« Albert Einstein, militant des droits civiques » – Un aspect peu connu de la vie du physicien révélé

 

Albert Einstein s’adressant aux étudiants de l’Université Lincoln, en mai 1946:

 

« Le racisme est une maladie de l’homme blanc! »

 

« En ce qui concerne les Noirs, ce pays a encore un lourd dette à s’acquitter pour tous les maux et  les infirmités qu’elle a déposés sur les épaules du Noir : pour tout ce que ses concitoyens ont fait et dans une certaine mesure sont encore en train de lui faire. Pour le Noir et ses merveilleuses chansons et des chœurs nous devons la plus belle contribution dans le domaine de l’art que l’Amérique ait jusqu’ici offert au monde. Et ce grand don que nous devons, non pas à ceux dont les noms sont gravés sur ce «Mur de la renommée», mais aux enfants du peuple, fleurissant anonymement comme les lis des champs ».

« Il y a … un point sombre dans la perspective sociale des Américains … Leur sens de l’égalité et de la dignité humaine est principalement limitée aux hommes à peaux blanches. Même parmi ceux-ci, il y a des préjugés dont je suis, en tant que Juif, douloureusement conscient, mais ils ne sont pas importants en comparaison de l’attitude des «Blancs» envers leurs concitoyens de teint plus foncé, en particulier envers les Noirs. … Plus je me sens Américain, plus cette situation me blesse. Je ne peux échapper  au sentiment  de complicité que dans la mesure où je m’exprime haut et fort. »

 

—-

Voici quelque chose que vous ignorez probablement à propos d’Albert Einstein:

 

En 1946, le lauréat du prix Nobel de physique s’est rendu à la Lincoln University en Pennsylvanie – l’alma mater de Langston Hughes et de Thurgood Marshall et la première école d’Amérique à décerner des diplômes universitaires à des Noirs. A Lincoln, Einstein a prononcé un discours dans lequel il a qualifié le racisme de « maladie des Blancs», et a ajouté, «Je n’ai aucunement l’intention de me taire sur ce sujet. »

 

Einstein reçut également un doctorat honorifique et donna une conférence sur la relativité aux étudiants de Lincoln.

 

La raison pour laquelle la visite d’Einstein à Lincoln n’est pas mieux connue, est que celle-ci a été pratiquement ignorée par la presse  à grand tirage, qui couvrait régulièrement les discours ainsi que les activités d’Einstein. (Seule la presse noire a offert une large couverture à l’événement.) De même, la visite à  Lincoln  n’est mentionnée nulle part dans les biographies majeures d’Einstein ni dans les archives.

 

En fait, de nombreux détails importants manquent dans les nombreuses études de la vie et de l’œuvre d’Einstein, la plupart d’entre eux ayant à voir avec l’opposition d’Einstein au racisme et à ses relations avec les Afro-Américains.

 

 

Que ces omissions aient besoin d’être reconnues et corrigées est la thèse de Fred Jérôme et Rodger Taylor, auteurs de « Einstein on Race and Racism (« Einstein sur la race et le racisme ») chez Rutgers University Press, 2006.

 

Jérôme et Taylor ont pris la parole le 3 Avril 2007 lors d’un événement parrainé par le WEB Du Bois Institut de recherche afro-américaine et africaine. L’événement comprenait également des remarques de Sylvester James  Gates, Jr., du professeur de physique à l’Université  du Maryland.

 

Selon Jérôme et Taylor, les déclarations d’Einstein au Lincoln étaient loin d’être des cas isolés. Einstein, qui était juif, fut sensibilisé au racisme par les menaces et les harcèlements qu’il eut à subir lors de son mandat à l’Université de Berlin durant les années inspirés du régime nazi. Einstein était aux États-Unis, lorsque les nazis arrivèrent effectivement au pouvoir en 1933, et, craignant que le retour à l’Allemagne le mette en danger de mort, il décida de rester aux USA et d’accepter un poste à l’Institut des Études Avancées récemment fondé à Princeton, NJ.  Il devint citoyen américain en 1940.

 

 

Mais bien qu’Einstein ait pu être reconnaissant d’avoir trouvé un havre de paix, sa reconnaissance ne l’empêcha pas de critiquer les carences éthiques de son nouveau foyer.

