionnement des institutions et divers problèmes de la ville postfordiste sont largement évoqués. « Dans The Wire, on cherche à réfléchir à ce que les institutions font aux individus, que ce soit la bureaucratie, les organisations criminelles, la culture de l’addiction aux substances, et même le capitalisme sauvage », souligne le coréalisateur David Simon. Les institutions ne semblent pas pouvoir évoluer de l’intérieur et la description réaliste s’oppose à la vision idéaliste des sociaux-démocrates.

 

 

The Wire

Néolibéralisme et pessimisme politique

 

Marc V. Levine observe la série The Wire comme une critique du capitalisme néolibéral. « The Wire vise à dépeindre un monde où les capitalistes ont remporté un triomphe absolu, où la classe ouvrière est marginalisée et où les intérêts financiers ont acheté une part d’infrastructure politique suffisamment grande pour empêcher toute réforme », confirme David Simon. Le froid mécanisme des institutions écrase les êtres humains. La série permet de nuancer la propagande optimiste des institutions et des politiques publiques. Elle décrit bien une situation sociale qui ne cesse de se dégrader.

La désindustrialisation alimente un chômage de masse. Avec la disparition de l’emploi, une « économie parallèle » se développe, fondée sur le trafic de drogue. La violence et l’incarcération ne cessent alors d’augmenter. Ce constat implacable s’attire la rancœur des responsables politiques qui dénoncent un tableau trop sombre, nuisible à l’image de la ville de Baltimore. Mais la gauche américaine, avec son optimisme volontariste et militant, estime que la série ne montre aucune possibilité de changement. Effectivement, la société capitaliste ne peut pas être mieux gérée ou améliorée et seule sa destruction peut apporter une véritable solution.

 

La série illustre les recherches universitaires pour montrer une complexité sociologique. Les inégalités sociales s’expliquent par différents facteurs. The Wire permet de déconstruire les clichés sur les populations des quartiers noirs. Selon Anmol Chaddha et William Julius Wilson, « les spectateurs se rendent compte que les décisions individuelles et les comportements sont souvent façonnés, et surtout contraints, par des forces économiques, politiques et sociales qui échappent au contrôle des individus ». Les individus ne peuvent pas agir face à leur situation mais sont enfermés dans un cadre social qui maintien les inégalités.

Mais la série montre davantage les conséquences des politiques urbaines que les causes et les processus sociaux.

 

Pour Peter Dreier et John Atlas, la série montre une société inégalitaire et immuable. « La ville qu’elle dépeint est un cauchemar dystopique, un réseau fait d’oppression et de pathologie sociale d’où il est impossible de s’échapper », estiment les deux universitaires. La série n’est pas optimiste par rapport à la possibilité de changer cette situation. « Non, je ne crois pas. Pas dans le système politique actuel », répond David Simon le créateur de la série. Cette réponse à l’image de The Wire peut paraître pessimiste, cynique ou même nihiliste. Mais elle semble surtout réaliste. La société et la politique urbaine ne peuvent pas être mieux gérées ou même améliorées. Pour véritablement changer cette situation, seul un renversement de l’ordre social et politique peut ouvrir de nouvelles possibilités. La série se révèle alors plus lucide que les universitaires qui croient aux politiques publiques, au gauchisme au syndicalisme ou à l’humanitaire. Mais la série semble également misérabiliste. Les pauvres apparaissent uniquement comme des victimes et non pas comme des individus capables d’agir et de s’organiser pour se révolter.

 

 

Faillite des institutions

 

Fabien Desage observe la série à travers les institutions présentées. Le syndicat, la famille, l’école apparaissent comme des institutions déclinantes. La gang et la police augmentent leur emprise sur les individus. Le management dans la police alimente la corruption avec des chiffres trafiqués.

La série montre également les rapports des individus avec les institutions, notamment la police. Certains pensent pouvoir changer la situation dans le cadre des institutions. D’autres préfèrent contourner les règles, mais pour mieux atteindre les objectifs de l’institution. Toutes les tentatives de changement se heurtent à la force des institutions. La misère sociale semble structurelle et l’action, pour permettre le changement, doit dépasser le simple niveau des institutions.

 

Julien Achemchame évoque le regard porté sur l’institution policière. La hiérarchie est présentée comme un problème qui entrave le bon déroulement des enquêtes. La police et la justice s’appuient sur les aveux des inculpés plutôt que sur les indices et les preuves véritables. Mais c’est le règne de la statistique qui apparaît comme le principal problème. Avec cette politique du chiffre, la quantité des arrestations de petits dealers prime sur la qualité des enquêtes pour démanteler des réseaux. Cette logique néolibérale explique l’effondrement social.

Didier Fassin évoque les relations entre la police et la population des quartiers. La présence et l’intervention policière deviennent directement sources de désordre. Les classes populaires et les minorités raciales sont considérées comme « propriété de la police » et peuvent subir une violente répression. La série The Wire permet de mettre en images toute une recherche sociologique et la rend accessible à un plus large public.

Julien Talpin ressort le vieux discours social-démocrate. Selon lui, la série ne montre pas les corps intermédiaires avec ses syndicats et ses associations communautaires. Pourtant, la série montre pertinemment la faillite du modèle fordiste. Les organisations syndicales semblent tout aussi corrompues et bureaucratisées que les institutions politiques. La régulation sociale semble impuissante face à une société qui se délite.

 

 

The Wire

Regards sur les populations

 

Monica Michlin insiste sur la dimension queer de la série. The Wire s’inscrit dans un univers masculin et brutal qui oppose policiers et gangsters. Les femmes sont peu présentes à l’écran. Mais des personnages perturbent les codes traditionnels de la série policière en affirmant leur homosexualité. Omar, braqueur redoutable, assume pleinement son homosexualité. Il reste pourtant particulièrement viril. Il suscite la crainte même lorsqu’il se rend à l’épicerie en traversant la rue dans un pyjama queer. Kima, une policière tenace, affiche sa sexualité lesbienne. Elle ne correspond pas à l’archétype de la femme lesbienne de la série The L World. Elle ne porte pas de rouge à lèvre et ne semble pas très féminine. Mais elle apparaît comme coureuse et infidèle.

 

Pour Anne-Marie Paquet-Deyris, la série rend particulièrement visible la population noire des quartiers. Les codes sociaux, jusqu’au langage, sont fidèlement retranscrits. Certains acteurs sont des amateurs qui connaissent bien le ghetto de Baltimore.

Des personnages tentent d’échapper à leur environnement social. Mais le ghetto apparaît comme « une sorte de prison ethnoraciale », selon l’expression du sociologue Loïc Wacquant. Omar, bandit et justicier, semble au contraire imposer ses propres codes. Son regard propose une distance ironique sur le monde. Mais, comme la majorité des hommes noirs du ghetto, il est abattu. « Dans The Wire, la mort d’un joueur quel qu’il soit, chef de gang, truand solitaire ou flic, ne semble avoir qu’une seule fonction : faire la preuve du caractère implacable, inexorable et endémique du « jeu » et du système tout entier », analyse Anne-Marie Paquet-Deyris.

 

 

> Bande annonce Sur écoute (The Wire) S3

Réceptions critiques

 

Fabien Truong compare la série à la recherche en sciences sociales. Contre l’immédiateté du journalisme, la série privilégie un rythme lent. Elle montre moins la violence et les faits divers que la routine et le quotidien des gangsters. The Wire montre surtout l’inertie des phénomènes sociaux. La série évoque différents univers sociaux sans imposer une hiérarchie. Robert E. Park et l’école sociologique de Chicago traitent de la même manière les professions illégitimes que les professions légitimes. La série, affranchie de la spécialisation en discipline, permet une description transversale et totale de la réalité sociale.

