la mythologie du 6 fevrier 34 ravivée par les manifs homophobes fascisantes ?

MARIAGES & MANIFS POUR TOUS ?

les reac' du pseudo "printemps francais" (sic !) ont oubliés leur homophobie qui les avait motivés à gagner la rue et battre le pavé pour espérer,
 une fois le nombre estimé, la perspective du putch. 
Car n'oublions pas la dernière tirade du tartarinesque Alexandre Gabriac 

"Au fond, de marcher dans Paris à marcher sur Paris il n'y a qu'un pas, et qu'un mot d'ordre aussi simple que présent dans nos esprits : lève toi et marche !"

C'est bien d'ordre et de discipline que rêve nos néo fachos, lancé dans leur grande aventure romantique de jeunesse :
 la revolution naZionale (beurk). 
le comité de rédaction vacciné contre la peste brune et pragmatique ne saurais trop vous conseiller
 de remettre ces jeunes esprit factieux à leur place, 
leur expliquer avec "tolérance" et "tout le matériel démocratique" nécessaire 
que le reste de la population préfèrerait vivre ensemble sans leurs idées nauséabondes.
et les copains et copines viendez tous le 12 mai à paris,  ILS NE PASSERONT PAS !

Boutin, Barjot et le spectre fantasmé du 6 février 1934

. Ils en appellent au « printemps français ». Ils sont de droite et leur ennemi désigné est le « laxisme de gauche ». Quel spectre plane au dessus de la mobilisation de Barjot et Boutin ? À quel épisode de l’histoire ces manifestations nous ramènent-elles ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles répond Nicolas Lebourg, historien de l’extrême droite.

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013. (Witt/Sipa)

Le député Hervé Mariton durant le débat sur le mariage pour tous, à Paris le 3 février 2013

L’analogie revient en boucle : entre les scandales et les manifestations radicalisées des anti mariage pour tous, nous serions le 6 février 1934. L’analogie historique est toujours d’un maniement délicat. Mais il est vrai qu’un retour sur la subversion de droite n’est pas inutile pour comprendre la tension présente.

Qu’est ce que le « 6 février 1934 » ?

Depuis 1931, la France connaît la crise économique. Les scandales politico-financiers prennent une dimension insupportable en ce contexte. Autour du slogan « à bas les voleurs ! », on appelle à une grande manifestation unitaire  pour le 6 février 1934. Sont là les ligues nationalistes : l’Action Française, les Jeunesses Patriotes, la Fédération nationale des contribuables, Solidarité Française et les Croix de Feu. Sont aussi présents les anciens combattants, ceux de l’Union Nationale des Combattants mais également les communistes de l’Association Républicaine des Anciens Combattants. »L’Humanité » appelle à mettre « à bas le gouvernement voleur des mutilés de guerre et complice des escrocs », tandis que « L’Action française » titre contre « la dictature des voleurs ».

Le défilé se fait émeute : 15 morts et 1.435 blessés. Les manifestants veulent prendre l’Assemblée, leurs chefs s’y refusent. À gauche, la journée est interprétée comme une tentative ratée de coup d’État des fascistes. Il s’agit en fait d’une tentative réussie de déstabilisation du gouvernement par les droites autoritaires. Dans les jours suivants des contre-manifestations voient les militants socialistes et communistes fraterniser à la base. L’un des leaders communistes, Jacques Doriot, fonde un Comité d’Action Antifasciste. Trahison de la ligne « classe contre classe » : il est exclu en juin. Le même mois, le PCF reçoit la consigne de changer totalement de stratégie. Il se doit désormais d’appeler à l’union des gauches contre le fascisme. En octobre, le parti en appelle à un gouvernement de Front Populaire. Celui-ci prendra le pouvoir en 1936. Quant à Jacques Doriot, il évolue vers une droite ultra mâtinée de fascisme…

Conséquences du 6 février : Front National et Front Populaire

À droite aussi, le 6 février pousse à une dynamique unitaire. Il est vrai que l’État s’est doté de la possibilité juridique de dissoudre les mouvements politiques et que les ligues d’extrême droite sont frappées d’interdiction. Elles doivent donc travailler à leur reformation sous une nouvelle forme. Le théoricien de l’Action française Charles Maurras se propose non de fusionner les groupes mais de les rassembler dans un « Front national » sur la base d’un « compromis nationaliste ».