 

« Einstein se rendit compte que les Afro-Américains à Princeton étaient traités comme les Juifs en Allemagne », a déclaré Taylor. «La ville était strictement ségréguée. Jusqu’aux années 40, il n’existait aucune  école secondaire dans laquelle les Noirs pouvaient se rendre. »

 

La réponse d’Einstein au racisme et à la ségrégation qu’il découvrit à Princeton (Paul Robeson, qui est né à Princeton, l’a qualifié de «ville la plus au nord dans le Sud») fut de cultiver des relations dans la communauté afro-américaine de la ville. Jérôme et Taylor ont interrogé des membres de cette communauté qui se souviennent encore de la figure d’Einstein aux cheveux blancs hirsute se promenant dans les rues, s’arrêtant pour discuter avec les habitants, et distribuant des bonbons aux enfants locaux.

 

Une femme se rappeler qu’Einstein a payé le frais de scolarité d’un jeune homme de la communauté. Un autre a déclaré qu’il avait invité Marian Anderson à  résider à son domicile lorsque la chanteuse s’est vu refuser une chambre au Motel Nassau.

 

 

Einstein a rencontré Paul Robeson lorsque le célèbre chanteur et acteur vint à se produire au McCarter Theatre de Princetown en 1935. Les deux ont constaté qu’ils avaient beaucoup en commun. Tous deux étaient préoccupés par la montée du fascisme, et les deux hommes avaient apporté leur soutien aux efforts visant à défendre le gouvernement démocratiquement élu de l’Espagne contre les forces fascistes de Franco. Einstein et Robeson travaillèrent également  ensemble pour la croisade américaine pour mettre fin aux lynchages, en réponse à une recrudescence des meurtres racistes, au moment où  les soldats noirs rentrèrent chez eux peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

L’amitié de 20 ans entre Einstein et Robeson est une autre histoire qui n’a pas encore été racontée, a affirmé Jérôme, mais cette omission devrait être rectifiée rapidement. Un film sur le sujet est en cours de réalisation, avec Danny Glover prévu dans le rôle de Robeson et Ben Kingsley dans celui d’Einstein.

 

Einstein continua à soutenir des causes progressistes tout au long des années 50, lorsque la pression de la chasse aux sorcières anti-communiste rendait dangereux de le faire. Un autre exemple de la façon dont Einstein utilisa son prestige pour aider une personnalité Afro-américaine se produisit en 1951, lorsque WEB Du Bois, l’un des fondateurs de la NAACP, fut inculpé à l’âge de 83 ans par le gouvernement fédéral  d’avoir omis de s’inscrire en tant qu’ «agent étranger», une conséquence de la circulation de la pétition «pro-soviétique» pour la paix de Stockholm. Einstein offrit de comparaître en tant que témoin de moralité en faveur de  Du Bois, ce qui convainquit le juge de classer l’affaire.

 

Gates, un physicien afro-américain qui est apparu dans l’émission  Nova de la chaine PBS, a déclaré qu’Einstein avait été un de ses héros depuis qu’il avait appris, adolescent, la théorie de la relativité, mais qu’il n’était pas au courant des convictions d’Einstein à propos des droits civils jusqu’à une date assez récente.

 

L’approche d’Einstein aux problèmes de la physique était de commencer par poser des questions très simples, presque enfantines, telles que: «A quoi ressemblerait le monde si je pouvais conduire le long d’un rayon de lumière? » A ajouté Gates.

 

« Il doit avoir développé ses idées sur la race au travers d’un processus similaire. Il était capable de se poser la question: «A quoi ressemblerait ma vie si j’étais noir? »

 

Gates a déclaré que réfléchir sur l’engagement d’Einstein dans les droits civiques l’avait poussé à spéculer sur la valeur de la discrimination positive et l’objectif de diversité que celle-ci cherchait à provoquer. Il existe de nombreux cas dans lesquels la présence de la force et de la résilience dans un système peuvent être attribuées à la diversité.

 

«Dans le monde naturel, par exemple, lorsqu’ une population est sous l’influence d’un environnement stressant, la diversité assure sa survie ».

 

Sur le plan culturel, l’influence mondiale de la musique populaire américaine pourrait être attribuée au fait qu’il s’agit d’un amalgame de traditions musicales issues de l’Europe et l’Afrique.

 

Ces exemples l’ont amené à conclure que « la diversité importe en fait, indépendamment de l’argument moral. » Gates a déclaré qu’il croyait qu’ «il y a une science de la diversité dans l’air qui attend d’être découverte par les chercheurs. »

Ken Gewertz (Harvard News office) – traduction Samuel Légitimus

Read the original article here http://news.harvard.edu/gazette/story/2007/04/albert-einstein-civil-rights-activist/

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Une réflexion au sujet de « « Albert Einstein, militant des droits civiques » – Un aspect peu connu de la vie du physicien révélé »

  1. Merci beaucoup pour cette article car j’ai cherché pendant un petit moment à ce sujet et c’est le seul endroit où j’ai trouvé les réponses à mes questions.

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