 

Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou évoquent la réception de la série en France. Ils relativisent l’influence de The Wire. La série s’adresse surtout à la petite bourgeoisie intellectuelle et pas vraiment aux classes populaires qu’elle montre à l’écran. Son rythme lent ne favorise pas un engouement populaire. Mais la série atteint une audience plus large que celle du petit milieu universitaire.

The Wire alimente le rap français et son imaginaire du ghetto. Les références à la série sont nombreuses dans le milieu du rap, aux États-Unis comme en France. Mais la situation dans les quartiers populaires semble différente dans les deux pays. The Wire montre une réalité particulièrement sombre, notamment des relations humaines. Des amis se trahissent ou s’entretuent. La violence et l’utilisation des armes semblent également banalisée.

 

The Wire présente une vision très sombre de la société moderne. Les universitaires qui se penchent sur cette série semblent d’ailleurs le regretter. Ses sociologues semblent proches d’une gauche social-démocrate qui croit en l’Etat social et en la possibilité de gérer et d’aménager l’ordre marchand pour améliorer les conditions d’existence. Mais The Wire présente un vision moins naïve et beaucoup plus critique. Les institutions, et encore moins les héros solitaires qui triomphent seuls face au système, ne sont pas valorisées et semblent engluées dans la corruption et l’impuissance. Pour améliorer la situation, une destruction de l’ordre existant devient indispensable.

D’autres séries permettent de sortir de l’optimisme béat de l’industrie culturelle et du volontarisme militant. La série Oz sur la prison, The Shields sur la police ou d’autres créations télévisuelles permettent une véritable réflexion critique. The Wire et d’autres séries de qualités permettent de sortir la télévision du simple abrutissement. Les œuvres de fiction et de divertissement permettent de soulever de nombreux problèmes politiques et sociaux qui deviennent alors incarnés par des personnages et ancrés dans la vie quotidienne.

article sur zones subversives

Source : Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris, Julien Talpin, The Wire. L’Amérique sur écoute, La Découverte, 2014

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Quand des stars du foot risquaient leur carrière, voire leur vie, pour la démocratie et la justice

 

Ils ont marqué l’histoire du football, et pas seulement par leur jeu. Socrates au Brésil, Carlos Caszely au Chili, Robbie Fowler au Royaume-Uni : ces joueurs se sont engagés à leur manière en faveur des opprimés. Les deux premiers contre les dictatures latino-américaines, le troisième en faveur des dockers en grève de Liverpool. A l’heure où le foot est totalement dominé par l’argent et une logique économique malsaine, ces trois portraits, extraits du livre « Comment ils nous ont volé le football », édité par le journal Fakir, nous rappellent qu’une autre conception du football est possible. Un petit ouvrage sur la mondialisation racontée par le ballon, à lire entre les matchs !

Chili : un footballeur contre Pinochet

« Très peu de sportifs se sont fait connaître pour des prises de positions politiques ou sociales. Par peur. Parce qu’ils ont peur qu’on leur fasse payer. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé. Je continue de payer la note aujourd’hui car j’ai cru à la valeur de la démocratie. » Chili, 11 septembre 1973. La junte militaire renverse par un coup d’État le socialiste Salvador Allende, élu démocratiquement. Durant les dix-sept années de dictature qui vont suivre, un joueur de football s’oppose au régime : le buteur vedette de l’équipe chilienne, Carlos Caszely. Sa notoriété devient une arme politique, d’autant qu’il dispose d’un avantage : il joue en Espagne, lorsqu’il revient au Chili les micros lui sont tendus et il critique ouvertement le régime. « Je n’ai pas hésité un instant à quitter le Chili. Je n’aurais pas pu alors dire tout ce que j’ai dit à l’époque, explique-t-il. J’étais la voix du peuple qui souffrait. » Car les Chiliens manquaient bel et bien de soutien. Même dans le football.

Le Stade de la Mort

En novembre 1973, juste après le coup d’Etat, l’Union Soviétique doit se rendre au Chili pour un match de barrage. Qui devrait se tenir à l’Estadio Nacional, rebaptisé « le Stade de la Mort » : y sont détenus, et torturés, les prisonniers politiques. Impossible de jouer dans ces conditions, estime la fédération russe.

Le journaliste chilien Vladimir Mimica, alors emprisonné, se souvient : « Nous on dormait juste au-dessous de ces tribunes. C’était la grande incertitude, on ne savait pas ce qu’allait être notre avenir, notre destinée. Plusieurs compagnons qui étaient partis à l’interrogatoire ne sont jamais revenus. Beaucoup d’entre nous ne s’étaient jamais vus, mais nous avions tous un dénominateur commun : nous avions soutenu Salvador Allende. »

Gênée, la Fifa tergiverse puis, après une rapide visite, décrète qu’au Chili « le cours de la vie est normal, il y a beaucoup de voitures et de piétons, les gens ont l’air heureux et les magasins sont ouverts ». Quant à « l’Estadio Nacional », la délégation n’y voit qu’ « un simple camp d’orientation ».

L’URSS refuse, néanmoins, de se déplacer. S’ensuit alors le match le plus ridicule de l’histoire : devant quarante mille spectateurs, l’équipe chilienne entre seule sur la pelouse et entame un match sans adversaires ! Au bout d’un moment, Francisco Chamaco Valdes pousse la balle dans le but vide. La Fifa avalisa le score de 1-0 et la qualification du Chili. Carlos Caselzy en garde un goût amer : « Ça a été le show le plus débile qui ait eu lieu. Et j’ai été acteur de ce show. »

Refus de serrer la main de Pinochet

Qualifiée pour le Mondial de 1974 en Allemagne, la sélection chilienne est reçue par le général Pinochet en personne avant son envol pour l’Europe. Carlos Caslezy décide de frapper fort : « D’un coup les portes s’ouvraient et il y avait ce type avec une cape, des lunettes noires et une casquette. Avec une figure aigre. Sévère. Il commence à marcher… Et à saluer les joueurs qualifiés pour le Mondial en Allemagne. Et quand il arrive très près, très près, je mets mes mains derrière moi. Et quand il me tend la main, je ne lui serre pas. Et il y a eu un silence qui pour moi a duré mille heures. Ça a dû être une seconde ? Et il a continué. Moi, comme être humain, j’avais cette obligation parce que j’avais un peuple entier derrière moi en train de souffrir, et que personne ne faisait rien pour eux. Jusqu’à arriver à un moment où j’ai dit stop… Non à la dictature ! Au moins, laissez-moi protester. Au minimum, laissez-moi le dire. Au minimum, laissez-moi dire ce que je ressens. »

Son geste, l’attaquant le paiera très cher. À son retour d’Europe, sa mère lui confie, en larmes, qu’elle a été arrêtée et torturée. Le joueur ne peut y croire : « Je lui ai dit « arrête maman il ne faut pas plaisanter avec ce genre de choses ». Elle m’a montré sa poitrine avec ses brûlures et j’ai pleuré comme un enfant. Ils m’ont fait payer ça sur ce que j’avais de plus cher. Ma mère. »

Le clip thérapie

En 1988, Pinochet organise un référendum pour sa réélection. Carlos Caszely enregistre un clip de campagne, avec sa mère qui témoigne, pour que le peuple vote « non », contre le général. « Ce clip fut une libération pour ma mère. Elle a pu dire les choses publiquement et j’ai senti que ce fut une forme de thérapie », confie-t-il. Cette prise de position, d’une icône nationale, a un grand impact sur les Chiliens. Selon les analystes, elle aurait convaincu près de 7% des indécis à voter « non ». Le 6 octobre, les résultats tombent : 44,01 % des voix aux partisans de Pinochet, contre 55,99 % à ses adversaires victorieux. Caszely l’emporte après les prolongations… [1]

Brésil : Socrates et la démocratie maintenant !

