Jura : le parcours de Malik, néonazi membre du Front national aujourd’hui condamné

Malik - croix celtique

Malik (à droite) exhibant un de ses tatouages.

Ce titre pourrait être une blague mais il reflète malheureusement un cas bien réel. Il s’appelle Malik, et pourtant il vient d’être condamné pour incitation à la haine raciale. Et non à cause de la fameuse forme fantasmée d’un mépris antiblanc qui se matérialiserait soudainement, car ce jeune de presque vingt ans, dont le cas politique en devient typique en ruralité, se bat bien pour la suprématie aryenne. Une énième histoire de néonazisme en région Franche-Comté, qui en deviendrait presque lassante tant la poignée d’énergumènes qui s’en réclament s’adonnent inlassablement à ce genre d’actions pour exister.

Il va avoir vingt ans dans quelques jours mais est déjà bien connu dans le département du Jura. Habitant dans un petit village à deux pas du charmant secteur de Poligny, Malik n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne ses positions politiques. Un cas à la Serge Ayoub qui ne peut que poser question, car ce jeune issu de la diversité est bel et bien engagé dans une extrême droite pour le moins radicale. Sa mère fait partie d’une famille originaire de Khenchela éminente dans la région, alors que son père est un Jurassien pur jus. Un conflit familial les séparant et un terreau rural fertile aux mouvances nationalistes passant par là, le jeune subit un complexe identitaire qui le décide à rompre avec la culture de sa mère au point d’en devenir profondément raciste. Seul ou avec ses copains, Malik débute alors un périple politique qui le mène tout droit dans une pente dangereuse. Il pourrait d’abord avoir participé à l’inscription de nombreux graffitis xénophobes et néonazis dans les rues de Poligny et alentours à partir de 2010 et même avant.

Mosquée de Champagnole vandalisée

La dégradation de plusieurs bâtiments de la ville avait d’ailleurs émut la population, de même que l’attaque d’une mosquée le 18 mai 2011 à Champagnole avec des inscriptions du type « la France aux Français » ou encore « à mort les Arabes » signées de croix gammées.

Le président de l’association gérant la mosquée devant les dégradations

Mais malgré de forts soupçons de la plupart des habitants du secteur, il ne sera pas inquiété. Il fut cependant condamné pour des faits similaires en tant que mineur, après avoir taggué des symboles et slogans néonazis. Parallèlement les traditionnels collages et autres actions moindres deviennent le train-train quotidien, généralement pour le compte du Front national et des mouvances radicales émergentes telles que le Front comtois. De nombreuses soirées alcoolisées sont aussi à l’ordre du jour, tout à fait normales surtout en milieu rural, mais avec un thème bien sur axé sur le glauque pour lui et les siens : la haine des étrangers et de l’islam.

Malik - tatouage jambe et Frakass

Un article du site « Voix du Jura » indique d’ailleurs que la mouvance ultranationaliste notamment de Poligny apprécie particulièrement intégrer les petites fêtes, pour y faire de la propagande et parfois se battre contre les participants dont les origines ou les idées ne sont pas tolérées. Ce fut le cas d’un jeune d’origine malgache dans la nuit du 3 au 4 juillet 2011, au bal du village limitrophe de Grozon, malmené pour sa couleur sous les termes de « sale negro » et dont la petite-amie blanche sera sermonnée plusieurs heures sur les « risques de maladie des noirs » avec la sommation de le quitter. Un ami tentera de le défendre et sera frappé pour avoir « désapprouvé l’idéologie racialiste. » Lui et le tuteur du discriminé porteront plainte, malgré les menaces ultérieures par téléphone. Aucune condamnation pour le moment.

Le tatouage au bras et l’inscription Frakass (Malik est au milieu).

Malik ne semble pas exempt de ces actes, exposant régulièrement sur son second profil Facebook (son premier ayant été cloturé début août 2010 pour de multiples injures raciales) des photos de lui en soirée. Il y exhibe parfois ses tatouages, une croix celtique au torse et une croix nazie à l’avant-bras droit comportant un W.P. (pour « white power, » suprématisme blanc) et « wer will der kann » (vouloir c’est pouvoir).

Une autre fois il se marque sur le front et d’autres parties du corps le nom de ses groupes de musique préférés, telle que la formation R.A.C. (rock anticommuniste) « Frakass » en stylisant la fin du nom de manière à rappeler le sigle des Schutzstaffel (S.S.). En continuant d’arpenter son profil, plusieurs autres publications inquiétantes apparaissent. Des liens comme celui sur un site anti-musulman, puis des photographies où il prend la pose avec une barre en fer sur le point de frapper un chariot, d’autres de graffitis d’une croix celtique et d’un W.P. sur une vieille voiture et par la suite incendiée avec des copains, ou encore une où il apparait avec un tee-shirt comportement le logo des S.S. On y trouve aussi une amitié avec Quentin B. et de nombreuses conversations avec cet individu, sur lequel je reviendrais dans quelques lignes.