De 1934 à 1972, lorsqu’est fondé le FN lepéniste, concept et étiquette ont perduré : le compromis nationaliste est l’union de toutes les extrêmes droites malgré leurs projets inconciliables, dans le but premier de faire tomber l’ordre établi, avant que d’envisager de régler leurs querelles. Mais, l’extrême droite est un champ rétif à la discipline et les radicaux rejettent la proposition de Maurras, estimant, non sans raison, que ce FN n’est qu’un rassemblement de modérés ayant trahi la dimension révolutionnaire du 6 février.En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP)

En 1977,Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD

Le modèle va être sans cesse réemployé en vain, jusqu’à ce que, quarante ans plus tard, les circonstances et la personnalité de Jean-Marie Le Pen lui permettent enfin de s’avérer opératoire. La subversion de droite : un échec permanent

Échec dans la rue, échec dans la stratégie consécutive, et pourtant le 6 février rentre dans la mythologie des extrêmes droites. En affrontant physiquement les forces de l’ordre, en ayant des morts, elles se sont donné un parfum subversif enivrant. Cela explique que les extrêmes droites radicales investissent massivement le populiste poujadisme dans les années 1950, dans l’espoir d’un « 6 février qui réussisse ». Ils ont en tête le rôle joué par la Fédération des contribuables dans le déclenchement du 6 février. C’est là que le jeune Jean-Marie le Pen est formé à la politique par d’anciens communistes passés au collaborationnisme.

On s’agite, on rêve d’un 6 février qui fonctionne. Les extrêmes droites sont des heures insurrectionnelles de mai 1958 qui mettent à bas la IVe République. Mais elles sont dissoutes, et c’est le général de Gaulle qui accède aux responsabilités.

Voulant profiter de la demande sociale de répression de l’agitation gauchiste après 1968, les néofascistes d’Ordre nouveau pratiquent à la fois la violence contre-subversive anti-gauchiste dans la rue, habillée d’une esthétique subversive, et lancent le FN. Ils sont manœuvrés par le ministère de l’Intérieur jusqu’à ce que ce dernier en 1973 puisse dissoudre conjointement ON et Ligue communiste suite à une nuit d’émeute et d’affrontements avec les forces de l’ordre. D’hier à demain…

L’échec est patent : la subversion de droite n’a jamais fait tomber « le régime » mais, bien au contraire, a servi systématiquement le raffermissement de l’État. Pourtant, en voulant investir le Sénat, ce vendredi 12 avril 2012, les manifestants anti-mariage pour tous se situaient clairement dans la fantasmagorie du 6 février. Il est vrai qu’ils bénéficient de trois points positifs.

Frigide Barjot lors de la manifestation contre le mariage homosexuel le 24 mars 2013 à Paris (SIPA)

Tout d’abord, les déclarations radicalisées de personnalités politico-médiatique : Frigide Barjot s’exclamant que le sang va couler, Christine Boutin agitant le spectre de la guerre civile, Hervé Mariton dénonçant un coup d’État dans le processus législatif. Ensuite, ils ont face à eux un gouvernement certes affaibli, mais dont on doute qu’il soit tenu comme jadis par des personnalités en capacité morale d’utiliser tous les processus répressifs à leur disposition (tant physiques que juridiques).Enfin, la droite française cherche une recomposition idéologique depuis que la crise de 2008 a liquidé l’étendard libéral. La question est pour elle vitale si elle veut parvenir à coaguler les électorats frontiste et UMP pour assurer sa prochaine victoire. La radicalisation de l’opposition au mariage pour tous a valeur de banc d’essai de construction d’une socle conservateur commun s’opposant au libéralisme culturel de la gauche.

lu dans leur presse racoleuse, le nouvel’ obscédé

http://www.dailymotion.com/video/x4434h_6-fevrier-1934-dispositif-policier_news

Les leçons du 12 février 1934

Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd’hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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«Un retour sur le passé peut parfois aider à comprendre les contradictions de notre époque. Il ne s’agit naturellement pas de plaquer des recettes d’hier sur une situation d’aujourd’hui, mais il arrive que l’on puisse tirer des leçons utiles d’évènements forts de notre histoire.