« Au départ, nous voulions changer nos conditions de travail, puis la politique sportive du pays, et enfin la politique tout court. » Ainsi parlait Socrates. C’est que sous la dictature militaire, il a vite compris le sens du mot « engagement » : « Quand je suis rentré au lycée à 16 ans, j’ai vraiment ressenti la répression. Il y avait des camarades de classe qu’il fallait cacher, d’autres qui s’enfuyaient. » Diplômé de médecine, il poursuit en parallèle une carrière de footballeur aux Corinthians de Sao Paulo.

Un coach élu par les joueurs

Alors que le club végète, sa présidence échoit, en 1981, à un jeune sociologue, Adilson Monteiro Alves, déjà passé par la case prison. Sa technique surprend : il redistribue les bénéfices et surtout, il demande l’avis des joueurs, les fait choisir eux-mêmes leur coach ! « Dès le début, il nous a expliqué qu’il serait toujours à notre écoute, se souvient Wladimir. Avec Socrates, nous y avons vu l’occasion d’exprimer nos sentiments. Entre nous, on ne parlait pas forcément de politique, mais plutôt de la structure du foot brésilien, qui était très archaïque, avec les pouvoirs très concentrés au niveau de la fédération. Alors, de fil en aiguille, nous avons établi un système dans lequel chaque décision serait soumise au vote et où les simples employés du club auraient le même poids que les dirigeants. On organisait des réunions au siège du club à chaque fois qu’une décision importante devait être prise. »

Ces assemblées réunissent les joueurs, les dirigeants, jusqu’aux chauffeurs de bus. « Nous voulions dépasser notre condition de simples joueurs travailleurs pour participer pleinement à la stratégie d’ensemble du club, raconte Socrates. Cela nous a amenés à revoir les rapports joueurs-dirigeants. Les points d’intérêt collectif étaient soumis à la délibération. »

« Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie »

Les résultats suivent. L’équipe remporte deux championnats de suite, en 1982 et 1983. Dès lors, d’autres clubs cherchent à appliquer cette recette magique : Palmeiras et le FC Sao Paulo d’abord. Puis le mouvement gagne Rio et le plus grand club du pays, Flamengo. Mais surtout, le phénomène se propage hors du football. Alors que la publicité apparaît sur les maillots de foot, les Corinthians floquent les leurs d’un simple mot : « Democracia ». Et en 1983, à l’occasion de la finale du championnat opposant les Corinthians à Sao Paulo, l’équipe se présente sur le terrain avec une banderole : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie. »

« Socrates faisait tout pour qu’on cite notre mouvement en exemple et qu’il s’étende à d’autres sphères de la société brésilienne, rapporte Zenon. Il donnait sans arrêt des interviews et expliquait notre fonctionnement pour que les gens comprennent qu’il était possible d’avoir une vision collective et démocratique des choses, qui allait à l’encontre du système de la dictature militaire, où c’était chacun pour sa gueule. » C’est une émancipation que décrit le capitaine, les joueurs s’exprimant « avec plus de liberté, de joie et de responsabilité. Nous étions une grande famille, avec les épouses et les enfants des joueurs. Chaque match se disputait dans un climat de fête. Sur le terrain, ils luttaient pour la liberté, pour changer le pays. Le climat qui s’est créé leur a donné plus de confiance pour exprimer leur art. »

Poings dressés

Socrates prend directement part au mouvement « Diretas Ja », pour « élections directes maintenant ». Le député Dante de Oliveira a, en janvier 1983, déposé un amendement, afin de permettre l’élection du président de la République au suffrage direct, et s’en est suivie une vague contestataire, des manifestants, par centaines de milliers, défilent dans les principales villes du Brésil. Le régime militaire déclare l’état d’urgence pendant soixante jours.

Socrates et ses compagnons des Corinthians deviennent des figures phares. « Il n’était pas là lors de la confection des panneaux pour les manifestations, mais il donnait de sa personne en assistant à toutes les réunions, en donnant des dizaines d’interviews pour inciter les gens au changement. Durant tout le temps qu’a duré le mouvement, il ne s’est pas entraîné normalement une seule fois. Il se sentait investi d’une mission ». Lors de sa mort, sur tous les stades du Brésil, une minute de silence a précédé les matches. Les spectateurs ont dressé le poing en l’air, comme le faisait le joueur quand il marquait un but. [2]

Royaume-Uni : pour les dockers de Liverpool

« Votre réaction lors du penalty sifflé vous fait honneur. C’est ce genre de réactions qui permettent de maintenir la dignité du jeu. » Le 20 mars 1997, l’avant-centre de Liverpool, Robbie Fowler est félicité par Sepp Blatter en personne. Lors d’un match contre Arsenal, il file seul et semble faucher par le gardien. L’arbitre siffle, mais l’attaquant conteste alors le penalty… en sa faveur ! « Non non non, proteste-t-il de la voix et des mains, le goal n’a pas commis de faute. » Mais l’homme en noir ne revient pas sur sa décision. Fowler frappe alors, mollement, le tir au but, le gardien le repousse, mais un partenaire met la balle au fond des filets. Pour ce geste, il recevra le trophée du fair-play de l’UEFA.

Cinq jours plus tard, en revanche, le 25 mars, le même est blâmé par la Fifa : « C’est une règle stricte qu’un terrain de football n’est pas le bon endroit pour des démonstrations de nature politique. » Son tort ? Au printemps 1997, les dockers de Liverpool sont en grève, depuis près de deux ans. Robbie Fowler est un enfant du pays, pas un transfert. En quart de finale de la coupe des coupes, son équipe est opposée au modeste club norvégien de Brann. Le jeune attaquant marque et exhibe un T-Shirt rouge : « 500 dockers de Liverpool congédiés depuis 1995. » Son partenaire, Steve McManaman, lui aussi né à Liverpool, dans le quartier popu de Bootle, affiche le même maillot à la fin du match, et le défend : « Tout ce qu’on voulait, c’était donner un coup de main aux personnes qu’on connaît et qui ne reçoivent aucune paie. Robbie et moi avons offert notre soutien aux dockers, mais nous ne sommes pas assez arrogants pour croire que porter un T-Shirt ferait la différence. »

Réuni en urgence, le comité de discipline condamne Fowler à une amende de 2 000 francs suisses, et le club de Liverpool rappelle ses joueurs à l’ordre : « Les commentaires sur des questions extérieures au football sont inacceptables sur le terrain de jeu. » C’est qu’il y avait plus grave que la politique, dans cette affaire : le droit des marques était en cause. Les joueurs avaient, en effet, sur leur maillot, détourné le logo de Calvin Klein, « cK », avec « docKers », et le sponsor menaçait de porter plainte. Impardonnable. [3]

article lu sur bastamag

Extraits du livre Comment ils nous ont volé le football édité par Fakir Editions.

Vous pouvez commander le livre (130 pages, 6€) en librairie, sur la boutique en ligne de Fakir, ou en imprimant ce bon de commande.

Fakir est un journal indépendant et alternatif, créé en 1999 à Amiens (Picardie), qui parait tous les deux mois. « Journal fâché avec tout le monde. Ou presque », Fakir a lancé sa propre maison d’édition. Pour s’abonner au journal, c’est ici.

Notes

[1Sources : Les rebelles du foot, documentaire de Gilles Rof et Gilles Perez, 2012. « Chili-URSS 73, les fantômes du Nacional », Alexandros Kottis, les cahiers du football, 2006.

[2Source : « Socrates larme à gauche », So Foot n°93, Février 2012.

[3Sources : Libre-arbitre : onze histoires loyales ou déloyales du football mondial, Dominique Paganelli, Actes Sud, 2006. No Logo, Naomi Klein, Actes Sud, 2001.

