Jour de Caca Nerveux (où quand la partie réactionnaire d’un pays entend montrer qu’elle peut faire pire qu’un défillé mélanchoniste)

" Le 27 janvier 1945 l'armée rouge libérait Auschwitz.
 Et hier dans les rues de Paris,
on entendait les fachos gueuler :

 Juifs hors de France. "
(sic)

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« Jour de colère » : bondieuseries et dieudonneries 

Malgré la position officielle du mouvement, les Bonnets rouges étaient nombreux dans la manif…

Malgré la position officielle du mouvement, les Bonnets rouges étaient nombreux dans la manif… Mais faut-il s’en étonner ? (photo : La Horde)

À quoi ressemblait la manif « Jour de Colère » ? On s’est rendu sur place pour en juger, et voici le fruit de nos observations, forcément partielles, mais qui peuvent quand même donner une idée de ce qui s’est passé aujourd’hui. Plutôt qu’un compte rendu exhaustif, quelques impressions.

Il faut d’abord reconnaitre le succès de l’initiative : s’il n’y avait pas 120 000 personnes dans les rues, ce sont quand même une vingtaine de milliers de manifestants qui, malgré une pluie froide et pénible, ont battu le pavé, dans une relative bonne humeur. Beaucoup de jeunes, des slogans plutôt repris, des cortèges bien coordonnés, du monde donc alors que les poids lourds « officiels » de l’opposition de droite au gouvernement (UMP, Front national, Avenir pour Tous, direction des Bonnets rouges) avaient finalement renoncé à s’associer à ce qui s’annonçait dès le départ comme un mélange des plus hétéroclites. On ne vous refait pas la liste, pour l’essentiel, tous ceux qui avaient dit qu’ils viendraient étaient là.

Au premier plan avec le béret, Thierry Maillard, ex OF, ex FN, et son maigrelet Réseau Front Nationaliste.

Au premier plan avec le béret, Thierry Maillard, ex OF, ex FN, et son maigrelet Réseau Front Nationaliste. (photo : La Horde)

Sur quoi les gens présents se sont retrouvés ? On a du mal à croire que Hollande, si peu charismatique, puisse autour de sa personne rassembler autant de mécontents. L’abondance des drapeaux français, la Marseillaise reprise par tous, pas de doute, ces gens-là ont le sentiment de sauver la France du danger qui la menace, chacun mettant derrière ce mot ses propres obsessions : défense de la famille, dénonciation de l’Europe, grogne anti-fiscalité, angoisse du chômage, peur viscérale de la sodomie… L’antisémitisme était aussi fédérateur : malgré les mises en garde au micro des organisateurs sur les propos « diffamants », et si l’euphémisme « sioniste » était préféré en début de manif, le slogan « Juif, la France n’est pas à toi » a été hurlé à pleins poumons boulevard de l’hôpital (cf. vidéo). L’antiféminisme raciste n’était pas en reste : les Femen qui avaient tenté sur le boulevard Henri IV une apparition se sont faites traiter de «putes ukrainiennes » et de « salopes ».

Si en tête de cortège, c’est plutôt classique, avec une banderole « Hollande démission » sans surprise, et une physionomie plutôt vieille France et classiquement réac, la fin du cortège était plus originale… Deux chants dominaient en effet la manifestation : la Marseillaise comme on l’a dit, mais aussi le détournement par Dieudonné du Chant des partisans (« François, la sens-tu, qui se glisse dans ton cul, la quenelle… ».). C’est qu’une partie du dynamisme de la manif était sans conteste assurée par ses partisans, venue défendre leur idole.

si c'est bien des Caryatides dont il est question ds la légende, n'oublions pas qu'il s'agit là de militantes de l'OF (dissoute aujourd'hui), et nous connaissons la place de la femme dans ce mouvement : derrière les mecs ! (photo twittée par  Lauren Provost)

si c’est bien des Caryatides dont il est question dans la légende, n’oublions pas qu’il s’agit là de militantes de l’œuvre française (dont le patron Benedetti est sur la photo le deuxième en partant de la droite) , et nous connaissons la place de la femme dans ce mouvement : derrière les mecs ! (photo twittée par Lauren Provost)