C’est ainsi que l’on considère le 6 février 1934 comme une date noire de notre «calendrier politique». Ce jour là, une grande manifestation de l’extrême droite face à l’Assemblée nationale dégénère dans un affrontement sanglant avec les forces de l’ordre. On se souvient moins du 12 février 1934, qui vit la gauche et les républicains se mobiliser contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936.

Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. Au lendemain du 6 février, se constituent plusieurs comités antifascistes. Ils réunissent des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais pas de communistes. A l’époque, de lourds clivages idéologiques persistent entre les deux grandes branches du mouvement ouvrier. Et en dépit d’un péril redoutable, les logiques d’appareils poussent chaque parti à prendre des initiatives propres et séparées. Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un grand rassemblement place de la République, contre le fascisme et pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement. La SFIO préfère, elle, relayer par une manifestation l’appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février.

Ce jour là, le PCF décide de se joindre à la manifestation et il place des groupes et des orateurs tout le long du cortège, espérant attirer à lui les militants socialistes. Mais c’est un tout autre scénario qui va s’imposer. Le peuple de gauche a d’autres priorités que la préoccupation des dirigeants des partis d’exercer le rapport de forces. Il a sans doute une conscience plus aigue du danger et de la nécessité d’imposer une autre politique. On voit alors la base communiste se joindre au cortège socialiste et, aux cris de «Unité! Unité!», les militants des deux partis défilent côte à côte.

C’est donc un mouvement populaire puissant qui s’impose, contre la volonté des états-majors et des dirigeants des deux grands partis, malgré les ressentiments profonds qui se sont accumulés depuis près de 15 ans entre socialistes et communistes et malgré de réels désaccords idéologiques et politiques. La manifestation unitaire du 12 février 1934 préparera les esprits à l’idée du rassemblement de la gauche, des partis et, bien au-delà, des associations, des syndicats, de personnalités et d’intellectuels. C’est ainsi que le terme de Front populaire prendra tout son sens.

La crise profonde que nous vivons n’est pas comparable à celle de 1929. Certes, la situation économique et sociale est très préoccupante et des dérives inquiétantes montrent que notre société perd ses repères et que parfois, les esprits s’égarent, comme on l’a vu avec certaines réactions malsaines qui ont jalonné le récent «débat» sur l’identité nationale. Pourtant, la donne a radicalement changé, notamment en raison des nombreuses conquêtes sociales remportées depuis cette période. Quant à la menace fasciste, elle n’a fort heureusement pas la même acuité.

En revanche, l’état de la gauche, ses divisions, une surestimation de la nécessité d’affirmer un rapport de force entre partis, révèlent d’étranges similitudes. Aujourd’hui comme hier, il est à craindre que les appareils politiques soient incapables, sans une pression populaire, de se dépasser, d’offrir un nouveau cadre unitaire où pourra s’exprimer la diversité de la gauche et du mouvement écologiste, où auront envie de s’engager toutes ces femmes et hommes qui aspirent à une victoire de la gauche en 2012: une victoire pour changer leurs conditions de vie, notre société, notre mode de développement.

Dans l’histoire politique de la France, les années 30 ont été un moment d’affrontements majeurs, à forte visibilité, où les citoyens étaient interpelés. Aujourd’hui, ce qui marque notre période, c’est plutôt un apparent désintérêt et l’abstention, manifestations d’une crise démocratique et politique réelle. La division de la gauche, son incapacité à s’unir autour d’objectifs porteurs d’espoirs, les querelles personnelles, les jeux d’appareil constituent autant de facteurs aggravants. Il faut donc inventer des formes nouvelles de mobilisation citoyenne, pour imposer à nouveau le slogan «unité, unité» et lui donner un contenu, afin qu’il devienne le départ d’un nouveau rassemblement des forces populaires, porteur de progrès, d’espérance et de victoire!»