Neutralité du Net

 

 

 

 

 

 

 

 

HBO est-il en train de renverser le débat sur la neutralité du net aux Etats-Unis et dans le monde, par un simple discours de 15 minutes issu de l’émission Last Week Tonight animée par l’excellent John Oliver ? Publiée dimanche, la vidéo a déjà été vue par plus de 750 000 spectateurs sur YouTube, et commence à faire le tour du monde.

L’acteur et animateur y décrit avec un mélange détonnant d’humour et de conviction le danger de l’abandon de la neutralité des réseaux, suite à la proposition du régulateur américain (la FCC) d’autoriser un internet à deux vitesses, avec des voies rapides réservées aux éditeurs de services qui paieront les sommes exigées par les FAI. Son discours, qui va crescendo, se termine en apothéose par un appel à la mobilisation des internautes qui passent des heures à publier des commentaires idiots sur des vidéos sans importance.

John Oliver les supplie de se rendre sur le site qu’a spécialement créé la FCC, et de l’inonder de messages demandant à préserver la neutralité du net, pour faire contre-poids aux très puissants lobbys des télécoms, qui investissent des sommes énormes pour combattre la neutralité — en résultat, le site de la FCC n’affiche plus aucune contribution à l’heure où nous publions ces lignes.

La vidéo officielle n’est disponible qu’en anglais non sous-titré, mais nous avons ajouté des sous-titres français produits de façon collaborative :





John Oliver (HBO) - Neutralité du net (VOSTFR) par Numerama

vu sur numerama

Géronimo, symbole de la cupabilité de l’homme blanc ?

« L’Apache est l’animal le plus vif et le plus rusé du monde, avec, en plus, l’intelligence d’un être humain».

Commandant Wirt Davis – 1885

 

« un bon indien est un indien mort »

général A.Custer

 

Geronimo03

Non tous vos ennemis ne se valent pas….

 

01 mai 2011 « Geronimo E-KIA »

L’operation « Géronimo » s’achèvent et à la maison blanche un des commanders a crié « Geronimo E-KIA », ce qui signifie que la mission est terminée et que l’ennemi est mort au combat (Enemy killed in action)

Channel 4 News a déclaré que « selon certaines analyses, l’armée américaine a choisi ce nom de code car Ben Laden, comme Geronimo, avait échappé à la capture pendant des années57. S’ils avaient tenté d’éviter de créer un mythe, il semblerait qu’ils aient choisi le mauvais nom. »

Les Amérindiens ont protesté contre l’utilisation du nom de Geronimo :                  « [Cela signifie] à quel point l’image de l’Amérindien considéré en tant qu’ennemi est profondément ancrée dans la mentalité de l’Amérique » a déclaré Suzan Shown Harjo, présidente du Morning Star Institute, un groupe de pression en faveur des Amérindiens basé à Washington. « Il y a peu de doute que l’utilisation d’un leader comme Geronimo pour faire référence à Ben Laden est mal avisé » a écrit Keith Harper, avocat et membre de la nation Cherokee, dans un email adressé à un journaliste du Washington Post. (lu sur wikipedia)

si on peut contester le bon goût de l’appellation de l’opération, elle n’est pourtant pas due au hasard : on qualifiait déjà de guerre indienne les opérations militaires américaines en Afghanistan. En effet comme les sombres et sanglants épisodes de la conquête de l’Ouest, les tuniques bleues ont mis énormément de temps à comprendre qu’ils n’avaient pas en face d’eux un seul ennemi réduit à sa couleur de peau dont ils auraient pu vaincre l’armée et capturer le chef. Mais qu’ils avaient plutôt affaires à une multitudes de sociétés se liant entre elles en fonctions du contexte sans renoncer à leurs différences et leur autonomie propre.

 

Quinze membres de la confrérie de la mort. 
Chaque nouvelle coterie est constituée de quinze personnes 
toujours prises en photo de la même manière
 avec un guéridon couvert d'une nappe 
où est brodé l'emblème de la société 
sur laquelle sont entreposés deux fémurs en croix
 et un crâne. 

L'assemblée est dominée d'une horloge de parquet 
indiquant huit heures du soir.

 Les os sur la table seraient les restes
 de la dépouille de Geronimo,
 dont la société secrète aurait profané la sépulture.

1918 Qui a volé le crâne et deux os de Geronimo ?

 D’après certains, dont Harlyn Geronimo, l’arrière petit-fils du chef indien qui réclame justice, la tombe de Geronimo aurait été profanée vers 1918. Un groupe nommé « Skull and bones » conserverait encore le crâne, deux os, et des effets ayant appartenu au grand chef indien. L’un des profanateurs serait Prescott Bush, grand-père de l’ex-président Georges W. Bush.
(sur la photo vous apprécierez Geronimo ( encore lui !) qui en fin de vie réduit à l’état de bête de cirque avait pris l’habitude de poser devant les photographes contre des espèces sonnantes )

Le mythe du peau rouge sauvage qui traverse le temps

Alors que le génocide amérindien n‘est toujours pas reconnu, qu’on préfère parler frileusement d’ « ethnocide »  (peut être pour ne pas avoir à en assumer financièrement et politiquement les conséquences) les paranos et révisionnistes préfèrent en nier la réalité voir le minorer  (cf cet article nauséabond d‘agoravox)

Au xixe siècle et au début du xxe, le mauvais sauvage a permis d’articuler l’idéologie de l’impérialisme européen. Comme le dit Kipling, c’était un natif pervers, “ moitié démon, moitié enfant ”, qui avait besoin d’être dirigé par l’homme blanc.

Regard de l’autre, regard sur l’autre

Si celui ci à été longtemps réduit à un statut moindre par rapport aux citoyens américains (la déclaration d’indépendance ne concerne en fait ni les derniers immigrés pauvres, ni les travailleurs chinois, ni les esclaves africains, ni les femmes ni les amérindiens…) Le statut actuel du citoyen amérindien est encore lié à des particularisme : le droit tribal ne s’applique qu’a des condition stricte en fonction de la … »pureté raciale » …. sic ! …
Les américains arrivé après Christophe Colomb craignent encore le spectre de l’autochtone dont ils occupent l’espace; Plus d’un siècle à confiner des peuples dans des réserves qui varièrent du camps de concentrations à l’espace politique minimum de confinement des « natifs ».
Les conditions de vie des populations amérindiennes des réserves n’ont rien à envier à d’autres populations de par le monde :
chômage, obésité, toximanies dont alcoolisme et dominées parmis les dominés un sexisme et une violence faite aux femmes plus importante que sur le reste du territoire américain.
En effet les wasp contemporains qui craignent que des nouveaux arrivants s’approprient leur pays oublient que leurs ancêtres furent eux mêmes des immigrants…
Et n’oublions pas que l’une de leur fête national (Thanksgiving) célèbre encore le don de nourriture des autochtones aux néo-arrivants mal acclimatés
Bref le WASP américain ne peut oublier sa culpabilité…. Même s’il est parfois arrivé à corrompre le natif en lui refourguant ses déchets nucléaires ou lui laissant plumer légalement des pigeons dans ses casinos
Et la représentation culturelle de l’amérindien en générale et de Geronimo en particulier reste marqué par cette crainte d’un ennemi vaincu dont le spectre hante encore les américains.
punkastor,
celui-qui-s’assoit-partout-par-terre
pour aller plus loin

 

 

 

 

Se syndiquer pour l’indépendance : Remarques à propos de l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe

Un chouette article de Savoir / agir repris sur terrains de luttes c'est bien,
 S'il est signé pierre Odin c'est mieux !

Comité de copinage éhonté 

« Syndicalismes en luttes », tel est le thème du dernier numéro de la revue Savoir / Agir ; dont nous publions ici un article portant sur le syndicalisme guadeloupéen. Retour sur l’histoire et l’actualité du LKP et de l’UGTG.

