Les complots, ça existe (après ce n’est pas toujours aussi fantastique que dans les rêves des illuminés)

Ce n’est pas parce que l’on fait disparaitre un mot, que l’on fait pour autant disparaitre la réalité que ce mot désigne. Éléments de réponse à l’article En finir avec les théories du complot.

 

Définition : Complot : n.m : Entente secrète entre des personnes afin de renverser une personne, de prendre le pouvoir, de s’emparer d’une fonction, d’une autorité.

 

Dictionnaire Larousse : Complot : Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
Résolution concertée de commettre un attentat et matérialisée par un ou plusieurs actes. Par extension, projet plus ou moins répréhensible d’une action menée en commun et secrètement.

Il serait donc aujourd’hui à la mode de prétendre que les complots n’existent pas. Et que quiconque parle de complot est un ridicule complotiste.

Ce raisonnement pour ne pas voir la réalité ne relève t-il pas de la politique de l’autruche ? Que se passe t-il, quand devant l’ennemi, on offre ses fesses en se cachant la tête dans le sable ?

Or, ce n’est pas parce que l’on bannit un mot, que disparait la réalité décrite par ce mot. Complot est un mot fort utile : le bannir est idiot. Ce ne serait pas le premier mot ou concept que l’on abandonne à de dangereux idéologues qui en font n’importe quoi.

Pour décrédibiliser le concept de complot, il est donc de bon ton de citer les rumeurs les plus farfelues : complots illuminatis, maçonniques, Rose Croix, sionistes…

On omettra de mentionner dans cette liste les complots ourdis par les extra-terrestres… Ainsi que les innombrables complots fomentés par le grand capital !

Oui, il a existé, et il existe certainement encore, d’authentiques complots. Et ce n’est pas faire du Soralo-Dieudonné que de le dire : Et c’est là que certains se heurtent au faux-problème de l’usage du mot complot.

Le complot, c’est vieux comme le monde

Les complots sont aussi vieux que l’Histoire de l’humanité. Des archéologues ont par exemple retrouvé les traces administratives du procès d’un complot ourdi il y a 3000 ans en Egypte contre le pharaon de l’époque. Pendant des siècles, la Rome antique bruisse de complots. Ainsi que les palais des Borgias. Henri IV et le Duc de Guise ne sont pas morts seuls d’une bête chute de vélo…

Plus proche de nous, tout au long de l’Histoire moderne, des industriels, banquiers, hommes d’affaire de diverses nations ont mis en place des tas de stratégies secrètes (en tout cas pas annoncées publiquement) pour atteindre leurs objectifs : réduire les salaires, réduire les « charges », réduire les droits sociaux, etc. Des objectifs pragmatiques. Pas ésotériques vous remarquerez bien.

Dans les années 30, ce n’était pas que pour les beaux yeux d’Adolf que Ford offrait aux nazis les bénéfices de ses usines allemandes.

Au fait, une stratégie secrète pour prendre le pouvoir, ça s’appelle… comment déjà ?

Evoquons quelques complots célèbres du XXème siècle

La Cagoule a échafaudé un complot qui a échoué. C’est d’ailleurs parce qu’il a échoué qu’on l’a qualifié de complot dans les manuels d’Histoire. Souvenons-nous que si le Front Populaire dissout les ligues, ce n’est pas juste pour embêter des anciens combattants, mais bien parce que tout ces fascistes de l’époque, financés par de grands patrons, complotaient à mort pour renverser la République. Ce qui sera d’ailleurs fait en 40, à l’occasion de ce que certains nommeront « une divine surprise », pas tellement surprenante pour les milieux dirigeants qui y œuvrent depuis les années 20.

Il est évident que la facilité avec laquelle les régimes fascistes prennent le pouvoir en Europe entre 1922 et 1940, que l’écroulement militaire de la France en 40, ne sont pas les fruits d’une série de malencontreux hasards comme on veut bien le dire. Comme cela a été démontré, (de Marc Bloch au général De Gaulle, en passant par Henri Guillemin, jusqu’à Annie Lacroix-Riz), ces drames sont le résultat de stratégies secrètes de grands patrons, industriels et banquiers. Toujours au pouvoir aujourd’hui d’ailleurs. Allez, ne parlons que de Liliane Bettencourt et de son papa (qui le valait bien), qui a financé la Cagoule avec Michelin et compagnie, puis collaboré à fond, sans avoir été puni comme Renault l’a été à la Libération.

Encore un complot made in France : le putsch de De Gaulle, qui en 1958 arrive au pouvoir sur les épaules des parachutistes. Au fait, comment nomme t-on un complot qui réussit ? Hé oui, la Vème République est née dans un coup d’état, certes soft. Ce que l’on ne dit pas dans les manuels d’Histoire, alors que les détails de l’Opération Résurrection ont été racontés par les auteurs de ce complot eux mêmes.