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès

lu dans leur cyber-presse payante! média fart

Le sens d’une riposte populaire

L’historienne Danielle Tartakowsky explique comment la riposte aux manifestations anti-parlementaires du 6 février 1934 est devenue l’acte fondateur du Front populaire.


La France des années vingt, dite des  » années folles « , connaît pendant une dizaine d’années une certaine prospérité. Mais, dès 1931, le pays est affecté par un retournement économique mondial.
Quel est l’impact de cette crise sur la société française et la répartition de ses forces politiques ?

Danielle Tartakowsky.

La crise économique est ressentie en France à la fin de l’année 1931. Les gouvernements qui se succèdent dans cette IIIe République politiquement instable vont y répondre jusqu’en 1934 par une politique continue de déflation, visant avant tout à sauver la monnaie, et par des coupes budgétaires. Cette réponse à la crise présente le double inconvénient de peser sur le salaire des fonctionnaires et sur la pension des anciens combattants – très nombreux dans cette France d’entre-deux-guerres. Si la classe ouvrière, quant à elle, doit faire face à la diminution de son temps de travail, elle ne voit pas son salaire horaire baisser. Ce qui explique que les mobilisations sociales, qui débutent vraiment après les législatives de 1932, après l’élection du néo-cartel Radical, soient essentiellement, jusqu’en 1934, le fait d’organisations sectorielles de droite et d’extrême droite. Sauf la marche des chômeurs, retenue par l’histoire en raison de son caractère de nouveauté, les mobilisations sont ainsi d’assez faible ampleur. Cependant, fin 1933, début 1934 débute une campagne anti-parlementaire très violente, dont les racines plongent évidemment dans le mécontentement populaire provoqué par la gestion de la crise économique.


Les gouvernements successifs ont, à ce moment, perdu la confiance populaire. Les victimes de la crise sont aussi scandalisées par les affaires politico-financières qui secouent les milieux politiques. L’affaire Stavisky fait beaucoup de bruit. Ce climat favorise-t-il le renforcement des mouvements d’extrême droite, des ligues ? Quels sont les discours de ces organisations ?

Danielle Tartakowsky.

On voit monter, début 1934, après le scandale Stavisky qui éclabousse beaucoup d’hommes politiques, un mouvement mené par plusieurs types d’organisations de natures politiques différentes, unifiées dans leur rejet du parlementarisme et la dénonciation de ce qui est appelé, à l’époque, le  » régime des scandales « . De façon schématique, il y a d’un côté l’Action française, organisation d’avant-guerre qui se réclame d’un monarchisme quelque peu fantasmatique et dont le leader est le charismatique Maurras, de l’autre toute une série de ligues d’extrême droite, nées entre 1924 et 1927, parmi lesquelles les Jeunesses patriotes, les Croix de feu et Solidarité française – seule à se réclamer du modèle fasciste italien. Toutes ces ligues ont en commun le nationalisme, certaines dimensions autoritaire et xénophobe et un mode d’organisation paramilitaire. Ces groupes divergent toutefois quant au sens de leur dénonciation du  » régime des scandales « . Pour l’Action française, il s’agit de dénoncer le régime lui-même, intrinsèquement producteur de scandales ; pour les ligues, de dénoncer les scandales qui entachent le régime politique existant.


Les ligues décident d’une grande manifestation. Quel est leur but, leurs revendications ?