Intimement mêlée à l’histoire des luttes de libération nationale, l’histoire du syndicalisme guadeloupéen est fortement marquée par l’anticolonialisme. Le mouvement indépendantiste y conserve une influence prépondérante, au travers de la principale organisation syndicale de l’île : l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe, forte d’une dizaine de milliers d’adhérents. Saisir le mode de fonctionnement de l’UGTG en tant qu’institution, « dans et par l’adversité »[1] qui la lie au contexte colonial, demande d’abord de caractériser le syndicalisme indépendantiste comme un syndicalisme « intégral ». Cette forme de syndicalisme, qui consiste à s’acquitter de la défense des salariés et de la gestion des relations entre employeurs et employés sur le lieu de travail tout en avançant des objectifs éminemment politiques, est constamment mise en avant par l’UGTG et exerce une grande influence tant sur la forme organisationnelle que sur les répertoires d’action propres à ce syndicat. Par ailleurs, l’UGTG demeure le principal appareil de mobilisation dans le champ des luttes sociales en Guadeloupe : elle a été la pièce maîtresse de la grève générale de 2009 et du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP). Ce collectif, « Unité contre l’exploitation », rassemble 48 organisations[2]. Créé le 5 décembre 2008 et toujours en activité, il se donne pour but de mobiliser la population guadeloupéenne contre la « vie chère », en désignant le système d’échanges économiques entre la métropole et la France comme responsable d’une hausse des prix ressentie d’autant plus durement par la population que l’île subit les conséquences de la crise économique. À ce constat d’iniquité est adossée une dénonciation de la mainmise des élites économiques (les « pwofitans») sur les ressources de l’île, élites dont la richesse contraste avec les difficultés d’une population insulaire particulièrement exposée à la pauvreté et au chômage[3]. Cette contribution se propose de présenter quelques éléments caractéristiques du syndicalisme tel qu’il est pratiqué par l’UGTG. D’abord, en évoquant les origines du syndicalisme indépendantiste en Guadeloupe, dans un contexte marqué par une poussée des luttes anticolonialistes et une répression importante de la part de l’État français, ensuite, en nous penchant sur le mode de fonctionnement de l’organisation elle-même et, enfin, en  revenant sur l’activité de l’UGTG dans l’espace des mouvements sociaux en Guadeloupe – notamment sa place au sein du collectif LKP.

Tea-shirt du LKP.

Aux origines du syndicalisme indépendantiste en Guadeloupe

L’UGTG naît au début des années 1970, à la suite des massacres de « mê 67 », qui marquent l’échec de la stratégie insurrectionnelle inspirée par la révolution cubaine et la guerre d’indépendance algérienne[4], prônée par le Groupement des Organisations Nationalistes de la Guadeloupe (GONG), organisation indépendantiste aux influences tiers-mondistes et maoïstes[5]. Une fois le GONG dissous, ses militants vont se diviser entre ceux favorables à une organisation politique indépendantiste (l’Union Pour la Libération de la Guadeloupe – UPLG) et les partisans du « syndicalisme de masse » comme principal outil pour rompre avec les institutions coloniales. L’UGTG naît donc en 1973 de l’échec de la stratégie d’insurrection armée et d’une défiance aiguë envers les organisations métropolitaines. L’objectif n’est plus un soulèvement insurrectionnel immédiat mais un « recentrage » sur les luttes économiques et les conflits du travail, afin de démontrer en pratique les contradictions d’intérêts qui opposent les classes populaires au colonialisme. D’emblée, l’UGTG veut incarner un syndicalisme « de masse, de classe et résolument anticolonialiste. »[6]. Dans une économie alors étroitement liée à la monoproduction agricole destinée à l’exportation, le syndicat est d’abord devenu majoritaire dans le secteur de la canne à sucre. Par la suite, il a diversifié son implantation, étendu son champ de syndicalisation à l’ensemble du salariat, avec des objectifs stratégiques : les salariés du secteur public (santé, travailleurs sociaux, secteur de l’emploi et de la formation, personnels d’éducation, fonctionnaires territoriaux et employés communaux), mais aussi au cœur de l’économie touristique (dans l’hôtellerie et la restauration notamment).

Logo_UGTG_TPE

Compte tenu du contexte dans lequel l’UGTG a été créée, caractérisé par une forte répression contre les velléités indépendantistes parmi la jeunesse guadeloupéenne, le syndicat demeure très hiérarchisé et la discipline militante tient lieu, à l’origine, de « précaution ». Le respect de la discipline militante est présenté comme une condition de réussite du combat indépendantiste et le fait de souscrire à ce projet est une condition pour adhérer et exercer des responsabilités. Au fil du temps, cette discipline s’est maintenue pour résister à « la mauvaise image que les médias donnent de l’UGTG ». L’UGTG est en effet fréquemment dénoncée pour ses interventions « violentes » et cette image de syndicat « jusque-boutiste », « anti-démocratique » ou, pour reprendre une expression antillaise particulièrement médiatisée, « macoutiste[7] », est largement relayée par les médias et agitée par un grand nombre de responsables politiques guadeloupéens. De même, pour de nombreux guadeloupéens, l’UGTG reste assimilée au « désordre » et à des velléités « révolutionnaires » : ses dirigeants et militants sont régulièrement inquiétés par la justice[8], et le syndicat doit constamment se défendre contre les accusations d’irresponsabilité proférées par les autorités et les médias. Consciente du fait qu’une majorité de Guadeloupéens demeure hostile ou sceptique vis-à-vis du projet politique qu’elle défend, l’UGTG maintient une certaine ambivalence quant à la question indépendantiste, expliquant être « à disposition » de tous les Guadeloupéens « confrontés à l’injustice du système colonial » pour politiser les conflits sociaux[9]. Cette posture affichée par l’organisation se confronte à la tension – on peut même parler de dilemme – entre la volonté de s’afficher comme un contre-pouvoir, inscrit dans la perspective d’accéder à l’indépendance, et les injonctions à la « normalisation » du syndicalisme qui sont largement relayées par les grands médias ou les médias locaux dès lors que l’UGTG est partie prenante d’un conflit social. L’UGTG se trouve ainsi placée dans une situation politiquement délicate, prise en tenaille entre la nécessité d’afficher le recours possible à des modalités d’action qui incluent parfois l’usage de la violence, afin d’être crédible en tant que contre-pouvoir local, et un certain nombre de contraintes qui pèsent sur son activité. Elle n’en est pas moins la première organisation de l’île, avec plus de 51 % aux élections prud’homales de 2008[10]. Plus concrètement, nombre de Guadeloupéens se tournent vers l’UGTG pour régler des litiges sur leur lieu de travail.

Le fonctionnement de l’UGTG

Comprendre le fonctionnement de l’UGTG suppose d’adopter une perspective large et d’inscrire le syndicalisme indépendantiste dans les univers sociaux avec lesquels il est en contact. Cela implique, en premier lieu, de rompre avec certaines visions locales ou médiatiques qui tendent à en faire un syndicat « à part » ou, pire, une sorte de curiosité. Il faut, au contraire, se saisir des spécificités du contexte guadeloupéen et des legs coloniaux qui le caractérisent pour saisir les orientations de l’UGTG, sa doctrine, ses pratiques et ses mécanismes de recrutement. Parmi ces éléments contextuels, on peut noter que bon nombre de stéréotypes raciaux qui existent à propos des Noirs en Guadeloupe sont repris par les détracteurs de l’UGTG, tels que la fainéantise, l’effronterie ou la violence. Pour se défendre contre ces préjugés raciaux, l’UGTG exige de ses militants une forme d’exemplarité qui renvoie directement au projet de société qu’elle défend pour la Guadeloupe : les indépendantistes doivent être capables de montrer que le peuple guadeloupéen pourrait s’autogouverner, en allant à contre-courant d’un certain nombre d’idées reçues (telles que le désordre, le retard, etc.), profondément enracinées dans l’imaginaire collectif. Lors de nos entretiens avec les syndicalistes de l’UGTG, nous avons pu voir que cette injonction à la « normalité » a été intégrée au discours syndical, abondant dans le sens d’un devoir d’exemplarité de la part des militants, même si le « discours dominant » à propos de l’UGTG fait systématiquement l’objet de vives critiques. Comme l’illustre l’extrait d’entretien suivant avec une responsable UGTG du secteur de la santé :