Il y avait en effet différents cortèges thématiques (famille, identité, etc.), dont un consacré à « la liberté d’expression ». Logiquement, les militants d’extrême droite de l’Œuvre française, dissoute cet été, y étaient avec leur potiches des Caryatides, ainsi que la plupart des nationalistes radicaux dont quelques amis de Serge Ayoub, et beaucoup de sans-amis aussi. Mais les pro-Dieudonné avaient prévenu qu’ils seraient là, et ils ont tenu parole : le voisinage des Noirs, des Arabes, des gars lookés « lascars » venus en nombre faire des quenelles en agitant un drapeau français ont laissé plus d’un militant nationaliste dans un état de sidération (car c’est clair que ce n’était pas les petits Blancs présents aussi dans les rangs des fans de Dieudonné qui heurtaient leur sensibilité). Certains puristes ne s’y sont pas trompés : Riposte laïque avait prévenu qu’elle ne défilerait pas avec les pro-Dieudo assimilés à l’islam conquérant, et bon nombre de militants nationalistes ont raillé sur Internet cette compromission avec « les muzz et les nègres » comme ils disent. On peut en effet s’étonner que nos vaillants défenseurs de la race blanche européenne aient laissé sans incident ni même une protestation se faire voler la vedette par ceux-là mêmes qu’ils désignent dans leurs revues et leurs discours comme leurs ennemis héréditaires… L’antisémitisme n’excuse pas tout !

Blague à part, ce qu’on a vu cet après-midi avait tout pour plaire à ceux qui, comme Dissidence française ou Soral et sa clique, tentent depuis des années de rapprocher la France bleu-blanc-rouge de la France black-blanc-beur. On peut remercier Valls au passage d’avoir rendu cela possible en mettant en scène le martyr Dieudonné… Reste à voir ce qu’il en sortira finalement, tant ce « Jour de colère » laisse une impression de grande confusion. Les seuls à être restés cohérents, en définitive, furent les antifascistes qui ont déployé une immense banderole face au cortège dénonçant aussi bien Valls, Marine Le Pen que Dieudonné.

facebookfacebookBanderole des antifas : "Vallas, Marine, Dieudo : tous fachos !"

Banderole des antifas : « Vallas, Marine, Dieudo : tous fachos ! » (photo : La Horde)

article lu sur la horde

 

 

La défaite politique de « Jour de colère »

Avec 17 000 participants recensés par la police au plus fort de l’après-midi, la manifestation « jour de colère », dimanche 26 janvier à Paris, a marqué les esprits. C’est la première fois depuis longtemps, qu’une extrême droite, pour le moins éclatée, mobilise autant. C’est encore la première fois depuis longtemps, que des slogans antisémites, négationnistes sont scandés de manière totalement assumée dans un défilé de cette importance. Sans compter les mots d’ordre violents visant les journalistes et les homosexuels.

C’est la première fois, enfin, que l’ultra-droite, dans ses composantes les plus radicales et les plus racistes, cohabite sans heurt dans un même cortège avec des militants plus métissés, issus de la « Dieudosphère », sous le mot d’ordre de « la liberté d’expression ». Mais ce qui, à première vue, est apparu comme un succès de cette mouvance ressemble pourtant à une défaite politique. Que signifie cette mobilisation ? Doit-on y voir une mutation de l’extrême droite ?

Ce rassemblement était organisé par le Printemps français, étiquette sous laquelle sont réunis depuis près d’un an les éléments les plus radicaux anti-mariage pour tous. L’objectif était de faire « coaguler les colères » contre le pouvoir qui, dixit, « n’écoute pas le peuple, matraque les contribuables, enterre notre armée, libère les délinquants, déboussole nos enfants, pervertit notre système scolaire, réduit nos liberté, assassine notre identité, détruit nos familles ».

Le Printemps français est, dans les faits, structuré par l’Action française (AF, maurrassiens), qui assure toute sa logistique et dont les locaux servent de base arrière. Antirépublicaine et antiparlementaire assumée, l’AF est depuis un an de toutes les actions coup-de-poing et a le vent en poupe.

Le défilé avait reçu le soutien d’une myriade d’associations, pour une part fantomatiques ou liées directement au Printemps français comme le collectif « Hollande dégage » de David van Helmerick , l’un des responsables du PF, le Collectif des avocats libres de Frédéric Pichon ou le Camping pour tous. Mais aussi de divers microgroupes antifiscalité.