Danielle Tartakowsky.
Le 6 février 1934, à la suite d’une nouvelle crise parlementaire, le radical Daladier doit obtenir l’investiture de la Chambre. Ce même jour, toute une série d’organisations appellent à manifester. La puissante Union nationale des combattants, située à droite de l’échiquier politique et qui se considère être la garante depuis la fin de la guerre de la morale politique comme de la morale en politique, appelle à défiler pour protester contre la baisse des pensions et contre les scandales politico-financiers qui secouent le monde politique. L’Action française et les ligues appellent pareillement à manifester sur des objectifs différents, voire divergents.
Enfin, l’ARAC, liée à la mouvance communiste, appelle à manifester pour tenter de ne pas laisser à la droite le monopole de la colère des anciens combattants. Les points de rassemblement, éloignés les uns des autres, forment un arc de cercle autour du Palais Bourbon, devenu la cible de l’anti-parlementarisme de ces manifestations.
Pendant que se déroulent les débats, la manifestation tourne à l’émeute. On relèvera au matin 17 morts et 1 500 blessés : la plus grande expression de violence à Paris depuis la Commune. La nuit durant, Daladier a été investi sur une base plus large que le néo-carte, mais les soutiens qui lui permettraient de ramener l’ordre dans la rue ne lui sont accordés qu’avec parcimonie par la justice, la police et l’armée. il choisit alors de démissionner dans la matinée du 7. Cette capitulation transforme ce qui n’était qu’une manifestation particulièrement violente en un mouvement objectivement insurrectionnel.


Les forces de gauche organisent très rapidement des contre-manifestations à ce mouvement de rue du 6 février. Quel est le sens de ces ripostes ?

Danielle Tartakowsky.

Aujourd’hui, les historiens ne tiennent pas le 6 février 1934 pour une tentative de coup d’État fasciste. Mais un événement vaut souvent davantage par ses représentations que par l’analyse scientifique que l’on peut en faire. Étant donné les circonstances internationales – fascisme italien et élection de Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 -, et nationales – montée en puissance des mouvements d’extrême droite -, les forces de gauche, contemporaines de l’événement, l’ont clairement analysé comme une menace fasciste, même si communistes et socialistes ne définissaient ce mot pas dans les mêmes termes. Les ligues d’extrême droite étaient unanimement comprises comme le bras armé du fascisme menaçant.
Communistes, socialistes et organisations syndicales organisent la riposte, en ordre dispersé, les 9 et 12 février, puis de façon unitaire, amorçant le processus qui conduit à terme au front populaire.

serment1934.jpg

lu sur canempechepasnicolas

6 février 1934 et « Printemps français » 2013 : le parallèle a ses limites


Les camelots du roi défilent à Paris le 6 février 1934 : au bout de leur canne, certains manifestants ont disposé des lames de rasoir (Assembl&eacute ; e nationale)

Devant les oppositions au mariage pour tous, les références au 6 février 1934 se sont multipliées. Les événements et surtout le contexte des deux moments présentent certes plusieurs points communs.

Ces références ont souvent pour objectif de tirer la sonnette d’alarme face à des dérives antirépublicaines. On peut cependant avancer que, contrairement à l’effet recherché, la comparaison risque de minimiser certaines violences actuelles.

1934 : crise économique et institutionnelle

Les manifestations de février 1934 s’inscrivent dans un contexte économique et social très délicat. La crise de 1929 touche la France depuis 1931. « Le cœur à gauche et le portefeuille à droite » : la célèbre formule d’André Siegfried résume assez bien l’ambivalence des Français et du gouvernement radical, qui mène une politique de rigueur.

A la crise s’ajoute un réel problème politique et institutionnel. L’instabilité parlementaire, « la valse des ministres », accentue les difficultés liées aux divisions de la sphère politique. La gauche est divisée entre radicaux, socialistes et communistes. Le parti radical, majoritaire à la Chambre, est lui-même traversé par des dissensions internes. Impossible ou presque de gouverner la France dans ces conditions.

L’affaire Stavisky met le feu aux poudres. Ce scandale financier éclate en janvier 1934, et éclabousse plusieurs députés radicaux. « Stavisky se suicide d’un coup de revolver tiré à bout portant », titre le Canard enchaîné : la presse accuse la Chambre de vouloir étouffer l’affaire et soupçonne une corruption généralisée des parlementaires.

Les ligues d’extrême-droite organisent à Paris quelques manifestations qui tournent à l’émeute. Chautemps démissionne et Daladier devient président du Conseil. Il révoque d’emblée le préfet de police de Paris, Chiappe, coupable selon lui de complaisance à l’égard des agitations d’extrême-droite.

C’est cette révocation qui provoque, en réaction, l’appel à la manifestation parisienne du 6 février 1934, le jour où Daladier devait présenter son gouvernement.