« Il faut tout le temps aller à contre-courant de ce que disent les médias. Expliquer aux gens, aller contre ce qu’on leur dit, ce qu’on leur fait comprendre. Les gens sont formatés, mais complètement formatés. On est toujours obligés, d’une certaine façon, de prouver ce vers quoi on veut tendre. Parce que les médias, leur obsession, c’est de montrer l’UGTG en train de casser. Je ne dis pas que ça n’arrive jamais. Certaines fois, quand on va discuter avec un patron, que le patron nous méprise, qu’il refuse de discuter, qu’est-ce qu’il nous reste hein ? Parfois les salariés sont plus énervés que les syndicalistes UGTG, attention ! Quand au bout de deux, trois, quatre demandes, le patron accepte de rencontrer les salariés et qu’il leur raconte des conneries, les salariés s’emportent, c’est humain quelque part ! Moi, maintenant, ce genre d’allégations contre l’UGTG, ça ne me fait plus rien. Mais ce que les médias retiennent c’est : ‘‘les salariés sont manipulés par l’UGTG qui veut tout casser !’’. Alors que nous, combien de fois on insiste là-dessus : qu’un salarié doit être exemplaire, qu’il ne faut pas endommager l’outil de travail, qu’il faut respecter les horaires, qu’il faut savoir négocier et rester correct ? »[11].

Pour autant, les effets coercitifs liés à l’effort de discipline du syndicalisme indépendantiste ne ressurgissent pas forcément sous la forme d’un ensemble cohérent de représentations. En effet, même au sein de cette organisation hiérarchisée où les positions sont clairement identifiées et rappelées au cours des réunions et des permanences syndicales, les interactions quotidiennes  entre les militants de l’UGTG et les salariés demeurent incertaines, ne serait-ce que parce qu’elles échappent en partie au contrôle des responsables syndicaux. Lorsqu’elles sont évoquées, notamment lorsque l’UGTG prépare une grève ou une manifestation, ces situations nécessitent une forme de « chapeautage », de « tutelle » ou de « rappel à l’ordre ». Ce que nous pouvons désigner comme une « culture UGTG » – au sens d’un ensemble partagé de manières d’agir, de penser et de sentir – comporte un certain nombre d’interdits et de tolérances.

De cette tension entre institutionnalisation et posture contestataire découle une attention particulièrement soutenue, de la part du syndicat et de son équipe dirigeante, aux modalités de recrutement et de formation des cadres, afin que ces derniers soient fidèles au projet indépendantiste et possèdent un bon niveau d’expertise dans leur domaine d’intervention socioprofessionnel. La formation syndicale possède plusieurs volets : elle est bien sûr centrée sur l’apprentissage et la vulgarisation du droit du travail, mais porte également sur l’histoire de la Guadeloupe et ses résistances (comme le proclame le slogan de l’UGTG : « Fè Mémwa Maché Fè Konsyans Vansé – faire marcher la mémoire pour faire prendre conscience »). L’organisation présente également un volet culturel et linguistique, notamment destiné à former les militants en vue d’élaborer du matériel de propagande – car bien que le créole soit la langue du parler quotidien, peu de Guadeloupéens savent l’écrire. On peut ajouter à cela, outre les manifestations culturelles et sportives soutenues par l’UGTG, des formations pratiques destinées à promouvoir l’agriculture vivrière, censée détourner les Guadeloupéens des grandes surfaces et pallier l’absence d’une production agricole diversifiée.

Appréhender le syndicalisme indépendantiste impose par ailleurs une démarche permettant de situer celui-ci par rapport au champ politique partisan, c’est-à-dire l’espace de la compétition politique organisée, en saisissant l’écart qui l’en sépare. Le contre-pouvoir « institutionnalisé » propre au syndicat s’appuie sur un ancrage local, et l’audience de l’UGTG tient beaucoup à un syndicalisme multi-positionné, qui construit depuis longtemps des passerelles avec le milieu associatif. Concernant le rôle de l’UGTG au sein du collectif LKP, il faut d’abord prendre en compte le fait qu’agréger des composantes extra-syndicales est cohérent avec le projet de société de l’UGTG, qui accepte traditionnellement de prêter main forte à tout mouvement qui prend parti pour la cause indépendantiste, ou accepte – même ponctuellement – de s’y associer. De ce fait, l’UGTG gagne à être considérée au regard de sa position à l’intersection de différents univers sociaux, l’investissement des membres du syndicat ou leur proximité avec de nombreux acteurs du domaine associatif (associations de promotion de la culture guadeloupéenne, y compris parmi les étudiants partis en métropole, associations pour la conservation du patrimoine, groupes carnavalesques, etc.) participe de cette conception culturelle englobante promue par l’UGTG au nom de la lutte indépendantiste. On peut citer notamment le fait que d’importants groupes culturels tels qu’Akiyo ou Voukoum, ont été parmi les premiers à répondre à l’appel de l’UGTG dans le but de constituer le LKP en 2008[12].

L’UGTG dans le mouvement social

Ce n’est sans doute pas un hasard si le mot d’ordre de « grève générale » s’est imposé si rapidement au sein du LKP. Dans tous les secteurs où elle est implantée, c’est avant tout par la grève que l’UGTG s’est fait connaître. Il est d’ailleurs fréquent que l’ensemble des militants de l’UGTG soient appelés à se mettre en grève et à participer à des rassemblements pour soutenir tel secteur ou telle entreprise en lutte, même si, dans la pratique, on retrouve surtout des responsables de l’organisation dans ces démonstrations de solidarité. Lorsqu’adviennent ces grèves, la mobilisation prend un sens plus politique : l’UGTG dénonce alors l’absence ou les insuffisances du dialogue institutionnel avec les représentants de l’État, les élus ou le patronat. Cette posture de défiance (partagée par la plupart des organisations syndicales en Guadeloupe) ne fait pas basculer de façon mécanique les organisations syndicales dans un registre exclusivement contestataire, mais constitue la base de l’argument qui revient le plus fréquemment pour justifier le recours à la grève et montrer que ce type d’action fait sens. Par ailleurs, la popularité du mouvement LKP et de son leader, Élie Domota (lui-même secrétaire général de l’UGTG), tend à montrer que de nombreux Guadeloupéens reconnaissent la légitimité de l’analyse formulée par l’UGTG quant à la situation économique et sociale en Guadeloupe et de sa critique des élites politiques et économiques locales. Comme le souligne Élie Domota : « Ça c’est un fait particulier à la situation en Guadeloupe : pour trouver un interlocuteur, pour avoir une discussion qui s’approche d’un dialogue social « normal », il faut déplacer le conflit. Sinon, personne ne vous adresse la parole, personne ne vous répond, personne ne vous reçoit. Et c’est seulement si vous êtes très courageux, si vous êtes déterminé qu’après un mois de grève, ou deux mois de grève, et que le conflit se déplace dans la rue que, finalement, quelqu’un va peut-être accepter de vous écouter, ou que vous parvenez à vous faire entendre. Là, il peut y avoir une réponse. Et souvent, la réponse, c’est que la répression frappe. Donc, en Guadeloupe, les problèmes sont posés par les syndicalistes, mais ils restent souvent sans réponse. Les autorités, les gens au sommet là, ils s’en foutent, mais alors ils s’en foutent royalement. Et c’est seulement quand tout explose que les gens disent ‘‘on ne devrait pas en arriver là’’. Effectivement, on devrait pouvoir dialoguer avant, mais ça ne se passe presque jamais comme ça. »[13]