Un défilé politiquement marqué

« Quand il y a le feu à la maison, on ne demande pas le CV du pompier », a expliqué Béatrice Bourges, porte-parole du Printemps français et figure centrale de ce « jour de colère » quelques temps avant le défilé. Et de fait, cette fameuse manifestation est devenue le point de rencontre et de jonction de toute la mouvance ultra. Et d’elle seule.

Peu de familles, presque pas d’enfants, une ambiance agressive, tendue et pesante. Et la volonté pour ces militants, dont certains n’hésitaient pas à faire référence à l’Ukraine, d’en découdre, comme ils l’avaient fait en 2013 lors des fins de cortège place des Invalides.

Les catholiques intégristes de Civitas ont ainsi amené avec eux depuis Lyon des activistes du Gud Lyon (proches du  mouvement « philo-nazi » Terre et peuple) et des hooligans. Le Renouveau français, le Gud Paris, les anciens des Jeunesses nationalistes et de l’Oeuvre française – deux organisations dissoutes cet été – étaient également présents.

Si le FN n’appelait pas à cette manifestation et qu’aucun de ses cadres n’était là, un proche de Marine Le Pen, Axel Loustau, était de la partie, comme l’a relevé Mediapart.

Dieudonné avait appelé ses soutiens à participer au défilé. Il a été entendu. Son acolyte, le polémiste Alain Soral, patron d’Egalité et réconciliation, qui se revendique désormais « national-socialiste », avait aussi fait le déplacement avec un groupe d’environ 200 personnes. Certains d’entre-eux brandissaient des ananas – un signe de ralliement à Dieudonné et son chant « Shoahnanas« .

La naissance d’un « bloc brun » ?

Dans son édition du 23 janvier, l’hebdomadaire d’extrême droite Minute prédisait pour ce « jour de colère » la formation d’un « Black Block droitier », composé « de hooligans, de patriotes ou de conservateurs énervés » ayant en commun « l’idée que l’on ne parvient pas à se faire entendre en étant sages et fustigeant la politique rose-bonbon de la Manif pour tous ». Apparemment, Minute était bien renseigné puisqu’en fin de cortège plusieurs dizaines de personnes, encapuchonnés, le visage recouvert de foulards, ont constitué un tel bloc. Il faut dire que les Nationalistes autonomes avaient appelé leurs troupes à rejoindre le défilé.

Visuel diffusé sur les réseaux sociaux

Visuel diffusé sur les réseaux sociaux

Place Vauban, après la dispersion, ils ont affronté les forces de l’ordre avec le renfort de jeunes pro-Dieudonné. En tout, quelques trois cents personnes. Chose inédite, ces deux groupes n’étant ni sociologiquement, ni politiquement semblables. Seuls points d’accord : la « baston » et la haine des juifs.

La fuite des « modérés », l’échec politique de « jour de colère »

La physionomie de cette manifestation, les violences de la soirée ont, après-coup, eu un effet repoussoir. Ceux qui en 2013 fustigeaient « la répression » des fins de « Manif pour tous » n’ont aujourd’hui pas de mots assez durs pour condamner « jour de Colère ». Il en va ainsi d’Ivan Rioufol, chroniqueur du Figaro, qui résume bien l’état d’esprit. « ‘Jour de colère’ a dévoilé la face hideuse d’un France fascistoïde. Il est l‘exemple à ne plus suivre », écrit notamment le journaliste dans un billet.

Car là est bien la défaite politique de « jour de colère ». Il est apparu pour ce qu’il a toujours été : un défilé bric-à-brac d’extrême droite radicale et non le soit-disant mouvement citoyen apolitique et indépendant qu’il prétendait incarner.

***

NB: Près de 250 interpellations

Près de 250 personnes ont été interpellées dimanche soir après la dispersion, dont 224 pour « participation à un attroupement armé » et « violences sur agent dépositaire de la force publique ». L’Action française annonce dans un communiqué  15 militants interpellés.

lu sur extrèmeS droite
N’hésitez pas à regarder le florilèges des slogans les plus cons sur brain

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