Les manifestations des ligues le 6 février

Le jour de la manifestation, les ligues convergent. Il s’agit d’un ensemble d’organisations populistes, souvent paramilitaires, mais hétérogènes. La plus importante d’entre elles, les Croix de Feu, dirigée par François de la Rocque, s’est constituée autour d’un noyau d’anciens combattants.

Hostiles au fascisme et au nazisme, ils tiennent toutefois un discours d’inspiration catholique, nationaliste et xénophobe. Ils dénoncent surtout l’immobilisme du Parlement et revendiquent un exécutif fort.

« A bas la République ! », « Vive Chalres Maurras ! », Le chant des Camelots de roi, vidéo-karaoké

Sous l’égide de Charles Maurras, l’Action française et les Camelots du roi affichent sans détour leur opposition à la République. Minoritaires, le Francisme et la Solidarité française semblent quant à eux plus radicaux. Notons qu’avec l’appui de l’Humanité, les communistes manifestent également à la fois contre la corruption, contre Daladier et contre le régime.

Dans la soirée, les manifestations basculent dans une violence exceptionnelle. Après quelques incendies, les premiers affrontements éclatent avec les forces de l’ordre qui gardent la Chambre des députés. Plusieurs cordons sont franchis. Quatre conseillers municipaux conservateurs parviennent à rentrer dans la Chambre pour demander la démission du gouvernement.

Dans la nuit, les Croix de Feu se replient, La Rocque ordonne leur dispersion, et la manifestation est finalement maîtrisée.

Bilan du 6 février 1934

La manifestation fait quinze morts et un millier de blessés, dont une centaine parmi les policiers. Le lendemain, Daladier démissionne. On appelle Gaston Doumergue pour le remplacer.

Le manque d’unité des manifestants est flagrant. Bien que quelques-uns voulaient prendre d’assaut la Chambre des députés, il ne s’agissait pour la majorité que d’une démonstration de force. L’objectif était surtout de revendiquer la souveraineté du peuple français dans la rue contre la légitimité du Parlement.

Adressés quelques temps plus tard à la commission d’enquête, les mots de Dumoulin de Labarthète, inspecteur des finances, qui faisait partie des manifestants les plus radicaux, démontre assez bien l’absence d’objectif clairement défini :

« Quant à notre but, il était de pénétrer, sans armes, au Palais Bourbon, par le seul effet d’une poussée de masse, et d’y exercer, après les discriminations nécessaires (je connaissais dans l’ancienne Chambre, au moins de vue, 370 députés sur 610), de solides représailles (solides, mais non sanglantes) sur les élus d’un suffrage universel qui mène la France à la guerre et à la ruine. »

La tentative de coup d’Etat, dénoncée le lendemain par la presse de gauche, n’est qu’une hypothèse sans réel fondement.

Cette date permet surtout, avec le recul des années et un bilan établi du fascisme italien et du nazisme, de relancer de temps à autres le thème du « danger fasciste ». Selon l’historien Michel Winock, l’événement et sa mémoire ont ainsi accentué les clivages au sein de la société et de la vie politique française.

Printemps français 2013, écho du 6 février 1934 ?

Crise économique et politique de rigueur, dirigeants impopulaires, montée de l’extrême-droite à l’échelle de l’Europe… le contexte de 2013 trouve certes quelques points communs avec 1934.


« Manif pour tous » à Paris, janvier 2013 (Ycare, Wkimedia Commons)

Le parallèle est surtout suscité par les manifestations conservatrices alors que, traditionnellement, le pavé est plus souvent battu par la gauche. Comme en 1934, enfin, des manifestants menacent d’entrer dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Certains diront qu’elles sont évidentes, mais il n’est sans doute pas inutile de rappeler les principales différences distinguant 2013 de 1934.

En 1934, les ligues manifestaient contre Daladier, contre les radicaux et contre le régime parlementaire, dont l’immobilisme était un réel problème. En 2013, les manifestants s’opposent au projet de loi Taubira favorable au mariage entre personnes de même sexe. On a donc des revendications institutionnelles en 1934, et un débat sociétal en 2013. Rien à voir.