Pour autant, comprendre ce qu’est le LKP, au-delà de ce mot d’ordre de grève générale et de la plateforme de revendications avancée, nécessite de prendre au sérieux l’hypothèse selon laquelle les développements ultérieurs de la mobilisation contre la pwofitasyon tiennent moins à l’unité de point de vue mise en avant qu’à des règles d’interaction circonstancielles et contingentes, produits d’une situation de conflit donnée. Il a fallu, pour l’ensemble des organisations qui étaient partie prenante du LKP, fournir un important travail de décloisonnement afin de mettre sur pied une telle coalition caractérisée par une forte hétérogénéité des participants. Car si le fait de rassembler 48 organisations différentes autour d’un même mot d’ordre apparaît, à première vue, comme un véritable tour de force, ce travail de décloisonnement, commencé dès décembre 2008 à la suite des élections prud’homales, est avant tout le fruit d’un jeu de concurrence et de coopération entre les directions des organisations syndicales. Le « travail unitaire » entre les syndicats au sein du LKP constitue en soi une innovation, même s’il faut prendre en compte le fait que cette innovation a été rendue possible par des évènements antérieurs autour desquels cette unité d’action s’est progressivement imposée au cours des années 2000, période durant laquelle s’est développée une politique d’intersyndicale unitaire contre la répression, la vie chère, rythmée par des journées d’action et des premier mai unitaires[14]. Le début de la mobilisation fut également marqué par les incertitudes quant à l’ampleur des manifestations sur lesquelles comptaient les militants du LKP pour pouvoir accéder à l’arène des négociations (arène qui leur fut d’abord refusée). En effet, si les premières manifestations s’étaient révélées importantes, elles ne présageaient pas en elles-mêmes de celles qui allaient suivre à partir de la fin du mois de janvier.

D’ailleurs, lorsqu’on interroge les dirigeants de l’UGTG au sujet des revendications, ils insistent sur le sentiment – présenté comme personnel, mais révélateur au vu de la structure du champ syndical et des rapports de force qui le régissent – que l’UGTG a constitué le centre de gravité de la mobilisation, en centralisant les activités et en hiérarchisant les domaines d’intervention qui lui semblaient prioritaires. Si les dirigeants de l’UGTG ont reconnu la nécessité d’aménager une division spécifique du travail militant au sein du LKP, c’est avec la volonté que cette souplesse ne « déborde » pas du cadre que l’organisation avait instauré afin de rendre le LKP fonctionnel. Le décloisonnement opéré à l’initiative de l’UGTG constitue, en ce sens, une manœuvre stratégique : se sachant largement majoritaire chez les salariés guadeloupéens, l’UGTG a décidé  « d’ouvrir le jeu » à d’autres composantes du mouvement social, notamment à des organisations qu’elle pensait probablement pouvoir rapprocher de ses positions. Ainsi, l’UGTG a cherché à éviter toute « coalition dans la coalition » qui lui aurait été défavorable. On peut aussi interpréter cette phase de mise sur pied de la lutte contre la pwofitasyon comme une première séquence d’évaluation mutuelle entre les organisations du LKP.

Pour l’UGTG, la mobilisation de rue constituait la méthode privilégiée d’intervention dans l’espace public, étant donnés son expérience en la matière et le climat d’exaspération qui régnait alors en Guadeloupe. Au plus dur du conflit, des manifestations de rue ont rassemblé près de 80 000 personnes, et la Guadeloupe a compté pas moins de quinze barrages tous situés sur des axes de circulation situés sur le pourtour de l’île, ce qui a assuré au LKP un maillage du territoire. La situation a été alors particulièrement préoccupante pour les autorités : la grève paralysait l’ensemble de l’île, et les activités économiques, qu’elles soient industrielles, agricoles, commerciales ou touristiques s’en trouvaient fortement perturbées. Malgré les interventions répétées de la police, les barrages ont tenu et la Guadeloupe « a tourné au ralenti ». Tout en assurant un rôle central dans le conflit, il est clair que l’UGTG s’est montrée particulièrement soucieuse de ne pas abuser de sa position dominante dans le champ syndical. D’abord, au regard du consensus généré par la lutte contre la pwofitasyon, de la popularité d’Élie Domota et de l’audience recueillie par le LKP, qui dépassait largement les cercles indépendantistes. Sur le terrain ensuite, où l’UGTG s’est investie dans la grève tout en se retenant de montrer l’étendue de son savoir-faire pratique en matière d’exercice collectif de la violence, la « force de frappe » du syndicat demeurant cantonnée au service d’ordre qui encadrait les manifestations appelées par le LKP, agissant à ce titre sans zèle manifeste.

Depuis 2009 : l’avenir du LKP en suspens

Depuis 2009, à la suite de son refus de siéger aux États généraux de l’Outre-mer initiés par le gouvernement, le LKP a tenté plusieurs fois de remobiliser les Guadeloupéens contre la pwofitasyon, sans parvenir à rassembler autant de gens que pendant la grève des 44 jours. En revanche, la pwofitasyon telle qu’elle a été dénoncée par le LKP a toujours cours, les accords Bino[15] n’ayant pas été appliqués partout et le gel des prix ayant été contourné par la grande distribution – parfois, par le retrait pur et simple des produits touchés par cette mesure. Si l’on prend le LKP dans son ensemble, la question du statut de l’île demeure largement non explicitée, hormis pour l’UGTG, qui « maintient le cap » de la politique indépendantiste. Celle-ci, que l’UGTG aimerait imprimer au LKP, est d’abord une « construction expérimentale », qui s’appuie nécessairement sur une forme de pari sur l’avenir au cœur des luttes sociales et du monde du travail, mais dont les tenants et aboutissants n’ont pas été explicités dans le cadre du collectif.

Pierre ODIN

article lu sur terrains de luttes

[1]Entre autres éléments caractéristiques de cette « adversité », on peut citer l’absence de reconnaissance de l’UGTG au niveau national, ce qui équivaut, pour les syndicalistes indépendantistes, à « nier le fait syndical guadeloupéen », difficulté à laquelle se superposent la répression envers les militants et la mauvaise réputation de l’UGTG, sur lesquelles nous reviendrons plus longuement par la suite.

[2] Pour les syndicats : Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, CGT-Guadeloupe, Centrale des Travailleurs Unis, FSU Guadeloupe, Syndicats des personnels de l’Enseignement Guadeloupéen, Force Ouvrière Guadeloupe, Unsa Guadeloupe, Sud-PTT Guadeloupe, CFTC Guadeloupe ; pour les partis politiques : le Parti Communiste Guadeloupéen, Les Verts Guadeloupe, l’Union Pour la Libération de la Guadeloupe, Combat Ouvrier, Groupe Révolution Socialiste ; pour les associations culturelles : groupe culturel Vokoum Mouvman Kiltirèl Gwadloup, mouvement Akiyo. La liste complète est disponible sur : http://www.lkp-gwa.org/ .

[3] La première caractéristique de la classe ouvrière en Guadeloupe réside dans le poids que le chômage fait peser sur les travailleurs les plus pauvres et les moins qualifiés. Les Antilles sont à l’abandon : selon la dernière enquête INSEE, réalisée en juin 2009, 36 800 personnes sont des chômeurs au sens du Bureau international du travail, pour une population de 440 000 Guadeloupéens. Le taux de chômage de la Guadeloupe dépasse les 22 %. En outre, plus de la moitié des chômeurs de Guadeloupe le sont depuis plus de trois ans.