Malik à moto

Malik sur une de ses motos.

Passionné des scooters et des motos, il s’investit beaucoup dans la confection et la réparation de véhicules, étant même apprenti à Besançon et dans plusieurs entreprises dés 2009. Malheureusement, malgré cette volonté sincère de s’intégrer enfin dans un cadre sain, cela ne suffira pas. On le retrouve à soutenir les auteurs d’une agression raciste à Poligny survenue le 14 juillet 2010 place des Déportés. Smahine, un militaire de 36 ans et d’origine maghrébine, est soudainement pris à parti par deux hommes munis d’un poing américain et d’une matraque télescopique qui le frappe au visage. Il aura la mâchoire fracturée et perdra connaissance. Cette affaire eut un large retentissement et les auteurs seront identifiés par des témoins, dont un certain Quentin B. connu pour être le leader des néonazis polinois, et qui fut sur la liste des régionales de 2010 du Front national.

Pas étonnant alors de retrouver Malik au tribunal de Dole soutenir son ami, qui sera condamné à deux ans de prison dont dix mois avec sursis. Mais comme de nombreux ultranationalistes, il décide un temps de rompre au moins en apparence avec cet environnement violent et s’engage enfin au Front national. Cette adhérence fera d’ailleurs l’objet d’un article sur la Gazette de Besançon le 15 février 2011 où Malik explique et assume son choix « lepeniste. » Les élections passées ses vieux démons refont surface. C’est le journal Le Progrès qui nous apprend sa participation à un fait divers minable le 14 juillet 2012 au bal des pompiers de Voiteur. Ils étaient une quinzaine en fin de soirée vers 2h30, à demander au D.J. de passer la Marseillaise, ce qu’il fera. Au moment des premières paroles, les gaillards entonnent des chants néonazis et autres « Sieg Heil » le bras tendu devant une centaine d’autres personnes médusées devant la scène. Les pompiers séparent alors les provocateurs du reste de la foule. L’affaire fait grand bruit et la machine judiciaire se met en place, mais au final seulement deux personnes seront identifiées : Malik, et un jeune mineur.

Ce dernier fut jugé en tant que tel, alors que le majeur passe pour incitation à la haine raciale ce mardi. Seul au tribunal, il vient d’être condamné à quatre mois de prison fermes et un travail citoyen. C’est au moins le troisième délit qu’il commet et pour lequel il est reconnu : dégradation simple étant mineur pour des graffitis, un autre statué le 9 février 2012 pour conduite en état d’ivresse où il s’était retourné avec son scooter en tapant de la roue, occasionnant des blessures et une peine de 5500 euros d’amende et la suspension de son permis durant six mois, et celui-ci. Pas sûr que cette peine fasse plaisir au Front national, mouvement qui tente de se forger une bonne image auprès des français et dont au moins deux militants locaux sont mouillés dans des travers peu glorieux. Malik a-t-il été exclu préalablement ou le sera-t-il sous peu ? pas d’informations de ce côté. Mais le profil Facebook indique toujours une adhérance.

Et nombreux sont ses petits

copains potentiellement présents au bal qui prennent la pose avec Jean-Marie le Pen, Bruno Gollnisch, ou qui ont comme papier-peint Marine le Pen.

Pour autant malgré la sentence, la réjouissance n’envahit pas le cSeb-et-Manon-Le-Pen-Gollnischœur des antifascistes. Nombre d’exactions, graffitis néonazis et tabassages en tête, restent encore mystérieusement impunis. La rumeur court que plusieurs personnes proches du milieu de la gendarmerie pourraient être impliquées d’où un cruel manque de volonté d’interpeller les individus notoires qui y seraient mêlés. Cette histoire nous enseigne cependant deux choses : la haine n’a pas de visage et peut frapper n’importe qui, y compris un jeune d’ascendance maghrébine tombant dans ces délires aryens. Et, ensuite, que la vigilance est encore une fois de mise à la vue de cette énième affaire de néonazis en Franche-Comté. Ces sinistres individus sont marginaux et tentent d’obtenir une existence médiatique et populaire par ces faits graves, mais ceci ne doit pas être un prétexte pour les passer sous silence et sont bien au contraire une raison supplémentaire de prendre conscience et de s’insurger face à ces cloportes qui souhaitent gangrainer par leurs idées nauséabondes nos rues et nos villages.

Exemple de ses amis Seb et Manon, avec Bruno Gollnisch – et Yvan Benedetti en fond – (en haut), Jean-Marie le Pen (au milieu à gauche), une soirée avec une pancarte de Marine le Pen (au milieu à droite) et un culte au Front national (en bas).

lu sur le blog de toufik-de-planoise

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