Le 11 Septembre 1973, Pinochet ne prend-il pas le pouvoir au Chili à l’occasion d’un complot organisé avec les USA ? Souvenons-nous qu’Allende, qui faisait confiance à Pinochet, n’a rien vu venir : le secret pour prendre le pouvoir au Chili devait donc être bien gardé. Qui osera prétendre sérieusement que ce putsch n’a pas été préparé lors… d’un complot ?

Pour ne parler que de la CIA, (mais on pourrait tout aussi bien faire la sanglante, occulte et très peu glorieuse histoire de la Françafrique et ses cortèges de dictateurs installés par la France à l’occasion de complots), si vous voulez des complots authentiques made in USA, regardez sur Youtube l’excellente série sur l’Histoire des guerres secrètes de la CIA, produite et diffusée par ARTE : vous y verrez 50 ans d’histoires d’authentiques complots : Iran, Guatemala, Cuba, (Kennedy ?)… Vous entendrez, dans ce doc, des agents et directeurs de la CIA eux mêmes qualifier de complots leurs propres opérations.

Certes, le mot « complot » est miné

Il est encore plus miné depuis que des Dieudo-Soral-Pen s’en sont emparé. Encore plus délicat à utiliser, car il fait tout de suite « délirant » et prête au ricanement illuminati-maçonico-sionisto-extraterrestre.

L’usage délicat du mot complot relève du même faux-problème que celui posé par des analyses exactes énoncées par le FN : que faire quand le FN n’énonce pas un constat erroné ? Que dire quand, au milieu de son discours abject, Le Pen propose une analyse qui tient la route ? Par exemple sur la dictature de l’Europe de Bruxelles, ou sur le coup d’état qui a suivi le référendum de 2005, ou à propos de la complicité UMP-PS. Dans certains milieux de la gauche qui se croit bien pensante, il est interdit de dire qu’un constat exact énoncé par le FN est exact… sous prétexte que c’est le FN qui l’a énoncé. Si Le Pen dit que 4 et 4 font 8, il faudrait, par opposition, décréter que ça fait 9 ?

Or, c’est oublier que l’extrême droite a toujours volé des analyses à la gauche. Hé oui, dans « national socialisme », il n’y a pas que national : Il faut bien ancrer le délire fasciste sur des constats exacts, qui nous sont généralement dérobés.

Il faut d’ailleurs remarquer que le FN s’entoure en ce moment d’intellectuels qui savent causer, piquent certainement des analyses dans le Monde Diplomatique, et font des discours bien au dessus du niveau Le Pen père et fille : on est de moins en moins dans le « Durafour crématoire ». J’ai entendu sur France Culture le jeune Aymeric Chauprade, nouveau conseiller affaires étrangères de Le Pen. Attention, ce n’est pas un crétin inculte. Soral non plus : ne surtout pas les sous estimer, et encore moins leur laisser le terrain de l’analyse ou du vocable. Les discours de ces gens là fonctionnent en deux étapes. 1/ Constat exact. 2/ « Solution » délirante.

Donc, NON. Ce n’est pas parce que Le Pen dit que 4 et 4 font 8, qu’il faut affirmer que ça fait 9. Ce n’est pas parce que des imbéciles parlent de complots absurdes que des complots n’existent pas. Ce n’est évidemment pas ainsi que l’on combat efficacement le discours de l’extrême droite.

Ce n’est pas parce que des Dieudonné et des Soral évoquent des complots délirants que de réels complots n’existent pas

Syndrome et métaphore de ce que je dis : l’excellente série que je vous conseille sur les guerres secrètes de la CIA, est promue sur Youtube par… « Quennelle TV » et « antisystème »… Horrible illustration de mon propos.

Le Pen, Dieudonné et Soral peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Mais nous n’avons pas à adapter nos discours en fonction de ce dit l’extrême droite. Nous n’avons pas à nous interdire l’usage de mots utiles, sous prétexte que nos ennemis les utilisent.

Alors, avec son courage à deux mains, on reprend aussi son dictionnaire et ses livres d’Histoire et on ne lâche rien. Pas même un mot.

Jibédé. www.polemixetlavoixoff.com

lu sur la rotative

Illustration : Adolf Hitler en compagnie de Louis Renault au salon de l’auto de Berlin en 1939.

P.-S.

Il y a des tas de ragots sur internet, notamment Wikipedia, concernant l’excellente et très rigoureuse historienne Annie-Lacroix Riz, décriée par des gens qui ne se sont jamais donné la peine de lire ses très sérieux ouvrages sur la collaboration et Vichy. Je suis d’ailleurs effrayé par la façon dont l’Histoire est écrite par des gens d’extrême droite sur Wikipedia qui est devenu LA référence en tout. Bientôt une chronique sur Brothermedia ?
De Lacroix-Riz, je vous conseille notamment le très brillant Choix de la défaite. Vous pouvez aussi écouter ce passionnant entretien en 3 épisodes rappelant comment travaille un historien sérieux :
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 1/3 « Les archives sont impitoyables ! »
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 2/3 La Synarchie : une Histoire sous contrôle
Avec l’historienne Annie Lacroix-Riz 3/3 « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »

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