[4] Sur les évènements composant le soulèvement de « mai 67 » en Guadeloupe et la répression qui a suivi, voir : Gama, Raymond, Sainton, Jean-Pierre. Mé 67 : Mémoire d’un événement. Société guadeloupéenne d’édition et de diffusion, Pointe-à-Pitre : 1985, 263 p ; Tomiche, Paul. Luttes syndicales et politiques en Guadeloupe : Tome 2, Mai 67, La Répression. L’Harmattan, Paris : 2008, 280 p.

[5] Daily, Andrew. “Maoism in the French Caribbean: the1968 GONG Trial.” American Historical Association, Chicago, Panel Organizer: Transnational Activism in the Long 1960s: A Global Perspective January 2012.

[6] Déclaration du congrès de fondation de l’UGTG, le 2 décembre 1973. Voir : http://ugtg.org/article_4.html

[7]Terme désignant à l’origine les pratiques du groupe de défense rapprochée du président Duvalier en Haïti dans les années 1960 (les « Tontons Macoute »).

[8] Plus d’une trentaine de membres de l’UGTG – dont la plupart des responsables de l’organisation – font actuellement l’objet de poursuites judiciaires ou de procédures disciplinaires , le plus souvent à la demande de patrons guadeloupéens. Voir la liste publiée par l’UGTG en 2011 : http://ugtg.org/article_1425.html

[9] Le discours de l’UGTG insiste sur la filiation « héroïque » entre les formes les plus anciennes de résistance à l’exploitation esclavagiste, notamment la fuite des esclaves ou « marronnage », la trajectoire des mouvements anticolonialistes et ouvriers et les manifestations contemporaines de la conflictualité sociale aux Antilles. Voir notamment : Bonilla, Yarimar. « 4. Le syndicalisme comme maronnage : épistémologie du travail et de l’histoire en Guadeloupe. » in. William, Jean-Claude, et al. Mobilisations sociales aux Antilles. Les événements de 2009 dans tous leurs sens. Karthala, Paris : 2012, 364 p., pp 77-94.

[10] L’UGTG a obtenu 51,67% des suffrages, progressant de 5 points par rapport à 2002. Le taux de participation a été de 23,19%. En deuxième position, on retrouve la CGTG avec 19,83%, puis la Centrale des Travailleurs Unis avec 8,57%, FO avec 7,24% et la CFDT avec 5,35%.

[11] Entretien avec N. responsable du secteur Union des Travailleurs de la Santé – UGTG, 2012.

[12] Le mouvement culturel Akiyo est apparu à la fin des années 1970 pour revaloriser la culture guadeloupéenne. Il est rapidement devenu l’un des groupes de carnaval préférés des Guadeloupéens. Dès les années 1980, il s’est positionné sur un terrain militant et de résistance culturelle concomitant à celui de l’UGTG, dénonçant la répression, le malaise social, le colonialisme et reprenant à son compte la musique des laissés-pour-compte de la société guadeloupéenne. De façon générale et parallèlement, le carnaval guadeloupéen a toujours été considéré à la fois comme un exutoire et comme un moyen de dérision.

[13] Entretien avec Elie Domota, secrétaire général de l’UGTG et porte-parole du LKP, 29 février 2012.

[14] En 2002, l’ « affaire Madassamy » avait déjà participé à rassembler les organisations syndicales. Un syndicaliste de l’UGTG, Michel Madassamy, avait été accusé de violence à l’encontre des forces de l’ordre et incarcéré, suite à une manifestation de l’UGTG pour dénoncer les prix de l’essence, ce qui avait permis à une première coordination unitaire se mettre en place pour lui apporter un soutien.

 

[15] Du nom de Jacques Bino, syndicaliste CGTG assassiné le 18 février 2009. Ce premier accord stipule une augmentation de 200 euros pour les salariés du privé percevant un salaire égal au SMIC et jusqu’à 1,4 SMIC et le gel des prix visés par le Bureau d’Etudes Ouvrières, organe mis en place afin d’opérer des contrôles des prix par les militants du LKP, dans la grande distribution, de vérifier le respect ou non des engagements pris en 2009, et d’obtenir ainsi un ensemble de données et de statistiques pour engager, le cas échéant, diverses actions auprès de l’Etat.

Aujourd’hui la Grèce, demain en France

Très bon article de quartierslibres,
Peut être un peut marqué par un point de vue national,
Nous nous étions déjà étonné que chez les militants antifas et libertaires
la vision du monde soit encore très conditionnée par cet échelon national
alors qu'à bien observer les fascistes en faces (notamment les zidentitaires) 
ceux ci s'inscrivent sur un niveau plus local pour l'implantation
mais pensent européen pour l'organisation.

Le comité de rédaction en pleine reflexion

 

 

Aujourd’hui la Grèce, demain en France.

Certains nous expliquent qu’en France la révolte se trouve à « droite ». Des mercenaires payés par les mouvements de droite radicale propagent idéologie et mots d’ordres afin d’envoyer notre colère dans le mur ou de la retourner contre nous.

S’il est difficile d’avoir du recul sur la situation présente, il est plus aisé d’avoir en perspective ce que font les droites radicales lorsqu’elles sont en position de force. C’est le cas ailleurs en Europe.

En Grèce, les attaques se multiplient. Voici la dernière en date contre un centre social, c’est à dire un lieu animé par des militants. Cela se traduit concrètement par des familles logées gratuitement sans distinction de nationalité, de couleur de peau.

Nous avons déjà fait écho de la situation économique désastreuse en Grèce, des ravages de la drogue, des attaques contre les immigrés et des réponses des militants antifascistes à toutes les agressions fascistes et racistes.
Puisque les droites radicales prétendent s’attaquer à la pédophilie, il est grand temps qu’ils balayent devant leur porte.
En Grèce, les nationalistes s’attaquent aux enfants d’immigrés qui dorment dans la rue. Ils font bien pire que les battre, ils font le contraire de ce qu’ils racontent sur le net.
Le viol a toujours été utilisé pour assoir une domination, en Grèce les nationalistes sont en position de force. Ils le seront peut-être aussi en France, grâce à la complicité de certaines personnes qui prétendent agir au nom des quartiers.

er-aubedorée

En Grèce, les militants nationalistes sont des auxiliaires de police. En Italie, c’est la même chose. Des mouvements comme Casapound ont attaqué à main armée des centres sociaux lorsque ceux ci étaient seulement occupés de femmes et d’enfants. Ils font le travail de la police.

er-casapound

soral-gendarmeEn France, Alain Soral  se déclare solidaire d’Aube Dorée et travaille avec Casapound. Il fait toutes ses vidéos avec des maillots de flic ou de maton, parce qu’il est dans le même camps qu’eux. Il fait partie de ceux qui défendent les possédants de manière agressive. Il se donne une allure rebelle mais ne veut pas changer de système économique. Il veut des supplétifs venus de banlieue pour assurer le leadership de la partie la plus conservatrice des dominants français.soral-raid

Tout est sous notre nez, bien plus visible que les illuminatis. Une personne qui insulte gratuitement ou désigne un coupable sans preuve n’a pas raison parce qu’elle hurle. Une personne qui fait du fric sur le sentiment de colère ne peut avoir notre confiance.

Qui se bat contre la Françafrique? Qui lutte pour la cause palestinienne? Qui lutte contre les discriminations? Qui lutte contre l’islamophobie? Qui lutte contre les expulsions locatives? Qui se bat contre les crimes policiers, racistes et sécuritaires? Qui se bat pour la justice sociale et économique?

Certainement pas les nationalistes. Ils ne veulent que le maintient de leur niveau de vie en sacrifiant tout ce qui ne colle pas avec leur vision raciale ou identitaire du monde.

La colère rend aveugle, et ceux qui savent l’instrumentaliser en profitent pour nous détourner de nos priorités pour nous affaiblir en nous divisant et en nous faisant les soldats d’une cause qui n’est pas la nôtre.

Il faut ouvrir les yeux, et vite.