Par ailleurs, l’hostilité des ligues aux blocages des institutions de la IIIe République et la revendication d’un exécutif fort sont autant de slogans qui ont pu être apaisés, depuis 1958, par la mise en place par de Gaulle d’un régime présidentiel avec la Ve République.

Les opposants au « mariage pour tous », s’ils adressent des slogans hostiles à Taubira comme à Hollande, ne s’inscrivent pas dans une démarche de contestation des institutions. Des élus appellent d’ailleurs à manifester, participent aux cortèges, et en relaient les revendications à l’Assemblée et au Sénat. La fracture, en 2013, ne se situe donc pas entre les manifestants et les élus, mais au milieu de la société française.

Les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les familles du « Printemps français » ne peuvent être assimilées aux colonnes des ligues, qui défilaient souvent en uniforme.

Toutefois, s’il était important de rappeler la désunion des manifestants de 1934, il faut aussi insister sur l’hétérogénéité des opposants au mariage pour tous. Aux familles et aux élus de droite se sont greffés des groupes plus radicaux tels que Civitas, le GUD, les Hommen, mais aussi des groupes moins formels tels que celui qui a dernièrement intimidé et menacé Caroline Fourest à Nantes.

Les violences de 2013, finalement pas plus graves qu’en 1934 ?

La comparaison est sordide. Elle permet néanmoins de souligner la profondeur et la singularité des problèmes actuels.


Wilfred de Bruijn, agressé à Paris le 6 avril dernier

Contrairement au 6 février 1934, où des lames de rasoir ont été employées contre les forces de l’ordre à cheval, les manifestations hostiles au mariage pour tous n’ont, semble-t-il, tué personne. Ces dernières semaines, on recense cependant quelques coups et autres passages à tabac, non pas contre les forces de l’ordre, mais contre des civils, y compris contre des femmes, alors que les ligues attaquaient les institutions et leurs symboles.

Les associations homosexuelles dénoncent d’ailleurs une montée de l’homophobie et des violences en dehors des manifestations : après les agressions survenues dans un bar gay de Lille, c’est dans un collège que la violence homophobe s’est invitée (bien que le lien avec le contexte national ne soit pas attesté).

Bien sûr, 1934 avait occasionné, dans la presse et dans la rue, la tenue de propos antisémites et xénophobes. Mais ces discours restaient secondaires au sein des ligues, qui étaient surtout opposées au gouvernement et au Parlement, voire à la République. En marge des partis et des institutions, les ligues des années 1930, de plus, ne correspondaient aux aspirations que d’une minorité au sein de la société française.

En 2013, au contraire, l’opposition à un groupe défini – les homos – constitue le cœur du « Printemps français ». Alors même que les institutions ne sont pas remises en cause, refuser l’égalité de droit aux couples homosexuels peut être assimilé à de l’homophobie, que celle-ci soit assumée ou non. Or, les opposants au mariage pour tous, malgré la variabilité des résultats des sondages sur la question, constituent au moins une frange importante de la population française.

En plus des menaces, des intimidations, des violences physiques et de la peur qui peut en découler, que tant de manifestants s’activent aussi fréquemment pour refuser l’égalité de droit à un groupe en raison de son identité sexuelle, en raison de ce qu’il a de plus intime, en raison de ce que ces hommes et ces femmes sont et de ce qu’ils ressentent, constitue une violence d’une ampleur que la référence au 6 février 1934 pourrait minimiser.

Infos pratiques
  • Michel Winock (dir.), « Histoire de l’extrême droite en France », Paris, Seuil, 1994
  • Michel Winock, « La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques. 1871-1968 », Paris, Calmann-Lévy, 1986
  • Jean-François Sirinelli (dir.), « Histoire des droites », Paris, Gallimard, 2006
  • Serge Berstein, « Le 6 février 1934 », Paris, Gallimard, 1975
  • Gilles Candar, « Histoire politique de la IIIe République », Paris, La Découverte, 1999

lu dans leurs blogs, les échos de l’histoire in le monstre

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