Rencontre avec un sociologue ennemi n°1 de la « fachosphère » installé dans le Gard JEAN-FRÉDÉRIC GALLO


Présent dans le débat public, il se refuse pourtant à faire de la politique.

Laurent Mucchielli, chercheur installé dans le Gard, est devenu la cible privilégiée de l’extrême droite sur la toile. Le directeur de recherche au CNRS, “Monsieur sociologie de la délinquance” continue de faire le buzz sur internet en devenant la cible préférée de certains sites considérés comme extrêmes.

Attention ! Dangereux sociologue gauchiste en approche ! Le directeur de recherche au CNRS, “Monsieur sociologie de la délinquance” et chouchou de la presse écrite nationale, continue de faire le buzz sur internet en devenant la cible préférée de certains sites considérés comme extrêmes.

« Je ne joue pas avec les émotions »

La raison ? Il dissèque et démonte les thèses hypersécuritaires, tendance raciste, quitte à se faire ensuite tailler en pièce lui-même. « Je n’ai pas de carte dans quelque parti que ce soit, et je ne laisse pas transparaître mon opinion politique dans mes études, réplique Laurent Mucchielli. La politique n’a rien à faire dans la sociologie. Je ne joue pas avec les émotions. J’aborde les problèmes scientifiquement. Froidement. Tout le contraire de ce que je peux voir en ce moment. »

« “La France Orange mécanique” ? Un bel ouvrage de propagande » selon Laurent Mucchielli

Dans sa ligne de mire, un livre polémique qui caracole en tête des ventes. La nouvelle bible de Marine Le Pen, qui n’hésite pas à le sortir sur les plateaux télé pour appuyer ses idées politiques : La France Orange mécanique de Laurent Obertone.

« Un pas de plus dans les clichés, assure l’expert. Vous servez pendant 20 pages des faits-divers sordides, vous évoquez ensuite des statistiques partielles indiquant que certaines minorités commettent plus de violences que d’autres, puis vous déroulez vers votre but initial : votre idéologie d’extrême droite… Un outil de propagande merveilleusement bien construit. »

« Je ne suis pas une girouette »

Un coup de gueule relayé médiatiquement qui a fait de celui qui est né (il fallait le faire) en mai 68, l’ennemi numéro 1 de la “fachosphère”. Accusé de servir toujours sa même soupe, « la violence et la perception de la violence diffèrent », depuis 10 ans, et de faire partie de cette caste d’intellos parisiens complètement déconnectés de la réalité. Pourtant, c’est bien dans son village du Gard qu’il nous reçoit.

De Paris, c’est la banlieue qu’il connaît le plus pour y avoir vécu pendant ses études. « Mes deux enfants et trois beaux-enfants vont dans des établissements publics, sans dérogation pour aller dans telle ou telle école. Quant à mon discours… Je ne suis pas une girouette. Je ne vais pas changer pour faire plaisir. »

Depuis 1997, date de son entrée au CNRS, Laurent Mucchielli explique simplement vouloir chercher « là où il y a des problèmes. » En étudiant longuement un phénomène précis. Sans intention de donner une couleur à son message.

 » La violence a toujours existé »

« En 2005, avec d’autres sociologues, nous constatons comme tout le monde l’embrasement des banlieues. On ne va pas y faire une enquête pour contredire un élu qui a déclaré que c’était lié à la polygamie. C’est juste notre job. Après, c’est évident que les résultats ne servent pas certaines causes politiques. Mais vous savez, je peux vous démontrer le même processus d’entrée dans la délinquance chez des jeunes de mon village que chez des jeunes de banlieues. »

Alors pourquoi cette soudaine sensation de montée en puissance de la violence ?

« C’est l’effet mass media, assure Mucchielli. La presse écrite régionale faisait déjà ses choux gras sur les faits-divers au XIXe siècle. Ce qui change c’est que la télé s’y est mise dans les années 80. Permettant au Gardois de savoir ce qui se passait à Lille. La violence a toujours existé. La société des siècles précédents était bien plus violente. »

Analyse froide

Le sociologue affirme qu’après la proximité, internet et l’instantanéité, déjà développée en radio, ont fini d’accroître ce sentiment. Insidieusement, l’interrogation s’installe : les journalistes, tous des salauds ? « Quand un journaliste dénonce l’hyper-violence d’un fait, c’est normal. Lorsqu’il ajoute que c’est une tendance qui se développe, c’est faux. »

Mucchielli ne condamne pas. Il analyse. Froidement.

 
Le Gard à l’étude

Installé depuis maintenant 5 ans dans un petit village gardois, il enseigne à Aix-en-Provence. En gardant toujours un oeil sur son département d’adoption. Son dernier livre, Vous avez dit sécurité?, a été publié aux éditions nîmoise Champs social. C’est aussi à Bagnols-sur-Cèze qu’il poursuit actuellement une vaste enquête sur la délinquance et sa perception.

lu dans leur presse, le midi libre

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